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Ballerines

De
480 pages
Hannah Ward, 19 ans, est danseuse dans la prestigieuse école de danse de Manhattan. Elle s’épuise entre les répétitions, les spectacles et ses relations en coulisses relativement compliquées. Mais tout change lorsque Hannah rencontre Jacob. Jusque-là, elle avait toujours respecté la devise de l’école, « ne pense pas, danse », mais Jacob lui ouvre les yeux sur le monde extérieur. Hannah doit alors choisir entre continuer la compétition avec les autres ballerines dans l’espoir de devenir première danseuse, ou changer radicalement d’existence pour enfin vivre.
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Titre original : Bunheads

Photo de couverture de Karl Taylor Photography
Design de Tracy Shaw
Couverture © 2011 Hachette Book Group, Inc.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Thierry Arson
Suivi éditorial et relecture : studio Zibeline & Co

ISBN  : 978-2-809-43709-6

Scarlett est une collection de Panini Books

www.paninibooks.fr

© Panini S.A. 2013 pour la présente édition.

© 2011 by Sophie Flack
Première publication en anglais par Little, Brown and Company,
une division de Hachette Book Group, Inc.

Pour toutes les héroïnes méconnues qui évoluent
sur la ligne arrière du corps de ballet
AUTOMNE
I

Je m’appelle Hannah Ward. Ne dites pas de moi que je suis une ballerine.

Les ballerines sont les stars de la compagnie. Elles dansent au centre de la scène, dans la lumière d’un projecteur de poursuite, et elles ont leurs propres rappels. Leur portrait figure dans le programme, avec leur nom écrit en gros caractères. Moi, je suis une simple danseuse du corps de ballet parmi les dizaines qui dansent en un unisson gracieux chaque soir. Ma mère croit que je suis une star, mais elle est partiale.

Et puis, le terme « ballerine » évoque trop la couleur rose et les froufrous. Oui, nous portons des tutus et des tiares, mais seulement pour le spectacle, chaque soir. La plupart de notre temps, nous le passons loin du public, à travailler aussi dur que possible pour renforcer et contrôler notre corps afin qu’une fois sur scène, chacun de nos mouvements paraisse parfait et facile à exécuter.

Nous répétons dans de vieux bodys, des collants usés et des jambières trouées. Nous achetons rarement des affaires de danse neuves parce que nous savons qu’en règle générale les carrières de danseuse de ballet sont éphémères. Aujourd’hui, par exemple, j’ai mis un body en coton bleu marine et noir délavé et des leggings un peu moins passés. Rien qui s’apparente au rose ou aux froufrous dans tout ça.

« Jetez-vous dans votre danse à corps perdu dès aujourd’hui, » a dit un jour un de mes professeurs, « parce que l’espérance de vie d’une danseuse peut être aussi courte que celle d’une mouche du vinaigre. »

— Lever de rideau dans cinq minutes, mesdemoiselles. On se remue!

Christine, la régisseuse, est campée sur le seuil, mains sur les hanches. Son casque crachote et elle aboie en hâte quelque chose dans le micro avant de se retourner vers nous :

— Adriana, tu n’as même pas enfilé tes chaussons. Il va falloir que je retienne le rideau ?!

Adriana fronce son nez pointu et poudré avant de brandir ses chaussons avec l’aiguille et le fil qui serviront à les coudre sur ses pieds.

— Vous voyez, je suis en train de le faire, répond-elle. En plus, il y a encore le temps. J’ai toute l’ouverture.

Christine affiche alors un sourire attendri, mais un peu tendu aussi. C’est son rôle de s’assurer que chaque représentation du Manhattan Ballet se déroule comme il faut. Ce qui signifie s’inquiéter de tout, depuis le placement des projecteurs jusqu’à l’ego des premières ballerines. Après un dernier regard pour nous, elle sort de son pas pressé, ses cheveux blond platine coupés court piquant l’air dans toutes les directions.

— Prenez vos places, lance-t-elle.

Je comprends l’attitude de Christine : ici, tout semble chaotique. Nous sommes dans les coulisses, dans le Foyer des artistes, avant la représentation du vendredi soir, et tout autour de moi les danseuses sont harnachées dans leurs tutus immaculés. La pièce est un fouillis de satin, de tulle et de longs membres déliés. Certaines filles semblent abîmées dans leurs pensées, tandis que d’autres bavardent bruyamment entre elles. Le sol est jonché de pièces d’habillement, pointes uniques, jambières, bouteilles d’eau à moitié vides.

— Aujourd’hui, j’ai dû avaler quelque chose comme huit cachets d’Advil, déclare Olivia, une danseuse brune qui fait claquer son chewing-gum. J’espère que je ne mourrai pas avant que le rideau retombe.

— Tu n’as pas intérêt à ce que Christine aperçoive ton chewing-gum, ou elle te l’arrachera de la bouche, dit Adriana, qui est en train de coudre ses chaussons à pointe.

Elle a de longues jambes d’une maigreur presque squelettique.

Dès que je me ceins de mon propre cercle de tulle blanc, j’oublie le chaos ambiant. Le phénomène se produit chaque fois que je m’habille pour les Variations sur une Valse : j’ai l’impression de faire un bond temporel qui me ramène dans une période passée plus prestigieuse. Les faux diamants coulent sur mon sternum, et mes faux cils semblent aussi grands et sombres que des ailes de papillon. Laura, une des habilleuses, ferme les agrafes de mon corset pendant que j’enfile mes gants couleur ivoire.

Une fois ma tenue en place, je franchis au plus vite le rideau du Foyer pour me confier aux mains des coiffeuses. Mon amie Zoe est déjà là, qui tape impatiemment d’un pied moulé dans son chausson rose.

— Dépêche, gronde-t-elle à l’adresse d’une coiffeuse qui fixe nerveusement un diadème sur son chignon blond clair. Non, pas comme ça !

D’un mouvement sec, elle repousse la main de la coiffeuse.

Le temps étant plus que compté, je décide de placer mon diadème moi-même. Et apparemment c’est ce que Zoe s’est résolue à faire, elle aussi, car elle bouscule la coiffeuse et vient se placer devant moi, face au miroir qu’elle occulte.

— Je passe avant toi, lui dis-je, mais elle est trop occupée avec ses pinces à cheveux pour écouter.