Cap ou pas cap?
280 pages
Français

Cap ou pas cap?

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Description

C'est l'été qui commence à bord de "Promesse", la péniche de Joséphine et de sa famille. La jeune fille de 13 ans, qui a toujours vécu sur cette merveilleuse maison flottante, s'apprête à vivre des vacances à son idée - baignades dans la rivière avec ses copains et discussions sur le pont avec sa meilleure amie Bella - quand soudain, tout bascule... Au cours d'une visite de contrôle, on découvre que la coque de "Promesse" n'est plus du tout étanche et que la péniche, irrécupérable, doit être envoyée à la casse ! Il va falloir déménager dans le centre de Londres... C'est la fin du monde pour Joséphine, surtout lorsqu'elle découvre l'affreuse chambre, miteuse et décrépie, qui sera désormais la sienne, au-dessus d'un vieux pub où va travailler sa mère en tant que cuisinière. Si Ryan, son grand frère, est ravi d'habiter Londres, c'est un cauchemar pour Joséphine qui a dû se séparer de sa meilleure amie et lui laisser son chien Murphy. Heureusement, la vie réserve de belles surprises. La rencontre d'un drôle de garçon, Léon, va tout changer. Joséphine sera-t-elle capable de relever les défis qui lui seront proposés ?

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Date de parution 06 mars 2019
Nombre de lectures 2
EAN13 9782408001605
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Auteure confirmée de romans pour les enfants et les adolescents, Fiona Foden adore les histoires de famille, mais aussi les comé dies romantiques… Elle s’amuse donc souvent à combiner joliment ces deux t hèmes qui l’inspirent. En Écosse où elle vit avec son mari, leurs trois enfan ts et Jack, le chien de la maison, elle ne manque jamais d’inspiration.
Pour Lily D., avec amour
Illustration de couverture : bouqé Ouvrage initialement publié en 2013 par Scholastic Children’s Books, un département de Scholastic Ltd., sous le titreA Kiss, a Dare and a Boat Named Promise© 2013, Fiona Foden pour le texte © 2019, Bayard Éditions pour la traduction français e 18, rue Barbès, 92120 Montrouge ISBN : 978-2-40800-160-5 Dépôt légal : mars 2019 Première édition o Loi n 49956 du 16 juillet 1949 sur les publications destiné es à la jeunesse. Tous droits réservés. Reproduction, même partielle, interdite.
Couverture
Page de titre
Page de copyright
Table des matières
Est-ce que vous croyez à la chance ?
Chapitre 1
Chapitre 2
Est-ce que vous croyez à la chance ?
Moi, oui. En quelque sorte. Peut-être parce que je vis sur une péniche et non dans une maison ou un appartement. Les mariniers pe uvent être drôlement superstitieux, en tout cas ceux que je connais. Ça ne veut pas dire qu’on prépare des potions magiq ues ou que des chats noirs se prélassent sur le pont de nos bateaux. Nous somm es des gens normaux qui vivent sur l’eau plutôt que sur terre, c’est tout. Cependant, il y a une chose qu’un batelier ne fera jamais, c’est changer le nom de sa péniche. Ça porte malheur. La nôtre s’appellePro m e s s eet, même si je me réveillais un jour avec l’envie soudaine de lui peindre un nouveau patronyme sur la coque – je ne sais pas moi, un truc bébête genrePrimevèreje ne passerais jamais à l’acte. Quand votre –, bateau est aussi votre maison, il vaut mieux qu’il n’ait pas la poisse, pas vrai ? Mais je crois également à la chance. Je vais vous c onfier un secret : j’ai une boîte porte-bonheur. Elle est vieille et tout abîmé e avec une inscription en lettres dorées sur le couvercle bleu cabossé,Swallow’s Toffees. En fait, ce n’est pas la boîte qui est importante, c’est ce qui se trouve à l’intérieur : des dessins, des notes, des coupures de journaux… des choses qui app artenaient à mon père. Quand il est mort, maman était tellement malheureus e qu’elle voulait se débarrasser de tout. Elle disait qu’elle ne pouvait plus supporter de les voir. À cette époque, tout la faisait pleurer, et je n’avais pas envie d’aggraver la situation. Mais je tenais à garder des souvenirs de papa et je suis tombée sur des petits trucs coincés au fond des tiroirs, ou entre des pages de livres ; on aurait dit qu’ils attendaient que je les déniche. Sans en parler à ma man ni à Ryan, mon grand frère, j’ai tout collecté en secret jusqu’à ce que la boîte de caramels soit presque pleine. Je la considérais comme ma boîte porte-bonh eur. Et puis les mois se sont écoulés, et la vie est redevenue plus légère, comme si, d’une certaine façon, papa veillait sur nous. Les autres mariniers se sont mob ilisés pour nous aider, et un hôtel du coin a embauché maman comme chef de cuisin e. Puis une péniche vert tendre, appeléeEstragon, a doucement glissé sur la rivière pour s’amarrer juste à côté de nous. Il ne pouvait rien m’arriver de mieux . Un couple enjoué vivait à son bord avec leur fille, Bella. Nous sommes immédiatem ent devenues meilleures amies. J’avais trouvé un anneau en argent au milieu des herbes sur la berge, tel un trésor abandonné par une pie, et je l’ai donné à Bella pour qu’elle ait son porte-bonheur elle aussi. Cela fait cinq ans que papa est mort maintenant, et Bella est toujours la seule personne au courant pour la boîte. J’ai ma propre c abine et sous mon lit, il y a un morceau de bois mal fixé avec un petit espace en de ssous. C’est là que je la cache, à l’abri des regards indiscrets. La plupart du temps, je n’ai qu’un souvenir flou de papa, comme une vieille photo qui s’estompe . Mais, lorsque je sors ma boîte, tout redevient précis. Et alors, il est bien réel. Il m’arrive parfois de ne pas ouvrir la boîte penda nt des semaines. Mais je sais qu’elle est toujours là.
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Enfin, on y est : le dernier jour de l’année et lev ra idébut de l’été ! Plus que quelques heures encore – on termine les cours tôt a ujourd’hui – et après, à nous la liberté ! Les premiers rayons de soleil filtrent à travers le fin rideau du hublot de ma cabine. J’entends maman qui s’active, et la péniche tangue doucement au passage d’un autre bateau. D’habitude, je ne remarq ue pas ces petits balancements. On n’y fait plus attention quand on v it sur l’eau. Lorsque mes amies qui habitent sur la terre ferme me rendent visite, elles titubent, les bras écartés et les jambes flageolantes, en lançant des « waouh ! » impressionnés comme si on était sur une mer déchaînée plutôt que sur un coin de rivière tranquille où l’eau bouge à peine. Mais aujourd’hui le léger mouvement ne m’échappe pa s. Je suis allongée sur mon étroite banquette-lit, aussi immobile que possi ble. J’attends que le bruit de ce moteur s’évanouisse et que seul celui de maman en p leine action dans la cuisine vienne remplir l’espace. – Jo ! appelle-t-elle. Allez, debout ! Tu ne vas qu and même pas être en retard pour ton dernier jour d’école ! Si, en fait, j’aimerais bien. À quoi sert ce dernie r jour de toute façon ? Personne ne fait rien… – Jo, il est presque huit heures ! D’accord, d’accord. Et mon grand frère poilu alors ? Ce n’est pass o ndernier jour à lui aussi peut-être ? Je sais pertinemment q u’il est encore au lit, j’entends une petite musique dans sa cabine. – Et toi, Ryan, aboie maman, si tu ne te lèves pas tout de suite, tu iras à l’école en pyjama. Bon, elle le menace, mais elle sait bien que ça n’a rrivera pas. Depuis qu’il a seize ans, Ryan ne porte plus de pyjama pour dormir. Il paraît que ça fait « bébé ». Après avoir été ultra-prude presque toute sa vie, i l a pris l’habitude de se promener dans ses vieux caleçons déformésSouth Park, y compris sur le pont, c’est-à-dire devant tout le monde. Ah oui, et il estime queProm esseest soudain devenue « carrément trop minus ». C’est vrai que ce n’est p as grand du tout, mais elle me convient toujours parfaitement (peut-être parce que je suis l’une des plus petites en classe de 5e). Quoi qu’il en soit, ce n’est sûre ment pas la faute de Promesse si Ryan s’est transformé d’un seul coup en girafe dégi ngandée de presque un mètre quatre-vingts. Je suis enfin sortie de mon lit, toujours dans mon pyjama « de bébé » (les caleçonsSouth Parkétants uper« matures », c’est clair), et je lance un vibrant « j’arrive ! » à ma mère. Et c’est parti pour mon r ituel du matin : j’enfile un tee-shirt blanc, un pantalon noir, des chaussettes et des bas kets en toile noires (pas les chaussures les plus stylées, on est d’accord, mais les plus pratiques pour aller à l’école à vélo). Je jette un œil dans le miroir sur le mur de ma cabine – il y a quelques années, je l’ai décoré avec des papillons à paillettes autocollants, qui
font maintenantv raim entettrop « petite fille » pour une ado de treize ans – j’attache mes longs cheveux bruns. Ils ont tendance à partir dans tous les sens si je les laisse libres. Je me dis aussi qu’un jour, j e serai peut-être assez grande pour voir mon reflet dans le miroir sans être obligée de me mettre sur la pointe des pieds. À quoi pensait ma mère le jour où elle l’a i nstallé à cette hauteur-là ? Elle s’imaginait que ça allait m’encourager à grandir pl us vite ? Et donc à manger plus de légumes ? Ha ha ha ! – Oh, tu as fait des tartelettes aux fraises ! Elle s ont l’air fantastiques, maman ! Me voilà dans la cuisine à présent, enfin plutôt no trecoin-cuisine, qui est en fait au bout de notre séjour, près des cinq marches en b ois usées qui mènent au pont. Vers la proue de la péniche se trouvent trois cabin es, les toilettes et la douche (elle est si étroite que Ryan y entre à peine maintenant). – Merci, me répond-elle avec un sourire tout en rep oussant une mèche blonde tombée sur ses yeux bleus. Il y a intérêt ! Je me s uis levée à six heures pour les préparer. Murphy, notre chien, un terrier longiligne au pelag e beige, bondit hors de son panier et vient fourrer sa truffe contre mes jambes . Je le serre dans mes bras et le chatouille, puis je prends une tartelette sur le pl ateau. – Hé ! Bas les pattes, gourmande ! lance maman en m e donnant une petite tape sur la main. Mange des céréales ou quelque chose d’ autre. Elles sont pour plus tard. – Allez, juste une. J’ai besoin de force si je veux apprendre quelque chose aujourd’hui… Elle n’a pas le temps de répondre que j’enfourne la délicieuse tartelette fruitée dans ma bouche, ce qui a pour conséquence immédiate de faire sortir Ryan de sa cabine magique parfumé à la fraise, comme sous l’ef fet d’un aimant. – Des tartelettes ! Génial, marmonne-t-il en se goi nfrant de pâtisseries, les yeux plissés à cause du soleil (on dirait un ours qui so rt de sa période d’hibernation). – À ce rythme, il ne restera plus grand-chose pour la fête, prévient maman, même si nous savons qu’elle n’en pense rien. Dès que j’aurai quitté les lieux avec Ryan, elle en préparera une nouvelle fournée et l’appétissante odeur de gâteau planera a u-dessus de la rivière dans un léger nuage sucré. À notre retour,Promessene sera plus un vieux bateau en bois, où vivent trois personnes et un chien tout fou, mai s une pâtisserie flottante enrobée de délicieux parfums. J’adore le mot « pâtisserie ». Il donne l’eau à la bouche et vous seriez surpris des merveilles qui peuvent sortir du vieux et petit four d’une péniche plus vieille encore. Maman est une pâtissière magique – elle tra vaille à temps partiel dans un hôtel de campagne où des bourgeoises se retrouvent pour prendre le thé. Mais, aujourd’hui, elle reste surPromesse, afin d’y préparer les repas et d’installer les décorations. Tous les ans, à l’occasion du dernier jour d’école avant les vacances d’été, nous organisons une fête, pas simplement ma famille, tous les bateliers qui vivent ici. C’est comme ça sur une rivière : on fes toie, on célèbre, on s’amuse, on vit pour ainsi dire tous ensemble mais tout en gard ant son petit espace. On circule constamment d’une péniche à l’autre et je passe aut ant de temps surEstragon que surPromesse. Bella est à présent sur notre pont et jette des cou ps d’œil par l’écoutille, ses
courtes tresses blondes dépassant de son casque à v élo. – Jo, tu es prête ? – Oui, j’arrive ! J’ai juste le temps de faire une dernière chatouill e sur le ventre de Murphy et de serrer rapidement maman dans mes bras. Elle ne me v oit pas prendre en douce une tartelette pour Bella. Ryan me bouscule en se p récipitant sur le pont, puis file comme un bolide sur son vélo avant même que Bella e t moi ayons détaché les nôtres de l’arbre autour duquel nous les cadenasson s. Depuis quelque temps, il préférerait encoremourirole.plutôt que d’être vu avec moi sur le chemin de l’éc Je boucle mon casque et nous filons, passant devant la rangée de bateaux amarrés le long du coin tranquille de rivière où j’ ai toujours vécu. Les péniches sont toutes habitées et nous sommest o u samis. Nous formons une sorte de grande famille, ce qui est génial pour moi parce qu e la mienne est plutôt réduite. Alors que nous fonçons sur le sentier, je lance à B ella : – Si seulement on pouvait passer en accéléré les ci nq prochaines heures ! – Tu l’as dit ! répond-elle, la bouche pleine à cau se de la tartelette de maman. – Tu crois qu’il y aura du monde cette année ? – Ah oui ! s’exclame-t-elle. Nos fêtes sont connues , non ? Elle a raison ; on voit rarement les ponts de douze bateaux transformés en piste de bal illuminée de lanternes. C’est la mère de Bel la qui, un jour, a eu l’idée de faire une énorme fiesta pour le début des vacances d’été. Tous les mariniers ont vite accroché, même si la plupart n’ont pas d’enfan ts. À l’exception de Noël, qui est encore plus festif, c’est le plus grand moment de l’année. Surexcitées, nous bifurquons dans l’allée bordée d’ arbres qui mène au village, quelques kilomètres plus loin. C’est là que se trou ve notre école. Comme nous sommes cinq bateliers à y aller (Bella et moi, bien sûr, plus Ryan et ses copains, Tyler et Jake), on échappe aux remarques du genre « Beurk, tu vis sur un bateau, t’es un sale gitan de la rivière ! » qu’on entend p arfois. Tout le monde est habitué à notre façon de vivre. Et personne n’en fait une his toire. Je soupçonne même certaines personnes d’être un peu envieuses de nos maisons flottantes. Bella et moi commençons à faire la course, et pour une fois nous arrivons à l’heure. (Tu vois maman ? Même pas en retard pour c ette précieuse dernière journée de cours !)
Curieusement, les cinq heures suivantes passent en un clin d’œil, et Bella et moi sommes déjà sur le chemin du retour, en direction d e la rivière. J’aperçois les premières péniches. – Ça a l’air génial ! je m’exclame. Des banderoles aux couleurs vives sont tendues entr e les arbres le long de la berge, et des rires et des bribes de discussions no us parviennent. Et la délicieuse odeur de gâteaux à peine sortis du four nous fait p édaler plus vite encore. Nous nous esclaffons en jetant nos vélos à terre avant d e bondir sur Promesse. Les bateliers se retrouvent déjà sur les ponts, les quels sont tous décorés de seaux remplis de fleurs et de petits moulins à vent en plastique qui tournent dans la brise. Il y a de la musique, et nos mères vienne nt d’installer des assiettes de brownies encore chauds sur le pont d’Estragon, nous faisant signe de venir les