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Au bout là-bas

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113 pages

Les cinq petits-enfants de Mamycha sont aux anges de passer les vacances chez elle. Toute la journée pour jouer entre cousins et se régaler des petits plats de leur grand-mère... un programme qui convient à tous ! Pourtant cette année, il se passe quelque chose de bizarre au village. La maison de la vieille madame Ferrand, morte l'année passée, semble à nouveau occupée. Qui est ce mystérieux locataire qui refuse de mettre le nez dehors et semble vivre uniquement la nuit ? C'est l'occasion pour la petite troupe de mener l'enquête.


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D’abord journaliste et auteur de livres documentaires, Anne Vantal s’est découvert une vocation pour la fiction jeunesse. En 2003, elle publie chez Actes Sud Junior son premier roman, Pourquoi j‘ai pas les yeux bleus ?, suivi de Je hais la comtesse !, Chère Théo, Le Maître des vecteurs, Dossier la Guêpe, Matakonda la terrible et Sauf que. Elle est également l’auteur chez Actes Sud Junior de trois romans ADO : Peine maximale, Un été outremer et Voie interdite.

roman

AU BOUT LÀ-BAS

ANNE VANTAL

ACTES SUD JUNIOR

1

– Tiens ! On dirait qu’il y a de la lumière chez Mme Ferrand !

Comme souvent, Mamycha se tient debout près de la fenêtre de la cuisine. Dès que Margot et Léo, deux de ses petits-enfants, auront fini de mettre le couvert, on passera à table. Mamycha aime le début de l’été, quand les soirées se prolongent tard et qu’il fait grand jour jusqu’à dix heures. Elle aime surtout les deux semaines que passent avec elle, chaque année, ses cinq petits-enfants.

Mamycha poursuit ses commentaires à mi-voix sans se soucier d’être entendue.

– Les héritiers ont dû finir par vendre la maison… Ou la louer, tout simplement. C’est pas trop tôt, depuis le temps qu’elle est inoccupée… La pauvre Mme Ferrand est morte depuis plus d’un an ! Ses fils auraient dû se mettre d’accord bien plus vite.

C’est une vieille habitude de Mamycha, ça : faire partager ses pensées à haute voix. Elle se tord le cou pour essayer de deviner ce qui se passe dans la villa de son ancienne voisine, Mme Ferrand, décédée l’an dernier et dont, sans doute, ses petits-enfants se souviennent à peine. Pour eux, Mme Ferrand n’était qu’une très vieille dame à qui ils n’ont jamais beaucoup adressé la parole. Mamycha, qui la regrette, se désole de voir sa maison laissée à l’abandon.

Ça y est : la table est mise, et Mamycha quitte son poste d’observation pour poser sur la nappe un plat qui sent délicieusement bon. Elle s’assied en bout de table, tandis que les cinq petits prennent place tout autour en faisant cogner leurs chaises.

En bonne grand-mère, elle les contemple l’un après l’autre d’un air satisfait. Margot, d’abord, menton pointu et regard futé. Elle a beaucoup grandi dernièrement : à douze ans, elle est l’aînée de cette joyeuse troupe. Léo, son frère, la suit de près. Lui aussi promet d’être grand ; il a déjà l’air d’un échalas qui ne sait trop quoi faire de ses bras démesurément longs. Que va-t-il inventer cette année ? Léo a toujours fait preuve d’imagination et d’intrépidité, et Mamycha a perdu depuis longtemps le compte de ses bêtises ! Leur jeune frère, Baptiste, qui pourtant n’a que huit ans, paraît d’un naturel bien plus calme et réfléchi ; en ce moment, il est lancé dans une grande conversation avec son cousin Arthur, avec qui il partage un certain goût pour les choses sérieuses. Mamycha couve les trois garçons d’un regard attendri. Mais c’est surtout la sœur d’Arthur, Sophie, qui a les faveurs de sa grand-mère. C’est la petite dernière, et puis c’est une fille : c’est mieux pour l’équilibre de la famille, pense Mamycha pour se donner bonne conscience. En réalité, si Sophie lui plaît tant, c’est qu’elle lui ressemble beaucoup : vive, audacieuse, bavarde, curieuse et jamais en panne d’idées, Sophie a emprunté à Mamycha plus d’une qualité… et plus d’un défaut.

Les cinq enfants sont arrivés vendredi soir, juste à temps pour croiser leur grand-père qui, comme tous les ans, vient de partir pour deux semaines de cure. Il en reviendra dans une forme éblouissante, sans que Mamycha sache bien si c’est la cure qui lui donne du tonus ou seulement les quinze jours de solitude, loin des bavardages de sa femme. Mamycha, de toute façon, s’en fiche : elle a les enfants, c’est l’essentiel. Et à en juger par leurs mines réjouies et l’appétit avec lequel ils ont attaqué leur assiette, ils ne sont pas mécontents non plus. Ils ont faim, ces enfants, et ils vont dévorer. À la fin du séjour, quand Mamycha les rendra à leurs parents, on s’extasiera sur leurs joues rebondies, leur joli hâle et leur bonne humeur.

D’avance, Mamycha soupire d’aise. C’est le meilleur moment de l’année.

– Dis, Mamycha, on pourra retourner jouer dans le jardin après le dessert ?

– Mais vous avez pris votre douche ! Et vous êtes en pyjama !

– Oh, Mamycha, s’il te plaît, s’il te plaît !

Mamycha fait semblant d’hésiter avant de donner son accord. Qu’importe si les pyjamas sont un peu salis. Les jours sont trop longs pour qu’on n’en profite pas… Et puis quoi, ce sont les vacances !

2

– On joue à quoi ? demande Sophie.

C’est la troisième fois qu’elle pose la question ce matin. Comme il pleut à verse, pas question d’aller courir dans le jardin de Mamycha.

Sophie a énormément changé, songe Margot en observant discrètement sa cousine. Avant, on pouvait la juger capricieuse ou vraiment bébé, mais depuis son huitième anniversaire, elle se comporte comme ses aînés, sans bouder ni rechigner – même au moment de débarrasser la vaisselle. Cette petite cousine est une drôle de fille pas très grande pour son âge, épaisse comme une feuille de papier et couverte sur tout le corps de taches de rousseur dont elle a appris, tant bien que mal, à s’accommoder. Sophie ne sort jamais sans chapeau ou sans crème solaire. Enfin, les étés où il fait beau, bien entendu. Parce que si la pluie continue comme ça, Sophie ne risque vraiment rien. Aujourd’hui, la petite a une mine désolée, et Margot se dit qu’elle l’aime bien, au fond. Mamycha aussi l’aime beaucoup, mais c’est bien normal : Mamycha aime tous les enfants. En plus, Sophie est une rebelle qui n’a pas sa langue dans sa poche et Mamycha apprécie les caractères bien trempés.

À propos de trempé… Depuis samedi, la pluie tambourine sur les carreaux. C’est désespérant. Mamycha n’en finit pas de gaver tout le monde de crêpes et de gratins pour faire oublier cette méchante météo. Les cinq cousins ont déjà épuisé tous les jeux à leur disposition. Les garçons ont même extirpé d’un placard un vieux jeu de construction oublié depuis des lustres et ont commencé à monter un immense château fort. Arthur en a établi le plan, Baptiste se charge de fournir les matériaux – des cubes, des cylindres et des parallélépipèdes de bois coloré – et Léo essaie de maintenir sans trembler un donjon qui a des allures de tour de Pise.

Margot n’en peut plus.

– Je crois que la pluie va s’arrêter. Si on prenait les vélos ?

Sophie est tout de suite d’accord ; elle déteste rester enfermée. Baptiste, lui, fait la moue : il n’aime pas interrompre une tâche et préférerait poursuivre l’édification de sa forteresse. Léo, qui attendait l’occasion de lâcher le château, s’est déjà mis debout. Margot le surprend en train de rejeter en arrière la mèche qui lui tombe sur le front. Léo a refusé de passer chez le coiffeur avant les vacances, et maintenant ses cheveux l’encombrent.

Pour le vélo, Mamycha a dit non tout net : les chemins sont bien trop boueux et le mauvais temps persiste. Finalement tout le monde s’est mis d’accord sans trop de mal, et Mamycha a donné son autorisation pour une simple promenade à pied. Encore a-t-elle imposé ses conditions : il faudra rester sur les sentiers. Interdiction de couper par le pré de M. Uzès ou le champ de tournesols des Armand. Les enfants promettent en chœur de ne se séparer sous aucun prétexte et de faire bien attention. Margot accepte d’être responsable du groupe, ce qui fait râler Léo. Les cinq enfants s’équipent de bottes en caoutchouc et de vêtements à capuche pour braver les rafales de vent froid et mouillé.

– En avant ! s’écrie Léo, et aussitôt Sophie vient se placer à ses côtés en dansant d’un pied sur l’autre.

Quel duo ils forment ! Ce sont de vrais complices, probablement parce qu’ils partagent le même goût pour la course à pied, les parties de cache-cache et l’ascension (interdite) dans le gros chêne du jardin. Partis devant, ils passent le portail en courant dans les flaques sans se soucier de l’eau qui les éclabousse. Margot les voit s’éloigner avec un peu d’inquiétude. Près d’elle, les deux autres sont de nouveau absorbés dans l’une de leurs interminables conversations : Arthur, qui semble drôlement calé sur le sujet, donne à son cousin une leçon détaillée sur les fortifications au Moyen Âge.