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Les lunettes magiques et autres contes et nouvelles

De
63 pages
Lulu était une adorable fillette de huit ans mais elle était très distraite à l’école. La raison en était qu’elle ne voyait pas très bien ce que la maîtresse écrivait sur le tableau noir. Aussi s’ennuyait-elle et laissait-elle vagabonder son imagination. Un jour l’institutrice convoqua ses parents pour les mettre en garde et chercher avec eux les raisons de l’attitude de Lulu.
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LES LUNETTES MAGIQUES
Lulu était une adorable fillette de huit ans mais elle était très distraite à l’école. La raison en était qu’elle ne voyait pas très bien ce que la maîtresse écrivait sur le tableau noir. Aussi s’ennuyait-elle et laissait-elle vagabonder son imagination.
Un jour l’institutrice convoqua ses parents pour les mettre en garde et chercher avec eux les raisons de l’attitude de Lulu.
- Peut-être Lulu ne voit-elle pas bien. ophtalmologiste, hasarda-t-elle.
Il faudrait l’amener chez un
- C’est que... nous ne sommes pas très riches... et les lunettes, ça coûte cher, dit la mère.
- Vous ne pouvez pourtant pas lui laisser perdre son temps à l’école. Il faut trouver une solution, insista l’institutrice.
- Nous allons réfléchir, décida le père.
Le soir, lorsque Lulu fut couchée, les parents discutèrent longtemps avant de prendre la décision de conduire leur fille chez le médecin.
Lulu pleura beaucoup lorsqu’on lui annonça qu’elle devrait dorénavant porter des lunettes. Elle craignait que ses petits camarades de classe ne se moquent d’elle. Elle refusa d’abord tout net d’aller chez l’opticien. Mais elle souffrait également de ne pas bien réussir à l’école. Aussi finit-elle par se laisser convaincre.
Le choix de la monture se révéla très difficile. Celles qui plaisaient à Lulu étaient trop chères pour les parents. La fillette refusait celles que lui conseillait l’opticien. Le père finit par se mettre en colère. Lulu choisit alors les moins chères et les plus laides du magasin et s’enfuit en pleurant.
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- Cette enfant est impossible ! s’exclama le père excédé. Finissons-en.
Quelques jours plus tard, Lulu mettait pour la première fois ses lunettes, les yeux remplis de larmes.
- Je n’y vois pas mieux qu’avant, pleurnicha-t-elle.
- Si tu séchais tes larmes, tu y verrais sûrement plus clair, répliqua le père en s’efforçant de garder son calme.
La fillette se réfugia dans sa chambre et refusa d’en sortir pour aller à l’école. L’idée d’affronter le regard moqueur de ses camarades la paniquait. Elle se regarda dans le miroir qu’elle aimait tant et faillit le casser tant elle se trouvait affreuse.
- Je ne peux pourtant pas rester dans ma chambre jusqu’à la fin de ma vie, dit-elle d’une voix rageuse. Tant pis, qu’ils se moquent de moi autant qu’ils voudront ! Je m’en fiche ! J’aurai de meilleures notes qu’eux parce que je verrai enfin tout ce que la maîtresse écrit au tableau, comme les autres. Ils vont voir ce qu’ils vont voir.
Un peu rassurée, elle sortit de sa chambre.
- Ah ! Tout de même ! Te voilà enfin ! Ce n’est pas trop tôt. Tu vas être en retard à l’école.
Accompagnée de sa mère, Lulu arriva à l’école au moment où la sonnerie retentissait. Les enfants couraient se ranger et ne virent pas Lulu qui les rejoignit lorsqu’ils rentraient dans la classe. Chacun se précipita à sa place. C’est alors que l’un d’eux s’écria :
- Regardez la nouvelle !
- Allons, dit la maîtresse. Silence ! Je ne veux plus rien entendre. Asseyez-vous et sortez vos affaires.
Tous les regards étaient posés sur Lulu qui s’installa à sa place habituelle. Un silence impressionnant régna jusqu’au moment où un rire fusa.
- Octave, tais-toi ! s’écria la maîtresse.
Lulu luttait contre les larmes qui lui montaient aux yeux, brouillant encore un peu plus sa vue. Mais elle parvint à se maîtriser et réussit même à sourire à la maîtresse.
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- Sortez vos cahiers d’orthographe. Vous allez faire une dictée.
Les élèves n’aimaient pas beaucoup cet exercice qui demandait une grande concentration mais Lulu était bonne en orthographe. Elle fut donc reconnaissante à l’institutrice et en oublia les autres.
L’institutrice lut une première fois le texte et, à sa grande surprise, Lulu le vit s’inscrire sur son cahier. Il disparut lorsque la maîtresse eut terminé la première lecture mais Lulu avait eu le temps de mémoriser.
La dictée ne présenta donc aucune difficulté pour elle. Elle soigna son écriture pour que son travail soit parfait. En passant auprès d’elle, l’institutrice la félicita, ce qui fit ricaner certains.
- C’est à cause de ses horribles lunettes, murmura l’un d’eux.
- Silence ! répliqua l’institutrice.
Pendant la récréation, Lulu resta seule dans un coin. Tous l’évitaient. Mais cela ne la fâcha pas, elle voulait réfléchir à ce qui venait de se produire. Elle avait peut-être rêvé. Comment un tel prodige aurait-il pu se produire ? Ses lunettes y étaient-elles pour quelque chose ? C’était impossible !
Lulu avait hâte que la récréation se termine pour en avoir le coeur net. Après avoir fait rentrer les élèves, l’institutrice annonça la leçon de mathématiques. Cela n’enchanta guère Lulu qui n’était pas très douée dans cette matière. Pourtant ce jour-là, tout lui parut lumineux. Elle comprit du premier coup ce qu’expliqua la maîtresse et fit ses exercices sans difficulté.
Une fois encore l’institutrice la félicita en se penchant par dessus son épaule pour vérifier les résultats. Les cancres de la classe la regardèrent d’un mauvais oeil. Que lui arrivait-il donc aujourd’hui ? D’habitude elle ne réussissait guère mieux qu’eux.
- Elle a des lunettes d’intello, murmura l’un d’eux avec dépit.
Lulu l’entendit et ne put s’empêcher de sourire. S’il savait à quel point ces lunettes étaient spéciales, il en mourrait de jalousie, pensait-elle. Lulu était tellement heureuse qu’elle se sentait pousser des ailes. Une immense soif d’apprendre, de rattraper le temps perdu la prit et ne la quitta plus. Elle se mit à lire tout ce qui lui passait entre les mains et ses lunettes lui permettaient de tout comprendre et de le mémoriser. Elle se
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passionna pour l’histoire, le géographie, les sciences et ses connaissances surprenaient tout le monde. L’institutrice elle-même n’en revenait pas. Elle se demandait si Lulu n’était pas surdouée.
Les mois passèrent et la fin de l’année scolaire arriva. La maîtresse convoqua de
nouveau les parents de Lulu.
- Votre fille a fait d’énormes progrès en quelques mois au point que je me demande s’il ne faudrait pas lui faire sauter une classe.
Les parents se regardèrent, perplexes. Ils avaient bien remarqué que leur fille avait beaucoup changé et ils n’en comprenaient pas bien la raison.
- Faites ce qui vous semble le mieux pour Lulu, dit le père.
Lulu fut ravie lorsqu’on lui annonça la nouvelle. Elle n’avait jamais été très bien acceptée par ses camarades de classe et espérait que ce serait différent avec d’autres enfants. L’institutrice lui donna un programme de devoirs de vacances pour consolider ses acquis. Lulu s’y plongea avec délice. Tout était tellement facile pour elle maintenant
Elle avait essayé d’enlever ses lunettes et avait bien compris qu’elles lui étaient devenues indispensables. Elle ne pouvait plus s’en passer. Elles l’avaient transformée.
Lulu passa des vacances studieuses ce qui ne l’empêcha pas de s’amuser comme une enfant de son âge. Pourtant un événement se produisit qui lui fit prendre conscience de toute l’ampleur des pouvoirs que lui procuraient ses lunettes.
Par un beau matin du mois d’août, elle se promenait au bord de la rivière. Sa vue se brouilla et dans un éclair elle vit un petit garçon en train de se noyer. Puis tout redevint normal. Etonnée, elle continua son chemin et soudain des cris lui parvinrent. Elle courut et aperçut un enfant qui se débattait dans l’eau.
Lulu était bonne nageuse. Elle n’hésita pas et se jeta à l’eau pour le secourir. Elle parvint à le ramener sur le bord sain et sauf.
Ce n’est qu’après coup qu’elle comprit qu’elle avait eu la vision de ce qui allait se passer. Ses lunettes lui permettaient aussi de prédire l’avenir ou du moins d’avoir des visions prémonitoires.
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