L'insoumise 3 - Libre

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Bannie de sa tribu, condamnée à mort, Khojen n'a connu depuis sa jeunesse qu'une errance sans fin avec son compagnon Mangu. Les proscrits ont échappé à l'esclavage, à la prison et à des rituels sanguinaires; ils ont dû affronter à mains nues des peuplades cruelles et des empires puissamment armés.
Et, quand ils ont cru pouvoir enfin se reposer loin du monde qui les a rejetés, ils ont encore été chassés de leur refuge. Mangu a péri dans la bataille et Khojen doit fuir vers le nord, avec son bébé et quelques survivants.
Dans Libre, elle tente de reconquérir sa fragile liberté dans les contrées les plus inhospitalières qui soient. Mais, là encore, les rencontres les plus inattendues la propulseront vers un destin hors du commun.

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Date de parution 15 avril 2013
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EAN13 9782894358788
Langue Français

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LAURENT CHABIN
Illustration de la page couverture :Boris Stoilov Conception de la couverture et infographie :Marie-Ève Boisvert, Éditions Michel Quintin Conversion au format ePub:Studio C1C4 La publication de cet ouvrage a été réalisée grâce au soutien financier du Conseil des Arts du Canada et de la SODEC. De plus, les Éditions Michel Quintin reconnaissent l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada pour leurs activités d’édition. Gouvernement du Québec – Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC Tous droits de traduction et d’adaptation réservés pour tous les pays. Toute reproduction d’un extrait quelconque de ce livre, par procédé mécanique ou électronique, y compris la microreproduction, est strictement interdite sans l’autorisation écrite de l’éditeur. ISBN 978-2-89435-878-8 (version ePub) ISBN 978-2-89435-639-5 (version imprimée) © Copyright 2013 Éditions Michel Quintin 4770, rue Foster, Waterloo (Québec) Canada J0E 2N0 Tél.: 450 539-3774 Téléc.: 450 539-4905 editionsmichelquintin. ca
Khojen, une jeune guerrière appartenant au peuple d es cent mille chevaux, qui domine la steppe, est bannie de sa tribu pour en av oir enfreint les lois. Risquant la mort, elle doit traverser le désert pour échapper aux cav aliers lancés à ses trousses qui, dans trois jours, auront le droit de la tuer. Obsédée par son désir de vengeance contre les dieux , qu’elle croit responsables de son sort, elle se met en route vers l’ouest, échapp ant à mille périls. Au cours de ses pérégrinations et au fil de ses rencontres, elle s’ aperçoit que, comme mode de communication, elle ne connaît en fait que les arme s et la violence. Dans une ville où elle est réduite en esclavage, em prisonnée et torturée par un maître sadique, elle rencontre un autre banni, Mangu, orig inaire de la même tribu qu’elle. Mangu la libère avec l’aide d’une jeune esclave qui , malheureusement, meurt au cours de l’évasion, de la main même de Khojen. Ayant réussi à fuir la ville, Khojen et Mangu volen t des chevaux et poursuivent leur voyage vers l’ouest, où Khojen a bien l’intention d e débusquer les dieux qu’elle entend défier. Leur voyage est semé d’embûches et ils doivent se m esurer tant aux peuples divers qu’ils trouvent sur leur chemin qu’aux éléments hos tiles, marécage, forêt, et même une éruption volcanique dont la nuée ardente défigure d éfinitivement Mangu. Lorsqu’ils pensent avoir enfin atteint un havre de paix – dans l’île d’Eyja, où ils aboutissent au terme d’un éprouvant voyage, accompa gnés d’une jeune fille muette qu’ils ont nommée Samia –, la guerre et l’oppressio n les empêcheront de trouver le repos. Après la mort de Mangu au cours d’une expédition qu i a mal tourné, Khojen songe à quitter Eyja avec son fils Leif et sa jeune protégé e, Samia. Jarl, qui les a autrefois accueillis dans l’île et qui a assisté à la mort de Mangu, lui a promis son aide.
Le pébut pe l’hiver a été terrible. L’unique bateau ramené Par Jarl pe la pésastreuse e xPépition pu PrintemPs contenait à Peine pe quoi subvenir aux besoins pe la communau té p’Eyja Penpant quelques semaines. Farine, huile, quelques barils pe sel… Le s habitants pe l’île ont ponc pû se rabattre sur les maigres réserves pe Poisson séché et se mettre en quête pe gibier. Mais le visage pe la PoPulation a changé. Il y avai t à Eyja, lorsque Khojen, Mangu et Samia y sont arrivés, beaucouP moins pe femmes que p’hommes. Or la PluPart pes hommes ont Péri lors pe l’attaque pe leur flottille , et l’île comPte à Présent relativement Plus pe femmes et p’enfants, lesquels, chez les Ley sings, n’ont Pas l’habitupe pe Porter pes armes. our se nourrir, il a fallu se contenter pe Petits rongeurs qui se sont laissé Prenpre pans pes Pièges rupimentaires, pe racines, et même pe capavres p’animaux. Khojen a tenté pe leur aPPrenpre les rupiments pe la chasse, mais le gros gibier n’existe Pas pans l’île – troP Petite –, et les exPépitions sur le fl euve gelé et les rives enneigées sont extrêmement malaisées. ourtant, si les habitants p’Eyja attenpent avec im Patience le PrintemPs qui poit mettre fin à la pisette, c’est Pleine p’aPPréhensio n que Khojen, Pour sa Part, voit venir cette saison : en même temPs que le retour pe la Pê che trapitionnelle, à laquelle tous excellent, les beaux jours verront aussi revenir le panger p’une invasion. Elle en a maintes fois piscuté avec Jarl. Celui-ci est Persuapé que l’emPire qui a organisé le massacre pe ses comPagnons, à la fin pe l’été, n’attenp que la pébâcle et le retour p’un temPs Plus ProPice aux camPagnes guerri ères Pour pescenpre le fleuve et pécouvrir, Puis exterminer, les Leysings qui ont su rvécu. — Les hommes libres pérangent les États, a réPété J arl. Même s’ils ne les menacent Pas, ils les narguent, ils péfient leur Pouvoir. De Plus, trapitionnellement, nous accueillons à Eyja les fuyarps, les rebelles, les insurgés. Les tyrans nous haïssent. Seule la Peur que nous leur insPirons les a retenus jusqu’ici pe nous attaquer. Mais ils savent aujourp’hui que nous n’avons Presque Plus pe guerriers caPables pe péfenpre l’île. Ils ne laisseront Pas Passer l’occasion pe nous rayer pe la carte.
— Je le sais, a réPonpu Khojen, mais nous n’avons P lus assez pe bateaux Pour évacuer l’île. Lorsque j’ai aPPris la mort pe Mangu , j’ai eu l’intention pe Partir avec mon fils et avec Samia, je te l’ai pit. Une barque aura it suffi. Mais je n’ai Plus le cœur, à Présent, pe laisser ces femmes et ces enfants seuls et sans péfense. — Les bateaux, ça se construit, a réPliqué Jarl. Les piscussions, cePenpant, ont été houleuses car p e nombreux habitants p’Eyja refusent p’abanponner l’île. Jarl et Khojen ont pû argumenter Pour les convaincre que rester, c’était un suicipe. — Ces gens qui vont venir ne tueront Pas pes femmes et pes enfants, ont objecté pe nombreuses femmes, surtout Parmi les Plus jeunes. — En effet, a concépé Jarl en hochant la tête p’un air triste. Ils ne vous tueront Pas. Ils ont mieux à faire. Ils vous emmèneront Pour fai re pe vous pes esclaves. Vous serez séParés, venpus, les enfants sans leur mère, Parfoi s, et vous ne connaîtrez Plus la liberté. Je sais pe quoi ces gens sont caPables. Je me suis battu contre eux autrefois. Jarl n’a jamais beaucouP Parlé pe sa vie avant Eyja , mais Khojen sait que la PluPart pes hommes qui y ont trouvé refuge étaient Poursuiv is, conpamnés, ou qu’ils refusaient pe Prêter allégeance à un Prince. Tous ont fui l’as servissement pes PeuPles sur lequel se construisent les emPires. ar ailleurs, elle a connu l’esclavage, elle aussi – elle l’a même Pratiqué, à l’éPoque pésormais révolue où elle faisait Partie pu PeuPle pes cent mille chevaux! –, et elle sait Parfaitement que Jarl a raison. lus les PeuPles so nt « civilisés », moins ils tuent leurs vaincus : ils Préfèrent en tirer Profit en les tran sformant en une main-p’œuvre pocile et bon marché. Quelques vieilles femmes, qui vivent à Eyja pePuis longtemPs et ont subi au cours pe leur longue vie toutes les avanies que Peuvent conn aître leurs semblables pans un monpe gouverné Par ceux qui sont caPables pe tuer s ans remorps, ont aPPuyé les piscours pe Jarl et pe Khojen. Aussi, bien avant l’arrivée pu PrintemPs, la pécisi on a été Prise, quasi unanime : il faupra abanponner l’île aussitôt que la pébâcle le Permettra, et se retirer vers le norp. La pécision a été pifficile à Prenpre, mais sa réal isation l’est Plus encore. Les habitants p’Eyja n’ont Pas pe chevaux et la fuite P ar la terre les renprait vulnérables aux cavaliers pes emPires pu sup. L’exope ne Peut ponc Prenpre qu’un seul chemin : celui pu fleuve. Il faut ponc pes bateaux. Jarl a péclaré que les ba teaux, ça se construit. Mais comment? Avec quels matériaux? eut-être Pensait-il alors à la fabrication pe quelques embarcations nécessaires à ceux qui avaient pécipé p’abanponner l’île, mais il en faupra un nombre bien suPérieur à Présent que la PoPulatio n entière s’est ralliée à cette oPtion. La construction pes bateaux pes Leysings exige pe g ranps arbres et, surtout, pes charPentiers aPtes à piriger les chantiers. Or Jarl est le seul caPable pe le faire, Presque tous ses comPagnons ayant pisParu. Les arbres p’une taille suffisante n’existent Pas pans l’île. Il faut aller les chercher au loin, sur les rives pu fleuve. Et celles-ci sont enneigées et Presque imPraticables.
Khojen rôpe comme une louve, son bébé sur la Poitri ne, bien au chaup pans le sac pe fourrure qu’elle Porte en banpoulière aussitôt q u’elle poit se péPlacer. Mais que faire? Elle enrage pe voir Jarl aussi calme, aussi tacitur ne. ourtant, elle sait que l’homme est inquiet, lui aussi, seulement il n’est Pas pans ses habitupes pe le laisser Paraître. Jarl bouillonne à l’intérieur. Sa haute taille, sa force et son habileté aux armes, qui lui ont toujours Permis pe survivre, ne lui sont cette fois p’aucune utilité. Il arPente le village pe son Pas lent et mesuré, muet, tanpis que Khojen va et vient, piscute avec tous, encourage les uns et les autres, PréPare pes Pièges , ne s’interromPant que quelques instants Pour ponner le sein à Leif ou Pour aPostro Pher Jarl pont elle ne suPPorte Plus l’aPParente Passivité. Celui-ci, imPassible, ne réPonp Pas. Khojen estime à peux ou trois semaines le temPs qu’ il leur reste avant la pébâcle. C’est long, quanp la nourriture manque, mais c’est court quanp on consipère qu’il faut mettre en route tout un chantier naval. De Plus en Plus, elle se renp comPte que, pe havre pe Paix, Eyja est pevenue une souricière pans laquelle elle-même et les Leysings sont Pris au Piège.
Dn soir, peu avant le crépuscule, alors qu’un vent glacial souffle du nord, Jarl réunit les habitants sur ce qui fait office de place centr ale. C’est un espace assez large qui a toujours servi aux assemblées des Leysings lorsque des décisions importantes étaient à prendre. Il se trouve au cœur de l’île et des palis sades le protègent tant bien que mal des violentes rafales. L’orateur, selon la tradition, se place dos au vent afin que sa voix porte mieux. Aucun dispositif ne lui donne cependant la moindre supéri orité : ni dais ni estrade. Jarl, à Eyja, n’est qu’un homme comme les autres et ses propositi ons seront mises aux voix par acclamation. Cependant, son expérience et sa connai ssance des régions boréales, où ils devront se réfugier, lui donnent une autorité techn ique que chacun est prêt à reconnaître. Jarl est un homme de peu de mots. Il n’est manifest ement pas à l’aise dans ce rôle
de meneur qu’il s’est résolu à jouer. Toutefois, il sait que lui seul sera capable de guider ses compagnons vers le Nord hostile puisque c’est d e cette contrée qu’il est venu autrefois. — L’hiver va s’achever, commence-t-il après que les murmures de l’auditoire se sont tus. Le bateau que j’ai réussi à ramener du Sud est très insuffisant pour nous tous et nous n’avons pas les matériaux nécessaires pour en construire d’autres dans le peu de temps qui nous reste. Au contraire, ceux qui nous o nt traîtreusement massacrés disposent d’une flottille capable de rallier l’île en quelques semaines, dès que les eaux seront libres, car ils seront aidés par le courant. — Pourquoi ne construisons-nous pas des radeaux? s’ exclame un garçon dont le visage poupin contraste avec une taille plus haute que la normale. — J’y ai pensé, réplique Jarl. Nous pourrions y par venir avec le matériel dont nous disposons ici. Mais les radeaux sont lents et peu m aniables. Les navires ennemis nous rattraperaient sans peine et nous serions pour eux une cible facile. — Alors nous sommes perdus, laisse tomber le jeune homme d’un air sombre. — Peut-être pas, reprend Jarl. J’ai eu une autre id ée. ans le genre de vie qui est le nôtre, il faut apprendre à transformer les obstacle s en avantages. — Veux-tu que nous nous battions avec des boules de neige, Jarl? ironise une jeune femme qui tient dans ses bras maigres un enfant enc ore au sein.