Le cheval à bascule et autres histoires courtes

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Une pâle lueur éclairait le petit lit dans lequel le jeune Didier dormait enfin paisiblement. Sa mère entrouvrit la porte pour vérifier que tout allait bien car son sommeil était souvent agité depuis le départ de son père. Comment expliquer à un enfant de cinq ans qu’il ne verrait plus son papa tous les jours et qu’il devrait le partager avec une autre famille ? Didier avait beaucoup pleuré, persuadé qu’il avait dû faire quelque chose de mal pour que son père ne veuille plus le voir. Sa mère avait essayé de lui faire comprendre qu’il n’y était pour rien, que c’était une histoire de grandes personnes et que son père l’aimait toujours autant. Mais il n’avait pas voulu la croire.

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Date de parution 17 janvier 2016
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Langue Français

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Le cheval à bascule
Une pâle lueur éclairait le petit lit dans lequel le jeune Didier dormait enfin paisiblement. Sa mère entrouvrit la porte pour vérifier que tout allait bien car son sommeil était souvent agité depuis le départ de son père. Comment expliquer à un enfant de cinq ans qu’il ne verrait plus son papa tous les jours et qu’il devrait le partager avec une autre famille ? Didier avait beaucoup pleuré, persuadé qu’il avait dû faire quelque chose de mal pour que son père ne veuille plus le voir. Sa mère avait essayé de lui faire comprendre qu’il n’y était pour rien, que c’était une histoire de grandes personnes et que son père l’aimait toujours autant. Mais il n’avait pas voulu la croire.
Didier admirait beaucoup son père et son départ le perturbait énormément. Le sentiment de manque était très fort. Il avait bien vu que ses parents se disputaient souvent depuis quelques semaines mais jamais il n’aurait imaginé que son père partirait ainsi et l’abandonnerait.
Certains de ses camarades d’école étaient dans le même cas que lui et s’en accommodaient tant bien que mal, souvent plutôt mal que bien d’ailleurs. Mais cela ne le consolait pas pour autant. Son monde protecteur s’était effondré autour de lui et il se sentait terriblement vulnérable. Il ne souhaitait qu’une seule chose, que son père revienne et qu’ils soient de nouveau réunis tous les trois.
A son réveil le petit garçon demanda à sa mère :
- Maman, nous sommes bien samedi aujourd’hui ?
- Oui, mon lapin.
- Tu crois que papa viendra me chercher ?
3
- Ne t’inquiète pas. Il viendra.
- Tu en es certaine ?
- Évidemment. C’est convenu ainsi.
- A quelle heure doit-il venir ?
- A 10 heures.
Didier sauta du lit et ne se fit pas prier pour prendre son petit déjeuner et faire sa toilette alors qu’il aimait traîner un peu au lit d’habitude. La perspective de retrouver son père l’excitait. Cela faisait quinze jours qu’il ne l’avait pas vu.
Et soudain il pensa qu’il ne verrait pas sa mère pendant deux jours et cela l’attrista. Cette perspective jetait une ombre au tableau. Allait-il devoir être toujours tiraillé entre les deux, désormais ? Maintenant il ne savait plus très bien s’il souhaitait encore que son père vienne le chercher. Une larme coula sur sa joue.
- Mais pourquoi pleures-tu ? Je t’assure que ton père va arriver bientôt.
- Je sais, maman. Mais je vais te quitter et ça me fait de la peine de te laisser toute seule.
- Pense seulement à passer un bon moment avec ton père et ne t’inquiète pas pour moi, mon chéri.
Mélissa s’efforça de cacher son trouble pour rassurer son fils. Elle savait qu’il faudrait du temps pour que Didier s’habitue à cette nouvelle situation et trouve ses marques. Elle voulait dédramatiser autant qu’elle en était capable pour épargner à son fils un traumatisme qui le marquerait pour toujours. Il était hors de question pour elle de se servir de Didier pour exercer une pression sur Jean-Pierre. Elle avait le secret espoir qu’il reviendrait vers elle mais elle ne voulait pas le partager avec son fils. La déception serait trop grande pour l’enfant si son vœu ne se réalisait pas.
Le divorce n’était pas encore prononcé et tout restait encore possible mais elle ne voulait pas que Jean-Pierre revienne pour de mauvaises raisons et que ce retour ne soit pas définitif. Ce serait trop cruel !
4
Mélissa se souvint du jour où elle avait rencontré Jean-Pierre chez des amis. Ils avaient passé la soirée à discuter et à se chamailler. Ils n’étaient d’accord sur rien. Mais depuis ce jour- là, ils ne s’étaient plus quittés.
Sept ans déjà…
Et puis il y avait eu la naissance de Didier qui avait soudé un peu plus leur couple, du moins le croyaient-ils à ce moment-là, et le mariage seulement trois ans plus tard, pour que Didier porte leur nom à tous les deux.
Paradoxalement, c’était à ce moment-là que les problèmes avaient commencé. Tant qu’ils n’étaient pas mariés ils avaient fait beaucoup d’efforts et de compromis l’un et l’autre pour que leur couple fonctionne puis ils s’étaient installés dans la sécurité et la routine. Jean-Pierre s’était montré moins attentionné, avait fait passer son travail avant sa famille. Et les événements s’étaient enchaînés, creusant une rigole, puis un fossé entre eux. Ils n’avaient pas vu venir l’orage, pourtant les signes étaient là.
 Jean-Pierre s’était trouvé pris au piège de la jeune et pétulante secrétaire avec laquelle on passe toutes ses journées puis quelques-unes de ses soirées et qui se retrouve enceinte. Rien de bien original au fond. Et Mélissa n’avait pas su le retenir quand il en était encore temps.
Il n’est pas toujours facile de choisir entre deux femmes mais comment choisir entre deux enfants ? Jean-Pierre se devait autant à l’un qu’à l’autre, à ceci près qu’il s’était condamné à se partager entre l’un et l’autre. Et ce n’était pas simple. L’un d’eux serait forcément sacrifié au profit de l’autre. Et tous ses regrets ne changeraient rien. À 10 heures, le carillon retentit et Didier se précipita pour ouvrir la porte. Son désir de voir son père avait été le plus fort. Il se jeta dans ses bras, oubliant toutes ses réticences et ses inquiétudes, tout à la joie de se faire câliner, de respirer son odeur en se serrant tout contre lui. Cela lui avait tellement manqué !
Ses parents échangèrent quelques mots polis. Didier aurait bien aimé entraîner son père dans sa chambre pour lui montrer ses derniers jouets mais Jean-Pierre ne tenait pas à s’attarder. Cette situation le mettait mal à l’aise et il se sentait coupable. Il prit enfant par la main et brusqua le départ.
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- Tu me montreras ça une autre fois, lui dit-il. Papy et Mamie nous attendent.
Jean-Pierre avait décidé de passer ce week-end chez ses parents avec son fils. Il savait bien qu’il lui faudrait se décider à lui présenter Juliette mais il pensait que c’était encore trop tôt pour Didier. En fait, c’était surtout lui qui n’était pas prêt. Si cela ne se passait pas bien avec Juliette la situation deviendrait encore plus délicate. Il valait mieux prendre son temps et ne rien précipiter. Il ne pouvait pas prendre le risque que son fils refuse de le voir et préférait rester en terrain neutre pour l’instant.
Ses parents avaient assez mal pris la situation et n’avaient pas épargné les reproches à leur fils mais ils désiraient avant tout protéger leur petit-fils. Aussi avait-il été décidé qu’on n’aborderait pas le sujet de la séparation et du divorce devant lui.
Didier était heureux de retrouver ses grands-parents qu’il n’avait pas revus depuis plusieurs semaines et auxquels il était très attaché. Une de ses angoisses était d’ailleurs de ne plus les voir aussi souvent qu’avant. Il n’avait pas connu les parents de sa mère, devenue orpheline alors qu’elle était encore très jeune. Aussi souffrait-il d’être éloigné de ses seuls grands-parents.
Ces derniers firent de leur mieux pour distraire le petit garçon et lui faire oublier ses soucis pendant un moment. C’était la première fois qu’il quittait sa mère depuis la séparation de ses parents. Celle-ci lui manqua le soir venu et il eut du mal à s’endormir. Son père et ses grands-parents furent réveillés par ses cris au milieu de la nuit. Encore un cauchemar ! … Cette fois-ci, il avait rêvé que sa mère s’éloignait de lui, qu’ils étaient séparés par une foule compacte de sorte qu’il ne parvenait pas à la rattraper. Il se réveilla en sueur et en pleurs dans les bras de son père.
- Ce n’est rien, mon tout petit. Ce n’est qu’un rêve !
- Maman ne va pas partir, dis ?
- Mais non, ta maman sera toujours là pour toi et moi aussi, nous t’aimons tous les deux.
- Alors pourquoi es-tu parti ? Maman est malheureuse et moi aussi.
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