Le Grand Chef des Aucas

Le Grand Chef des Aucas

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687 pages

Description

Extrait :
Un laps de temps assez long s'écoula sans qu'aucun bruit vînt troubler le silence solennel qui planait sur la Plaça Mayor. Tout à coup, un profond soupir s'échappa du monceau de cadavres, et une tête pâle, défigurée par le sang et la boue qui la souillaient, s'éleva lentement au-dessus de ce charnier humain, écartant avec effort les corps qui la cachaient. La victime, qui survivait par miracle à cette sanglante hécatombe, jeta un regard inquiet autour d'elle, et passant la main sur son front baigné d'une sueur froide : --- Mon Dieu~! mon Dieu ! murmura-t-elle avec angoisse, donnez-moi la force de vivre afin que je puisse me venger !

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Date de parution 06 avril 2017
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Langue Français

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LE GRAND CHEF DES AUCAS

EGdumstoavn ed
Aimard ACHARDLe Grand Chef des A ucas Chapitr e I I
raffinement confortable inv enté p ar le lux e mo der ne . Un candélabr e à
quatr e branches, g ar ni de b ougies r oses, placé sur une table , suffisait à
p eine à l’é clair er et ne rép andait qu’une lueur triste et incertaine .
A u dehor s la pluie fouetait les vitr es av e c violence , et le v ent pleurait
av e c de my stérieux mur mur es qui disp osaient l’âme à la mélancolie .
Un lég er br uit se fit entendr e , pr o duit p ar l’é chapp ement du cylindr e ;
la demie sonna.
Le comte se r e dr essa comme s’il se ré v eillait en sur saut, il p assa sa
main blanche et effilé e sur son fr ont moite et dit d’une v oix sourde :
— Il ne viendra p as !…
Mais, tout à coup , le chien, qui jusque-là était demeuré immobile , se
le va d’un b ond et s’élança v er s la p orte en r emuant la queue av e c joie .
La p orte s’ ouv rit, la p ortièr e fut le vé e p ar une main fer me , et un
homme p ar ut.
— Enfin ! s’é cria le comte en s’avançant v er s le nouv e au v enu qui avait
grand-p eine à se débar rasser des car esses du chien ; oh ! j’avais p eur que
toi aussi, tu m’ eusses oublié !
— Je ne te compr ends p as, frèr e ; mais j’ espèr e que tu vas t’ e xpliquer ,
rép ondit l’ar rivant ; allons ! allons ! continua-t-il en s’adr essant au chien,
couchez-v ous, César ! v ous êtes une b onne bête , couchez-v ous !
Et r oulant un fauteuil auprès du feu, il s’assit à l’autr e angle de la
cheminé e , en face du comte qui avait r epris sa place .
Le chien se coucha entr e eux.
Ce p er sonnag e , si imp atiemment atendu p ar le comte , for mait av e c
lui un étrang e contraste .
D e même que monsieur de Préb ois-Crancé résumait en lui toutes
les qualités qui distinguent phy siquement la noblesse de race , de même
l’autr e réunissait toutes les for ces viv es et éner giques des véritables
enfants du p euple .
C’était un homme de vingt-six ans envir on, de haute taille , maigr e
et p arfaitement pr op ortionné ; son visag e br uni p ar le soleil, aux traits
accentués, é clairé p ar deux y eux bleus p étillants d’intellig ence , avait une
e xpr ession de brav our e , de douceur et de lo yauté des plus sy mp athiques.
Il était r e vêtu de l’élég ant costume de maré chal-des-logis-chef de sp
ahis ; la cr oix de la Légion-d’Honneur brillait sur sa p oitrine .
13Le Grand Chef des A ucas Chapitr e I I
La tête appuyé e sur la main dr oite , le fr ont p ensif, l’ œil rê v eur , il
considérait atentiv ement son ami, tout en lissant de la main g auche les p oils
longs et so y eux de sa moustache blonde .
Le comte , fatigué de ce r eg ard, qui semblait v ouloir sonder les r eplis
les plus cachés de son cœur , r ompit br usquement le silence :
— T u as été bien long à te r endr e à mon invitation, dit-il.
— V oici deux fois que tu m’adr esses ce r epr o che , Louis ! rép ondit le
sous-officier en sortant un p apier de sa p oitrine , tu oublies les ter mes du
billet que ton gr o om m’a r emis hier au quartier .
Et il se prép ara à lir e .
— Inutile , fit le comte en souriant tristement, je r e connais que j’ai tort.
— V o y ons, r eprit g aiement le sp ahis, quelle est cete affair e si grav e
p our laquelle tu as b esoin de moi ? e xplique-toi ; est-ce une femme à
enle v er ? Est-ce un duel ? p arle .
— Rien de ce que tu p our rais supp oser , inter r ompit le comte av e c
amertume , ainsi, é vite-toi des r e cher ches inutiles.
— Q’ est-ce donc, alor s ?
— Je vais me brûler la cer v elle .
Le jeune homme pr ononça cete phrase d’un accent si fer me et si
résolu, que le soldat tr essaillit malgré lui, en fix ant un r eg ard inquiet sur
son interlo cuteur .
— T u me cr ois fou, n’ est-ce p as ? continua le comte qui de vina la p
ensé e de son ami. Non ! je ne suis p as fou, V alentin ; seulement je suis au
fond d’un abîme dont je ne puis sortir que p ar la mort ou l’infamie . Je
préèr e la mort !
Le soldat ne rép ondit p as. D’un g este éner gique , il r ep oussa son
fauteuil et commença à mar cher à grands p as dans le cabinet.
Le comte avait laissé tomb er sa tête sur sa p oitrine av e c accablement.
Il y eut un long silence .
A u dehor s l’ orag e r e doublait de furie .
Enfin V alentin se rassit.
— Une raison bien forte a dû t’ oblig er à pr endr e une telle déter
mination, dit-il fr oidement ; je ne cher cherai p as à la combatr e , p ourtant
j’ e xig e de ton amitié que tu me rapp ortes dans tous leur s détails les faits
qui t’ ont conduit à la pr endr e . Je suis ton frèr e de lait, Louis, nous av ons
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