Le Chasseur de rats

Le Chasseur de rats

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259 pages

Description

Extrait :
Les Français ont été souvent accusés, avec une apparence de raison, de connaître beaucoup moins leur propre histoire que celle des autres peuples anciens ou modernes. On pourrait ajouter, mais cette fois avec raison, que la partie la plus négligée et par conséquent presque entièrement ignorée de cette histoire, est celle qui se rapporte à nos colonies ; que ces colonies soient en Afrique, en Amérique on en Océanie~ ; c'est-à-dire qu'elles soient situées aux confins du monde, ou seulement à quelques centaines de lieues de nos côtes.

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Date de parution 06 avril 2017
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Langue Français

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EdmondGustave
ACHARDAimardLe Chasseur de rats Chapitr e I
p as la moindr e obser vation à lui adr esser .
Qant aux curieux qui avait tenté de l’inter r og er , il les avait si v
ertement r e çus au pr emier mot qu’ils avaient hasardé , que tout de suite
l’ envie leur était p assé e de continuer ou même de lier connaissance av e c
lui.
C’était d’ailleur s un homme so ciable , ne se plaignant jamais de rien ;
p assant des jour né es entièr es à se pr omener de long en lar g e sur le p ont,
sans p arler à p er sonne , et dont la seule distraction consistait à tir er au
v ol, sans jamais les manquer , les frég ates, les damier s ou les alcy ons assez
impr udents p our se risquer tr op près du navir e .
L’inconnu avait, ou du moins p araissait av oir soix ante ans ; p eut-êtr e
était-il plus âg é ; p eut-êtr e l’était-il moins ; nul n’aurait pu dir e au juste
son âg e .
C’était un grand vieillard de près de six pie ds, d’une v erdeur , d’une
agilité et d’une vigueur e xtraordinair es ; sa maigr eur br une et osseuse
laissait pr esque à nu le jeu actif et p assionné de ses muscles. Ce qui
frapp ait dans son étrang e phy sionomie , c’était un ty p e fort pr ononcé dont
le g alb e mince , effilé , saillant, tenait quelque chose de l’ Arab e , bien que
sa p e au, tanné e p ar le fr oid, le chaud, le v ent, la pluie et le soleil, eut la
couleur de la brique ; la r udesse p énétrante de ses y eux pr esque r onds,
ardents et mobiles, dont le disque était un charb on et le r eg ard une effluv e
magnétique ; sa barb e d’un blond fauv e , semé e de quelques fils d’ar g ent,
tombait en é v entail sur sa p oitrine . Il avait le fr ont lar g e , pur et é chancré ;
à la moindr e émotion, au plus lég er pli qui se for mait sur ce fr ont si lisse
d’ ordinair e , ses longs che v eux fauv es avaient la singulièr e pr opriété de
se hérisser , et alor s cete figur e e xtraordinair e pr enait une r essemblance
frapp ante av e c celle de l’aigle .
Le costume de cet homme était aussi bizar r e que l’était sa p er sonne .
Il se comp osait d’un vêtement entier , v este , culote et guêtr es montant
sur le g enou, le tout en p e au de daim à demi tanné e ; il couv rait sa tête av e c
b onnet en p e au de r enard dont la queue lui p endait p ar der rièr e jusqu’au
milieu du dos ; une lar g e ceintur e , en cuir comme le r este de son costume ,
lui ser rait étr oitement les hanches et soutenait, à dr oite , un sac à balles et
une p oir e à p oudr e faite d’une cor ne de buffle , à g auche , un coute au de
chasse à lame lar g e et effilé e , et une hache .
13Le Chasseur de rats Chapitr e I
Ainsi vêtu, chaussé d’ép ais soulier s en cuir fauv e , et tenant à la main
un long fusil de b oucanier , cet homme avait un asp e ct imp osant qui
atirait la sy mp athie ; on sentait qu’il y avait dans cete natur e r eb elle quelque
chose de fort et de puissant qui de vait êtr e r esp e cté .
À p eine le tr ois-mâts l’ Aimable Sophie eut-il laissé tomb er son ancr e
dans la rade de la Basse- T er r e , que le p assag er se fit metr e à ter r e , trav er sa
la ville sans s’y ar rêter et s’ enfonça le fusil sur l’ép aule dans les mor nes.
P lusieur s mois s’é coulèr ent sans qu’ on entendit p arler de lui ; il
chassait, non p as la gr osse bête ni le fauv e , la Guadeloup e ne p ossède et n’a
jamais p ossé dé aucun animal nuisible ; or , cet homme , véritable chasseur
et Chasseur canadien qui plus est, c’ est-à-dir e accoutumé à luter cor ps
à cor ps av e c les our s, et à combatr e les animaux les plus r e doutables,
de vait mener une e xistence assez insipide dans cete île , où, p our lui, la
chasse était ré duite à sa plus simple e xpr ession.
Il p araît qu’il comprit bientôt ce que cete p osition avait de pré cair e ;
av e c cete rapidité de conception qui était un des côtés saillants de son
caractèr e , il résolut de mo difier complètement sa manièr e de viv r e et de
tir er p arti au p oint de v ue de l’intérêt g énéral de ses qualités de chasseur ;
cete résolution prise , il l’ e x é cuta immé diatement de la façon suivante .
Nous av ons dit que la Guadeloup e ne p ossède p as d’animaux
nuisibles ; nous nous sommes tr omp és : elle p ossède des rats énor mes app
ortés p ar les navir es ; ces r ong eur s sont de véritable plaie p our le p ay s ; ils
dé v or ent tout ; un champ de cannes à sucr e ou de café dans le quel ils se
metent est p erdu p our son pr opriétair e ; en moins de quelques jour s tout
est ravag é ; leur s dommag es sont immenses ; aussi les planteur s se sont ils
entendus p our p ay er une prime considérable aux g ens assez avisés p our
les déliv r er de ces hôtes incommo des.
Notr e p er sonnag e fit v enir , on ne sut jamais d’ où, deux couples de ces
chiens que l’ on nomme aujourd’hui ratier s ; il les dr essa en consé quence
et se fit chasseur de rats ; il p ar cour ut alor s les plantations, suivi, sur
les talons, p ar une demi-douzaine de chiens micr oscopiques aux or eilles
dr oites, au flair infaillible , à l’ œil de feu, aux jar r ets de fer et aux muscles
d’acier , av e c lesquels il fit aux rats une guer r e implacable , d’ où vint le
nom de Chasseur de rats qui fut immé diatement ajouté à celui d’Œil Gris,
sous le quel il était déjà connu.
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