Le Tour du monde en 80 jours

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Un grand classique de la littérature, dans une version adaptée aux jeunes lecteurs et magnifiquement illustrée.

"Je parie vingt mille livres que je ferai le tour de la Terre en quatre-vingts jours ou moins, soit mille neuf cent vingt heures ou cent quinze mille deux cents minutes."
Phileas Fogg a pris un pari fou : faire le tour du monde en 80 jours. Aidé par son domestique Jean Passepartout, il va parcourir la planète en passant par l’Inde, le Japon ou l’Amérique. Arriveront-il à rentrer à Londres à temps malgré les obstacles ?

Retrouvez l'incroyable aventure imaginée par Jules Verne, dans ce chef-d'œuvre de la littérature classique.
Idéal pour les 8-12 ans.


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Ajouté le 24 octobre 2013
Nombre de lectures 256
EAN13 9782215126430
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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1 Dans lequel Phileas Fogg et Passepartout s’acceptent réciproquement, l’un comme maître, l’autre comme domestique
En ce 2 octobre 1872, comme tous les jours, Phileas Fogg attendait onze heures et demie pour se rendre au Reform-Club de Londres. Phileas Fogg était l’homme le plus mystérieux de la haute société anglaise. Il était grand, bien bâti, et son visage, encadré par des favoris, faisait de lui un très beau gentleman. À part cela, on ignorait tout à son sujet : d’où il venait, qui étaient ses parents, d’où il tenait sa fortune. Et personne ne se serait risqué à l’interroger, car ses manières silencieuses intimidaient les plus indiscrets. En tout cas, s’il était riche, il n’était pas avare. Il ne gaspillait pas son argent, mais on le voyait toujours prêt à le dépenser au service d’une cause généreuse. Avait-il jamais quitté Londres ? Pas depuis de longues années. Il vivait seul avec un domestique, dans sa maison de Saville-Row où personne ne pénétrait jamais. Chaque jour, il se rendait à pied au Reform-Club, y déjeunait, puis passait l’après-midi là-bas, à lire les journaux et à jouer au whist. C’est un jeu de cartes qui dispense de parler, et qui convenait au caractère taciturne de Phileas Fogg. Enfin, l’honorable gentleman dînait au club et rentrait chez lui à minuit exactement. C’était, on le voit, un homme d’habitudes. Ce matin-là, avant de partir pour le club, Phileas Fogg devait accueillir son nouveau domestique. Il venait de congédier l’ancien, James Forster : ce garçon avait osé lui apporter pour sa barbe de l’eau à quatre-vingt-quatre degrés Fahrenheit au lieu de quatre vingt-six ! Son successeur devait se présenter entre onze heures et onze heures et demie ; assis très droit dans son fauteuil, Phileas Fogg l’attendait en regardant avancer l’aiguille de la pendule. Soudain, on frappa à la porte du petit salon. Un homme d’une trentaine d’années se montra et salua. – Vous êtes français et vous vous nommez John ? demanda Phileas Fogg. – Jean, n’en déplaise à monsieur, répondit le nouveau venu, Jean Passepartout, un surnom qui m’est resté ; on me l’avait donné à cause de mon aptitude à me tirer d’affaire en toutes circonstances. Je crois être un honnête garçon, monsieur, mais, pour être franc, j’ai exercé plusieurs métiers. J’ai été chanteur ambulant, écuyer voltigeur et funambule dans un cirque ; puis je suis devenu professeur de gymnastique et, en dernier lieu, j’étais sergent de pompiers à Paris. J’ai même dans mon dossier des incendies remarquables. Mais voilà cinq ans que j’ai quitté la France et que, pour mener une vie plus paisible, je suis valet de chambre en Angleterre. Or, me trouvant sans travail et ayant appris que monsieur Phileas Fogg est l’homme le plus exact et le plus sédentaire du Royaume-Uni, je me suis présenté chez monsieur avec l’espérance d’y vivre tranquille et d’oublier jusqu’à ce nom de Passepartout… – Passepartout me convient, répondit le gentleman. Vous connaissez mes conditions ? – Oui, monsieur. – Bien. Quelle heure avez-vous ? – Onze heures vingt-deux, répondit Passepartout, en tirant de son gousset une énorme montre d’argent. – Vous retardez, dit M. Fogg. – Que monsieur me pardonne, mais c’est impossible.
– Vous retardez de quatre minutes. N’importe. Il suffit de constater l’écart. Donc, à partir de ce moment, onze heures vingt-neuf du matin, ce mercredi 2 octobre 1872, vous êtes à mon service. Cela dit, Phileas Fogg se leva, prit son chapeau, le plaça sur sa tête avec un mouvement d’automate et disparut sans ajouter une parole. Passepartout demeura seul dans la maison de Saville-Row. « Sur ma foi, se dit-il un peu ahuri, mon nouveau maître est aussi vivant qu’une statue de cire ! » Pendant les quelques instants où il venait d’entrevoir Phileas Fogg, il l’avait soigneusement examiné. C’était un homme qui pouvait avoir 40 ans, blond de cheveux et de favoris, figure pâle, dents magnifiques. Calme, flegmatique, l’œil pur, la paupière immobile, ce gentleman donnait l’idée d’un être bien équilibré, aussi parfait qu’un chronomètre. Phileas Fogg était de ces gens mathématiquement exacts, jamais pressés mais toujours prêts. Il ne faisait pas un pas de trop, ne perdait pas un regard au plafond, ne se permettait aucun geste superflu ; on ne l’avait jamais vu ému ni troublé. Il ne se dépêchait jamais mais arrivait toujours à temps. Toutefois, on comprendra pourquoi il vivait seul. À se frotter aux gens, on risque d’être retardé… Il ne se frottait donc à personne. Quant à Passepartout, c’était un vrai Parisien de Paris ; un brave garçon au visage aimable, un être doux et serviable. Il avait les yeux bleus, le teint animé, la figure assez ronde pour voir lui-même les pommettes de ses joues, la poitrine large, la taille forte. Il possédait une force herculéenne que les métiers de sa jeunesse avaient admirablement développée. Ses cheveux bruns étaient un peu indisciplinés. Le caractère expansif de Passepartout s’accorderait-il avec celui de Phileas Fogg ? La prudence ne permet pas de le dire. Passepartout serait-il ce domestique absolument ponctuel qu’il fallait à son maître ? Impossible de le prévoir. En tout cas, après sa jeunesse vagabonde, il aspirait au repos. Il avait fait dix maisons sans trouver le maître qui lui conviendrait ; tous ces gentlemen étaient fantasques, dissipés, ou simplement trop voyageurs. Lorsqu’il apprit que Phileas Fogg cherchait un domestique, il se dit qu’un gentleman aussi régulier dans ses habitudes serait un maître idéal. Se retrouvant seul dans la maison, il commença une inspection de la cave au grenier. Cette maison propre, rangée, sévère lui plut. Il trouva sans peine, au second étage, la chambre qui lui était destinée. Sur la cheminée, une pendule électrique était reliée à la pendule de la chambre de Phileas Fogg, et les deux appareils battaient au même instant la même seconde. « Cela me va, cela me va ! » se dit Passepartout. Une notice était affichée au-dessus de la pendule ; c’était le programme du service quotidien. Il comprenait – depuis huit heures du matin, heure réglementaire à laquelle se levait Phileas Fogg, jusqu’à onze heures et demie, heure de son départ pour le Reform-Club – tous les détails du service : le thé de huit heures vingt-trois, l’eau pour la barbe de huit heures trente-sept, la coiffure de dix heures moins vingt, etc. Puis, de onze heures et demie du matin à minuit – heure à laquelle se couchait le méthodique gentleman –, tout était noté, prévu. Passepartout se fit une joie de lire tous les détails de ce programme. Lorsqu’il eut achevé l’examen de cette maison bien ordonnée, Passepartout se frotta les mains et s’exclama joyeusement : – Voilà mon affaire ! Nous nous entendrons parfaitement, M. Fogg et moi ! Cet homme est une véritable mécanique ! Eh bien, je ne suis pas fâché de servir une mécanique !
2 Oùsengageuneconversation qui pourra coûter cher à Phileas Fogg
Après avoir placé cinq cent soixante-quinze fois son pied droit devant son pied gauche et cinq cent soixante-seize fois son pied gauche devant son pied droit, Phileas Fogg arriva au Reform-Club. Il se rendit aussitôt à la salle à manger et prit place à la table habituelle où son couvert l’attendait. À midi quarante-sept, son repas achevé, le gentleman alla au grand salon où un domestique lui remit ses journaux habituels. La lecture l’occupa jusqu’à la collation du soir. À sept heures dix, divers membres du Reform-Club firent leur entrée dans le grand salon. C’étaient les partenaires habituels de M. Fogg, comme lui enragés joueurs de whist : l’ingénieur Andrew Stuart, les banquiers John Sullivan et Samuel Fallentin, le brasseur Thomas Flanagan, et Gauthier Ralph, l’un des administrateurs de la Banque d’Angleterre. Tous ces personnages étaient riches et respectés, même dans ce club qui comptait parmi ses membres les gens les plus importants du pays. – Eh bien, Ralph, demanda Fallentin, où en est cette affaire de vol ? Trois jours auparavant, une liasse de billets, cinquante cinq mille livres en tout, avait disparu de la Banque d’Angleterre, et à travers le pays on ne parlait plus que de cette affaire. – J’espère que nous mettrons la main sur le voleur, répondit Ralph. Des inspecteurs de police ont été envoyés dans tous les ports d’Amérique et d’Europe, et il sera difficile à ce monsieur de leur échapper. – On a donc son signalement ? demanda Andrew Stuart. – LeMorning Chronicleassure que c’est un gentleman. C’est Phileas Fogg qui venait de parler. Il salua ses collègues, qui lui rendirent son salut, et leur montra le journal qu’il était en train de lire. En effet, un article expliquait qu’on avait remarqué sur les lieux du vol un gentleman bien mis, de bonnes manières, l’air distingué. L’enquête avait permis de dresser assez exactement son signalement, qui fut aussitôt envoyé à tous les détectives du Royaume-Uni et du continent. Les partenaires de whist s’installèrent autour d’une table et commencèrent à jouer. Ils n’échangeaient pas un mot pendant les parties, mais la conversation se poursuivait chaque fois que l’on distribuait les cartes. – Je soutiens, dit Andrew Stuart, que les chances sont en faveur du voleur, un homme sûrement habile. – Allons donc, répondit Gauthier Ralph, il n’y a plus un seul pays où il puisse se réfugier. – La Terre est assez vaste ! – Elle l’était autrefois, dit à mi-voix Phileas Fogg. À vous de couper, monsieur, ajouta-t-il en présentant les cartes à Thomas Flanagan. La discussion, suspendue pendant la partie, reprit ensuite de plus belle : – Comment, autrefois ! dit Andrew Stuart. Est-ce que la Terre a rétréci, par hasard ? – Sans doute, répondit Gauthier Ralph. Je suis de l’avis de M. Fogg. La Terre a rétréci, puisqu’on la parcourt maintenant dix fois plus vite qu’il y a cent ans. C’est ce qui rendra les recherches plus rapides pour nos détectives. – Cela rendra plus rapide aussi la fuite du voleur ! – À vous de jouer, monsieur Stuart, dit Phileas Fogg. Mais Stuart n’était pas convaincu et, la partie achevée : – Vous avez trouvé une manière plaisante de dire que la Terre a rétréci ! Ainsi, parce qu’on en fait maintenant le tour en trois mois… – En quatre-vingts jours seulement, dit Phileas Fogg. – En effet, messieurs, intervint John Sullivan, quatre-vingts jours, depuis qu’on a ouvert aux Indes la section de chemin de fer entre Rothal et Allahabad. Voici le calcul établi par leMorning Chronicle: De Londres à Suez par le Mont-Cenis et Brindisi, trains et paquebots : 7 jours. De Suez à Bombay, paquebot : 13. De Bombay à Calcutta, train : 3. De Calcutta à Hongkong (Chine), paquebot : 13. De Hongkong à Yokohama (Japon) : 6.
De Yokohama à San Francisco, paquebot : 22. De San Francisco à New York, train : 7. De New York à Londres, paquebot et train : 9. Total : 80 jours. – Oui, quatre-vingts jours ! s’exclama Stuart. Mais non compris le mauvais temps, les vents contraires, les naufrages, les déraillements, etc. – Tout compris, répondit Phileas Fogg en jouant ses cartes, car cette fois la discussion ne respectait plus le whist. – Même si les hindous ou les Indiens enlèvent les rails ! s’écria Stuart. Même s’ils arrêtent les trains, pillent les fourgons, scalpent les voyageurs ! – Tout compris, répondit Phileas Fogg. – Je parierais bien quatre mille livres qu’un tel voyage, effectué dans ces conditions, est impossible. – Très possible, au contraire, répondit M. Fogg. – Eh bien, faites-le donc ! – Le tour du monde en quatre-vingts jours ? – Oui. – Je le veux bien. – Quand ? – Tout de suite. – C’est de la folie ! s’écria Andrew Stuart. M. Fogg se tourna vers ses collègues : – J’ai vingt mille livres à la banque. Je les risquerais volontiers… – Vingt mille livres ! s’écria John Sullivan. Vingt mille livres qu’un retard imprévu peut vous faire perdre ! – L’imprévu n’existe pas, répondit simplement Phileas Fogg. – Mais, monsieur Fogg, ce laps de temps de quatre-vingts jours n’est calculé que comme un minimum ! – Un minimum bien employé suffit à tout. – Mais pour ne pas le dépasser, il faut sauter mathématiquement des trains dans les paquebots, et des paquebots dans les chemins de fer ! – Je sauterai mathématiquement. – C’est une plaisanterie ! – Un bon Anglais ne plaisante jamais, quand il s’agit d’une chose aussi sérieuse qu’un pari, répondit Phileas Fogg. Je parie vingt mille livres que je ferai le tour de la Terre en quatre-vingts jours ou moins, soit mille neuf cent vingt heures ou cent quinze mille deux cents minutes. Acceptez-vous ? – Nous acceptons, répondirent ses partenaires après s’être consultés. Chacun de nous engagera quatre mille livres. – Bien, dit M. Fogg. Le train de Douvres part à huit heures quarante-cinq. Je le prendrai. – Ce soir même ? demanda Stuart.
– Ce soir même, répondit Phileas Fogg. Donc, ajouta-t-il en consultant un calendrier de poche, puisque c’est aujourd’hui mercredi 2 octobre, je devrais être de retour dans ce salon du Reform-Club le samedi 21 décembre, à huit heures quarante-cinq du soir, faute de quoi mes vingt mille livres vous appartiendront, messieurs. Voici un chèque de pareille somme. Un contrat fut signé sur-le-champ par les six hommes. Phileas Fogg était resté froid. Quant à ses adversaires, ils paraissaient émus, non pas à cause de la valeur de l’enjeu, mais parce qu’ils étaient remplis de scrupules devant une victoire qui leur semblait évidente.
Sept heures sonnaient. On proposa à M. Fogg de suspendre le whist pour le laisser faire ses préparatifs. – Je suis toujours prêt, répondit cet impassible gentleman. Et, distribuant les cartes : Je retourne carreau, dit-il. À vous de jouer, monsieur Stuart. À sept heures vingt-cinq, après avoir gagné vingt guinées au whist, Phileas Fogg prit congé de ses honorables collègues et quitta le Reform-Club. À sept heures cinquante, il ouvrait la porte de sa maison. Passepartout fut assez surpris en voyant M. Fogg apparaître à cette heure insolite : d’après la notice, il ne devait rentrer qu’à minuit précis. Phileas Fogg rejoignit sa chambre, puis appela : – Passepartout. Passepartout se montra. – Nous partons dans dix minutes pour la France, dit Phileas Fogg. Passepartout fit une sorte de grimace. – Monsieur se déplace ? demanda-t-il, croyant avoir mal entendu. – Oui. Nous allons faire le tour du monde. L’œil de Passepartout s’ouvrit démesurément. – En quatre-vingts jours, précisa M. Fogg. Ainsi, nous n’avons pas un instant à perdre. – Mais les malles ?… articula Passepartout au comble de la stupeur. – Pas de malle. Un sac seulement. Dedans, deux chemises de laine, trois paires de bas. Autant pour vous. Nous achèterons en route. Vous descendrez ma couverture de voyage. Ayez de bonnes chaussures. Quoique nous marcherons peu ou pas. Allez. Abasourdi, Passepartout monta dans sa chambre, tomba sur une chaise et s’exclama : – Elle est forte, celle-là ! Moi qui voulais rester tranquille ! Il se mit à préparer le modeste sac demandé par son maître, tout en se disant : « Nous irons tout au plus jusqu’à Paris, c’est sûr. Mais tout de même ! » À huit heures, le bagage était prêt ; M. Fogg l’était aussi. Il portait sous son bras leGuide général des transports sur le continent, qui devait lui fournir toutes les indications nécessaires à son voyage, et tendit un sac à Passepartout : – Ayez-en soin, dit-il. Il y a vingt mille livres dedans. Le sac faillit tomber des mains de Passepartout ! Maître et domestique prirent un fiacre, qui s’arrêta devant la gare à huit heures vingt. Devant les grilles se tenaient une mendiante et son fils vêtus de haillons. La pauvre femme demanda l’aumône à Phileas Fogg. Celui-ci sortit de sa poche les vingt guinées qu’il avait gagnées au whist : – Tenez, madame, je suis content de vous avoir rencontrée ! Puis il passa. Passepartout se sentit ému ; son maître avait fait un pas dans son cœur. Phileas Fogg envoya son domestique acheter deux billets de première classe pour Paris, et ils prirent place à bord du train. À huit heures quarante-cinq, un coup de sifflet retentit et la locomotive s’ébranla. La nuit était noire. Il tombait une pluie fine. Phileas Fogg ne parlait pas ; Passepartout pressait machinalement contre lui le sac de billets. Mais, soudain, il poussa un cri de désespoir. – Qu’avez-vous ? demanda M. Fogg. – Il y a… que… dans ma précipitation… mon trouble… j’ai oublié… – Quoi ? – D’éteindre le bec de gaz de ma chambre ! – Eh bien, mon garçon, répondit froidement M. Fogg, vous paierez la facture !
3 Qui témoigne une fois de plus de l’inutilité des passeports en matière de police
Phileas Fogg, en quittant Londres, ne se doutait pas du retentissement qu’allait provoquer son départ. La nouvelle du pari se répandit d’abord dans le Reform-Club ; des journalistes l’apprirent, et bientôt tous les grands quotidiens du Royaume-Uni firent paraître des articles à ce sujet. Le pays se passionna pour l’aventure de Phileas Fogg. La plupart des gens s’accordaient à dire que ce gentleman était fou et sa défaite certaine. Toutefois, les premiers jours, certains esprits audacieux furent pour lui, surtout les femmes, séduites par la photographie qu’avait publiée l’Illustré de Londres. Dans un pays où l’on raffole des paris, on misa sur Phileas Fogg comme sur un cheval de course. Mais toute cette émotion, toutes ces discussions sans fin autour de ses chances de succès, furent soudain interrompues sept jours après son départ, par une dépêche que reçut le directeur de la police anglaise : Retrouvé voleur de Banque, Phileas Fogg. Envoyez sans retard mandat d’arrestation à Bombay (Inde anglaise). Fix, détective L’effet de cette annonce fut immédiat. Plus personne ne prit parti pour Phileas Fogg. On examina de plus près sa photographie, qui correspondait trait pour trait au signalement du gentleman recherché. On rappela ce que la vie de Phileas Fogg avait de mystérieux, son isolement, son départ subit. Il parut évident que ce personnage, prétextant un pari insensé, était parti au bout du monde pour échapper à la police. Voici dans quelles circonstances avait été lancée cette dépêche concernant Phileas Fogg. Le mercredi 9 octobre, deux personnages arpentaient les quais de Suez, la ville où passe le canal qui relie la mer Méditerranée à la mer Rouge pour permettre un passage vers l’océan Indien. L’un de ces hommes était le consul anglais. L’autre était un petit homme maigre à la figure plutôt intelligente, nerveux, l’œil vif derrière ses longs cils. Il fronçait sans cesse les sourcils et ne tenait pas en place. Cet homme s’appelait Fix, et c’était l’un de ces détectives envoyés dans les divers ports après le vol commis à la Banque d’Angleterre. Il devait surveiller tous les voyageurs qui passaient par Suez, et si l’un d’eux lui semblait suspect, le « filer » en attendant un mandat d’arrestation. Alléché par la superbe prime promise en cas de succès, Fix prenait sa mission à cœur. – Et vous dites, monsieur, que leMongoliapeut tarder ? demanda Fix à l’agent ne consulaire, pour la dixième fois au moins.
– Non, monsieur, répondit le consul. Il a été signalé hier au large de Port-Saïd, et les cent soixante kilomètres du canal ne comptent pas pour un paquebot aussi rapide. C’est le meilleur navire de la Compagnie péninsulaire et orientale. Il dépasse toujours les vitesses réglementaires entre Brindisi et Bombay. Prenez patience, il va arriver ! Mais je ne sais pas si, avec le signalement que vous avez reçu, vous pourrez reconnaître le voleur s’il est à bord du Mongolia. En effet, ce voleur ressemble absolument à un honnête homme.