Les sorcières de Salers
105 pages
Français

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Les sorcières de Salers

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Description

Suivez les aventures d’un trio de détectives pas comme les autres

Sorah, Miriel et Hénora, sont des triplettes un peu particulières. En effet, ce sont de puissantes sorcières, transportées du XVIIème au XXIème siècle pour échapper au bûcher par leur "oncle" Jin, lui-même génie. Depuis leur maison près de Salers, elles s’efforcent désormais de résoudre toutes sortes d’affaires mystérieuses. Ce qu’elles ignorent c’est que leur voyage dans le temps a engendré de grands bouleversements dans le monde magique, dont certains aux conséquences désastreuses. C’est ainsi le cas pour Ryunin, prince dragon, dont l’épouse a été emprisonnée dans un livre de contes mythologiques japonais par l’onde de choc spirituelle créée par leur transfert. Les ayant localisées, il vient alors leur demander leur aide afin de rétablir le tort causé. Miriel et Hénora sont alors envoyées dans le livre à la recherche de la princesse, pendant que Sorah, au grand pouvoir télépathique, reste auprès de Jin pour maintenir la liaison avec leur monde. Plongées dans le livre, Miriel et Hénora, accompagnées des anciens émissaires envoyés par le prince, devront affronter Gobelins, Démons ogres et autres monstres afin de réunir les trois clés permettant de lever le sort et de délivrer la princesse.

Un roman fantastique haut en couleurs et empli d’aventures !

EXTRAIT

Une lame étincelante transperça la pénombre du sous-bois. Un cri aigu retentit.
– Aïe ! Là tu y vas trop fort sorcière ! se plaignit une petite silhouette.
– Dépêche-toi de parler, répondit une voix féminine remplie d’autorité en sortant de l’obscurité, et je te laisse t’en tirer sans trop de bobos, vilain avorton, poltron que tu es.
Ah ! Le ton montait.
Une bulle bleue légèrement lumineuse apparut soudain au milieu de ce qui ressemblait à une petite clairière. Elle sembla errer sans but quelques secondes dans la nuit. Puis, fendant l’air à une vitesse impressionnante, elle se referma dans un claquement sec sur l’ombre gesticulante. Désormais prisonnier, un petit homme criait et se débattait comme un beau diable. Son camouflage découvert, il reprit peu à peu des couleurs pour révéler les formes d’une créature au physique fâcheusement ingrat. Trois élégantes jeunes femmes, une blonde, une rousse et une brune, s’approchèrent de la bulle en silence.

A PROPOS DE L’AUTEUR

Née à La Rochelle en 1975 d’un père français et d’une mère indo-mauricienne, Virginia Besson Robilliard publie ici son premier roman de fantasy. Elle a beaucoup voyagé, vécu au Canada, à L’île Maurice et en Inde. Elle coule une vie heureuse avec ses enfants de 19 ans et 16 ans et son mari.

Elle a commencé à écrire très jeune, c’est l’été de ses 14 ans qu’elle a écrit et terminé son premier livre qu’elle n’a jamais montré à qui que ce soit. Elle adore faire des recherches pour ses livres et c’est pour ça qu’elle a créé son blog, Le Cabinet Fantastique, pour partager avec ses lecteurs toutes ces recherches qu’elle fait et qu’elle transforme ensuite en romans.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mars 2016
Nombre de lectures 101
EAN13 9791023601091
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

« En dépit de ce qu’on pourrait croire, les sorcières existent ! Oh bien sûr, il ne s’agit
plus de vieilles femmes laides vivant seules avec leur chat, penchées sur leurs
chaudrons, préparant remèdes et poisons. Elles ont été rendues familières à chacun par
le folklore, mais n’en ont pas moins une existence réelle. Bien plus, elles restent
éminemment présentes dans notre société contemporaine, pourtant rationaliste et
matérialiste. »
– Anonyme1
Une lame étincelante transperça la pénombre du sous-bois. Un cri aigu retentit.
– Aïe ! Là tu y vas trop fort sorcière ! se plaignit une petite silhouette.
– Dépêche-toi de parler, répondit une voix féminine remplie d’autorité en sortant de
l’obscurité, et je te laisse t’en tirer sans trop de bobos, vilain avorton, poltron que tu es.
Ah ! Le ton montait.
Une bulle bleue légèrement lumineuse apparut soudain au milieu de ce qui ressemblait
à une petite clairière. Elle sembla errer sans but quelques secondes dans la nuit. Puis,
fendant l’air à une vitesse impressionnante, elle se referma dans un claquement sec sur
l’ombre gesticulante. Désormais prisonnier, un petit homme criait et se débattait comme
un beau diable. Son camouflage découvert, il reprit peu à peu des couleurs pour révéler
les formes d’une créature au physique fâcheusement ingrat. Trois élégantes jeunes
femmes, une blonde, une rousse et une brune, s’approchèrent de la bulle en silence.
– Laissez-moi sortir, sortez-moi de là tout de suite sorcières ! Comment osez-vous me
garder prisonnier ! Je vais vous dénoncer pour violation de traité !
Le lutin, car c’en était un, s’époumonait et les invectivait avec une belle énergie.
– La violation de traité ne s’applique que si nous te gardons prisonnier plus de
vingtquatre heures Grimpel. Tu le sais aussi bien que nous, répondit l’enchanteresse brune.
– Puisque tu as autant envie de parler, je te conseille de nous dire très vite où tu as
caché la fillette que tu as enlevée. Tu as déjà goûté à mon fleuret tout à l’heure et ça ne
me pose aucun problème de remettre ça, répliqua la belliqueuse rouquine du groupe.
Cette bulle me paraît assez instable pour te priver de l’usage d’un membre ou deux si ma
sœur ne fait pas attention, ajouta-t-elle en s’appuyant nonchalamment contre un arbre
voisin. N’est-ce pas Sorah ? interrogea-t-elle encore avec la compassion d’une porte de
prison.
La blonde du trio afficha un doux sourire en parfait contraste avec ce que venait de dire
sa cadette.
– Il est vrai que la cellule bleue peut parfois se montrer imprévisible. C’est un sort
compliqué, admit-elle d’un petit air contrit.
Cette femme était un démon camouflé en ange, peut-être la pire des trois sœurs. Le
dénommé Grimpel était bien placé pour le savoir. Un frisson glacé lui parcourut l’échine à
ces mots et brisa ce qui lui restait de fierté lutine.
– C’est d’accord ! C’est d’accord ! glapit-il de sa voix fluette. Je vais tout vous dire,
sortez-moi de là !
Une créature aux yeux vairons, l’un orange, l’autre bleu, avait été témoin de toute la
scène. Apparemment satisfaite, elle disparut sans se faire remarquer.2
Un cri de frustration s’échappa des fenêtres d’une jolie maison située en bordure de
forêt. C’était une habitation qui mélangeait le style classique des foyers du Cantal et un
style contemporain. Légèrement isolée, elle se trouvait à cinq kilomètres de
l’agglomération la plus proche, Salers. Ce village, classé parmi les plus beaux de France,
possédait un cachet indéniable. Il gardait aussi, depuis des temps reculés, de lourds
secrets confiés à la mémoire des pierres.
– Je ne supporte plus cet ordinateur ! s’exclama à nouveau la voix exaspérée.
Míriel, flamboyante rouquine au tempérament guerrier, avait beaucoup de qualités et
un gros défaut. Elle manquait sévèrement de patience. Une brune élancée, aux cheveux
cascadant en lourdes boucles soyeuses jusqu’à sa taille, toqua calmement à la porte du
bureau.
– Bien le bonjour à toi ma sœur. On entend tes hurlements jusqu’au milieu de la forêt.
Peut-être même jusqu’à Salers si le vent porte bien. Que t’arrive-t-il cette fois ?
demandat-elle en venant s’asseoir sur le coin du bureau.
Míriel se rejeta en arrière sur son siège, mains croisées sur le dessus de la tête.
– Salut, répondit-elle avec un geste du menton en direction de son matériel
informatique, cette machine ne vaut pas un clou, soupira-t-elle avec exaspération. Ça fait
deux fois que je recommence le rapport sur l’enlèvement de la petite Sophie et
l’implication de Grimpel. Il faut également que je termine le rapport pour la police sans
mentionner notre ami le lutin cette fois. Mais ce foutu truc n’arrête pas de planter ! Et je
ne te raconte même pas la lenteur de notre connexion internet. C’est une malédiction je
te jure, je ne vois pas autrement.
La brune Hénora esquissa un léger sourire, elle connaissait ces plaintes-là par cœur.
– Et tu as l’intention de soulager ta frustration en achevant ce pauvre appareil à coup
de sabre lui aussi ? Si tu te souviens bien, ses prédécesseurs n’avaient pas beaucoup
apprécié le traitement.
Míriel lança un regard torve à sa sœur.
– Je me souviens oui, merci, grommela-t-elle. Ce n’est quand même pas juste que je
sois la seule à faire tout ce boulot si tu veux mon avis.
Hénora haussa les épaules.
– Tu sais bien que ni Sorah ni moi ne sommes d’une grande utilité avec ces engins. En
ce qui me concerne, je suis parfaitement hermétique à toutes ces technologies. Je
préfère les livres. Sorah, quant à elle, ne peut pas les approcher à moins de trois mètres
sans les dérégler complètement, voire les faire exploser si elle se rapproche. Tu es la
seule d’entre nous à comprendre et apprécier toutes les inventions de ce siècle auquel
nous n’appartenons pas.
Míriel se leva d’un bond, repoussant la lourde tresse de ses cheveux d’un geste
décidé.
– Savoir tout cela ne va pas m’empêcher de continuer à râler !
Hénora sourit.
– Je n’avais pas l’intention de te demander l’impossible non plus.
Míriel sourit à son tour.
– Alors nous sommes d’accord. Bon, ce n’est pas le tout mais j’ai faim moi. Je parie
que Jín nous a concocté un petit truc sympa. Ça sent bon ! fit-elle en se dirigeant d’un
pas alerte vers la cuisine, suivie de près par sa sœur.
Elles y trouvèrent un homme affairé aux fourneaux. Grand, mince et plutôt costaud au
niveau des épaules, il arborait les traits racés des Kabyles. Son teint hâlé faisait ressortir
ses étonnants yeux bleu marine. Il avait l’air d’un prince arabe sorti tout droit d’un conte
d e s Mille et une nuits et dans un sens, ce n’était pas totalement incongru comme
comparaison. Jín était un génie et pas n’importe lequel s’il vous plaît, celui-là même qui
avait connu et aidé Aladdin. Comment s’était-il retrouvé dans cette cuisine ? C’était une
longue histoire.
– Salut Jín, lança gaiement Míriel.
– Bonjour les filles, afficha le génie avec un grand sourire chaleureux.Une jeune femme blonde vint rejoindre le trio dans la cuisine. Une aura particulière
entourait perpétuellement la nouvelle arrivante. Imperceptible à ceux qui n’avaient pas de
pouvoirs magiques, elle en imposait pourtant naturellement à ceux qui croisaient son
chemin.
– Bonjour vous trois, fit-elle d’un ton incroyablement doux et clair. J’ai entendu
quelques éclats de voix tout à l’heure, est-ce que tout va bien ? demanda-t-elle en
braquant son regard pénétrant sur Míriel.
Cette dernière rougit légèrement.
– Oui, oui, grommela-t-elle, tout va très bien, rassure-toi.
– Nous avons senti les effluves provenant de la cuisine et avions un peu faim, intervint
Hénora, toi aussi ?
– Absolument, reprit Sorah avec son habituel sourire angélique.
– Je vous ai préparé des sablés au citron et au romarin pour le thé justement, reprit Jín
d’un air jovial.
– Quelle excellente idée ! J’ai justement concocté un petit quelque chose qui devrait
merveilleusement accompagner la pause de cet après-midi, reprit Sorah en farfouillant
dans la poche de la blouse qu’elle portait.
Jín, Míriel et Hénora échangèrent un coup d’œil inquiet. Même avec les meilleures
intentions du monde, Sorah était incapable de préparer une potion pour un usage autre
que magique. Tous les mélanges qu’elle faisait en extra, et particulièrement ceux
soidisant destinés à améliorer leurs expériences culinaires, étaient des décoctions qu’on ne
pouvait qualifier autrement que d’immondes, voire carrément dangereuses. La sonnette
de la porte d’entrée retentit.
– L’un d’entre vous attend quelqu’un ? demanda Hénora, visiblement soulagée.
– Non, répondit Sorah.
– Personne, firent Jín et Míriel en chœur.
– Entendu, j’y vais en ce cas.
« Sauvés par le gong », ne put-elle s’empêcher de penser. Elle n’eut pas besoin de se
retourner pour ressentir le même soulagement émaner de Jín et Míriel.
Elle ouvrit la porte et se retrouva nez à nez avec un élégant gentleman. Les traits
asiatiques de son visage étaient si merveilleusement sculptés qu’on aurait pu les
confondre avec ceux d’une délicate poupée de porcelaine. L’aura qui entourait l’étranger,
sans être hostile, mit cependant la jeune femme sur ses gardes. Il se dégageait du
nouveau venu une telle puissance magique que cela forçait le respect. L’étranger
désigna la pancarte placardée sur le mur à droite de la porte.
– « Agence Aegis, nous nous occupons des cas étranges et/ou sortant de l’ordinaire.
Pas sérieux s’abstenir. » lut-il à haute voix. C’est une plaque intéressante que vous
avezlà, commenta-t-il d’un ton neutre.
Hénora sentit la moutarde lui monter au nez face à ce qu’elle prit pour de l’arrogance.
– Peut-on savoir ce qui vous amène, demanda-t-elle d’un ton parfaitement
professionnel, à défaut d’être cordial.
Sorah et Míriel firent irruption derrière leur sœur. L’inconnu leur accorda à peine un
regard.
– Je suis venu demander votre aide pour une certaine affaire, continua-t-il simplement.3
Sorah posa une main apaisante sur l’épaule de sa sœur pendant que Míriel désactivait
le sceau magique de la porte d’entrée d’un geste discret. Míriel était la spécialiste des
sorts de protection et une experte en matière de défense. Les jeunes femmes
s’effacèrent sans un mot pour laisser entrer l’étranger. Celui-ci les remercia d’un léger
signe de tête et s’installa dans le fauteuil que Sorah lui présenta. Jín avait quitté sa
cuisine. Il se cala dans un fauteuil faisant face à l’inconnu et ne le quitta plus des yeux.
Les trois sœurs l’observèrent agir avec étonnement. Il avait été convenu qu’il ne se
mêlerait pas des affaires de façon directe. Pourquoi se joignait-il à elles maintenant ? En
tant qu’aînée, Sorah prit la parole en première.
– Bienvenue chez nous monsieur… ?
Le visiteur plongea son regard couleur de tempête dans celui de son hôtesse.
– Ryūnín, annonça-t-il de cette voix à la fois claire et profonde où pointait un léger
accent.
– Vous êtes Japonais ? intervint Hénora en fixant sur lui ses yeux émeraude.
– En effet, fit-il en levant un sourcil surpris.
Sorah hocha la tête et prit une brève inspiration avant de se jeter à l’eau. Tourner
autour du pot, ce n’était pas son truc.
– Vous n’êtes pas vraiment humain n’est-ce pas ? Pourquoi êtes-vous ici ?
Un sourire tranquille souleva un coin de lèvre de l’inconnu. Il dévisagea sereinement
les jeunes femmes qui lui faisaient maintenant face. Elles étaient toutes les trois très
belles et presque identiques. Elles possédaient, chacune à leur façon, un charme
indéniable. Seule la couleur de leurs cheveux différait. Selon les rumeurs, les sœurs
Armaciès étaient des triplées, un fait considéré comme extrêmement dérangeant dans le
monde de la sorcellerie.
À les voir ainsi en face de lui, il pouvait sans peine conclure que cette rumeur était tout
à fait exacte. Qu’en était-il du reste des « on-dit » ? Étaient-elles aussi puissantes qu’il le
supposait ? Il poussa un léger soupir, il espérait fermement que c’était le cas, parce qu’il
s’était déplacé pour ça !
– Je ne suis pas vraiment humain, c’est juste. J’utilise le corps que vous voyez lorsque
je dois me manifester sur terre et interagir avec ses habitants. Je suis venu jusqu’à vous
car j’ai besoin de votre aide.
– Qu’êtes-vous au juste ? demanda Hénora.
Jín répondit lui-même à cette dernière question.
– Un dragon, fit le génie, d’un air grave.
Les trois sœurs se lancèrent un coup d’œil inquiet. Une créature mythique de cet
acabit, ce n’était pas forcément une bonne nouvelle. L’inconnu perçut leur peur et
s’empressa de les rassurer.
– Ce que votre… ami, a dit est vrai. Dans mon pays, r y ū signifie dragon. Je suis le
dernier des sept fils de l’empereur du clan des Hiryū. Les dragons volants japonais. Vous
n’avez rien à craindre de moi cependant, s’empressa-t-il d’ajouter. Je suis réellement
venu vous demander de l’aide.
Míriel reprit la parole, dissimulant son anxiété sous la fermeté de sa voix.
– De quoi avez-vous besoin et pourquoi nous ? Nous sommes plutôt loin de votre pays
ici. Comment nous avez-vous trouvées ?
Question importante s’il en était car aucune créature magique n’était supposée
connaître leur retraite.
– Si je me suis déplacé jusqu’ici, c’est que je pense qu’il n’y a plus que vous qui
puissiez m’aider à mener à bien une quête qui dure depuis presque quatre cents ans.
Vous trouver n’a pas été facile. J’ai dû faire appel à mes talents spécifiques et patienter
trois cent quatre-vingt-seize longues années avant cela. Ceci étant dit, depuis votre
arrivée, vous avez parfaitement bien su masquer votre présence au monde invisible.
Vous y êtes très célèbres d’ailleurs, mais vous le savez déjà n’est-ce pas ?
Les sorcières et le génie échangèrent un regard rapide. Ils ne le savaient que trop bien
en effet.Elles avaient atterri dans ce siècle deux ans auparavant. Depuis, nombre d’entités du
monde invisible s’étaient lancées sur leurs traces. Les unes pour s’approprier leur
puissance, d’autres pour les tuer, d’autres encore envisageant les deux options
ensemble. Seules les hautes autorités savaient où les trouver, car après tout, le monde
des êtres merveilleux ne pouvait se passer de l’aide des sorcières. Il restait tout
simplement trop peu d’entre elles et leur rôle était essentiel. En effet, un enchevêtrement
de sortilèges complexes, baptisé la « Toile », cachait le monde magique au monde
humain. Celle-ci était maintenue par les sorciers et sorcières à travers le globe.
Combinant l’essence des deux mondes dans leurs veines, ils étaient les seuls à pouvoir
soutenir et préserver sa force et son intégrité.
Cette protection était l’œuvre d’un mage des temps anciens et de graves incidents
avaient motivé sa création. Il avait sacrifié sa vie bien remplie en échange de la
préservation des deux mondes qui jusque-là cohabitaient plus ou moins en paix. Ce
puissant sorcier n’était autre que Merlin lui-même. Le dragon savait tout cela
apparemment, mais ces faits avaient l’air de se trouver très loin de ses préoccupations
actuelles. Il avança une main au-dessus de la table et regarda une nouvelle fois Sorah
dans les yeux.
– Puis-je vous montrer quelque chose ?
Il ouvrit sa main, mais rien ne se produisit.
Il souleva un sourcil, la jeune femme hocha la tête et Míriel toucha la table du bout des
doigts, désactivant ainsi le champ de protection qui interdisait à toute créature
fantastique d’utiliser la magie dans leur salon. La demeure des ensorceleuses était
bardée de charmes de toutes sortes et en désactiver un ou deux ne les mettait pas en
péril. Le Ryū fit crépiter de petits éclairs multicolores au bout de ses doigts. Un livre relié
de cuir et magnifiquement travaillé flotta un instant au-dessus de la table avant de s’y
poser en douceur. Une faible lueur blanchâtre enveloppait l’ouvrage. Celle-ci semblait
provenir de la grosse perle qui trônait au milieu du bouquin, enchâssée dans un écrin de
métal précieux représentant une patte de dragon.4
Les jeunes femmes restèrent un instant fascinées par la beauté surnaturelle de la perle
qu’elles avaient sous les yeux. Hénora nota la première la peine douloureuse qui envahit
les nobles traits du prince dragon.
– Qu’est donc ce livre exactement ? demanda-t-elle d’une voix qui contenait mal son
évidente curiosité.
Le Ryū effleura de ses doigts longs et fins la pierre lumineuse.
– Laissez-moi vous raconter une petite histoire, lâcha-t-il enfin, d’un ton qui se voulait
neutre.
Il se pencha en arrière et se cala à nouveau confortablement dans son fauteuil. Cette
fois, l’expression de tristesse peinte sur son beau visage n’échappa à personne. Après
encore quelques secondes de silence pesant, le prince entama son récit.
– Il y a un peu moins de quatre cents ans, une immense vague de pouvoir a secoué le
monde invisible. Pendant les trois jours qui ont suivi cet évènement, les ondes magiques
de tout l’univers féérique ont été particulièrement instables. Nombre de choses bizarres,
qui semblaient inconcevables un moment auparavant, se sont produites. Mon épouse
lisait un livre le jour où c’est arrivé. Elle est très érudite et lit beaucoup, c’est l’une de ses
activités favorites, elle a disparu ce jour-là. Elle aimait être seule pour lire et s’assurait
que personne ne vienne la déranger pendant ces moments de paix. Les serviteurs du
palais ne se sont aperçus de sa disparition qu’en fin d’après-midi. J’étais en mission
parmi les humains lorsque tout ceci est arrivé et je n’ai su ce qui s’était passé que le
lendemain. Il faut que vous sachiez que j’aime profondément mon épouse et que
lorsqu’un prince dragon trouve celle qui deviendra sa moitié, c’est pour la vie. Et nous
sommes presque immortels, ajouta-t-il dans un souffle.
Le prince tendit sa main gauche et fit crépiter quelques éclairs. Une perle presque en
tout point identique à celle du livre apparut. Elle était d’une taille supérieure à l’autre
cependant et sa lumière était plus vive.
– Ceci est une pierre de dragon, lorsque nous prenons notre forme originelle, cette
perle vient se loger au milieu de notre front. Sous notre forme humaine, elle devient tout
simplement invisible. Cette pierre, ô combien précieuse, nous apporte force, vitalité,
puissance magique et une vie presque éternelle. Sans elle, notre vie serait en danger,
car nous serions alors sans protection.
Hénora pointa un doigt vers le livre.
– Vous voulez dire que…
Le Ryū hocha la tête.
– C’est exact, la pierre que vous voyez sur ce livre est celle de mon épouse
bienaimée. Cet ouvrage était celui qu’elle était en train de lire avant de disparaître. Au
moment de la secousse magique, mon épouse a été attirée à l’intérieur de celui-ci. Il
s’agissait d’un recueil de mythologie tout ce qu’il y a de plus ordinaire avant que la vague
de pouvoir ne le transforme en objet magique. Le fait qu’il ait aspiré une princesse
dragon a sûrement dû renforcer son pouvoir et a également changé son aspect extérieur.
La patte de dragon et la perle qui y est emprisonnée sont apparues après coup. Comme
je vous l’ai dit, cette pierre est celle de mon épouse. Le livre l’en a dépossédée afin de la
garder prisonnière à l’intérieur de ses pages. Sans elle, mon épouse n’a aucun moyen de
sortir de ce piège.
Sorah et ses sœurs observèrent quelques secondes en silence, contemplant à
nouveau le livre devenu magique par inadvertance. Jín, lui, ne quittait pas le prince
dragon des yeux. L’aînée des sorcières posa finalement la question qu’elles avaient
toutes en tête.
– Vous êtes venu nous voir en espérant que nous pourrions vous aider à délivrer votre
femme de son triste sort ?
Ryūnín hocha lentement la tête.
En effet. J’ai tenté tout ce qui était en mon pouvoir pour la sauver. J’ai essayé d’y
entrer moi-même, mais le livre me rejette et m’interdit l’accès à ses pages. J’ai envoyé
plusieurs Yôkaï pour la délivrer, mais, s’ils ont pu entrer sans difficulté, aucun n’est