Il était 6 fois Hanaé
65 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Il était 6 fois Hanaé

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Description

Et si votre vie était un roman ? Inventez votre histoire !Hanaé a été adoptée quand elle avait trois mois. Elle adore ses parents, avec qui elle s’entend vraiment bien, mais une chose la tourmente : elle ignore tout du début de sa vie. Elle a beau se dire qu’un bébé est un bébé, que personne ne se souvient de ses premiers mois, rien à faire ! Paul, le vieux bibliothécaire à qui elle se confie, lui lance alors un défi : écrire elle-même son histoire, à la façon d’un roman policier, d’un conte, d’une pièce de théâtre, d’un roman fantastique…

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 17 janvier 2019
Nombre de lectures 1
EAN13 9782748524734
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

M ATT7IEU R ADENAC
Il était six fois Hanaé
Syros

Collection « Tempo »
© Shutterstock / Passion Artist / Jacek Chabraszewski / Successo Images © 2019 Éditions SYROS, Sejer, 25, avenue Pierre-de-Coubertin, 75013 Paris
Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse, modifiée par la loi n° 2011-525 du 17 mai 2011.
« Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre, est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales. »
ISBN : 978-2-74-852473-4
À Annick et à Angélique
Sommaire
Copyright
Chapitre - 1 - Ça commence à la page 42
Chapitre - 2 - Li(v)re en moi
Chapitre - 3 - Le défi du début
Chapitre - 4 - Rendez-vous conte... - IL ÉTAIT UNE FÊLURE
Chapitre - 5 - Thé vert ou théâtre ?
Chapitre - 6 - Paul y est ou policier ?
Chapitre - 7 - Santiago Ferrol alias SF
Chapitre - 8 - Maman... sentimentale ?
Chapitre - 9 - La vie est fantastique !
Chapitre - 10 - Mon héritage
Sources
L'auteur
Chapitre 1
Ça commence à la page 42

J e suis curieuse.
On me le dit souvent. Sans doute parce que je me pose tout le temps des millions de questions. Ma dernière lubie, c’est les débuts de romans. Est-ce qu’il est possible de commencer un livre par son milieu ? Ou du moins par le chapitre deux ou trois...
– Paul, t’en penses quoi ?
Paul, c’est le vieux bibliothécaire. Même s’il trouve que j’ai toujours des idées farfelues, je l’aime beaucoup. Avec lui, je peux parler de tout. Nos discussions autour des livres sont enflammées. Sa voix est rocailleuse et douce à la fois, j’adore l’écouter... Il sirote toute la journée du thé vert à la menthe, dont l’odeur imprègne la bibliothèque. Je le considère presque comme un membre de ma famille. Il faut dire que je viens le voir quasiment chaque jour à la sortie du collège.
Paul a pris un air pensif. Je lui souris et j’ajoute :
– Je sais ce que tu vas me dire, le lecteur lit comme il veut, il peut commencer par la fin, ne jamais terminer sa lecture, ou bien lire en diagonale... Mais est-ce possible de sauter le début ?
– Tu veux savoir si le lecteur peut atterrir au beau milieu d’un monde dont il ne connaît rien ? me demande Paul. C’est vrai que les premiers mots d’une histoire ont leur importance. À travers eux, l’auteur noue un pacte avec son lecteur, et ils colorent parfois tout le livre. Mais, Hanaé, nous savons très bien, toi et moi, pourquoi tu me poses cette question...
Paul plonge ses yeux dans les miens. Il me connaît...
– Paul, tu sais que...
– ... que tu as été adoptée, termine-t-il de sa voix la plus tendre. Nous en avons déjà parlé des dizaines de fois. Et je sais aussi que tu as des parents géniaux.
– C’est vrai, ils ne m’ont jamais rien caché. Ils m’aiment et je les aime, mais je ne connais pas le début de mon histoire. Imagine que nous soyons chacun le héros ou l’héroïne d’un livre : le livre de notre vie. Eh bien, mon livre à moi commencerait à la page 42 ! Et peut-être que je ne saurai jamais ce qui s’est passé dans les quarante et une premières. C’est comme si elles avaient été arrachées ! Alors j’ai besoin de savoir si c’est possible de lire une histoire sans début...
– Mais, Hanaé, tu as déjà une histoire... proteste Paul. Et puis tu sais, personne ne se souvient de ses premiers mois...
J’opine de la tête. Bien sûr, il a raison, mais le fait de ne pas connaître mes origines m’obsède.
– Paul, il faut que j’essaie...
Je sais quel regard lui adresser pour le faire craquer.
– Bon d’accord, soupire-t-il avant de nettoyer les verres de ses lunettes. Que faut-il que je fasse ?
– Choisis un livre dans la bibliothèque. Assure-toi quand même que je ne l’aie jamais emprunté. OK ? Ensuite, recouvre-le d’une feuille bien opaque afin que je ne puisse pas voir la couverture...
– Mais pourquoi ? me demande alors Paul. La couverture ne rentre pas en ligne de compte dans ton expérience...
– Eh bien si, justement, l’image de la couverture pourrait me donner des indices de ce que j’ai raté...
Paul hoche simplement la tête, l’air songeur, et tout à coup il me dit :
– OK ! Je sais ce que je vais te donner !
Pendant qu’il file dans les rayonnages, je vais regarder les nouveautés qu’il expose dans l’entrée. Je le vois revenir à son bureau et entreprendre de recouvrir tant bien que mal le livre qu’il a sélectionné. Il n’a pas l’air très doué avec le rouleau de scotch, je l’entends ronchonner : « Qu’est-ce qu’elle ne me fait pas faire, cette petite Hanaé ! » La sonnerie du téléphone le fait alors sursauter :
– Bonjour, Paul à votre service, que puis-je pour vous ?
Le ton enjoué, toujours un sourire aux lèvres, il est facile de deviner qu’il aime son métier. Mais soudain, son visage se ferme. Ses réponses se font de plus en plus courtes. Que se passe-t-il ? Je l’entends qui remercie froidement avant de raccrocher. Les yeux dans le vague, il essuie les verres de ses lunettes pour la centième fois de la journée avant de reprendre son ouvrage.
– Voici, miss Hanaé, me lance-t-il quelques instants après, en me tendant le livre-mystère.
Il suffit d’un baiser et d’un merci pour que Paul retrouve le sourire.
Sur le chemin du retour, je me pose mille questions. Quelle histoire vais-je découvrir ? Quels personnages vais-je rencontrer ? Paul a eu l’air d’avoir l’idée du siècle en choisissant ce livre... J’ai hâte. Mais je pense aussi à son air abattu lorsqu’il a reçu ce coup de téléphone. Qui était au téléphone ? Qu’est-ce qui a pu ternir la joie de Paul aussi brutalement ? J’espère qu’il ne me cache rien de grave...
Bien installée, je décide de commencer ma lecture le soir même. J’ouvre le livre à la page 42.
Comme j’aime lire, j’avance rapidement. Pen­dant un moment, ça ne me dérange pas trop d’avoir sauté le début. Je tourne les pages en essayant inconsciemment de glaner des indices de ce que j’ai raté. Je lis, je lis jusqu’à prendre pleinement goût à l’histoire et à m’attacher aux personnages... Et c’est là que le problème survient. Plus j’aime cette histoire, plus j’ai irrésistiblement envie de savoir comment elle a commencé... Impossible de poursuivre ma lecture, je suis trop curieuse. Mon esprit est en ébullition et je sens que mes doigts brûlent d’envie de revenir feuilleter ce que j’ai mis de côté. J’ai chaud, le sang cogne à mes tempes... Je laisse tomber le livre avant que mes larmes ne commencent à couler.
Demain, après les cours, je retournerai voir Paul pour tout lui raconter. Je suis tellement déçue...
 
– Mission impossible ! lui dis-je simplement en lui tendant le livre.
Assis derrière son bureau d’accueil, Paul me regarde attentivement.
– Mais tu as pu lire ou pas ? Est-ce que tu as aimé ce que tu as lu ? Dis-moi, Hanaé, s’inquiète-t-il en ôtant ses lunettes.
– J’ai bien avancé et, oui, j’ai aimé ce que j’ai lu. Mais j’ai arrêté une cinquantaine de pages avant la fin. Je n’arrive pas à me sortir de la tête que j’ai peut-être raté un truc super important au début...
Malgré moi, je me sens au bord des larmes. Paul s’empresse alors de faire le tour du comptoir, il me rejoint et me prend dans ses bras.
– Ce n’est pas grave, et puis surtout ça ne veut rien dire... Nous le savions, cette expérience n’est pas le reflet de ton histoire. Tu es une superbe héroïne romanesque, avec ou sans ces satanées quarante et une premières pages...
Il est adorable, Paul. Il est toujours là pour moi. Je l’ennuie avec mes histoires, mais j’ai vraiment besoin de lui. J’espère qu’il sait qu’il peut compter sur moi autant que moi je compte sur lui. Je repense au coup de téléphone de l’autre jour. S’est-il confié à quelqu’un ? A-t-il simplement quelqu’un à qui parler ? Je réalise que c’est la première fois que je me pose cette question. A-t-il une femme ? Des enfants ? Des petits-enfants ? Il faudra qu’un jour j’ose le lui demander...
– J’ai sans doute mal choisi le livre, reprend-il en me proposant un mouchoir pour essuyer mes yeux. Tu ne veux pas le garder, lire le début pour le finir après ?
En guise de réponse, je secoue tristement la tête.
– Alors on va tenter de nouveau l’expérience avec un autre livre, d’accord ?
– Non, Paul, je crois que ça ne sert à rien. On en reparle demain...
Le pas lourd, je rentre chez moi. Mes pensées tournent et retournent dans ma tête... Cet échec m’atteint au plus profond de moi. Comment vais-je pouvoir avancer, maintenant ?
Chapitre 2
Li(v)re en moi

J e ne suis pas en colère.
Je ne déteste pas mes biologiques , comme je les appelle. Sans eux, je n’aurais pas connu mes parents. Et puis je n’oublie pas qu’ils m’ont mise au monde. Je ne parviens pas vraiment à mettre de mots sur ce que je ressens vis-à-vis d’eux. Quand je pense à toutes les questions que j’aimerais leur poser, j’ai le vertige. Le pire, c’est que je n’aurai sans doute jamais les réponses... C’est comme s’il y avait un gouffre derrière moi, au fond duquel l’histoire de mes origines serait enfouie. Vais-je parvenir à construire une existence solide si elle n’a pas de fondations ? Parfois, je me dis que je peux faire ce que je veux de ce vide, le remplir à ma façon... Mais la liberté d’inven­ter est effrayante elle aussi. Comme ­l’angoisse de la page blanche pour un auteur. Je suis cernée de toutes parts par un précipice...
– Ça n’a pas l’air d’aller, Hanaé... me dit tout à coup Papa. Tu veux m’en parler ?
Je ne sais pas comment ils font, lui ou Maman, mais ils lisent en moi comme dans un livre ouvert. Nous sommes bien ensemble tous les trois, c’est presque trop beau. Joie, bonheur et sérénité. Ils m’ont toujours dit la vérité. Il n’y a pas de secret entre nous. Je me rappellerai toute ma vie ce que Maman m’a expliqué un jour : « Je ne t’ai pas attendue neuf mois comme la plupart des mamans, mais quatre ans. Tu n’es pas le fruit de notre sang, mais celui de notre amour. » Et c’est bien vrai, ils m’aiment d’un amour inconditionnel. Ils sont super, je suis fière que le destin les ait choisis, eux. Ils m’ont expliqué les démarches qu’ils ont dû faire pour m’adopter, ils m’ont raconté leurs déceptions, le découragement qui s’est emparé d’eux parfois, et puis leur immense bonheur... Parfois je me sens coupable de ne pas être comblée. Je les aime tellement, et pourtant il me manque une toute petite chose...
– Non, c’est rien, j’ai fait une expérience avec Paul...
– La lecture sans le début ? demande Papa en me souriant tendrement. Ça n’a pas été concluant ?
Je fais signe que non, alors Papa reprend :
– Sans doute dois-tu accepter que l’histoire de chacun est unique et que la tienne commence avec nous. C’est comme ça, et ta mère et moi en sommes très heureux...
– Je le sais bien... dis-je en soupirant.
– Hanaé, ma chérie, mène toutes les expériences dont tu auras besoin. Mais n’oublie jamais que ta mère et moi sommes là. Et surtout promets-moi de ne pas trop ennuyer ce vieux Paul...
 
Ce soir, je ne trouve pas le sommeil. J’essaie d’imaginer ce qu’a été le tout début de ma vie. On m’a présentée à mes parents alors que je n’avais que trois mois. Avant, des auxiliaires de puériculture m’ont prodigué des soins, m’ont donné mes premiers biberons, mes premiers bains... Finalement, il n’y a que très peu de choses que j’ignore... Et puis, durant ses premiers jours, un bébé, il faut l’avouer, n’a pas une vie palpitante... Pourquoi en aurait-il été autrement pour moi ? Qu’est-ce que je cherche à savoir exactement ? À quoi cela me servira de connaître les raisons qui ont poussé mes biologiques à me confier à d’autres ? Est-ce que ça allégera quelque chose en moi ?
Une question en particulier me tourmente. Si j’apprenais ce qui s’est passé pendant les premiers mois de ma vie, est-ce que cela me changerait, est-ce que cela me rendrait différente ? Ce que j’apprendrai ne risque-t-il pas de chambouler ma vie ? De ne pas me plaire ? Et peut-être même de me faire de la peine ? Je ne suis pas sûre d’être assez solide pour affronter tout ça...
Et surtout, je ne veux pas perdre mes parents. J’ai tellement de chance de les avoir, ce sont les miens, je veux les garder. Alors que je ferme les yeux très fort pour essayer de faire fuir ces mauvaises pensées, j’entends des chuchotements de la chambre voisine. Je tends l’oreille, j’arrête de respirer et je parviens à saisir quelques phrases :
– Tu as réussi à lui parler ? demande Maman.
– Non, elle avait sa petite mine songeuse. Je n’ai pas osé...
– Antoine, il faut absolument qu’on parvienne à lui dire avant...
Maman a la voix toute tremblante... Puis plus rien. Pourquoi est-elle si inquiète ? Qu’est-ce que Papa n’a pas osé me dire ? La fatigue me gagne. Tout se mélange dans ma tête, mes paupières sont lourdes. Demain, j’irai voir Paul, peut-être qu’il aura un avis sur tout ce qui m’arrive.
 
– Différente ? Qu’est-ce que tu racontes encore, Hanaé ! s’exclame Paul en manquant de renverser son thé.
Il marque une pause le temps de nettoyer ses lunettes et de les replacer sur le bout de son nez.
– Je ne vois pas pourquoi le fait de connaître le début de ton histoire te rendrait différente, répond-il d’abord. Et en même temps, poursuit-il, plus songeur, je ne vois pas comment il pourrait en être autrement...
– ...
Je souris bêtement et me répète ce qu’il vient de dire. Je n’ai rien compris...
– Je m’explique, poursuit-il en me voyant perplexe. Nous changeons tous tout le temps... tous les jours...
– On vieillit ?
– Oui, sourit-il. Mais ce n’est pas seulement une question d’âge. Demain, je serai quelqu’un d’autre, quelqu’un de meilleur puisque j’aurai appris plein de choses tout au long de cette journée. Grâce aux rencontres que j’aurai faites, aux échanges que j’aurai eus, et grâce à mes nouvelles lectures... Tu n’es pas d’accord ?
J’opine de la tête et il continue :
– Quand tu lis, tu découvres une histoire qui t’enrichit. Parfois tu aimes ce que tu lis à t’enflammer le cœur, d’autres fois tu détestes le livre à t’en brûler les doigts. Chaque lecture est un voyage qui te fait réfléchir, donc grandir. Moi qui suis le veilleur de cette bibliothèque, je le constate tous les jours chez mes lecteurs... Ils emmagasinent des sentiments et des expériences qui les changent irrémédiablement...
Alors que Paul continue son explication de sa voix grave, je me souviens de ce roman qui m’a donné le sourire pendant toute une semaine, de cet autre que j’ai voulu abandonner un million de fois sans pouvoir m’y résoudre. Je me souviens aussi de tous ceux que j’ai lus d’une traite, en oubliant tout ce qui m’entourait... Paul a toujours raison !
Soudain, je me rends compte que mon ami s’est tu. Il me regarde avec bienveillance, tandis qu’un léger sourire s’est installé sur ses lèvres.
– Tu réfléchis ?
– Oui, dis-je en me tournant vers les rayonnages de la bibliothèque de Paul, je réalise que j’ai beaucoup changé dans ce lieu... grâce à toi.
– C’est gentil, me dit-il. Mais c’est surtout grâce aux livres ! Et dis-moi, Hanaé, tes parents t’ont-ils toujours reconnue le soir quand tu rentrais chez toi ? Ont-ils continué de t’embrasser avant que tu ailles au lit ?
Il est trop fort, ce Paul. Il aime les lecteurs et les gens autant qu’il aime les livres... Et c’est avec bienveillance qu’il protège tout son monde. Les usagers de la bibliothèque en sont-ils conscients ? Moi, oui. Et puis j’aime discuter avec lui. Je n’ai malheureusement pas connu mes grands-parents maternels, partis trop tôt, et ceux du côté de mon père habitent trop loin. J’aurais tellement aimé avoir un grand-père comme Paul...
– Et puis, même si tu changes, tu resteras toujours mon Hanaé ! conclut Paul en me faisant un clin d’œil.
Un monsieur s’approche du comptoir d’accueil, une pile de livres à la main. Je préfère m’éloigner afin que Paul puisse travailler. Je sais qu’il aime discuter avec les usagers de la bibliothèque des livres qu’ils empruntent. Il connaît tout le monde, ses conseils sont précieux. Parfois, il commande des livres exprès pour certains habitués, car il sait qu’ils leur plairont. Tandis que je range mes affaires, je repense aux mots de Paul. Il a raison, pourquoi devrais-je craindre un changement ? Je serai toujours moi-même...
– Hanaé ! s’écrie Paul alors que je m’apprête à partir.
Il s’excuse auprès du monsieur et s’empresse de faire le tour du bureau pour me rejoindre, un paquet à la main.
– J’ai oublié de te dire... commence-t-il avant qu’une violente quinte de toux ne le coupe dans son élan.
Le teint tout pâle, il prend quelques secondes pour retrouver sa respiration.
– Hier, j’ai réfléchi à ton idée sur la vie et les livres et je t’ai préparé ceci, me dit-il en me mettant le colis entre les mains. Hanaé, ne reviens que lorsque tu auras lu et complété ce que tu trouveras à l’intérieur...
Chapitre 3
Le défi du début

J e cours comme une flèche sur le chemin qui mène à la maison. J’ai chaud et les joues sûrement toutes rouges. J’ai très envie de découvrir ce que Paul m’a préparé. Pourquoi avait-il cet air si mystérieux ? Et pourquoi ne veut-il pas que je revienne avant... ? Avant quoi d’ailleurs ? Et que faut-il que je fasse ? Même si je meurs d’impatience, je n’ai pas envie d’ouvrir son paquet à la va-vite, en pleine rue, à la vue de tous...
Dès que je passe le seuil de la maison, je me déchausse, je jette manteau et cartable et m’apprête à gravir les marches qui conduisent à ma chambre.
– Hanaé, me stoppe alors tout net la voix de Maman. Ton père m’a parlé de ta déception d’hier, tu veux qu’on en parle ?
Instantanément, je repense aux messes basses d’hier soir. Va-t-elle vouloir me confier ce que Papa n’a pas réussi à me dire ? C’est tentant d’en apprendre plus... Mais d’un autre côté, je ne peux pas repousser plus longtemps le moment d’ouvrir le paquet de Paul.
– Non, Maman, j’ai à faire... pour le collège. Merci... ! dis-je en m’élançant déjà dans l’escalier.
Je n’aime pas lui mentir, mais je n’aurais pas eu la patience de l’écouter. Je m’installe sur mon lit, le paquet devant moi. J’essaie de calmer mon cœur qui tambourine, de reprendre mon souffle. Paul est un malin, il s’amuse de ma curiosité... Bon, allez, je n’y tiens plus, je retire l’emballage... Le silence envahit ma chambre, je suis en apnée.
En même temps qu’un léger parfum de menthe s’installe dans ma chambre, je découvre une pile d’ouvrages que je connais bien. Cendrillon , Le Petit Poucet , La Belle au bois dormant , Le Petit Chaperon rouge , La Petite Sirène , le Vilain Petit Canard ... en tout plus de quinze livres empilés... Mais à quoi joue Paul ? Toutes ces histoires, je les ai déjà lues... Pourquoi veut-il que je les relise ? En bas de la pile, un ouvrage attire mon attention. C’est un cahier épais, sur la couverture duquel il est seulement écrit Hanaé . L’écriture est belle, Paul s’est appliqué. En le feuilletant, je m’aperçois que toutes les pages sont numérotées, mais vierges... Un frisson me parcourt, ces pages blanches me renvoient à mes trois premiers mois dont je ne sais rien, et qui me hantent... C’était donc ça. Mais quelle idée Paul a-t-il derrière la tête ? Est-ce à moi de compléter ce cahier ? Une enveloppe s’échappe alors des pages et tombe à terre. Je la ramasse, c’est un mot de Paul...

Chère Hanaé,
Voilà des années que je te connais.