Dummie la momie, Tome 02
256 pages
Français

Dummie la momie, Tome 02

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Description

Dummie est heureux de sa nouvelle vie à Polderdam chez son copain Jules et son père Charles, mais son pays natal lui manque. Après avoir rêvé plusieurs fois de funérailles et d'une pyramide en construction, il se met en tête de retrouver le tombeau de son père, le pharaon Akhnatout. Il faut donc retourner en Égypte...L'ingénieuse petite momie se charge de résoudre tous les problèmes liés à l'organisation d'un tel voyage. Et les voilà partis !Dummie est ravi d'être de retour chez lui! Mais son enthousiasme disparaît vite: il est affolé par tous ces objets retirés des tombeaux ; comment les morts pourront-ils accomplir leur voyage vers le royaume éternel ? Heureusement, il semble que personne n'ait encore pu localiser et vider la tombe du pharaon Akhnatout. Rassuré, Dummie poursuit ses recherches à Saqqarah, une nécropole dans le désert, sur les traces du tombeau...

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Date de parution 22 novembre 2017
Nombre de lectures 1
EAN13 9782747090537
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Diplômée d’une école d’arts,Tosca Menten a travaillé pendant dix ans comme professeur de dessin et d’histoire de l’art a vant de devenir écrivain jeunesse à temps plein. Depuis, chacun de ses livre s concourt chaque année pour les plus grands prix de la littérature jeuness e aux Pays-Bas. Illustration de couverture : Louis Thomas
Ouvrage publié originellement par Unieboek, sous le titreDummie de Mummie en de Tombe van Achnetoet © 2013 Van Goor/Uitgeverij Unieboek/Het Spectrum bv, Pays-Bas
© 2017, Bayard Éditions pour la traduction française 18, rue Barbès, 92128 Montrouge cedex ISBN : 978-2-7470-9053-7 Dépôt légal : novembre 2017
Tous droits réservés. Reproduction, même partielle, interdite. o Loi n 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse.
Couverture
Page de titre
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Table des matières
1 - Une exposition de peinture
Darwishi Ur-Atum Msamaki Minkabh Ishaq Eboni gravit la colline sur le dos de son âne Akila. Du sommet, son regard embrasse le dé sert qui s’étend à ses pieds. Le pharaon Sadihotep le Grand, le père de son père, vient de mourir. Au loin, se dresse la pyramide qui va accueillir sa dépouille. Grâce à la récente crue du Nil, qui a permis d’acheminer les dernières pierres, la construction de l’édifice a pu être terminée juste à temps. Darwishi pensait que son grand-père vivrait encore longtemps. Mais il est mort subitement, en pleine nuit. Le cœur serré, le petit garçon se retourne et admir e les eaux bleu-vert du Nil tout-puissant qui abreuvent un pays verdoyant et pr ospère. Sadihotep était un bon roi. Et un grand-père adorable… Le sort de l’Égypte est à présent entre les mains d ’Akhnatout, le père de Darwishi. Et quand il mourra, ce sera Darwishi lui- même qui régnera sur ce riche pays… Un sentiment de fierté emplit le petit garçon, vite chassé dans son esprit par le souvenir du visage à la fois doux et sévère de son grand-père. Puis il repense à l’effrayante salle où Sadihotep a été momifié. Il e n tremble encore. Pendant les soixante-dix jours qu’a duré l’embaumement, le gran d-prêtre Hepsetsout l’y a emmené à plusieurs reprises et lui a donné à chaque fois la chair de poule avec ses explications. Lors de sa première visite, Darwishi a été intrigué par quatre gros vases à côté du corps de son grand-père : Comme ils sont beaux ! Est-ce qu’ils iront aussi da ns le tombeau ? Ils contiennent le cerveau et les viscères. Quoi ? Darwishi s’est enfui en hurlant et a passé le reste de la journée à imaginer tout ce qu’on retirait de son grand-père pour le mettre dans des vases. Lors de sa deuxième visite obligatoire, il a vu com ment on saupoudrait de la matière blanche sur le corps pour le dessécher, et, lors de la troisième, comment on lui injectait toutes sortes d’huiles. ça ? s’est Pourquoi est-ce que je dois savoir tout indigné Darwishi. C’est horrible ! Et que turépondu Hepsetsout. Parce que tu es le fils aîné du pharaon, a deviendras roi à ton tour. À partir de maintenant, tu devras non seulement apprendre les secrets de la vie mais aussi ceux de la mort. Nous embaumons le corps de Sadihotep pour que son voyage vers l’au-de là ait lieu sans encombre et qu’il jouisse de la vie éternelle dans le royaume d u dieu Osiris. C’est ainsi que son grand-père, plutôt bel homme de son vivant, est devenu une momie rabougrie. Les funérailles vont commencer. Darwishi trotte sur le dos d’Akila pour rejoindre un temple au bord du Nil. C’est de là que la proces sion va entamer le long chemin jusqu’à la pyramide. Le garçon a le droit de rester sur son âne parce qu’il l’a reçu
en cadeau de son grand-père. Cela lui permet de tou t bien voir. Hepsetsout ouvre la marche. Derrière lui, le bateau dans lequel repo se Sadihotep est tiré par des bœufs sur des troncs d’arbres qui roulent. Puis vie nnent les prêtres et prêtresses qui transportent les offrandes, Darwishi sur son ân e, son père, sa mère et toutes les personnes qui travaillent au palais. Le reste d e la population forme le cortège, qui est presque aussi long que la distance à parcou rir. Darwishi regarde son père. Il le trouve beau, ainsi coiffé de la double couronne d’Égypte, la blanche du Sud et la rouge du Nord. En tre les deux brille le puissant scarabée de Moukatagara. Le pharaon tient dans ses mains un sceptre en or flambant neuf. Le petit garçon a du mal à s’imagine r que lui-même sera un jour aussi puissant. La procession avance lentement. Une demi-heure plus tard, ils parviennent enfin au temple qui jouxte la pyramide de Sadihotep. Les lamentations de la foule s’intensifient. Les porteurs sortent délicatement le corps de Sadih otep du bateau et disparaissent avec lui à l’intérieur de l’édifice. Darwishi est autorisé à entrer dans la grande chamb re funéraire carrée. Aucun détail ne lui échappe : Sadihotep dans son sa rcophage de pierre, les vases avec leurs contenus répugnants, ainsi que tou s les trésors qui accompagneront son grand-père, qui occupent deux sa lles entières. Même son trône en or sera du voyage. Darwishi aperçoit son dessin sur le mur derrière le sarcophage. Il a passé deux jours à peindre trois oiseaux gracieux au long cou qui survolent le Nil en crue. La plus belle peinture de tout le tombeau, pense-t-il avec fierté. La cérémonie touche à sa fin. Tout en déclamant des incantations, les prêtres glissent le lourd couvercle sur le sarcophage. D’un geste solennel, Hepsetsout dépose le sceptre de Sadihotep par-dessus. Le dos courbé, ils quittent tous la pyramide à recu lons. Le grand-prêtre est le dernier à sortir. Il efface les traces de pas sur le sable. Dans le temple, on continue à apporter des offrande s. Les gens chantent et dansent. On dirait une fête, songe Darwishi, indign é. À la fin de la journée, Hepsetsout scelle les porte s du tombeau et ils peuvent enfin rentrer chez eux. Darwishi pleure toute la nuit. Son grand-père vient juste de partir en voyage mais il lui manque déjà beaucoup…
Le lendemain matin, Hepsetsout entre dans la chambr e de Darwishi de très bonne heure. Suis-moi, lui chuchote-t-il. Dehors, une chaise à porteurs les attend dans l’obs curité. Où va-t-on ? demande Darwishi. À l’extérieur du palais. Dans le village ? Pourquoi ? Le grand-prêtre pose une main sur la tête du petit garçon. Un jour, tu régneras sur l’Égypte. Tu dois voir com ment ton peuple vit, travaille et mange. Désormais, après chaque pleine lune, je t e conduirai dans le village. Tu
devras bien t’occuper de tes sujets. Tu dirigeras l eur armée, rendras la justice, leur garantiras paix, prospérité et vie éternelle. Leur sort sera entre tes mains. Tu dois donc apprendre à les connaître. Mais ce sont des gens ordinaires. Papa est-il d’acc ord ? J’ai fait la même chose avec lui. Ainsi, les porteurs emmènent le petit Darwishi dans le village des gens ordinaires. Alors que le soleil vient juste de se l ever de l’autre côté du Nil, ils entrent dans une maison. Ses habitants mangent des haricots et boivent de la bière. Quand ils voient Hepsetsout, ils interrompen t leur repas et s’inclinent. Une femme à la peau sombre et aux yeux noirs leur appor te un plat avec trois poissons. Hepsetsout en donne un à Darwishi. Il a un goût sec et salé. La femme dépose une couronne de fleurs et un récipi ent d’huile parfumée aux pieds du garçon. Embarrassé, il hoche la tête et ra masse les objets. Une heure plus tard, ils sont de retour dans le palais. À partir de ce jour, je vais t’apprendre à lire, éc rire, faire la guerre, nager, lutter, chasser les animaux sauvages et honorer nos dieux. Comment je réussirai à faire tout ça ? balbutie Darwishi, confus. Je t’aiderai. Rien ne sera plus pareil, désormais.
Darwishi se réveilla en sursaut. Il regarda autour de lui. Jules, son nouvel ami, dormait dans l’autre lit. Charles, son nouveau papa , se trouvait dans la chambre à côté. Il prit son pendentif dans sa main : le scara bée de Moukatagara qui ornait autrefois la couronne de son père, la seule chose q ui lui restait de ses parents. Il avait encore rêvé de son ancienne vie et presque tout oublié en se réveillant. Cela lui arrivait souvent ces derniers temps. Toute s ces images de l’Égypte lui rappelaient qu’il n’y était plus. Qu’il ne serait j amais pharaon. Que la maladie l’avait emporté quand il était enfant. Que son corp s avait été momifié comme celui de son grand-père. Qu’il était revenu à la vie quat re mille ans plus tard dans une étrange contrée nommée Pays-Bas. Et son nom aussi a vait changé : il s’appelait désormais Dummie. Il glissa de son lit et alla se regarder dans le mi roir de la salle de bains : son visage était desséché, ses lèvres, craquelées et se s yeux, dorés. Il ferma les paupières et se remémora ses cheveux noirs tressés, sa belle peau brune et ses dents d’un blanc éclatant. En rouvrant les yeux, il ne vit plus que le trou qu’il avait maintenant à la place du nez. Sans faire de bruit, la momie retourna se coucher e t serra fermement son scarabée. Mais elle pensait à ses parents et fut in capable de retrouver le sommeil.
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Une exposition de peinture
Écrasé de chaleur, le village de Polderdam était en core plus tranquille que d’habitude. Charles Belin peignait dans son atelier, portes gra ndes ouvertes. Jules, assis sur un banc à l’ombre, regardait Dummie qui se bala nçait dangereusement au sommet d’un arbre. – Joules, monte aussi ! Ci plein di vent là-haut ! – Peut-être, mais ici, au moins, je ne risque pas d e tomber ! Le téléphone sonna. Dummie lâcha la branche, s’étal a par terre comme une crêpe et courut dans la maison. – Dummie à l’appareil ! Non, ji souis pas Charles. Ji vais le chercher ! Charles apparut dans l’entrée de la remise. Il rous pétait : – Saperlipatasse ! Cela signifiait qu’il avait une fois de plus raté u ne peinture. – Y a un homme dans tiliphone, lui annonça Dummie. Pour toi. – Je ne suis pas là. – Mais ji ti vois ! – L’homme ne me voit pas. Invente quelque chose ! – OK… Misieur, Charles dit qu’il est pit-être dans WC. Ou ailleurs. Ji dois inventer quique chose. Non, ci pas oune blague. Jules éclata de rire. Charles grogna et arracha le téléphone des mains de Dummie. – Charles Belin… Oui, j’étais occupé… Non, pas aux WC… Quoi ? Son visage changea soudain d’expression. – Oui, tout à fait… Vraiment ? Quand ?… Cet après-m idi ? Bien sûr !… Quinze toiles ?… Très bien… À tout à l’heure… Au revoir, m onsieur. Il raccrocha, ébahi. – Sac à pistouille ! – Qu’est-ce qu’il y a, papa ? – C’était pour une exposition. Ils m’ont demandé si je voulais bien prêter quinze tableaux au restaurant L’Entrepôt. Aujourd’hui même . Quelqu’un s’est désisté, ils m’ont trouvé par le bouche-à-oreille. – C’est qu’ils ne connaissent pas encore ton œuvre… , se moqua Jules, tout en jetant un œil sur le tas de tableaux qui s’empilaie nt dans l’atelier sans jamais trouver d’acheteur. – Eh bien, je vais la leur faire découvrir ! Aidez-moi donc à faire une sélection. Ils se mirent tous les trois à passer les toiles de Charles en revue. Elles étaient très différentes : grandes ou petites, paysages étr anges ou simples taches de
couleurs. Mais Jules trouvait qu’elles avaient au m oins un point commun : elles étaient toutes très laides. – Tu es sûr qu’elles sont terminées ? ironisa-t-il. Personne ne sera intéressé ! – C’est de l’art, mon garçon. Il faut apprendre à l ’apprécier. Celle-ci, par exemple : où pourrais-tu admirer un si beau ciel ? – Un ciel vert ? Nulle part… – S’il n’y a que les ciels bleus qui t’intéressent, tu n’as qu’à regarder au-dessus de ta tête ! Jules repensa aux tableaux du musée Grobin, qu’il a vait visité un mois plus tôt avec M. Gribouillis. Ils avaient des couleurs encor e plus bizarres. Et des taches encore plus épaisses. – Tu as peut-être raison, après tout. Bon, celle-là , alors. C’est la moins moche. Et celle-là. Et… ah, c’est beau, ça ! Il sortit une grande toile de derrière le tas. – C’est très différent des autres. Un nouveau style ? – Ci moi qui l’ai fait ! clama Dummie avec fierté. La simaine dirnière, quand Charles itait malade. – Toi ? Le tableau représentait trois ânes ainsi que des ho mmes vêtus de robes et coiffés de turbans, devant un paysage de dunes de s able et de pyramides sous un soleil couchant, parsemé d’ombres de buissons dessé chés. Jules savait que Dummie dessinait très bien, mais, en peinture, il e xcellait ! – On pourrait aussi l’apporter ! proposa-t-il, tout excité. – Non, refusa Dummie. – Pourquoi pas ? Tout le monde pourra l’admirer. Qu elqu’un voudra peut-être même l’acheter. – Non. Ji veux le garder. Ci di beaux ânes. – Moi, je ne suis pas contre, s’amusa Charles. Alle z, on l’embarque ! Et on en demande dix mille euros. Comme ça, les gens pourron t l’apprécier sans que tu coures le risque de le perdre : personne ne l’achètera à ce prix-là ! – Vriment ? – Fais-moi confiance. Le marché de l’art, ça me con naît ! Jules s’abstint de commentaire. – Tou peux embarquer les ânes.Maashi! Maashi: c’était la manière de Dummie de dire qu’il était d’accord. Sélectionner les quatorze toiles les moins laides l eur prit encore un certain temps. – Il faut leur donner un titre, songea Charles en s e frottant le menton. Je nomme celle-ci…Blanc avec rouge. Vous êtes d’accord ? – Et celle d’à côté ? Rouge avec blanc, plaisanta Dummie. – Laissez tomber, je vais me débrouiller tout seul. Charles établit une liste de quatorze titres sur un e feuille de papier. – Il nous faut aussi déterminer des prix.
Ils allèrent tous s’installer derrière l’ordinateur. Charles commença à taper :
Liste de prix des tableaux de Charles Belin Numéro 1.Rouge avec blanc. 1 000 € Numéro 2.Ciel vert. 1 000 €
– Et comment veux-tu appeler le tien ? demanda Charles à Dummie. Mon pays. Il coûte dix mille ouros !
*
Après avoir soigneusement emballé les toiles et les avoir chargées dans une remorque, Charles mit le cap sur la ville. Dummie é tait du voyage, pour surveiller ses ânes. Et Jules aussi, pour surveiller Dummie. Ils se garèrent devant L’Entrepôt, un grand bâtimen t avec trois salles de conférence et un restaurant. Un petit homme chauve vint les accueillir. – Monsieur Belin ? – En personne ! Et voici mon fils, Jules, et mon ne veu, Dummie. – Enchanté. Je suis Eustache Dhuile. L’homme dévisagea la momie et demanda à voix basse : – Il a eu un accident ? – C’est un grand brûlé, répondit Charles. Après un vague hochement de tête, M. Dhuile oublia vite son étonnement pour en revenir à ses préoccupations : – Allons vite accrocher vos toiles, nous ouvrons da ns une heure. Ils les transportèrent ensemble à l’intérieur. Quan d Charles déballa la première, Eustache Dhuile eut l’air choqué par les grosses ta ches de peinture. – C’est assez… brut. Nous préférons des œuvres moin s abstraites pour le restaurant. – Mais on peut y voir beaucoup de choses ! se défen dit Charles. Des oiseaux, un troupeau d’éléphants, un bouquet de tulipes… – Un bouquet de tulipes… – Oui. Mais j’ai aussi des paysages. Celui-ci, par exemple. M. Dhuile n’eut pas l’air charmé parCiel vert. – Oh ! – Où voulez-vous qu’on les accroche ? s’enquit Charles. L’homme hésita puis secoua la tête. – Je ne veux pas de cette toile dans mon restaurant. C’est à faire perdre l’appétit à mes clients. Même chose pour celle-ci. Qu’avez-vo us d’autre à me proposer ? Les tableaux furent tous refusés, jusqu’à ce que ce lui de Dummie soit déballé. – Ah, voilà ce que je cherchais ! On voit tout de s uite ce que cela représente : un paysage avec des ânes. – Disert avec des ânes, précisa Dummie.