Les secrets du Chevalier d'Eon, espion du roi

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288 pages
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"Tout est paradoxal dans la vie du chevalier d’Éon, qui reste le plus célèbre des agents secrets de l’histoire. Fin lettré, il écrivait des livres et correspondait avec les plus grands esprits de son époque. Mais il était aussi très habile à manier l’épée et à se battre en duel, au point de se voir accorder le titre de capitaine des dragons. Mais ce qui fait plus encore sa notoriété, c’est son apparence double, nous dirions aujourd’hui sa bisexualité. Il lui arrivait en effet de s’habiller en femme et de séduire les plus grands hommes de son temps, pour accomplir les missions que lui confiait Louis XV, ou pour assouvir son insatiable curiosité, qui l’incitait à fréquenter rois et impératrices et à devenir leur confident.
Dans le premier volet de cette trilogie, le chevalier d’Éon est envoyé par Louis XV en Russie auprès de la tzarine Élizabeth Ire avec ordre de convaincre celle-ci de s’allier à la France. Il réussit brillamment sa mission, au point qu’Élizabeth lui révèle le plus pesant, le plus intime de ses secrets. Cette marque de confiance incite le chevalier à aider la tzarine à rechercher un personnage disparu depuis quarante ans ! Sans se douter que les secrets d’État sont souvent mortels…
Qui était vraiment le Chevalier d’Éon ? Après avoir étudié des archives familiales et des documents inédits, Gérard Morel répond à certaines de ces questions, dans ce livre palpitant, empreint de toute l’insolence de cet « agent trouble » qui pirouetta sur le XVIIIe siècle.
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Date de parution 30 juin 2014
Nombre de visites sur la page 144
EAN13 9782365839617
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0112 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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DANS LA COLLECTION« TOUTE UNE HISTOIRE»
Roger Judenne,Le Mensonge de Christophe Colomb
Dominique Legrand,Déserteurs
Sophie Marvaud,Suzie la rebelle – Les années de guerre
Sophie Marvaud,Suzie la rebelle – Le mystère Marie Curie
Sophie Marvaud,Suzie la rebelle – L’espion russe
Claude Merle,Les Guerriers de fer
Gérard Morel,Azalaïs de Camargue
Jean-François Nahmias,Titus Flaminius – La Route de la soie
Adeline Paulian-Pavageau,Le Diable rôde à Dantigny
Adeline Paulian-Pavageau,Le Sang des Cordeliers
Valérie Ravenne,Bonny et Read, femmes pirates
Guillemette Resplandy,Demain la liberté
Marc Séassau,Nostradamus et la peste noire
Bertrand Solet,En Égypte avec Bonaparte
Bertrand Solet,Bastien, gamin de Paris
Responsable d’édition : Sabine Sportouch Maquette : Annie Aslanian Corrections : Catherine Garnier
© Nouveau Monde éditions, 2010 24, rue des Grands-Augustins – 75006 Paris ISBN :978-2-36942-271-6
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Gérard Morel
Les Secrets du chevalier d’Éon Espion du roi
nouveaumondeéditions
À Jean-Pierre Charrier, qui m’a éclairé sur certaines des pistes suivies ou tracées par le chevalier d’Éon. En signe de reconnaissance et d’amitié.
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J E VAIS MOURIRVous le savez vous aussi, vous qui m’assistez dans cet exil et qui me servez avec autant d’amour que de respect. Pourtant, nous n’évoquons jamais ma dispa-rition prochaine, parce que vous croyez sans doute que cet événement a de quoi m’effrayer. Alors qu’au contraire, j’aborde la mort avec cette même curiosité passionnée que j’ai toujours ressentie envers la vie. Et je voudrais écrire ces lignes pour vous rassurer si vous les lisez de mon vivant, ou vous consoler si vous les trouvez plus tard ! Sachez que je quitterai ce monde en toute séré-nité, peut-être parce que je sais déjà que l’histoire se souviendra de mon nom : Charles Geneviève Louis, chevalier d’Éon… Tandis que la plupart des hommes illustres de notre temps vont être entraînés après leur mort dans un oubli aussi humiliant que définitif, je devine que mon nom restera attaché à ce dix-huitième siècle sur lequel j’ai pirouetté.
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J’ai tout aimé de mon époque. Les femmes, bien sûr, mais aussi les hommes. Et surtout, tandis que je jouais avec mes adversaires ou avec mes alliés comme l’on utilise ses meilleures cartes, dans l’espoir de gagner chaque partie, je me suis efforcé de les connaître autant que je les aimais, tels qu’ils m’appa-raissaient à travers leurs secrets et leurs intrigues. J’ai servi les uns avec dévotion, mais il m’est aussi arrivé de trahir les autres, et cependant j’aimais chacun d’eux, et toute mon agitation ne visait qu’à surprendre leurs secrets, leurs ambitions et leurs amours. Car, aussi loin que remontent mes premiers souvenirs, j’ai toujours été dévoré par la curiosité. Dès la petite enfance, je désirais comprendre les désirs des autres, pour mieux essayer de les ressentir à mon tour. À l’âge où mes camarades s’efforçaient de donner satisfaction à leurs parents en se montrant tels que l’on souhaitait les voir, moi je me sentais déjà écar-telé entre des désirs contradictoires. J’aurais voulu avoir lu tous les livres, écrits en français, en grec ou en latin, mais je jugeais aussi indispensable de manier l’épée de manière irréprochable. Et je me préparais déjà à éprouver tous les sentiments qui dérivent de la passion. Ce violent appétit de vivre a naturellement surpris mes parents, avant de les effrayer. Plus tard, il a aussi suscité l’incompréhension de la plupart de mes contemporains. Mais c’est justement ce qui m’a poussé à quitter la ville de ma famille pour m’échapper, très jeune, en direction de Paris, puis de Versailles. Je devinais déjà qu’il me fallait m’évader de la maison familiale pour parvenir à édifier mieux qu’une vie : une destinée.
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Moi qui aimais et recherchais la puissance, je me suis mis aux ordres du roi Louis, quinzième du nom. Jamais comme un laquais ni un courtisan, non, car j’avais davantage d’ambition. Mais j’ai été heureux de le servir de mon mieux, je considérais cette fonction non pas comme un asservissement mais plutôt comme un privilège. Jusqu’à sa mort, je suis resté dans son ombre. Ce qui m’a permis de le protéger dis-crètement, et de veiller sur ses secrets. Je ne regrette rien de ces années qui m’ont obligé à risquer ma vie et m’ont fait galoper de Versailles à Londres, en passant par Munich ou Saint-Pétersbourg, et qui m’ont permis de recevoir les confidences des principaux maîtres du monde, comme de leurs minis-tres ou de leurs ennemis… qui étaient parfois les mêmes ! J’y ai gagné l’amitié de la reine d’Angleterre autant que celle de la tsarine de toutes les Russies. Seul le roi de France m’a trahi. Mais c’était sans doute parce qu’il était mon maître et qu’il savait que, quoi qu’il fasse, je lui resterais toujours fidèle. Je n’ai pas déçu ses prévisions. Et je ne le regrette pas. Car je savais que, malgré tout ce qu’il a tenté contre moi, il m’aimait, à sa manière égoïste et distraite. Aujourd’hui, je suis un vieil homme qui achève à Londres une existence virevoltante, mais vous avez pu remarquer que je n’ai ni aigreur ni tristesse. Je regrette seulement que la plupart de mes aventures restent méconnues, par respect de cette discrétion que les gentilshommes nomment la pudeur, et qui m’appa-raît surtout comme de l’hypocrisie. Je vous ai déjà affirmé que mon nom me survivrait. Pourtant, un reste de lucidité me souffle qu’il ne res-
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tera pas auréolé des multiples aventures que j’ai vécues pour servir mon roi. L’Histoire ne retiendra de moi que l’ambiguïté qui imprégnait ma personnalité, fascinait mes amis et stu-péfiait mes adversaires. Ce talent que j’ai cultivé avec ironie et qui me permettait de changer aisément d’ap-parence. Vêtu en soldat puis en capitaine des dragons, je savais me faire obéir des militaires les plus rebelles, tout comme j’effrayais mes adversaires en les mena-çant de duels qui toujours se révélaient fatals pour eux. Mais je n’hésitais pas, pour accomplir mes missions, à me travestir en femme. Et mes charmes se révélaient alors aussi dangereux que mes passes d’armes. Encore aujourd’hui, alors que je suis trop âgé pour tenter de séduire quiconque sans basculer dans le ridicule, je reçois de toute l’Europe des lettres enflam-mées et des demandes en mariage écrites par… autant de femmes que d’hommes ! Vous-même, vous m’avez raconté en souriant que de nombreux gentils-hommes s’affrontaient à travers des paris absurdes pour tenter de savoir si en réalité, j’étais un homme ou une femme. Il est vrai que je suis souvent passé de la robe à l’uniforme des dragons, et que j’ai su me débarrasser de mes ennemis en leur donnant autant de coups d’épée que… de coups d’éventail ! Ce n’était pas là de la perversité de ma part, mais seulement la volonté d’utiliser tous les déguisements dont je disposais, et toutes les facettes de ma person-nalité, pour mieux servir mon roi. Sans doute en ai-je aussi profité pour entrevoir les plaisirs contradictoires que l’on trouve à être tour à tour homme puis femme.
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J’admets que cette capacité que j’avais à changer d’apparence puisse surprendre ou choquer. Mais n’at-tendez pas que je présente des excuses ou des regrets pour cette double nature qui m’a été donnée dès la naissance, car je n’en ai jamais éprouvé la moindre honte. Et aujourd’hui, j’en suis même assez fier, car, à l’heure de la mort et des bilans, je m’aperçois que mes ambiguïtés m’ont permis d’accumuler des souvenirs qu’aucun autre homme, ni aucune femme, n’aurait osé vivre, ni même entrevoir…