Sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle

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Sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle est la suite de L'étrange destin de Jehan. Paul vivait depuis quatre ans à l’abbaye d’Hautecombes auprès de son cousin, le frère Albéric. Il lui avait fallu beaucoup de temps pour soigner les blessures morales et physiques que lui avait infligées son oncle, le comte de Rogues, après le décès de ses parents. Son jumeau, Jehan, qu’il croyait mort-né, l’avait délivré des mains de son geôlier et il s’était réfugié à l’abbaye d’Hautecombes pour tenter de retrouver la paix de l’âme.

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Date de parution 11 mai 2015
Nombre de lectures 134
Langue Français

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CHAPITRE 1
Paul vivait depuis quatre ans à l’abbaye d’Hautecombes auprès de son cousin, le frère Albéric. Il lui avait fallu beaucoup de temps pour soigner les blessures morales et physiques que lui avait infligées son oncle, le comte de Rogues, après le décès de ses parents. Son jumeau, Jehan, qu’il croyait mort-né, l’avait délivré des mains de son geôlier et il s’était réfugié à l’abbaye d’Hautecombes pour tenter de retrouver la paix de l’âme.
Avant de décider définitivement de ce qu’il voulait faire de sa vie, devenir moine ou rejoindre son frère Jehan pour prendre la place qui lui revenait dans le monde des seigneurs, il souhaitait faire un pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle pour remercier Dieu de l’avoir sauvé des griffes de son bourreau.
Il était encore bien fragile et le Père Ambroise qui l’avait pris sous sa protection avait tenté de le dissuader d’entreprendre un voyage aussi périlleux tout seul mais Paul tenait à son projet. Il avait besoin de voler un peu de ses propres ailes pour savoir de quoi il était capable et pour trouver sa voie.
Le Père Ambroise et le frère Albéric insistèrent toutefois pour qu’il aille voir son frère Jehan avant de se lancer dans ce périple pour lequel il n’était pas préparé. Paul accepta de bonne grâce. Il n’avait pas revu son jumeau depuis de longs mois et se réjouissait à la perspective de ces retrouvailles. Cependant il était angoissé à l’idée de se retrouver dans ce lieu où il avait tant souffert.
En effet Jehan vivait avec sa femme Anne au château de Rogues qu’il avait reçu comme fief des mains de son suzerain, le Comte de Blois.
Paul quitta donc l’abbaye d’Hautecombes par une belle journée de printemps et se mit en route pour rejoindre son frère et sa belle- sœur. C’était la première fois qu’il sortait seul de son refuge et il était très ému. C’était son choix, certes, mais il ne pouvait
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se défaire d’une certaine appréhension qui lui étreignait le cœur. Il allait affronter l’inconnu. Serait-il à la hauteur ? Son oncle l’avait tellement rabaissé et humilié pendant toute son enfance qu’il en gardait la marque comme imprimée au fer rouge dans son âme. Mais il avait confiance en Jehan qui saurait le rassurer et l’encourager.
Le Père Ambroise lui avait indiqué le chemin à suivre pour parvenir jusqu’au domaine de ses ancêtres. Le seul moment délicat était la traversée d’une forêt où avait vécu jadis en recluse Anne, avec sa mère lépreuse et son frère Pierre. Il y parvint au bout de quelques heures. Il était fatigué et il hésita à pénétrer dans ce lieu sombre et mystérieux pour lui qui avait quasiment toujours vécu cloîtré dans un cachot puis dans un monastère. Il aperçut soudain une colombe qui tournoya autour de lui puis prit son envol vers l’intérieur du bois, comme une invitation à l’y suivre. Il se laissa guider par elle et arriva dans une clairière. Quelle ne fut pas sa surprise quand il vit son frère et sa belle-sœur, recueillis sur la tombe de la mère d’Anne, à deux pas de la cabane où les deux jeunes gens s’étaient connus !
Paul se jeta dans les bras de son frère, tout aussi surpris que lui de le voir là.
- Mais que fais-tu ici, Paul ?
- Je venais te rejoindre avant de partir en pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle pour remercier Dieu de t’avoir retrouvé.
- Je suis si heureux de te revoir, mon frère.
- Il s’est passé quelque chose d’étrange tout à l’heure. J’hésitais à pénétrer dans la forêt lorsqu’une colombe est apparue et m’a guidé vers toi. C’est un signe du ciel, à n’en pas douter.
- C’est un heureux présage, en tout cas. Viens mon frère. Rentrons au château. Nous avons tant à nous raconter.
Paul monta sur le cheval de son frère et tous trois regagnèrent Rogues. La présence de Jehan aida Paul à surmonter son angoisse en apercevant le donjon et les murailles du lieu où il avait été retenu prisonnier pendant des années qui lui avaient paru des siècles. Se remettrait-il jamais d’une enfance aussi horrible ? Jehan le sentait frissonner tout contre lui et devinait ce que son frère ressentait.
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Mais en pénétrant dans le château, Paul reconnut à peine les lieux qu’Anne avait su rendre accueillants et chaleureux.
- Nous avons une grande nouvelle à t’annoncer, dit Jehan. Tu auras bientôt un neveu ou une nièce.
Paul regarda le ventre arrondi d’Anne et sourit.
- Je suis heureux pour vous deux.
- Si c’est un garçon, nous l’appellerons Paul, dit gentiment Anne.
- Et si c’est une fille, ajouta Jehan à l’adresse de sa femme, nous la nommerons comme ta mère, Martha.
Anne était rayonnante. La vie n’avait pas été facile pour elle mais elle avait eu l’amour d’une mère et d’un frère pour l’aider à surmonter les épreuves. Et puis Jehan avait surgi et lui avait apporté un bonheur auquel elle pensait ne pas pouvoir prétendre. Paul, lui, avait été seul pendant des années, sans pouvoir compter sur quiconque jusqu’à ce que Jehan le retrouve.
- J’aurais bien fait un bout de chemin avec toi, dit Jehan à son jumeau mais je ne peux pas laisser Anne seule en ce moment.
- Il n’était pas dans mes intentions de te le demander. Tu as charge d’âmes. Tu es parti à l’aventure il y a quelques années pour savoir qui tu étais. C’est mon tour maintenant de faire mes preuves et de savoir quel est vraiment mon destin.
- Un pèlerinage se prépare et nous allons t’y aider. Il serait sage aussi que tu apprennes quelques rudiments pour te défendre en cas d’agression. Les routes ne sont pas sûres pour les pèlerins trop confiants. Tu dois savoir te servir de ton bâton comme d’une arme si nécessaire. Et je suis expert à ce jeu-là. Nous t’entrainerons pour que tu ne sois pas pris au dépourvu. Je vais envoyer un messager à notre ami, le comte de Lorques. Il me demande souvent de tes nouvelles.
- Je serais heureux de le revoir.
- Mais d’abord nous allons vous nourrir un peu mieux qu’au monastère, ajouta
Anne en riant. Vous aurez besoin de forces pour vous entraîner avec mon cher époux.
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Le comte de Lorques et sa femme arrivèrent quelques jours plus tard avec leur petit Marie, âgée de deux ans. Pierre, le frère d’Anne, ne tarda pas à se joindre à eux. Jehan était heureux d’avoir tous ceux qu’il aimait autour de lui. Le nain Bertou qui n’était jamais retourné à la Cour des Miracles égayait leurs journées avec ses tours dont la petite Marie raffolait. Jehan qui n’avait jamais oublié ce qu’il avait été pendant toute sa jeunesse amusait la compagnie avec ses jongleries et chantait des poèmes d’amour à sa chère Anne.
Tous appréciaient ces moments de paix et de bonheur après les moments difficiles voire cruels qu’ils avaient vécu ces dernières années. Paul fut un instant tenté de rester auprès de son jumeau enfin retrouvé mais il tenait aussi à son projet de pèlerinage et voulait se prouver à lui-même qu’il en était capable.
Aussi Jehan, Pierre et le comte de Lorques le préparèrent-ils de leur mieux à ce qui l’attendait. Paul n’était pas entraîné à marcher longtemps, or c’étaient des étapes d’environ trente- cinq kilomètres par jour qui l’attendaient. Ils décidèrent donc de faire de longues marches tous les quatre aux alentours du château pendant que Jeanne et Anne papotaient et s’occupaient de Marie.
Jehan lui apprit également le maniement du bâton, exercice dans lequel il excellait depuis l’enfance, pour qu’il puisse se défendre en cas de danger.
Les exercices au grand air lui firent le plus grand bien et Paul se sentit prêt à affronter l’inconnu au bout d’une quinzaine de jours. Il lui restait à prendre congé de son frère et de ses amis qui ne lui ménagèrent ni les conseils ni les recommandations. Mais Jehan était inquiet pour son jumeau et il fit une dernière tentative pour retarder son départ.
- Attends au moins la naissance de ton neveu ou de ta nièce. Je tiens à ce que tu sois le parrain de cet enfant. Tu ne peux donc partir avant l’accouchement.
Paul finit par se laisser fléchir ; il n’était pas à quelques jours près et Anne était presque à terme.
Anne avait bien besoin de se sentir entourée car une angoisse la tenaillait depuis plusieurs mois : l’enfant qu’elle allait mettre au monde serait-il en bonne santé ? Anne craignait de lui transmettre la lèpre dont elle était elle-même malade depuis quelques années. Heureusement la maladie n’avait touché que sa main gauche et n’avait pas évolué. Elle cachait son infirmité pour ne pas être mise au ban de la société mais ses proches
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étaient au courant et la protégeaient de leur mieux de la curiosité malsaine de ceux qui la connaissaient moins et ne manqueraient pas de lui nuire s’ils l’apprenaient.
Si Jeanne, le comte de Lorques et Pierre étaient accourus à l’appel de Jehan c’était autant pour voir Paul que pour accompagner Anne dans les semaines précédant l’accouchement. Ils devinaient ses craintes même si elle ne se confiait à personne, pas même à Jehan sur ce sujet. Mais il n’était nul besoin qu’elle l’exprime pour comprendre son angoisse. Ils l’affectionnaient assez pour percevoir son inquiétude. Jehan aurait aimé que le Père Ambroise soit là lui aussi. Ses connaissances en médecine et en plantes médicinales auraient été les bienvenues en cette occasion. Mais le Père Abbé ne pouvait quitter son abbaye sans une bonne raison. Il serait toujours temps de faire appel à lui en cas de besoin et tous espéraient que ce ne serait pas nécessaire. De plus Ambroise avait appris à Jehan puis à son frère Paul quelques notions qui pourraient se révéler bien utiles. Les jumeaux avaient toujours avec eux un petit sac contenant des simples et Jehan savait où les trouver dans la forêt. Cela rassurait un peu Jehan que cette première naissance angoissait tout autant que sa femme, même s’il était fou de joie à l’idée d’être père.
Ils n’eurent pas très longtemps à attendre et tout se passa le mieux du monde. A leur grande surprise, Anne mit au monde … des jumelles en bonne santé que les heureux parents décidèrent d’appeler Martha et Sarah. Jehan avait voulu honorer ainsi celle qui l’avait élevé et considéré comme son fils.
Paul resta à Rogues jusqu’au baptême de ses deux filleules, qui eut lieu dans l’intimité. Jehan et Anne ne tenaient pas à trop attirer l’attention sur eux et la cérémonie se déroula dans la chapelle du château en présence de leurs seuls amis.
Jeanne et son mari restèrent encore quelques semaines à Rogues pour aider Anne à prendre soin des nouveau-nées. Pierre s’attarda quelques temps lui aussi. Mais Paul décida de poursuivre sa route. Un long périple l’attendait. Ses prières accompagneraient la jeune mère dans sa nouvelle vie.
Paul enviait presque son frère. Connaitrait-il jamais lui-même un tel bonheur ? Quel était son destin ? Ce pèlerinage lui permettrait-il de se trouver lui-même ? Il découvrirait peut-être les réponses à ces questions au bout du chemin.
Armé de son bâton de marche, le bourdon, et de sa calebasse pour transporter
l’eau, et de sa besace il prit la route du Puy en Velay d’où partait l’itinéraire découpé en
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