Les terres d

Les terres d'or

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Livres
127 pages

Description

Extrait :
Son existence tenait du roman ; -- comme cela arrive beaucoup trop fréquemment pour l'ordre et le bonheur de la société -- il avait été le héros d'une mésalliance qui avait fait grand bruit dans le monde londonien. À une époque où il était jardinier dans les propriétés d'une noble famille, il avait su se faire adorer par la fille de la maison, l'avait enlevée, et avait fui avec elle en Amérique. La malheureuse et imprudente victime de cette passion s'était aperçue trop tard de son funeste aveuglement ; il lui avait fallu dévorer dans l'humiliation et les larmes le pain amer de la pauvreté, assaisonné de remords et d'affronts, -- car son séducteur n'était qu'un cœur faux, un esprit misérable, tout à fait indigne du sacrifice consommé en sa faveur. Enchaînée à ce misérable époux, Mistress Newcome avait perdu non seulement amis et famille, mais encore sa fortune et ses espérances, car elle avait été déshéritée. Thomas n'avait convoité en elle que la richesse ; quand il la vit pauvre il la prit en horreur. La malheureuse femme traîna pendant quelques années une existence désespérée ; puis elle mourut, laissant une fille unique à laquelle elle léguait sa beauté, son esprit fin, distingué, impressionnable, et, par dessus tout, les noirs chagrins qui l'avaient tuée.

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Date de parution 06 avril 2017
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Langue Français

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EdmondGustave
ACHARDAimardLes ter r es d’ or Chapitr e I I
Enfin, p eut-êtr e en ré chapp er ez-v ous, mon b on, mon vieux camarade :
Allons, viv ement, avalez-moi ce lard ; – il n’y a p as une minute à p erdr e :
– avalez vig our eusement.
T out mourant qu’il se cr o yait, Ed eut la for ce de p enser que dé v or er
à plein g osier une demie liv r e de lard fr oid était une op ération p énible
et ardue . Né anmoins il essaya d’ en grignoter un p etit mor ce au, p erdit
courag e , et se laissa tomb er sur le lit, désesp éré .
— Il ne faut p as v ous dé courag er ainsi, Ed, dit F lag av e c autorité ;
essay ons de l’huile , ce sera plus facile à avaler . Allons ! de l’éner gie !… que
diable ! v ous êtes un homme , je p ense !
Ainsi pr essé jusque dans ses der nier s r etranchements, Ed fit un effort
désesp éré et avala d’une seule g or g é e tout le nausé ab ond contenu de la
cr uche qui lui était présenté e .
— Est-ce qu’il n’y en a p as assez, là , p our me tir er d’affair e , do cteur ?
demanda le p atient qui, à ses souffrances imaginair es, sentait se joindr e
une hor rible plénitude d’ estomac.
— Je ne sais tr op … tr ouv ez-v ous ce r emède-là plus aisé à pr endr e que
le lard ?
— Oh non ! je ne tr ouv e p as cela commo de du tout. Il me semble que
si le lard était fondu ou coup é en p etits mor ce aux je l’avalerais plus
facilement. Mais, j’y p ense , si l’un de v ous me frictionnait la p oitrine .
Squir e et F lag se mir ent à le fr oter d’imp ortance , outr ep assant même
de b e aucoup ses désir s. En même temps D o c fit fondr e du lard, dans un
vaste b ol, sur la flamme de la chandelle , car le feu était éteint.
— Je … je … tr ouv e que les frictions me font du bien, bég aya la triste
victime en cher chant à r epr endr e haleine sous les p oings furib onds de ses
amis.
— C’ est aussi mon avis, dit D o c sentencieusement ; et maintenant si
v ous p ouv ez absorb er ce b ol de graisse fondue , je cr ois que nous ar riv
er ons à v ous sauv er .
— Ah ! Seigneur ! miséricorde ! s’é cria Ed, lor sque p ar un effort
surhumain, il eût réussi à ingur giter l’atr o ce br euvag e ; c’ est au moins aussi
mauvais que le p oison !
— Jamais ! mon b on ! jamais ! obser va Squir e : si v ous en ré chapp ez, il
faudra bénir cete mé dication bienfaisante .
13Les ter r es d’ or Chapitr e I I
— Mes amis ! je m’ en vais ! c’ est fini, je le sens ! v o y ez plutôt ! hurla le
p atient qui se laissa tomb er pr esque inanimé sur le sol.
Les tr ois impito yables far ceur s eur ent un moment d’anxiété : Ed se
tordait dans les ang oisses très ré elles d’une indig estion monstr ueuse .
Heur eusement la vigueur de sa constitution prit le dessus, d’ab ondants
v omissements le soulagèr ent : il s’ endor mit tout brisé et tout endolori,
d’un pr ofond sommeil.
La far ce était joué e ; les tr ois conspirateur s se r etirèr ent en leur s lits
r esp e ctifs, dans le ravissement d’av oir aussi bien et aussi complètement
réussi.
Puis, ils s’abandonnèr ent bé atement aux douceur s du r ep os.
Mais à une heur e indue de la nuit, v er s le matin, tous les dor meur s
fur ent é v eillés en sur saut p ar un br uit étrang e ; il leur sembla entendr e
quelqu’un entr er furtiv ement dans la chambr e .
— Est-ce v ous D o c ? demanda en baillant Squir e qui o ccup ait le même
lit av e c F lag.
— Non, rép ondit l’autr e : Je p arie que c’ est Ed : en tout cas il n’ est p as
dans le lit.
— Hé ! l’ami Ed ! qu’av ez-v ous donc p our êtr e si matinal ? V ous
sentiriez-v ous plus mal ?
— Mal… ! gr ommela l’infortuné , d’une v oix de somnambule ; je v
oudrais bien sav oir si v ous ne seriez p as dolents et tour mentés, ayant le
cor ps b our ré d’huile et de graisse !
Un gr os rir e à demi étouffé fut la seule rép onse . Ed s’ en for malisa :
— Il v ous est facile de rir e , messieur s, je n’ en doute p as : je v oudrais
seulement que quelqu’un de v ous eût été aussi pr o che d’un emp
oisonnement mortel, et qu’il eût souffert toutes les épr euv es qu’il m’a fallu
trav er ser ; nous v er rions bien s’il tr ouv erait la chose aussi réjouissante !
— C’ est un fait ! obser va Squir e av e c un accent sy mp athique . Mais
compr enez, cher , qu’à présent v ous v oilà hor s d’affair e : nous en sommes
heur eux… mais heur eux… ! au p oint d’ en av oir le fou rir e .
— D’ailleur s, ajouta F lag ! nous ne rions p as de v otr e accident ; Dieu
nous en g arde ! nous tr ouv ons seulement, que v otr e mé dication, – si
complètement efficace , – avait un cachet,… comment dirai-je ? … un
caractèr e … fort bizar r e . Enfin, je p ense , mon brav e Ed, que v ous r estez notr e
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