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L'école frissonnière

De

La classe des CM1 est en ébullition : le beau Théo et l'adorable Vanessa ont été victimes d'un Tondeur qui leur a coupé les cheveux. La Puce décide de mener à nouveau l'enquête, aidé par son fidèle chien Gros Blair et couvert par ses amis afin que sa mère et le nouveau maître ne découvrent pas qu'il fait l'école "frissonnière" !

La quatrième enquête de La Puce, détective rusé. Dès 9 ans

Illustrations : Christophe BESSE


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Illustrations : Christophe Besse
Première Publication : 1992, aux Editions Casterman
Exploitation en vertu de la licence non-exclusive c onfiée par la SOFIA dans le cadre de er la loi n° 2012-287 du 1 mars 2012 relative à l’exploitation numérique des livres e indisponibles du XX siècle.
Directrice de collection ReLIRE : Cécile Decauze
ISBN : 978-2-37169-006-6 Dépôt légal internet : août 2014
IL ETAIT UN EBOOK Lieu-dit le Martinon 24610 Minzac
« Toute représentation ou reproduction, intégrale o u partielle, faite sans le consentement de l’auteur, ou de ses ayants droit, o u ayants cause, est illicite » (article L. 122-4 du code de la propriété intellectuelle). C ette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon sanctionnée par l’article L. 335-2 du Code de la propriété intellectuelle. Le Code de la propriété intellectuelle n’autorise, aux termes de l’article L. 122-5, que l es copies ou les reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, d’une part, et, d’autre part, que les a nalyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration.
Ie début du mois de mai. LesL FAIT DOUX, CLAIR. Les jours ont rallongé. C'est l oiseaux piaillent gaiement. Tout paraît si paisible ... N'empêche.
Pour Vanessa, la promenade n'a rien de rassurant. C ette petite sortie à neuf heures du soir, elle s'en serait bien passée. Elle aurait pré féré rester tranquillement à la maison et éviter d'avoir ainsi le cœur qui tambourine à chaqu e pas. Tout ça pour du pain. Comme si on ne pouvait pas s'en priver, pour une fois !
Courage ! L'épicerie n'est plus très loin: au bout de l'allée à droite, ensuite les derniers mètres sur l'autre trottoir. Ce n'est pas le bout d u monde ! Facile à dire...
« Il faut que tu apprennes à être un peu plus dégo urdie. A dix ans, tu peux bien faire une petite course de temps en temps! » Sa mère lui a collé un billet dans la main et l'a poussée dehors...
Parfois, ils ne comprennent rien, les adultes. La p eur au ventre, ils ne savent pas ce que c'est. C'est... imaginer des choses, et les voi r, ces maudites choses. Comme cet arbre, là. Il est trop haut! Son tronc est trop lar ge ! S'il dissimulait quelqu'un ? Quelqu'un qui la suivrait, après ?...
Vanessa frissonne, malgré la chaleur.
Le jour commence à décliner. Le marronnier se dress e dans le ciel qui s'obscurcit de minute en minute. L'arbre tend ses lourdes branches , menaçantes. Et si elles s'abaissaient, ces fichues branches ? Si elles se t ransformaient en serres, en griffes ? Pour la saisir, la soulever de terre ? ... La petit e fille s'arrête, se balance d'un pied sur l'autre en se rongeant les ongles. Elle fouille le sol du regard: pas une baguette de pain qui traînerait dans le caniveau, par hasard ? Ça lu i permettrait de faire demi-tour sans tarder. Mais non! Rien dans le caniveau, pas même u n quignon de pain rassis. Il faut continuer.
Vanessa passe la langue sur ses lèvres sèches et, m algré ses jambes qui flageolent, se décide à avancer... C'est bon, elle a dépassé l' arbre, Sans danger. Elle souffle un bon coup: le bout de la rue est tout proche mainten ant. Elle accélère la cadence, tourne à gauche et aperçoit l'épicerie. Plus rien n e peut lui arriver. Du moins pour l'instant.
Bon, elle a traîné dans les rayons le plus longtemp s possible. Elle a fait une provision de bonbons, la causette avec le vendeur. Maintenant , tout est payé et... il faut repartir. Refaire le chemin en sens inverse. Tout le chemin. C'est-à-dire dépasser l'arbre de nouveau. Et cette fois, il fait nuit noire. Cette f ois, le ciel lui- même est menaçant: on dirait un grand tissu sombre prêt à vous tomber sur la tête comme une gigantesque cagoule.
Vanessa serre la main de l'épicier. Très fort. Comm e pour un adieu. Comme s'ils n'allaient plus jamais se revoir. Son sourire lui f ait chaud au cœur. Mais il lui faut s'arracher de la petite boutique. Elle fonce droit devant, sans regarder autour d'elle. Le silence est total. On n'entend rien, c'est terrible . Elle regrette de porter des Nike. Trop silencieux, les Nike. Si elle avait eu des talons, elle les aurait entendus claquer sur le pavé, ça lui aurait fait de la compagnie. L'arbre m aintenant. Avec ses grandes branches. Plus hautes que tout à l'heure, plus touf fues. Vanessa s'arrête brusquement. Elle a cru voir une ombre passer furtivement. Cette fois, c'est sûr, le tronc du marronnier dissimule quelqu'un. La fillette ne sent plus ses jambes. Sa poitrine se soulève et s'abaisse à un rythme fou, elle est à bo ut de souffle, l'air va bientôt lui manquer. Elle serre la baguette de pain contre elle : est-ce que ça pourra l'aider, lui servir d'arme ?
Les larmes montent. C'est le pompon. Si elle se met à pleurer, elle n'y verra plus rien et elle ne pourra même plus courir... Courir ? Il faud rait déjà qu'elle arrive à mettre un pied devant l'autre... Jamais elle ne s'est sentie aussi mal, jamais. Bon, essayer de rester calme : il n'a rien de particulier, cet arbr e. Dans la journée, il est même très beau. Elle passe devant tous les matins pour aller à l'école. Oh et puis, zut ! Après tout, s'il lui arrive quelque chose, tant mieux! Sa mère s'en mordra les doigts et elle ne l'enverra plus faire les courses aussi tard.
Allez, les Nike ! On met la gomme ! Sans trop savoi r comment, Vanessa réussit à courir et à dépasser l'arbre. Ouf ! Dix f ois ouf ! ... Rien. Il ne s'est rien passé. Elle aperçoit sa maisonnette, au bout de la rue. Av ec la lumière bleutée au premier étage, jetée par intermittences: la télé ! Elle a b ien mérité de la regarder ce soir...
Et pourtant non, elle ne la regardera pas. Pour l'i nstant, elle ne fait que fixer l'éclat du métal qui brille sous ses yeux, ses yeux hagards, e xorbités par la terreur. Crier ? Impossible. Une main de fer lui serre les mâchoires , la forçant au silence. L'acier brille de plus en plus. Aveuglant. Dans la petite maison, en face, toujours les reflets bleutés. Rien d'autre. Sa mère n'a pas eu l'idée de la guett er par la fenêtre. Vanessa suffoque. Le bras qui lui enserre le cou va l'étrangler et le s ciseaux qui se rapprochent, toujours plus...
La baguette de pain est tombée dans le caniveau.
NON ! supplia-t-elle...
Un éclat de rire lui répondit. Un rire terrible inh umain. Elle sentit le froid de l'acier sur son cou...
Théo tend machinalement la main. Pistache... Pistac he et sa fourrure toute douce... À ce moment intense du suspense (suspense interdit, puisqu'il a dérobé le roman policier qu'il dévore dans la bibliothèque de son père), le petit garçon a besoin de sentir sous ses doigts la chaleur de son chat. T out en poursuivant son paragraphe, il tâte la couette à l'aveuglette. En vain. Pistach e n'est pas sur le lit. Dommage. La fin du paragraphe est tellement horrible que les câlins de Pistache lui seraient d'un grand secours. Théo lit encore quelques lignes, une grima ce de dégoût sur les lèvres, lorsqu'un miaulement interrompt sa lecture. Il vien t du jardin. Pistache s'est sauvé par la fenêtre, une fois de plus. Et la suite est prévi sible. Après le jardin, le chat franchit en général le portail sans difficulté pour prendre la poudre d'escampette.
Théo abandonne son livre à contrecœur, mais hésite encore quelques secondes avant de se lever. Être tiré du lit et d'un bon livre, al ors que, bien à l'abri, on est en train de savourer un sentiment de peur, c'est barbare. Oui, barbare, le terme n'est pas exagéré. Pistache va prendre une rouste en rentrant.
Théo se penche à la fenêtre. Le jardin est tout noi r. Il fait donc nuit ? Quelle heure peut-il être ? Plus de dix heures ? Possible. En lisant, il n'a pas vu le temps passer. La maison paraît bien calme, apparemment tout le monde dort. Le gamin se frotte les yeux : finalement, il en ferait bien autant mainten ant. Mais il faut récupérer le chat.
- Psst ! Pistache !
Rien. Silence total. Mince! En plus, il va falloir passer par la fenêtre pour ne pas réveiller la maisonnée en descendant l'escalier. Qu elle barbe, décidément !
Théo est bien tenté de laisser Pistache dehors, mai s si jamais il lui arrivait quelque chose pendant la nuit, il ne se le pardonnerait pas .
Tiens ! Les branches les plus basses du cerisier vi ennent de bouger. Pistache a dû y
grimper. Théo réprime un soupir et enjambe la fenêtre. Heureusement, l'étage n'est pas haut. Et puis, il a l'habitude.
Combien de fois déjà est-il allé en pleine nuit à l a « pêche à la Pistache » ! Il s'accroche à la rambarde, s'accroupit, saute. Récep tion en souplesse sur la pelouse. Brrr... Décidément, il doit être rudement tard.
Il y a un petit vent frais contre lequel le pyjama de Théo n'est pas en mesure de lutter. Tout en frissonnant, le garçonnet foule l'herbe hum ide de ses pieds nus. Puis il se retourne brusquement: il a cru entendre un bruit de rrière lui. Non... Rien. Pistache est bien dans le cerisier. Ses yeux verts brillent dans l'obscurité. On dirait deux phares miniatures. En trois enjambées, Théo gagne le pied de l'arbre.
- Descends, Pistache !
Un miaulement farouche lui répond. Les yeux du chat se font de plus en plus brillants. Tellement qu'ils éclairent les moustaches de l'anim al. Des moustaches qui tremblent. Comme le reste de son corps, d'ailleurs.
- Descends, voyons, c'est moi ! Tu ne me reconnais pas ou quoi ?
L'animal refuse obstinément d'obéir. Terrorisé, le poil hérissé, il s'agrippe à la branche sur laquelle il se trouve. Puis soudain le voilà qu i bondit et se met à courir à toute vitesse. Au même moment, une main saisit Théo par l e poignet, lui tord le bras derrière le dos. Une autre le bâillonne puis lui met un band eau sur les yeux. À genoux dans l'herbe, immobilisé, il n'a guère le temps de réali ser ce qui se passe. Il ne voit rien, ne sent plus ses membres raidis par la peur. Mais il e ntend un bruit. Un bruit sourd. Comme un ronronnement, comme un moteur. Quelque cho se de froid vient heurter sa tête, tandis que le ronronnement augmente, semblabl e...