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AU TEMPS DE DRACULA

De
172 pages
Le trône était dressé sur une estrade drapée de velours, au bout de la salle. Au-dessus, une tapisserie accrochée au mur représentait un monstre ailé à queue de serpent qui, hissé sur ses deux pattes griffues, défiait l'assistance. La même bête farouche surplombait le dossier du trône. C'était l'emblème de la dynastie des Dracula… Terrifiés, les gens qui l'entrevoyaient se signaient aussitôt furtivement, tout en murmurant que c'était la propre image du Diable.
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Du même auteur:
Q adaptations pour eifants : (bilingue,. t'OI/.Ugende deJ Paris 1996.

Contes des Carpates mondes), éd l'Harmattan,

La jeune fille plus sage que le juge (album,
t'OI/. ConteJ d'hier et d'aujourd'hui), Jeunesse, Paris 1997. éd Albin MÙ:he/-

Un amour bon comme le sel (t'OI/. ontesde C
sageJse) éd Albin Miche/Jeunesse, Paris 1998.

Le petit chardonneret in "Boutond'or" n° 93/ mars 2000, EDIFAJeunesse, Paris.

Q

traductions:

V. Eftimiu, Mister Léonard, éd HachetteJeunesse, Paris 1995. C. Stere, Smaragda Théodorovna (col/.Écritures roumaines),éd !Harmattan, Paris 2000.

Q

recherche - lettres médiévales:

Watriquet de Couvin, Sire de Verjoli. Statut du poète et évolution de la poésie française à l'aube
du XIVe siècle (thèse de doctorat - Université de Sorbonne-Paris IV), éd Presses Universitaires du Septentrion, Lille 1999. .-..,

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L'Harmattan

Collection Jeunesse
dirigée par Isabelle Cadoré, Martine Michon Denis Rolland et Anne Pouget

MEJA MW ANGl, Kariuki. Aventures avec le petit homme blanc. MONTLAHUC S. (ed.), Rue des origines. 51 récits d'adolescents. MONTLAHUC S. (ed.), Les voleurs de mémoire. MONTLAHUCS, Partie de campagne. MORADI-KERMANI H., Lajarre. PASCALE R., Sarajevo. 125 questions sur une ville assiégée. PASCALE R. (contes adaptés par), Les fourmis rouges et le serpent à plumes et autre conte latino-américain. PASCALE R., KERGUERIS M. (mythes celtes adaptés par), Le vieux pêcheur et les fomors. PINGUILL Y Y., Le gros grand gri-gri. PINGUILL Y Y, Le tatouage blanc. POUGET- TOLU A., Voyage au pays des Croisades. REBERG E., BOUBRIT S., L'Ogre et lafévette. RENOUX 1.-C., Contes du montreur d'ours (contes provençaux). RENOUX 1.-C., Le voyage du paillassier (contes provençaux). RENOUX 1.-C., Le mulet maladrech (contes provençaux, bilingue). SAUV ARD 1., Le ballon de Yacine. SAUV ARD 1., Les palais d'or de Belleville. SA YAR H., Contes de la mythologie persane (bi!. persan-français). SCHWOB D., Contes de la grande yeuse. SIEBERT R., Une île sur le fleuve noir - Histoire d'une enfance vendue en Thai1ande. YASMIN H., Le petit cavalier noir.

@ L'Harmattan,

2000

5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

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L'Harmattan, Inc. 55, rue Saint-Jacques, Montr~al (Qc) Canada H2Y lK9 L'Harmattan, ltalia s.r.1. Via Bava 37 10124 Torino L'Harmattan, Hongrie Hargita u.. 3 1026 Budapest ISBN: 2-7384-9905-8

Il était une fois, au pays de Valacrue, voïvode chrétien de foi grecque dont nom était Dracula, ce qui veut dire roumain diable. Il était si méchant que vie fut à l'image de son nom.
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(d'aprèsM. Cazacu)

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Première partie

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1 Le florin d'or
lonel courut se cacher derrière un buisson. Le bois s'éclaircissait à cet endroit. Les arbres se faisant de plus en plus rares, il avait du mal à se cacher. Il craignait la présence des hommes. Devant lui une route serpentait, se perdant entre les collines. À sa gauche, la silhouette sombre d'un château. Ses tours pointées vers le ciel semblaient accrocher au passage les nuages rebelles. L'énorme bâtisse était entourée d'un mur d'enceinte qui dissuadait de le franchir. Une fois, lonel avait entendu les adultes parler de ce château: il n'aurait jamais imaginé qu'il fût aussi grandiose. À le regarder, il était si impressionné que l'écho pourtant familier du coucou, venant du côté des remparts, l'effraya. Il faillit prendre ses jambes à son cou vers la forêt où il était comme chez lui, au milieu des lichens, des framboisiers et des champignons. Les animaux de la forêt étaient ses amis, et l'ours ne s'était pas encore manifesté. Il ne craignait même pas le hibou, malgré sa mauvaise réputation, alors que ces murailles menaçantes semblaient froncer des milliers de sourcils dans sa direction...

«Me trouverais-je par hasard devant le château des Dracula?» se demanda le garçon, soudain songeur. Oui, mais le vieux roi était mort, son fils aîné aussi. Il n'y avait que les sottes gens pour dire que des striges et des lémures hantaient maintenant la demeure! Vladislav lui-même, tout voïvode1 qu'il fût, n'osait pas y mettre le pied. Quant à lui, il ne croyait pas à ces stupidités! Ionel secoua d'un geste énergique ses cheveux qui tombaient sur ses épaules, et dit à haute voix pour chasser ces noires pensées: «Décidément, tu commences à avoir des visions, mon petit! Tout à l'heure, les murs menaçants, à présent les revenants, tu n'en finiras jamais! La faim te rend malade! » Curieux, il s'approcha des murs d'enceinte. De près, ils apparaissaient plus lugubres encore. Çà et là, des pierres disloquées barrant le sentier témoignaient de l'absence de l'homme. L'herbe avait poussé dans les joints et les lieux semblaient totalement déserts. . Ionel s'avança jusqu'au bord des douves. Il en aperçut le fond pratiquement sec. Sa profondeur l'effraya. «Pas moyen de le franchir, se dit-il. Je vais faire le tour. Sait-on jamais, avec un peu de chance je trouverai un pont et une porte d'entrée... » Il se remit à marcher. Devant l'immensité de la fortification, son cœur s'était mis à battre plus
I Gouverneur, chef de l'armée, dans les pays de l'Est européen, notamment dans les Balkans. Titre des princes régnant en Valachie, Moldavie et Transylvanie, à l'époque médiévale. 10

rapidement et il se sentait de nouvelles forces. Quand il raconterait son aventure à son frère Viorel ! Plus loin, il y avait en effet un pont; il le prit. Soudain, la passerelle devint plus souple, se balançant au gré des chaînes fixées par des anneaux de fer, très haut, dans les murs d'une tour. «Un pont qui bouge comme une balançoire ! » pensa Ionel. La tour était carrée. Elle ressemblait à un clocher d'église. Le garçon s'approcha avec précaution et regarda en bas. Le pont n'avait ni garde-fou ni pied. Les grosses chaînes attachées solidement semblaient le soutenir à elles seules. Ionel pensa au puits de leur village. En tirant la chaîne, on parvenait facilement à remonter le seau plein d'eau. Les gens de ce château devaient tirer ainsi le bout du pont qui se transformait en bouclier, interdisant l'accès au château. Ionel ne savait pas que cela s'appelait un pont-levis. À cet instant, le "pont-qui-bouge", comme il le surnomma, était baissé. Mais à l'autre bout, le garçon aperçut le portail fermé. Pas âme qui vive' Courageux, il continua son chemin sur le pont-qui-bouge, tout en regardant de plus près les chaînes qui le reliaient à la tour. Non loin du mur, il aperçut un peigne géant suspendu au-dessus de sa tête. C'était la herse. Il imagina tout de suite son utilité. Pourtant, il n'arrivait pas à comprendre 11

pourquoi le pont-qui-bouge était baissé, ni pourquoi la herse ne protégeait pas l'entrée du château. Celui-ci devait être inhabité et, de toute évidence, on ne pouvait pas lever le pont de l'extérieur. Devant le portail, il frappa avec son poing contre le bois épais, noirci par les pluies. Le bruit était si sourd qu'il trouva son geste vain; c'était comme s'il frappait sur un tronc d'arbre. Fatigué et déçu par l'absence de réponse, lonel se souvint de sa grande faim. Ces derniers temps il n'avait mangé que des framboises et des champignons. Il connaissait bien ceux-ci! Mère les emmenait toujours, lui et son frère, les cueillir en prévision de l'hiver. Elle lui avait appris à distinguer un bon bolet d'un bolet Satan. Il ne pouvait pas se tromper. Mais, à force de les manger crus, il avait comme une espèce de faim permanente. C'est vrai que quelques jours plus tôt, la chance lui avait souri: il avait pêché des truites en aval du torrent où il se baignait. Il revint sur ses pas, s'assit sur une grosse pierre à l'autre extrémité du pont. Il avait envie que mama lui tendît son écuelle pleine de fromage de brebis, blanc et onctueux, et que ses galettes dorées, posées au milieu de la table, lui rougissent les joues. À force d'y penser, il vit quelque chose de jaune étinceler un peu plus loin dans l'herbe. «Tu es bien parti! se dit-il. Maintenant tu vois des galettes dans les buissons! Tu n'auras qu'à récupérer le fromage dans les nuages et ton

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écuelle sera pleine!... La faim te fait perdre la tête, mon pauvre lonel ! » Son ventre commençait effectivement à lui jouer des tours. Il quitta la pierre pour s'étendre sur l'herbe. Tout en regardant le ciel moutonneux, le garçon s'assoupit. Un sourire heureux détendit son visage. Il gémit doucement et se tourna sur le côté: sans doute cherchait-il son coussin et la chaleur du corps de son frère. Une grosse goutte de pluie sur son front le réveilla. Il ne faudrait pas longtemps aux nuages pour lâcher une averse. Sautant sur ses pieds, lonel courut s'abriter sous le pont en prenant soin de ne pas glisser sur l'herbe. « C'est bien malin ce qu'ils ont construit ici, murmura-t-il. Il suffit d'un faux pas et... hop! Tu te retrouves au fond du fossé! » Accroupi, il revint à ses pensées. Il avait complètement perdu le compte des jours. Il ignorait depuis combien de temps il errait ainsi. Un soir, alors qu'il était encore à la maison, il jouait avec son galopin de frère, qu'il aimait bien malgré leurs bagarres. Tinca les avait débarbouillés, comme d'habitude, et leur avait donné des chemises propres. Agenouillés sur la peau de mouton, au pied du lit, ils se préparaient à réciter leur prière qui, depuis quelques semaines, contenait une phrase pour la santé de leur père. C'était mama qui le leur avait demandé depuis que Constantin n'était plus à la maison. Soudain, un hennissement retentit dehors 13

puis un bruit de sabots sur la terre battue. Tinea, qui rapiéçait leurs caleçons, se leva toute blême, les mains crispées sur son ouvrage. Elle avait l'air effrayé. Les deu.x frères comprirent son message avant même qu'elle ne regardât en direction du coffre de mariée de leur grand-mère. D'un bond ils furent devant lui, levèrent le couvercle à ferrures, s'y glissèrent pour disparaître sous l'amas de chiffons. Mama ferma le couvercle et jeta un paquet de linge dessus. Comme s'il avait un rôle dans cette mise en scène, Mitzou le matou grimpa sur la pile de linge et se mit à ronronner paisiblement. Ils entendirent confusément leur mère murmurer, puis cracher dans son sein afin de chasser Satan, comme c'était la coutume chez les paysans des Carpates: « Seigneur Dieu, aie pitié de nous pauvres malheureux! Protège-nous, Grand Seigneur! » À travers un interstice, land l'aperçut se signer, puis chercher fébrilement son foulard noir, l'attacher sous son menton, enfiler enfin les galoches qu'elle portait en cas de pluie. Des voix résonnèrent derrière la maisonnette, près de la grange. Courageuse, Mère ouvrit la porte. À partir de ce moment, lone! ne parvint plus à suivre les événements. Il ignorait ce que mama avait répondu aux visiteurs et qui ils étaient. Bientôt il entendit le bruit des sabots s'éloigner, se perdre dans le silence de la nuit. Mère s'était tue sur la visite nocturne de ces messagers. Mais land et Viord redoutaient ces moments. Pourquoi leur demandait-on toujours 14

de se cacher dans le coffre, dès que le trot des chevaux se faisait entendre? Un jour, oncle Stan leur avait dit que les envoyés du Sultan ne tarderaient pas à venir lever tribut. Sans le comprendre, ce mot leur avait fait peur. Viorel disait que les Turcs prenaient des enfants et les emmenaient chez eux pour les manger. D'autres enfants racontaient qu'ils avaient entendu leurs parents parler de crocodiles, les animaux du diable qui vous avalent d'un trait... lonel ne croyait pas à ces histoires. Mais ce dont il était sût, c'est que les Turcs cherchaient les enfants pour les emmener dans leur pays lointain. Il ne savait pas pourquoi. Toutefois il ne pouvait pas admettre que des hommes puissent manger d'autres hommes. Aussi, chaque fois que des messagers battaient les villages afin d'annoncer que le moment de payer tribut approchait, les deux frères se cachaient. lonel avait d'abord trouvé agréable ce jeu de cache-cache. Mais très vite il s'était mis à en souffrir. Le cœur gros, il leva les yeux vers le ciel. La pluie avait cessé aussi rapidement qu'elle avait commencé, signe que l'été était encore là. Les feuilles des buissons brillaient, joyeuses de ce bain inattendu. «Notre maison n'est pas grande, mais elle est bien pour nous quatre, pensa-t-il avec nostalgie. Quand Père se trouvait à la maison, 15

nous étions tous très joyeux. Il est si grand et si fort! Quand il me soulevait jusqu'au plafond, je n'avais pas du tout peur qu'il me lâchât. Viorel non plus. Il me l'a dit. L'autre jour, il a même rêvé de Père... Tiens! Comme moi, tout à l'heure: Père montait son cheval bai. Il avait une lance à la main et me disait de sauter en selle derrière lui. Je n'y arrivais pas. Dès que je m'approchais du destrier, celui-ci se cabrait, hennissait et ruait. Père me disait de faire plus vite. Alors je m'accrochais au licou et voulais parler au cheval. Soudain, celui-ci commençait à rire et sa tête se transformait lentement pour prendre les traits de Viorel. Drôle de rêve... Avant de partir, Père nous a dit : - Obéissez à votre mère et priez Dieu que je revienne sain et sauf. Quand vous serez grands, si votre prince vous appelle pour défendre le pays, vous y accourrez aussitôt. Je vous bénis, mes fils. » Pour la première fois Ionel avait osé lever les yeux vers son père et lui demander: «Restez avec nous, Père! Comment allonsnous faire pour installer la bergerie lorsque les troupeaux descendront de la montagne? Bientôt il nous faudra faire les foins dans la vallée. Vous savez bien que Mère ne peut pas se débrouiller seule! - Mais j'ai deux gaillards qui vont lui donner un coup de main! s'exclama Constantin partant d'un rire joyeux. Vous ne pensez qu'au jeu, mais à présent il faudra s'occuper des bêtes, couper les foins, préparer le fourrage pour l'hiver... et tant d'autres choses. Je compte sur vous, mes garçons! Vous savez faucher et garder les moutons. Les 16

chiens vous écoutent. Vifor, notre berger des Carpates, n'attend qu'un signe de vous pour accourir, suivi de toute la meute. Et puis il y a tout le village, là, dans la vallée. Les gens ne vous lâcheront pas. Sachez que là où je serai, il y aura à faucher aussi, mais des ennemis, pas de l'herbe! J'ai grand espoir que notre prince Vlad revienne un jour et que la paix s'installe sur nos chaumières. Pour l'instant, il faut combattre sous la bannière de Vladislav, mais je compte sur le retour de notre vrai prince Vlad Dracula. En attendant, Vladislav ou Vlad, peu importe finalement, je ferai de mon mieux pour tuer un maximum de Turcs. Qu'ils ne viennent plus chercher nos enfants! Se rendant compte qu'il avait trop parlé, Père toussota, puis se tut. Il regarda en direction de l'écurie et nous demanda de lui amener son cheval bai. » lonel avait vu son père se pencher pour embrasser sa petite femme qu'il savait courageuse, puis partir. Tristes, ils restèrent sur le seuil à regarder jusqu'à ce que l'homme et le cheval fussent engloutis par la forêt. lonel sentit des larmes couler doucement sur ses joues. Il s'en voulut de cette faiblesse. Se reprenant, il se dit avec hargne que sa fuite était d'autant moins pardonnable qu'il n'avait pas obéi aux ordres de son père. Battre les chemins au lieu d'aider sa mère n'était pas la meilleure des solutions. Il n'y avait pas de quoi être fier... « J'en avais assez de me cacher sans arrêt! » dit-il à haute voix comme pour s'excuser. 17