Grands classiques de Molière

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Le Médecin malgré lui

Le Bourgeois gentilhomme

Le Malade imaginaire

Trois pièces de théâtre de Molière qui mettent en scène des personnages caricaturaux et, à travers eux, les défauts de la société de l’époque. Médecins, bourgeois, ducs et paysans y sont critiqués avec humour et malice.


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Date de parution 24 octobre 2017
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EAN13 9782215135418
Langue Français

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Table des matières
Préface
LE MÉDECIN MALGRÉ LUI
Introduction
Acte I
Acte II
Acte III
LE BOURGEOIS GENTILHOMME
Introduction
Acte I
Acte II
Acte III
Acte IV
Acte V
LE MALADE IMAGINAIRE
Introduction
Acte I
Acte II
Acte III
Lexique
Page de copyrightP r é f a c e
Molière, de son vrai nom Jean-Baptiste Poquelin, naît à Paris en 1622 dans une famille de
riches marchands. À vingt et un ans, il décide de devenir comédien, fonde la troupe de l’Illustre
éâtre et prend le nom de Molière. Ne rencontrant que très peu de succès, il est emprisonné
pour dettes en 1645 et est contraint de quitter Paris pour pouvoir continuer à jouer. Ce qu’il
reste de la troupe sillonne la France pendant plus de treize ans. À l’époque, le théâtre est très peu
joué dans des salles comme aujourd’hui ; les comédiens jouent souvent dans la rue, sur des
scènes éphémères. Les pièces sont des farces, qui ne sont pas écrites, mais surtout improvisées.
On y joue des gens du peuple. Molière commence à faire parler de lui pour ses talents de
comédien.

En 1658, la troupe rejoint Paris et joue pour Louis XIV, le Roi-Soleil, grand amateur d’arts.
Son frère, le Duc d’Orléans, protège les comédiens. En 1665, c’est le roi lui-même qui prend
Molière sous sa protection et lui assure un soutien financier ; la troupe obtient le titre de « troupe
du roi ». Ses pièces sont écrites pour divertir le roi et sa cour. Elles sont jouées au théâtre du
Palais-Royal à Paris, mais aussi directement à la cour du roi : au Louvre, à Versailles, dans les
jardins l’été, ou dans d’autres châteaux où le roi séjourne.

Au fil des années, Molière écrit des petites comédies, genre léger et comique, où l’on rit des
exagérations. Il dépeint dans ces pièces les hommes de son temps. On ne séparait pas à l’époque
le théâtre, la danse et la musique. Molière et le musicien Lully inventent ensemble les
comédiesballets. Le Médecin malgré lui et Le Malade imaginaire sont deux comédies-ballets. Le théâtre
évolue beaucoup avec Molière : on joue les pièces à l’intérieur. On passe des farces de rue aux
comédies qui obéissent à des règles précises. Les comédies se découpent habituellement en cinq
actes. On utilise les actes pour délimiter les différents moments de l’intrigue, mais aussi pour des
raisons pratiques : il fallait, toutes les vingt minutes environ, changer les chandelles qui éclairaient
la scène, car à l’époque il n’y avait pas d’électricité ! Les actes sont eux-mêmes coupés en scènes.
On change de scène lorsqu’un personnage fait son entrée.

Les pièces de Molière sont aujourd’hui encore jouées partout en France, et pour parler de la
langue française, on utilise même parfois l’expression « la langue de Molière » !Comédie
Texte de Molière
Illustrations de Karine BernadouI n t r o d u c t i o n
Le Médecin malgré lui
Dans Le Médecin malgré lui, Molière met en scène Sganarelle, un homme fier, paresseux et
brutal. Sa femme se venge en le faisant passer pour un médecin qui demande à se faire battre
pour exercer sa médecine. C’est une farce : une pièce courte dont le but est de faire rire et de
divertir.
Le sujet est la médecine. Molière singera les médecins dans de nombreuses pièces. Il les
présente comme des charlatans attirés par l’argent, qui ne doivent leur titre de médecin qu’à la
robe qu’ils portent. Sganarelle doit la porter pour paraître crédible.
Dans les farces, il y a des coups de bâtons et des gesticulations. C’est une façon d’amuser le
public sans parler. Il y a également des exagérations, comme dans la dispute entre Sganarelle et sa
femme. Mais Molière utilise aussi beaucoup les mots pour faire rire. Sganarelle fait des jeux de
mots alors que les paysans, eux, peinent à utiliser un vocabulaire qui leur est inconnu. Et surtout,
le médecin semble érudit uniquement parce que personne ne comprend son charabia teinté de
latin.
Le Médecin malgré lui peut être considéré comme la farce la plus réussie de Molière. C’est celle
qui a été la plus jouée de son vivant.
La pièce a été représentée pour la première fois le 6 août 1666.P e r s o n n a g e s
Sganarelle, mari de Martine.
Martine, femme de Sganarelle.
M. Robert, voisin de Sganarelle.
Valère, domestique de Géronte.
Lucas, mari de Jacqueline.
Géronte, père de Lucinde.
Jacqueline, nourrice chez Géronte, et femme de Lucas.
Lucinde, fille de Géronte.
Léandre, amant de Lucinde.
Thibaut, père de Perrin.
Perrin, fils de Thibaut, paysan.Acte I
Scène première
SGANARELLE, MARTINE,
paraissant sur le théâtre en se querellant.
Sganarelle. — Non, je te dis que je n’en veux rien faire, et que c’est à moi de parler et d’être le maître.
Martine. — Et je te dis, moi, que je veux que tu vives à ma fantaisie, et que je ne me suis point mariée avec toi pour souffrir tes fredaines*.
Sganarelle. — Ô la grande fatigue que d’avoir une femme ! et qu’Aristote a bien raison, quand il dit qu’une femme est pire qu’un démon !
Martine. — Voyez un peu l’habile homme, avec son benêt d’Aristote !
Sganarelle. — Oui, habile homme : trouve-moi un faiseur de fagots qui sache, comme moi, raisonner des choses, qui ait servi six ans un fameux
médecin, et qui ait su, dans son jeune âge, son rudiment par cœur.
Martine. — Peste du fou fieffé* !
Sganarelle. — Peste de la carogne* !
Martine. — Que maudit soit l’heure et le jour où je m’avisai d’aller dire oui !
Sganarelle. — Que maudit soit le bec cornu de notaire qui me fit signer ma ruine !Martine. — C’est bien à toi, vraiment, à te plaindre de cette affaire. Devrais-tu être un seul moment sans rendre grâce au Ciel de m’avoir pour ta
femme ? et méritais-tu d’épouser une personne comme moi ?
Sganarelle. — Il est vrai que tu me fis trop d’honneur, et que j’eus lieu de me louer la première nuit de nos noces ! Hé ! morbleu ! ne me fais point
parler là-dessus : je dirais de certaines choses…
Martine. — Quoi ? que dirais-tu ?
Sganarelle. — Baste, laissons là ce chapitre. Il suffit que nous savons ce que nous savons, et que tu fus bien heureuse de me trouver.
Martine. — Qu’appelles-tu bien heureuse de te trouver ? Un homme qui me réduit à l’hôpital, un débauché, un traître, qui me mange tout ce que
j’ai ?
Sganarelle. — Tu as menti : j’en bois une partie.
Martine. — Qui me vend, pièce à pièce, tout ce qui est dans le logis.
Sganarelle. — C’est vivre de ménage.
Martine. — Qui m’a ôté jusqu’au lit que j’avais.Sganarelle. — Tu t’en lèveras plus matin.
Martine. — Enfin, qui ne laisse aucun meuble dans toute la maison.
Sganarelle. — On en déménage plus aisément.
Martine. — Et qui, du matin jusqu’au soir, ne fait que jouer et que boire.
Sganarelle. — C’est pour ne me point ennuyer.
Martine. — Et que veux-tu, pendant ce temps, que je fasse avec ma famille ?
Sganarelle. — Tout ce qu’il te plaira.
Martine. — J’ai quatre pauvres petits enfants sur les bras.
Sganarelle. — Mets-les à terre.
Martine. — Qui me demandent à toute heure du pain.
Sganarelle. — Donne-leur le fouet : quand j’ai bien bu et bien mangé, je veux que tout le monde soit saoul dans ma maison.
Martine. — Et tu prétends, ivrogne, que les choses aillent toujours de même ?
Sganarelle. — Ma femme, allons tout doucement, s’il vous plaît.
Martine. — Que j’endure éternellement tes insolences et tes débauches ?
Sganarelle. — Ne nous emportons point, ma femme.
Martine. — Et que je ne sache pas trouver le moyen de te ranger à ton devoir ?
Sganarelle. — Ma femme, vous savez que je n’ai pas l’âme endurante, et que j’ai le bras assez bon.
Martine. — Je me moque de tes menaces.
Sganarelle. — Ma petite femme, ma mie, votre peau vous démange, à votre ordinaire.
Martine. — Je te montrerai bien que je ne te crains nullement.
Sganarelle. — Ma chère moitié, vous avez envie de me dérober quelque chose.
Martine. — Crois-tu que je m’épouvante de tes paroles ?
Sganarelle. — Doux objet de mes vœux, je vous frotterai les oreilles.
Martine. — Ivrogne que tu es !
Sganarelle. — Je vous battrai.
Martine. — Sac à vin !
Sganarelle. — Je vous rosserai*.
Martine. — Infâme !
Sganarelle. — Je vous étrillerai*.
Martine. — Traître, insolent, trompeur, lâche, coquin, pendard*, gueux*, bélître*, fripon, maraud*, voleur… !
Sganarelle. (Il prend un bâton et lui en donne.) — Ah ! vous en voulez donc ?
Martine. — Ah ! ah, ah, ah !
Sganarelle. — Voilà le vrai moyen de vous apaiser.