Inch

Inch'Allah que mon père crève !

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Français
81 pages

Description

Algérie, 1960. Fanny déverse sa colère contre ce père tyrannique qui l'a enfermée à double tour pour l'obliger à réviser son bac. La chambre est une étuve alors que de la rue montent les cris d'une manifestation FLN qui dégénère. Fanny se sent négligée, méprisée. A la face du monde, elle aussi aurait envie de gueuler "liberté, indépendance" !...

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Informations

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Date de parution 02 juillet 2012
Nombre de lectures 22
EAN13 9782330011437
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Inch’Allah que mon père crève !
Une collection dirigée par Jeanne Benameur et Claire David
Des textes d’un seul souffle. Les émotions secrètes trouvent leur respiration dans la parole. Des textes à murmurer à l’oreille d’un ami, à hurler devant son miroir, à partager avec soi et le monde.
www.actes-sud-junior.fr www.actes-sud-junior.fr/collections/duneseulevoix/
Conception graphique : Guillaume Berga Maquette : Christelle Grossin
© Actes Sud,2011 997788--22--733402-70-19146188--08
Loi 49-956 du 16 juillet 1949
sur les publications destinées à la jeunesse
D ’ U N E S E U L E V O I X Inch’Allah que mon père crève ! Anny Cordina
ALGÉRIE, 1960
Les salopards. Ils m’ont carrément enfermée cette fois. Pour de bon. À clé, à double tour. Comme quand j’avais cinq ans. Encore une idée de mon père, un vrai maboul, celui-là. Et eux, ils sont sortis. Ils sont allés au cinéma avec la grand-mère. Et moi, je suis en cage. Je les déteste. Le bac. Le bac. Ils n’ont que ce mot à la bouche. Voilà qu’ils s’intéressent à mon avenir, à présent.
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Vivement que ce soit fini. Encore trois mois et à moi la liberté ! Enfin ! Je vais pouvoir m’enfuir loin d’eux, de cette maudite famille. Encore une chance qu’il n’y ait pas de fac à Bône, comme ça, ils seront bien obligés de me laisser partir. À Alger, je vais pouvoir respirer. Évidemment, ce n’est pas Paris. Moi, c’est à Paris que j’aurais voulu étudier, mais ils n’ont rien voulu entendre. Aller dans cette ville de débauche, pas question. J’ai beau leur dire qu’on peut se dévergonder partout, à Tombouctou comme à Alger, y a rien eu à faire. Là-bas tu seras plus proche de nous et ta tante Fer-nande qui habite à une dizaine de kilomè-tres pourra te surveiller. Fernande la casse-pieds. Toujours à criti-quer, à casser du sucre sur tout le monde, toujours plongée dans ses bondieuseries,
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à faire la morale. À la mort de mon grand-père Vincent, elle a refusé de prendre sa mère chez elle, sous prétexte que c’était trop petit. C’est pour ça que Philomène vit chez nous. Mes parents ne m’écoutent jamais. Tou-jours à me punir, pour un oui, pour un non. Toujours à m’interdire ceci, cela. À m’enfermer pour mon bien. Quelle chaleur. On crève. C’est l’enfer. Il doit faire au moins trente-six degrés. C’est à cause du sirocco. Un temps à ne pas met-tre les chiens dehors. C’est ce qu’ils disent en France, il paraît, parce que chez eux, il pleut tout le temps. Travailler dans ces conditions, c’est pas humain. J’aurais pu l’apprendre ce soir, après le cinéma, cette maudite leçon. La Deuxième Guerre mondiale. Qu’est-ce
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que j’en ai à foutre, moi ! Des batailles, des batailles, des morts, des morts. Les hommes sont dingues. C’est quoi ces cris dehors ? Encore cette bande de gamins. Ils reviennent jeter des graviers dans la vitrine du droguiste. Bien fait pour lui, c’est un sale con, toujours à les empêcher de jouer devant sa devanture, comme s’ils allaient l’abîmer rien qu’en la regardant. Tiens ! C’est nouveau, ils crient : “Ben Bella ! Ben Bella ! Libérez Ben Bella !” On n’entend plus parler que de lui ces der-niers temps. Son nom est écrit sur tous les murs. D’après mon père, c’est un fanatique, un fou dangereux. Il veut nous flanquer à la porte de chez nous, nous renvoyer en France : il est drôlement culotté. Ici, c’est
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