Le commandant Delgrès

Le commandant Delgrès

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253 pages

Description

Extrait :
L'homme perdu dans ces solitudes peut être considéré comme mort~; jamais il ne parviendra à en sortir ; les murailles mouvantes dont il est entouré lui forment un vert linceul qui l'enveloppe de toutes parts et dont il lui est impossible de soulever le poids, pourtant si léger en apparence, mais si lourd en réalité ; tous ses efforts pour sortir des réseaux immenses qui l'enlacent ne font qu'en resserrer davantage les flexibles anneaux ; ses forces s'épuisent dans une lutte insensée, il chancelle, veut résister encore, tombe et ne se relève plus ; c'en est fait ; la mort implacable étend vers lui sa main de squelette, et lui, ce vivant, si plein de jeunesse, de sève, de courage, de volonté, il est vaincu ; il se couche haletant et succombe dans d'horribles souffrances, au milieu de cette luxuriante et puissante végétation qui semble lui sourire railleusement, à quelques pas à peine du but qu'il voulait atteindre, sans se douter que, pendant de longues heures, il a vainement consumé toute son énergie à tourner toujours dans le même cercle, sans avancer d'un pas vers la délivrance.

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Date de parution 06 avril 2017
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Langue Français

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EGdumstoavn ed
Aimard ACHARDLe commandant D elgrès Chapitr e I
— Êtes-v ous fou ? Allumer v otr e pip e ? Il ne manque plus que cela
p our nous fair e dé couv rir .
— D e v rai ?
— Pardieu ! v ous de v ez le compr endr e .
— Sacr ebleur e ! En v oilà , p ar e x emple , un chien de métier , qu’ on ne
p eut p as tant seulement griller une b ouffarde à sa conv enance ; p eu
n’imp orte , il me p ay era ce désagrément fastidieux plus cher qu’à la cantine ,
le pr emier qui me tomb era dessous la p ate .
Et le ser g ent ser ra sa pip e d’un air tragique .
— T omb ons dessus en double et pinçons-les le plus tôt p ossible !
ajouta-t-il ; je fumerai ensuite ; p eu n’imp orte ce qui sur viendra.
— Allons ; mes b ellots ! allons, en chasse ! dit le Chasseur à ses chiens.
Ceux-ci p artir ent aussitôt sous b ois ; les deux hommes les suivir ent.
— Surtout, je v ous en supplie , ser g ent, p as un mot, même à v oix basse .
— Sans v ous commander , vieux Chasseur , je serai muet comme un
pho que ; as p as p eur ! je connais la consigne aussi bien que quiconque ;
v oilà qui est dit.
La nuit était complètement tombé e , les ténèbr es si ép aisses dans ces
ine xtricables four rés de v erdur e , qu’à moins de quatr e p as de distance , il
était imp ossible de distinguer le moindr e objet.
Mais à p art le dang er de se casser le cou à chaque minute ou de
tomb er br usquement à la r env er se en butant contr e une racine , ou de se jeter
sur un arbr e placé p ar hasard en trav er s du p assag e , il était imp ossible de
s’ég ar er ; les nègr es ne p ouvaient dissimuler leur s traces, car ils étaient
eux-mêmes contraints de tracer leur chemin au milieu de cet imp
énétrable fouillis, la hache à la main ; ceux qui v enaient ensuite n’avaient
plus qu’à suiv r e cete v oie .
Cep endant plus les deux hommes avançaient, plus la forêt s’é clair
cissait ; les buissons et les hallier s se faisait moins ser rés, les arbr es s’é
cartaient à dr oite et à g auche : selon toutes les pr obabilités, ils n’allaient
p as tarder à déb oucher dans la savane à la grande satisfaction du ser g ent
K erbr o ck dont la mar che n’était qu’une suite de culbutes, plus ou moins
risqué es ; ce qui, malgré les obser vations réitéré es du Chasseur , lui
faisait p ousser des e x clamations r etentissantes qui s’ entendaient au moins
à cent p as à la r onde .
13Le commandant D elgrès Chapitr e I
T out à coup ils se tr ouvèr ent sur une dé clivité assez rapide : la forêt
ne présentait plus alor s qu’un b ois assez facile à trav er ser ; au b out d’un
instant, ils émer gèr ent sur une savane immense couv erte de br uyèr es
assez hautes au milieu de laquelle , à une p orté e de fusil à p eu près de vant
eux, ils vir ent b ondir , comme une bande de daims effar ouchés, les ombr es
noir es des mar r ons que depuis si longtemps, ils suivaient à la piste .
Ils avaient descendu ainsi, sans s’ en douter , jusqu’à deux cents mètr es
au plus du rivag e de la mer , et ils se tr ouvaient à une assez courte distance
des r etranchements du Galion.
Le Chasseur comprit aussitôt la tactique des noir s ; avant un quart
d’heur e , abrités p ar les fortifications du fort Saint-Charles, où maintenant
il était é vident p our lui qu’ils se r endaient, ils lui é chapp aient sans r etour .
Il r e doubla d’ efforts et cour ut av e c une rapidité e xtrême , suivi p as à
p as p ar le ser g ent qui se piquait d’honneur et préférait de b e aucoup cete
cour se plate à trav er s la savane , à celle si désagré ablement accidenté e que ,
p endant de longues heur es, il avait faite dans la forêt.
Les nègr es, embar rassés p ar la jeune fille qu’ils étaient contraints de
p orter sur leur s ép aules, p erdaient p eu à p eu du ter rain, malgré l’agilité
av e c laquelle ils dé v oraient l’ esp ace ; ils sentaient l’ ennemi sur leur s p as.
— Y sommes-nous ? D emanda tout à coup l’Œil Gris sans ralentir sa
cour se .
— Parbleur e ! rép ondit le ser g ent, toujour s courant.
— Alor s, en joue , et visons bien : Feu !
Les deux coups é clatèr ent à la fois.
Sans s’êtr e communiqué leur s intentions, les deux hommes avaient
visé les noir s p orteur s du hamac.
Les p auv r es diables r oulèr ent foudr o yés sur le sol.
D eux autr es r emplacèr ent aussitôt les morts ; et la fuite r e commença,
plus rapide et plus é che v elé e que jamais.
Cep endant, ces deux coups de feu avaient donné l’é v eil tout le long
de la ligne ; maintenant c’était à trav er s une fusillade soutenue que les
fugitifs étaient oblig és de p asser .
Bientôt, des cinq hommes, deux seulement r estèr ent deb out.
Ils continuèr ent à p ousser hardiment en avant.
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