Ourson Tête-de-Fer
227 pages
Français

Ourson Tête-de-Fer

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Description

Extrait :
Un seul ami lui était resté fidèle dans sa détresse ; cet ami était un des chiens de son maître qui n'avait pas voulu l'abandonner et que de guerre las Boute-Feu avait fini par laisser en arrière, sans plus s'en occuper que de son engagé, dont il se croyait débarrassé à tout jamais. Ce fut alors que, poussé à bout par le désespoir et la nécessité, se révéla le caractère résolu, l'énergie indomptable de cet homme qui, blessé et privé de tout secours, au lieu de se laisser abattre par la douleur et de s'abandonner soi-même, se raidit au contraire contre l'adversité et entreprit bravement de lutter jusqu'au bout pour sauver sa vie.

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Date de parution 06 avril 2017
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Langue Français
Poids de l'ouvrage 7 Mo

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OURSON TÊTE-DE-FER

EdmondGustave
ACHARDAimardOur son Tête-de-Fer Chapitr e
célèbr e av enturier ; sans doute Olivier O e xmelin, cet auteur si véridique ,
qui lui-même avait assisté comme acteur à la plup art des scènes qu’il
raconte av e c une si naïv e b onhomie , et les autr es auteur s qui avaient traité
le même sujet, ne connaissaient de Our son Tête-de-Fer que l’homme
public, le hér os, et ignoraient complètement l’homme privé ; car nulle p art
je n’avais tr ouvé de détails sur l’ e xistence p articulièr e de cet homme , qui
m’app araissait toujour s env elopp é d’une auré ole glorieuse , et qui cep
endant de vait av oir aimé , souffert et luté comme tous les autr es membr es
de la grande famille humaine .
C’était ce p oint sombr e que je brûlais d’é clair cir , ces détails si pré cieux
que je v oulais connaîtr e .
Nul homme n’ est grand p our son valet de chambr e , a dit je ne sais
qui ; cete p ar ole , b e aucoup plus sp é cieuse qu’ e x acte , tour mentait,
aiguillonnait ma curiosité , et me p oussait à essay er de dé couv rir p ar tous
les mo y ens ces détails intimes qui ont tant de prix p our la connaissance
complète de l’homme que l’ on v eut p eindr e r essemblant.
Le jour p ar ut enfin à mon grand soulag ement ; cep endant je dus p
atienter encor e , et ne p as donner à mon e x cellent hôte une fâcheuse
opinion de moi, p ar une pré cipitation maladr oite à me présenter à lui et le
metr e dans l’ oblig ation de r emplir la pr omesse qu’il m’avait faite .
V er s huit heur es du matin p ourtant, je n’y pus tenir davantag e et je
descendis.
Mon hôte était complètement habillé .
Il m’atendait en fumant un cig ar e , tout en se pr omenant de long en
lar g e dans le salon.
— Ah ! fit-il en m’ap er ce vant, v ous v oilà . Eh ! il me semble que v ous
av ez bien dor mi.
— Parfaitement, rép ondis-je av e c un sourir e en song e ant que je
n’avais p as fer mé l’ œil.
— Moi, je suis deb out depuis six heur es ; toutes les affair es de la
chancellerie sont ter miné es. Je v eux v ous donner ma jour né e tout entièr e .
— T out en v ous r emer ciant de v otr e inépuisable complaisance , je r
egr ete de v ous causer cet embar ras.
— D e quel embar ras p arlez-v ous ? cher monsieur .
— Mais d’ab ord, ce travail matinal.
13Our son Tête-de-Fer Chapitr e
Monsieur Ducray se mit à rir e .
— V ous plaisantez, me dit-il ; on se lè v e de très b onne heur e dans les
colonies, afin de pr ofiter de la brise de mer , les affair es se font le matin.
D ans le milieu du jour les maisons sont fer mé es, tout le monde dort.
— Pardieu, m’é criai-je av e c dépit, c’ est fait p our moi !
— Q’ est-ce qui est fait p our v ous ? me demanda-t-il av e c étonnement.
— Eh ! sapristi, ce qui m’ar riv e ; figur ez-v ous que ma curiosité de v oir
le comte Henr y est si grande que je n’ai p as dor mi une minute de toute
la nuit, et que je ne me suis p as le vé dans la crainte de v ous imp ortuner
en v ous p araissant tr op matinal.
— Ah ! s’é cria-t-il en riant, cher monsieur , combien v ous v ous êtes
tr omp é ; jug ez-en. J’ai contracté , ou du moins fait contracter à v otr e
capitaine l’ empr unt à la gr osse dont il avait b esoin ; il est p arti p our
SandyPoint il y a une demi-heur e , son ar g ent en p o che et fort content, je v ous
assur e .
— Je le cr ois.
— Puis, ainsi que je v ous l’ai dit, j’ai réglé les affair es de la
chancellerie ; j’ai fait un t our sur le p ort, de plus, j’ai e xp é dié au comte de Châte
augrand un e xprès p our lui annoncer notr e ar rivé e , de sorte qu’ on nous
atend à déjeuner ; puis je suis v enu ici fumer un cig ar e en v ous
atendant ; cr o y ez-v ous encor e que v ous m’auriez désoblig é en descendant de
meilleur e heur e ? Mais ne p arlons plus de cela, buv ons un v er r e de vieux
rhum, allumons un pur o et à che val ! nous av ons tr ois lieues à fair e .
Ce qui était dit fut fait, cinq minutes plus tard nous étions à che val,
après av oir bu un v er r e d’ e x cellent rhum et allumé un cig ar e non moins
e x cellent.
D eux domestiques noir s, en liv ré e et à che val comme nous, nous
suivaient à distance r esp e ctueuse .
La matiné e était magnifique , l’air tiède , la brise fraîche ; nous suivions
une r oute aussi p arfaitement entr etenue qu’une allé e d’un p ar c r o yal,
b ordé e de ces magnifiques vég étaux des tr opiques qui rép andent une si
agré able fraîcheur ; des millier s d’ oise aux chantaient à plein g osier ,
blottis sous la feuillé e , et nous v o y ons sauter de branche en branche , en nous
faisant les grimaces les plus gr otesques, des singulier s p etits sing es p
articulier s à l’île Saint-Christophe et dont l’ espè ce ne se r encontr e que là .
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