Comment je suis devenu skateur malgré moi

Comment je suis devenu skateur malgré moi

-

Livres
256 pages

Description

Matt Lind, 11 ans, a un gros problème. Depuis qu'il a vu la belle Bettina sur son skate, il n'arrive plus à manger, il a mal au coeur, il ne pense qu'à elle...
Pour l'impressionner, Matt n'hésite pas : il achète une planche et commence à s'entraîner. Par hasard, il réussit une figure incroyable et devient une star de YouTube ! Tout le monde est persuadé que Matt est un champion. Seul Ruben, son meilleur ami, connaît la vérité : Matt est nul en skate...

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 18 avril 2018
Nombre de lectures 18
EAN13 9782747094481
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Illustration de couverture : Romain Ronzeau
Ouvrage originellement publié par Natur & Kultur sous le titre :Kärlekspizzan © 2013, Johan Rundberg et Natur & Kultur, Stockholm © 2018, Bayard Éditions pour la traduction française 18, rue Barbès, 92120 Montrouge Cedex ISBN : 978-2-747-09448-1 Dépôt légal : avril 2018 Première édition Tous droits réservés. Reproduction, même partielle, interdite. o Loi n 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse
Couverture
Page de titre
Page de copyright
Table des matières
1 - Comme un squelette en caoutchouc
2 - Domino
1
Comme un squelette en caoutchouc
Vous êtes déjà allé à Midsommarkransen, dans la banlieue de Stockholm ? Bon, j’admets, le nom n’est pas facile à prononcer ; d’ailleurs, on l’appelle plus souvent « Kransen », tout simplement. En tout cas, si vous y êtes déjà allé, vous devez savoir qu’il n’y a pas grand-chose à y faire. À part le parc de l’étang du cygne, et sa pataugeoire dans laquelle se baignent les petits en été, quelques pizzerias, et un cinéma sans prétention, on n’y trouve rien d’autre. En fait, Kransen est un endroit calme. Trop calme. Pourtant ce jour-là, il s’est vraiment passé quelque chose. La plus haute rampe de skate de toute la Suède venait d’être construite au parc. Je sais, ça paraît complètement fou. Mais c’est la vérité ! Les ouvriers y avaient travaillé pendant une semaine, et la structure était prête pour l’inauguration. Le parc était rempli de monde. Les membres du club de floorball tenaient un stand où ils vendaient des hot-dogs et des boissons. Même la télé était présente. Les techniciens s’activaient depuis le matin à dérouler des câbles et à régler les caméras. Un bus surmonté d’une grosse antenne était garé devant le fleuriste, et des types pressés y montaient et en descendaient sans cesse. J’habitais à Kransen depuis toujours, et je n’avais jamais connu une telle ambiance dans ce quartier. Soudain, les haut-parleurs ont crépité et une voix claironnante a résonné dans le parc : – Voici enfin venu le moment que vous attendez tous ! Place au Roi de la rampe, le Génie de la planche, l’As du skate ! « Qui ça ? », me suis-je demandé. J’ai été parcouru de frissons. Bien sûr, c’était de moi qu’on parlait. C’était moi qui devais me lancer du haut de la rampe, et mourir instantanément, pour être clair. J’étais seul, sur la plate-forme, et sous mes pieds s’étendait un précipice. La rampe oscillait un peu, à cause du vent sûrement. Moi qui suis incapable de dormir sur un lit superposé ! Mon corps était aussi flasque que les squelettes en caoutchouc des décorations d’Halloween. Si seulement j’avais des pouvoirs magiques, j’aurais pu disparaître, caché sous une cape d’invisibilité. Mais je ne suis pas Harry Potter. Je suis Matt Lind, tout simplement. Et rien ne pouvait me sortir de ce pétrin. En bas, sur la pelouse, j’ai reconnu des visages. La fille dont j’étais amoureux me regardait, pleine d’espoir. Ruben, mon meilleur pote depuis la maternelle, semblait plutôt terrifié ; il devait se douter que j’étais fichu. Ma mère et mon père, main dans la main, rayonnaient de fierté. Pour une fois, ils n’étaient pas en train de se chamailler. « Allez, courage, Matt, me suis-je dit fermement. Tu vas y arriver ! » J’ai remis en place mes lunettes qui avaient glissé sur mon nez, puis j’ai fermé les yeux pour me concentrer. J’essayais de visualiser mon parcours. Mais tout ce qui me venait à l’esprit, c’était une pierre tombale portant cette inscription en lettres calligraphiées : Ci-gît Le blanc-bec Matt
La pire arnaque de Kransen
La honte ultime du monde du skate
Le public commençait à s’impatienter.
– Alors, mec, t’y vas maintenant ou demain ? a crié un spectateur. Un des types de la télé a consulté sa montre. J’ai préféré attendre encore un peu. J’allais peut-être me réveiller, et sortir de ce cauchemar ? Malheureusement, je ne rêvais pas, la situation était bien réelle. J’ai lâché la barre et j’ai posé un pied sur la planche. Une rumeur est montée depuis la foule. Mon squelette en caoutchouc s’est mis à trembler lorsque je me suis approché du bord. J’avais beau me focaliser sur la descente, mon cerveau ne suivait pas. Il tournait en boucle autour d’une seule et même question : Comment en étais-je arrivé là ?
2
Domino
Tout a commencé un samedi matin parfaitement ordinaire. J’entraînais Domino à répéter notre dernier numéro. Domino, c’est mon cochon d’Inde, une femelle. Oui, je sais qu’on n’est pas censé aimer les cochons d’Inde. Du moins, pas quand on est en CM2 à l’école Valdemar. Il est préférable d’aimer les scorpions ou les pitbulls, par exemple. Pourtant, malgré ce qu’on pourrait penser, les cochons d’Inde ne sont pas totalement inoffensifs. Certes, ils sont moins dangereux que les scorpions, mais ils peuvent mordre lorsqu’ils se sentent menacés. En plus, ils sont intelligents. On peut leur apprendre un tas d e choses avec un peu de patience. Notre nouveau numéro s’appelait « Où est le bonbon ? ». Je cachais quelques flocons de céréales, et Domino devait les retrouver. – Devine où est le bonbon, lui ai-je dit en lui présentant mes deux poings fermés. Domino a fait les cent pas avant de fourrer sa truffe dans ma main gauche. – Bien joué ! me suis-je écrié en ouvrant les doigts. Tiens, c’est pour toi ! – Pour la millième fois, Matt, a soupiré mon père. Qu’est-ce qu’on a déjà dit à propos des animaux à table ? Chez moi, il y a des règles. Et la règle la plus inutile de toutes est que les animaux sont interdits à table. Surtout les cochons d’Inde. C’était samedi, on était en famille, personne n’avait à se dépêcher pour aller à l’école, à la crèche ou au travail. Domino devrait-elle être privée de ce moment de détente sous prétexte qu’elle est un animal ? – C’est une question d’hygiène, a poursuivi mon père. Et puis c’est dangereux pour Domino. Imagine, si Bonnie l’attrape ? – Att’aper Domino, a dit Bonnie en jetant un regard pétillant sur l’animal. Bonnie n’a que trois ans, mais elle a une sacrée poigne. Elle pourrait étrangler Domino sans difficulté. Involontairement, bien sûr. Les enfants de cet âge n’ont pas conscience de la fragilité des cochons d’Inde. – Tu veux un croque ? ai-je proposé à Bonnie avec la fierté d’un grand frère. Un croque-Matt était prêt. C’est une recette de mon invention : une banane coupée en rondelles et du caramel fondant, le tout dans deux tranches de pain de mie. Sous l’effet de la chaleur, la garniture se transforme en une crème épaisse et coulante. Le secret d’un croque-Matt réussi réside dans la quantité de caramel : trop de caramel et c’est la catastrophe assurée, ça déborde, ça brûle et ça colle sur la fonte de la machine. Strictement réservé aux samedis matins détente, le croque-Matt est formellement interdit les autres jours de la semaine. Bonnie a pris l’assiette avec le sandwich, puis l’a claquée sur la table de la cuisine. Une rondelle de banane poisseuse est tombée, a roulé sur la table puis a atterri sur le plancher. – Bravo, ai-je grogné. Tu lui as fait peur. Les cochons d’Inde détestent les bruits et les mouvements brusques. Ils peuvent mourir d’un arrêt cardiaque sous le choc. Mais Bonnie s’en fichait complètement ; elle a dévoré son croque-Matt comme une hyène affamée. – C’est vraiment répugnant, s’est offusquée Joanna. Elle pourrait faire un effort ! Joanna, c’est ma sœur aînée. Elle a treize ans. Les gens disent parfois qu’on se
ressemble elle et moi, mais c’est faux. Joanna ne pense qu’au foot. Elle joue dans l’équipe d’Hammarby et s’imagine qu’elle va devenir footballeuse professionnelle. J’étais occupé à caresser Domino pour la calmer lorsqu’un nouveau bruit a résonné, celui de la porte d’entrée cette fois. Ruben venait nous rendre visite. Il a semblé surpris de nous trouver ainsi attablés. – Qu’est-ce que vous faites là ? a-t-il dit. Vous n’êtes pas encore habillés ? – Eh non, on prend le petit-déjeuner. C’est le samedi matin détente, a répondu mon père solennellement. Il portait le vieux peignoir de ma mère. Comme il était trop court pour lui, ses jambes blanches et poilues dépassaient. On aurait dit deux cure-pipes géants. Ma mère portait son sweat-shirt préféré, à l’inscription « Roskilde » effritée, souvenir de ses années d’études au Danemark. Bref, le genre d’habits que les parents de Ruben ne connaissent pas. Son père est en chemise-cravate tous les jours de la semaine, y compris le week-end quand il est en famille. En fait, j’étais le seul à porter un pantalon. Pas étonnant que Ruben soit interloqué. – Et qu’est-ce qu’il a de particulier, le « samedi matin détente » ? a-t-il demandé. – Ce n’est pas ce qu’on mange, ai-je expliqué, maisla façonon mange qui dont importe. Le samedi matin, on déjeune en prenant le temps. Ruben a haussé les épaules. – Bizarre. Bon, j’allais voir mon frère faire du skate, tu m’accompagnes ? – Ici, à Kransen ? – Non, en ville. Il y a une démonstration aubowl. – Vous aimez ça, maintenant ? s’est étonné mon père. J’ignorais. – Non, nous on ne fait pas de skate. Mais j’aime bien regarder mon frère, précisa Ruben. Le sport, ce n’est pas vraiment une passion pour Ruben et moi. On préfère jouer aux jeux vidéo ou aux échecs, ou lire des livres. On aime aussi discuter de choses intéressantes, comme des filles, ou de l’espace. Je pense souvent à l’univers, j’imagine notre planète aussi minuscule qu’un pois chiche, perdue dans l’immensité infinie ; au début, c’est plaisant, puis à force ça me donne le vertige. – Vous allez rouler dans un bol ? a demandé ma mère. – Un bol gigantesque ! s’est amusé Ruben. En fait, c’est comme une piscine, mais sans eau. J’ai avalé d’un trait mon verre de jus d’orange avant de me décider. – Allons-y. – Comment y allez-vous ? Tes parents vous emmènent, Ruben ? s’est inquiété mon père. – On peut y aller tout seuls ! ai-je répliqué en sachant pertinemment que c’était cuit d’avance. Je n’ai pas le droit de prendre le métro sans être accompagné d’un adulte. Même pour aller acheter un sandwich à une station de chez moi. Ruben, lui, a la permission, comme le reste de ma classe. Mais moi, on me traite comme si j’étais en maternelle. Je n’ai même pas de téléphone portable. Bref, je cumule les records du monde en matière d’injustice. – S’il te plaît, laisse-nous y aller ! Il ne peut rien nous arriver ! – Pas de discussion le samedi matin, a tranché mon père. Nous déciderons quand tu pourras prendre le métro seul. Et ce n’est pas aujourd’hui.
– Mais pourquoi ?! me suis-je énervé. Je connaissais la raison. Tout ça, c’était la faute de la Scanie. La Scanie, c’est la province du sud de la Suède où a grandi mon père. En Scanie, il n’y a pas de métro. Mais les journaux locaux racontent que le métro de Stockholm est dangereux. On risque d’être agressé, ou de se faire étrangler par les portes automatiques. Maintenant qu’il vit à Stockholm, mon père prend le métro tous les jours, mais il continue de penser que le danger est permanent. – Et si on y allait tous ensemble ? a proposé ma mère. Qu’en dis-tu, Bonnie ? On va voir les grands jouer sur des planches à roulettes ? – Oui ! a crié Bonnie. – Bon, d’accord, ai-je soupiré, dépité. Mais vous nous laissez tranquilles ! – Et on ne dit pas « planche à roulettes », madame, a corrigé Ruben. Ça s’appelle un skateboard, ou une planche tout court. – Ah, pardon, a-t-elle dit en faisant mine d’être gênée. Il y a des gens qui ne ressentent pas la douleur, c’est d’ailleurs une maladie. On peut leur piquer la main avec une fourchette sans qu’ils réagissent. Pour ma mère, c’est la même chose, mais avec la gêne. Elle ne ressent jamais de gêne. Et c’est très gênant.