Yona fille de la préhistoire tome 1

Yona fille de la préhistoire tome 1

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38 pages

Description

20 000 ans avant notre ère... Yona, douze ans, met ses pouvoirs de guérisseuse au service des hommes et des animaux.
Yona vit heureuse avec ses parents jusqu'au jour où elle voit sa mère se noyer, emportée par les flots d'une rivière en crue. Rien ne sera plus jamais comme avant... Confiée à l'inquiétante chamane du clan qui exige d'elle une obéissance totale, Yona se révolte. Son seul ami: un loup blessé. Il deviendra son plus fidèle allié dans sa quête de liberté...





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Date de parution 07 octobre 2010
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EAN13 9782266208130
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Florence Reynaud



Le clan des loups




1
Les griffes de l’ours
Y
ona frotte ses yeux fermés le plus fort possible, de ses poings serrés. Elle aimerait tant les ouvrir bien grands et que tout soit comme avant. Mais ces choses-là n’arrivent pas. Si elle entrouvre ses paupières, la même scène lui apparaîtra. Elle verra l’ours couché à ses pieds, qui geint, blessé à la poitrine, et la rivière où flottent des plaques de glace. La fillette ne comprend pas comment un tel malheur est arrivé. Si vite. Le temps d’un souffle de vent glacé.
— Maman ! gémit-elle. Maman, reviens ! Je t’en prie !
Yona a suivi sa mère Madem dès le lever du jour. La fillette, à onze ans, n’aime que les grandes marches sur le plateau battu par le blizzard, et les expéditions vers la falaise, où nichent les corneilles. Or, Madem la guérisseuse a l’habitude de partir loin de la grande caverne où vit le clan. Qu’il neige ou qu’il gèle, la jeune femme se met en quête de la moindre racine, de la moindre plante capable de soigner les malades. Depuis deux saisons, elle apprend sa science à son unique enfant, cette fille aussi forte et courageuse qu’un garçon.
— Maman ! pleure encore Yona.
Un souffle rauque résonne, tout proche. Elle entrouvre les paupières, effrayée. L’ours gît toujours sur la neige ensanglantée. L’énorme bête n’est pas morte. Sa gueule aux dents jaunes laisse échapper de brefs grognements.
— Père ! s’égosille Yona. Père !
La fillette est incapable de bouger. Tout en appelant au secours, elle détache son regard du fauve pour fixer la rivière à demi prise par les glaces. Le redoux approche, si bien que des plaques se sont détachées, charriées par le courant qui roule violemment entre les berges.
— Yona ! Tiens bon !
C’est la voix de Dako, son père. Yona parvient à reculer, à faire face aux hommes qui accourent. Elle reconnaît le grand Murg, le chef du clan des loups, et deux autres chasseurs, l’épieu à la main. À eux trois, ils achèvent l’ours.
Dako secoue sa fille par les épaules.
— Où est Madem ? Où est ta mère ? hurle-t-il.
— L’ours nous a attaquées ! bredouille Yona en larmes. Maman avait déterré un petit saule, elle m’expliquait comment il fallait le préparer pour la tisane, et d’un seul coup l’ours était là ! On ne l’a pas vu venir, ni entendu. Il a blessé maman, ses griffes lui ont déchiré la poitrine, parce qu’elle me défendait… avec sa lance.
Dako devient très pâle. Il cherche autour de lui, mais il n’y a aucune trace de sa compagne.
— Où est ta mère ? répète-t-il.
Yona s’agrippe à la lourde veste de son père :
— La rivière a pris Madem ! La rivière l’a emportée ! Son corps a disparu sous la glace… Nous ne la reverrons jamais !
De gros sanglots empêchent Yona d’en dire plus. Son père s’agenouille devant elle et lui caresse la joue.
— Ma fille ! dit-il, pourquoi as-tu le sac de Madem, oui, son sac de guérisseuse ? Raconte-moi ce qui s’est passé, afin que mon esprit soit en repos !
Yona renifle. Malgré l’affection de son père, elle se sent perdue.
— Maman s’est battue contre l’ours. Elle m’a lancé son sac ! Elle a dit qu’elle me le donnait, puis elle m’a demandé de m’enfuir, de courir te chercher. Mais je n’ai pas pu. Mes jambes n’obéissaient pas. Maman saignait tellement, l’ours aussi. Elle est tombée dans la rivière, en reculant. Et là, je l’ai vue tendre les bras. Ensuite elle a coulé. L’eau l’a entraînée… loin, si loin…
Le grand Murg et ses chasseurs ont écouté le récit de la fillette. Ils baissent la tête et touchent les colliers de dents qui ornent leur poitrine. Ils rendent ainsi hommage à la belle Madem, leur guérisseuse.
Dako, lui, se griffe le visage et s’arrache les cheveux. Ce spectacle terrifie Yona, qui suffoque de désespoir.
— Il faut conduire Yona près de la vieille Mummi ! déclare Murg. Elle sait apaiser les chagrins. Sinon l’enfant risque de perdre la raison. Pars, Dako, nous allons ramener la dépouille de l’ours.
— Viens avec moi, Yona ! soupire Dako. Murg dit vrai. Notre chamani va s’occuper de toi.
Yona repousse la mèche noire qui tombe sur son front. Ses yeux bruns contemplent une dernière fois la masse inerte de l’ours et la rivière. Ses lèvres gonflées par les larmes tremblent encore lorsqu’elle chuchote :
— Maman ! Tu as rejoint le pays des morts… Maman, je t’aimais tant… Je veux que tu reviennes…
Son père lui prend la main. Alentour s’étend la longue vallée blanche de neige. Yona regarde la falaise immense qui surplombe le cours de la rivière. Là-bas se trouve la grande caverne où elle a grandi, protégée et choyée par sa mère.
Comme s’il devinait ses pensées, Dako lui dit d’un ton grave :
— Tu devras toujours honorer le souvenir de Madem, Yona. Du pays des morts, ta mère veillera sur toi.
— Oui, père… je te le promets.
Le retour paraît interminable à Yona. Elle a l’impression, tandis qu’elle s’éloigne de la rivière, d’abandonner sa mère.
*


En pénétrant sous le porche gigantesque de la caverne, Yona n’a qu’une envie : se coucher sur sa litière, dans l’abri de sa famille, et pleurer des jours et des jours. Mais Dako la tient fermement et tous deux montent le raidillon glissant qui mène chez la vieille Mummi. Un feu y brûle du matin au soir. Déjà ils peuvent apercevoir la chamani, assise au milieu de ses fourrures. Derrière la vieille femme sont suspendus à la paroi rocheuse des crânes de bêtes, ornés de plumes d’oiseaux. C’est l’endroit le plus reculé de la caverne, il y fait très sombre. Aucun enfant n’aime y venir.
— Approche, Dako ! lance la vieille femme d’une voix dure. Pourquoi me déranges-tu ? Et où est Madem ?
Yona avance à contrecœur. Le visage de Mummi n’a rien de plaisant. La bouche sans lèvres s’ouvre sur trois dents jaunies, la peau est aussi plissée qu’une écorce rabougrie par le gel. Seul le regard gris pétille de vie. La chamani du clan cache son crâne sous une coiffe en fourrure de renard, et chacun sait pourquoi : elle n’a plus qu’une maigre poignée de cheveux…
Dako s’incline un court instant avant d’expliquer d’une voix affaiblie par la douleur :
— Madem est morte, respectable Mummi ! Ma compagne bien-aimée a disparu. Elle a défendu Yona contre un ours, puis elle est tombée dans la rivière. Le courant l’a emportée sous les glaces. Au pays dont personne ne revient… Ma fille a tout vu. Elle souffre beaucoup. Je te la confie, le temps que son esprit s’endurcisse. Je n’ai pas le courage de la consoler. Il lui faut la douceur d’une femme.
La vieille chamani paraît très surprise. Elle se gratte le menton. C’est bien la première fois qu’on la croit capable de douceur. Dako fait mine de s’éloigner, mais Yona s’accroche à lui de toutes ses forces.
— Non, père ! Garde-moi avec toi ! Je ne veux pas rester ici ! J’ai peur !
Mummi étend ses bras squelettiques. Elle saisit la fillette aux poignets et l’attire à elle.
— Tu dois m’obéir, petite ! explique-t-elle. Laisse ton père tranquille. Lui aussi, il est malheureux. Écoute-moi, Yona ! Tu portes sur ton épaule le sac de Madem. Cela signifie qu’elle t’a confié son pouvoir. Ta mère était notre guérisseuse. Je vous ai observées, toutes les deux ! Elle t’apprenait à soigner et toi tu l’écoutais avec attention. Je pense que tu en connais assez sur les plantes et les maladies pour remplacer Madem. Tu vas habiter chez moi jusqu’à la prochaine lune. Quand ton chagrin sera moins fort, tu pourras retourner auprès de ton père.
— Pas jusqu’à la prochaine lune ! supplie Yona en tombant à genoux. Je t’en prie, Mummi… Père…
Elle qui est déjà si malheureuse d’avoir perdu sa mère, on veut l’obliger à vivre dans la pénombre, sous la surveillance d’une vieille femme autoritaire.
Mummi a rempli un récipient d’un liquide tiède.
— Bois, Yona ! ordonne-t-elle. C’est une tisane qui te calmera, une préparation de ta mère. Tu vas dormir longtemps. Les rêves que tu feras seront très importants. Il faudra me les raconter à ton réveil.
Les doigts d’oiseau de proie de la chamani effleurent le front de Yona. Épuisée, désespérée, la fille de Madem se laisse allonger sur les fourrures qui couvrent le sol. Son père est déjà parti.
— Et mon amie Noume ? s’écrie soudain Yona. Dis, Mummi, est-ce que je pourrai voir Noume ? Elle est une sœur pour moi…
— Je te répondrai plus tard, petite ! ronchonne la chamani. Repose-toi.
Yona se pelotonne sur elle-même. Ses idées deviennent confuses. Ce doit être la boisson amère que Mummi lui a fait boire.
« Maman, reviens me sauver ! se dit-elle encore. Je ne pourrai pas vivre sans toi… Et je ne veux pas prendre ta place. Je ne sais pas guérir nos malades. J’ignore tant de choses que, toi, tu connaissais. »
2
La révolte de Yona
D
ès le lendemain, Mummi entreprend de questionner Yona sur le savoir de Madem.