J'ai choisi de lui rester fidèle

-

Livres
64 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Thierry Maucour, père de quatre enfants, aujourd’hui grand-père, a subi de plein fouet la tempête de la séparation et du divorce après vingt et un ans de vie conjugale. Au cœur de cette épreuve, il témoigne de sa foi et de la grâce reçue pour rester fidèle à celle à laquelle il s’est uni pour la vie.

Préface du Père Alain Mattheeuws.

Dans la collection Promesse d’amour, la série Témoignages apporte des coups de projecteurs sur les bonheurs et les épreuves de la vie conjugale.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 19 décembre 2012
Nombre de lectures 14
EAN13 9782728917860
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Image couverture
Image pagetitre

« Or, eux aussi
ont brisé le joug,
rompu les liens. »

(Jr 5, 5)

À Notre-Dame de l’Alliance.

 

À celle qui est aiguillon dans mon cœur, à nos enfants, nos petits-enfants nés ou à naître, à mes parents, et aux générations qui nous ont précédés.

 

À Dominique et Diane, amis si chers, et à Alain.

 
Lorsqu’on traverse l’épreuve intime d’une rupture d’alliance, même les personnalités les plus fortes ou les plus riches peuvent en être ébranlées jusqu’à la racine de leur être.
Nous sommes témoins de manière régulière de ces événements où l’amour promis pour toujours plonge dans des abîmes de souffrance et de négation. Dans la vie des couples et des familles d’aujourd’hui, c’est un fait. Les causes sont multiples mais restent toujours singulières : c’est lui, c’est elle, c’est tel couple. Comment penser que « cela » puisse être ou devenir « banal » ? L’amour blessé, l’amour qui trahit, l’amour qui semble mourir dans le lien conjugal, est un amour qui se voulait vrai, sincère, concret, plein d’espérance, ouvert à la vie et au bonheur. Pourquoi de telles difficultés à aimer aujourd’hui comme hier ? L’amour humain doit-il vraiment être sauvé ? Dans les circonstances de séparation, de divorce, de remariage, peut-il encore être sauvé et quelles significations les hommes et les femmes peuvent-ils donner à leurs décisions diverses ? La parole de Dieu, la Tradition de l’Église et l’Esprit du Christ peuvent-ils « faire quelque chose » ?
 
La question de fond est celle de l’indissolubilité du lien et de la pérennité de ce lien quand l’amour n’est plus. Elle mérite peut-être qu’on en évalue les enjeux, même si nous ne pouvons pas entrer dans tous les débats contemporains. De nombreux théologiens, des colloques divers, des adaptations pastorales s’attellent déjà à cette question. Vouloir vivre d’un lien conjugal, c’est se mettre sous le même joug (conjugium) et conjuguer dès lors sa vie au pluriel. La fidélité nourrit ce lien. Comment la comprendre comme une fidélité définitive, liée au corps à corps de la vie quotidienne et de la relation sexuelle ? Jésus a une parole forte sur ce lien indissoluble des époux et l’Église s’y est tenue depuis l’origine.
 
L’auteur de ce livre, Thierry Maucour, est une personnalité forte et attachante. Je l’ai écouté à plusieurs reprises et sa parole ne laisse jamais son auditoire indifférent ni indemne. Qu’en sera-t-il d’un écrit ? Comment pourrons-nous saisir la profondeur de l’expérience et des propos rapportés, leur vérité dans la vie d’un homme qui parle du lien qu’il a noué et qui continue à le faire vivre ? Nous croyons que sa réflexion comme sa parole publique aura également un fruit de raison et de cœur. Ce livre est aussi un témoignage : il parle de lui, de son couple, de sa famille et de la manière dont il a choisi d’être fidèle à sa parole et surtout à la parole de Dieu. Son langage est direct, concret, sans fausse pudeur, tout en restant sobre sur ce qui touche les siens. Il aidera certainement le lecteur à comprendre les traits de ce type d’épreuve. Il témoigne également pour d’autres qu’il connaît, qu’il a écoutés et dont il peut rendre compte des options.
 
Plus qu’un témoignage, ces lignes indiquent aussi un chemin que certains prennent encore comme une « voie étroite », largement méconnue, parfois marginalisée dans la société et dans l’Église. Il nous faut réfléchir à cette expérience et prendre conscience de son importance théologale et spirituelle : non pas en opposition dialectique avec d’autres choix, mais à partir du don de Dieu toujours offert à son peuple. Jamais l’expérience et les choix posés par l’auteur n’apparaissent comme un volontarisme ou une fidélité légaliste. Ils ne sont pas un jugement posé sur d’autres situations, mais ils témoignent d’un sillon que l’Esprit trace dans la bonne terre qu’est le Peuple de Dieu. L’expérience dans ce texte s’élargit dans des réflexions sur l’amour, la fidélité, le sens de l’Église, la vie de couple et de famille. Ce qui pourrait être un « cri » devient un appel, un message, une réflexion de sagesse pour autrui : pour des frères et des sœurs confrontés ou non à des difficultés. L’auteur trace ainsi un chemin de crête pour « nommer » la fidélité, lui trouver un sens et une fécondité. Il nous indique que ce type de vie, fondée sur la grâce du sacrement de mariage, peut rester un chemin d’union à Dieu dans l’Église. L’amour doit être sauvé. Tout amour doit l’être, quelles que soient les circonstances de la vie. Les célibataires, les gens mariés, ceux qui éprouvent les difficultés de la séparation, du divorce, du remariage, apprendront quelque chose de cette méditation concrète à la lumière de l’expérience et de la vie de l’Église.
 
Nous voici maintenant prêts à entendre le récit d’une vie de couple qui n’est pas un long fleuve tranquille. Nous voici prêts à comprendre pourquoi un homme a désiré en parler et en réfléchir les enjeux pour ses frères et sœurs. Ce n’est pas une vie de saint que nous sommes appelés à lire. C’est une vie de baptisé confronté aux « houles » de l’amour et aux exigences de l’Esprit en son cœur : la rupture du lien, la solitude éprouvée, le cap de la fidélité choisie, la recherche d’un pardon et d’une paix que Dieu peut assurer… Ce récit n’est pas conté d’abord pour nous convaincre ou pour juger qui que ce soit. Il ouvre, non pas en théorie, mais dans la pratique, un chemin de fécondité « paradoxale » dont on parle peu dans l’Église. À nous de nous mettre en consonance.
Alain Mattheeuws s.j.
Introduction
Vingt et un ans de vie conjugale avec ses émerveillements et ses joies, ses peines et ses heurts. Un foyer où nous vivons avec nos quatre enfants : les trois premiers sortent tout juste de l’adolescence, le quatrième est encore un jeune enfant de cinq ans. Mon épouse et moi, nous exerçons chacun une activité professionnelle. Elle est avocat. Je dirige un site industriel en région parisienne. Vu de l’extérieur, tout semble aller bien : une famille normale, heureuse. Et pourtant, nous sommes au bord de la rupture. Nous avons chacun notre part à ces tensions.
 
Nous nous séparons. Nos enfants subissent. Une procédure de demande de divorce est engagée. Deux ans et demi après une ordonnance de non-conciliation, le divorce civil est prononcé, les dispositions en matière de garde du seul enfant alors mineur, de droit de visite et de pensions alimentaires sont fixées, la communauté conjugale est liquidée.
 
Trois années de tempête, avec de fausses accalmies avant de nouveaux coups de vent. Trois années qui précèdent le prononcé du divorce civil, pendant lesquelles je me levais le matin en me disant : « Aujourd’hui, je n’y penserai pas et je me concentrerai sur ce que j’ai à faire. » Et à peine suis-je arrivé à mon bureau, voici une nouvelle vague qui vient violemment et brusquement secouer la proue de ma pauvre et frêle barque ! Je connais l’angoisse, l’oppression, la souffrance. J’ai besoin de béquilles. Je me fais aider médicalement et psychologiquement.
 
Mariés dans le Seigneur que nous avions suivi lorsque nous nous sommes engagés l’un envers l’autre, nous nous sommes progressivement éloignés de lui au cours des premières années de notre vie conjugale. Nous étions devenus des chrétiens sociologiques. L’été précédant notre séparation, le Seigneur m’a fait la grâce de vivre un temps de conversion. J’ai expérimenté la rencontre personnelle avec le Christ mort et ressuscité pour moi comme pour tout homme. J’ai alors décidé de me mettre à sa suite et de lui donner la première place dans ma vie. J’ai retrouvé le chemin de la messe dominicale et d’une soirée par semaine consacrée à la prière et centrée sur l’Eucharistie. Dieu soit loué pour sa miséricordieuse prévenance ! Ma rencontre avec le Seigneur ne nous a pas empêchés de nous séparer et de divorcer. Il n’est pas la rustine de l’amour humain, mais il prépare un chemin et permet de tout vivre en lui.
 
Trois ans après, j’avais encore sur moi la tenue de plongée, le masque au front, le tuba à proximité de la bouche et les palmes aux pieds. Un matin, mon père me rejoint à mon bureau où nous devions travailler ensemble sur un dossier délicat. Il arrive en retard pour cause d’embouteillages. Une demi-heure après son arrivée, je me vois obligé de lui dire que je ne peux pas rester plus longtemps : j’ai en effet rendez-vous avec ma psy. Avec une pointe compréhensible de déception, il me dit sur un ton badin : « Non, tu n’y vas pas. Tu dis avoir la foi. Alors, crois seulement ! »
 
Il y a eu en moi comme un déclic. J’ai réalisé que le temps était probablement venu de lâcher mes béquilles qui avaient été bien utiles. Le Seigneur passe par d’innombrables canaux pour nous soutenir dans l’épreuve. J’ai enfin pu retirer ma tenue de plongée et tout mon attirail. Depuis je ne l’ai jamais repris, si ce n’est pour partir explorer quelques beaux fonds marins.
 
Les approches sociologiques, psychologiques, historiques, philosophiques ou juridiques sur le mariage, ses difficultés et les séparations qui s’ensuivent, ne manquent pas à notre époque. Des interrogations au plan pastoral et des tentatives de réponses se font jour. En revanche, l’apport considérable du Magistère depuis près d’un siècle en matière de doctrine du mariage me semble être très méconnu, lorsqu’il n’est pas refusé ou nié.
 
Pour ma part, je suis encore tout étonné des grâces que j’ai reçues. Elles m’ont permis de faire des choix de vie que je n’aurais certainement pas fait autrement. Dans la foi, j’ai posé l’acte de volonté de suivre le Christ dans son Corps qu’est l’Église. Ce que dit le Magistère de l’Église sur un sujet ô combien difficile et douloureux pour notre époque, je le rejoins complètement dans mon expérience humaine concrète et dans celle de nombreuses personnes qui m’ont donné de la partager. Elles sont, comme je le suis, témoins que le chemin de fidélité au Magistère et à la grande Tradition de l’Église est chemin de bonheur et de paix.
 
Les lignes qui suivent ne prétendent en rien être une étude exhaustive de la doctrine de l’Église, mais des points clés qui m’ont touché et m’ont été utiles pour avancer. Ce que j’ai vécu et vis aujourd’hui me permet de poser un regard dans la foi sur ce que sont appelés à vivre et peuvent vivre les époux chrétiens séparés ou divorcés. Tous ne sont pas prêts à suivre le même chemin. Nombreux sont ceux qui en empruntent d’autres. Puissent cependant ces quelques lignes les aider tous ! Puissent-elles surtout ne pas briser le roseau froissé, ni éteindre la mèche qui fume encore !1
 
« Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé, toi et les tiens. »2
Le temps passé pour écrire ces lignes n’a pu être inaperçu des miens. Une fois en possession d’un manuscrit publiable et avant de le confier à un éditeur, j’ai proposé à celle qui, aujourd’hui, ne se reconnaît plus comme mon épouse d’en prendre connaissance et de me faire part de ses observations. Elle ne l’a pas souhaité et m’en a donné les raisons. Je le respecte.
Un parcours humain, banal et fréquent
Contexte de la séparation et divorce civil
Dès les premiers siècles de son histoire, l’Église a connu des situations conjugales justifiant une séparation. Ce n’est donc pas un phénomène nouveau. Les Pères de l’Église ont eu à se prononcer sur des situations difficiles1. Ainsi, la séparation des époux avec maintien du lien matrimonial peut-elle être légitime en certains cas, prévus par le Droit canonique2 . Toutefois, pour la Tradition et le Magistère, il est évident que la séparation ne peut être envisagée que comme un dernier remède après que l’on a vainement tenté tout ce qui était raisonnablement possible pour l’éviter3.