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C'est trop bien

De
96 pages

Une vingtaine de textes courts dressent un panorama des petites joies et des émotions quotidiennes d'un enfant de 10 ans : petits riens ou instants forts à déguster entre les lignes, mais aussi moments rares à savourer en toute quiétude.

Publié par :
Ajouté le : 10 mai 2017
Lecture(s) : 2
EAN13 : 9782745989482
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Illustration de couverture : Stéphane Trapier Mise en pages : Petits Papiers
© 2017 éditions Milan 1, rond-point du Général-Eisenhower, 31101 Toulouse Cedex 9, France Loi 49.956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse
ISBN : 978-2-7459-8448-2 editionsmilan.com
Ce livre-là, je ne vois vraiment pas pourquoi il ne serait pas dédié à Sacha et à Simon.
Couverture
Page de titre
Page de copyright
Attendre la neige
Table des matières
Une cabane dans la chambre
Attendre la neige
La neige, il n’y en a pas tous les hivers. La dernière fois, on avait seulement huit ans. C’était un dimanche, on s’était levé le premier. Il faisait à peine jour, mais par la fenêtre on voyait bien. C’était comme une autre ville, toute douce, étouffée. On s’était retenu pour ne pas crier aux autres : « Levez-vous vite, il a neigé ! » Et on avait préféré rester longtemps sans bouger, comme si on devenait ce paysage. On savait bien qu’après le petit déjeuner on pourrait aller d ehors avec son frère, que d’autres copains et copines allaient descendre dans la cour, et qu’on allait rire, jouer avec la neige, faire des traces de pas. Mais, ce silence, c’était bien. La rambarde du balcon était ronde, il n’y avait plus de trottoirs. On avait l’impression que la lumière tremblait un peu. L’année d’avant, on était allé aux sports d’hiver, mais rien à voir. Aux sports d’hiver, c’est comme si la neige était obligatoire, que tout était organisé pour elle, les remonte-pentes, les loueurs de skis, les restaurant s à fondue. Là, c’était juste un miracle. Deux jours avant, Papa avait dit « Il pour rait bien neiger ! », mais ça, souvent, on le dit pour rien. Il fait très froid, avec un grand ciel bleu, et peu à peu le ciel se couvre, on a juste une chance si la température ne remonte pas trop vite. « Il pourrait bien neiger ! », ça veut dire que c’est qu elque chose qu’on espère. Les grands, ça doit leur rappeler plein de souvenirs de quand ils étaient petits. Ils disent « Il pourrait bien neiger » comme si ça leur était un peu égal, mais on ne les croit pas. La neige, c’est trop fort, comme un cadeau qu’on n’aurait pas mérité. Il pourrait bien neiger. On rentre de l’école, et tout semble changé par cette chance qui peut-être ne viendra pas. D’habitude on ne fait pas vraiment attention au ciel, mais là c’est comme si on voulait le faire parler. Au bord des toits, dans la nuit qui vient, est-ce qu’il y a bien ce brouillard spécial ? Est-ce qu’on sera déçu, si demain matin la neige n’est pas venue ? Oui, sûrement, mais ça n’est pas vraiment ce qui compte. La neige, c’est déjà trop bien de l’attendr e, de se dire que la vie peut changer d’un seul coup, peut devenir un rêve.
Une cabane dans la chambre
Dans sa chambre, bien sûr, on a tous ses affaires, et même des secrets dans le fond des tiroirs de la commode, ou en bas du placar d. Mais on n’est pas tout à fait chez soi. Les parents entrent quand ils veulent, et le petit frère aussi. On n’oserait quand même pas leur demander de frapper à la porte ! Alors, un jour, on a une idée géniale : on va se faire une cabane, dans le coin le plus sombre, loin de la fenêtre. Une toute petite cabane, juste de quoi se tenir allongé, ou assis. On a récupéré des cartons sur le trottoir, devant une boutique. Ils s ont super, parce qu’ils peuvent se replier dans tous les sens : on a même pu faire une petite porte qui se rabat. À l’intérieur, on n’y voit vraiment rien. On a accroché une lampe torche, inclinée, pour pouvoir lire sur ses genoux. Maman a bien voulu qu’on installe par terre les coussins qui restaient sur le lit pour faire joli, mais qui ne servaient à rien. Dans la cabane, on a mis ses bouquins préférés, enfin, juste deux de la série qu’on lit en ce moment :La Guerre des clans. On est plongé dans le deuxième tome,Griffe de Tigre. C’est une histoire fantastique, et les héros sont des chats. Celui qui est sur la couverture est inquiétant, avec des griffes immenses. Les lettres du titre ont l’air anciennes, comme celles des vieux livres du Moyen Âge. Dans toutes l es histoires, on retrouve les mêmes lieux : la combe du Druide, la lande de Windo ver. C’est étrange de rester dans cette ambiance, avec le faisceau de la lampe torche, et dans l’obscurité les trois autres livres deLa Guerre des clansqu’on possède. On dirait que la cabane est faite pour ça, pour inventer du mystère, du silence, et c roire qu’on s’est perdu dans la lande. Mais dans la cabane, aussi, c’est bien d’arrêter de lire, et de penser vaguement à des choses. En fait, dans la vie on n’a jamais de t emps comme ça, tellement tranquille, tellement seul. On n’entend même pas un e conversation dans la pièce à côté. Quelqu’un doit dire, à un moment : « Oh, lui, quand il est dans sa cabane !… » Quand il est dans sa cabane, il a le droit d’être a illeurs, d’être séparé, c’est comme s’il faisait un voyage, à la fois très loin et très près. Quand on est dans sa cabane, les autres vous envient. On le sait bien, même les adultes aimeraient avoir une cabane dans leur chamb re, et passer un long moment loin de tout ce qui bouge, de tout ce qui parle. Co mme si on existait sans exister. Juste devenir un petit rayon de lampe torche, et toute l’ombre autour.