La guerre spéciale

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Menée par Stagyre, la Confédération des planètes colonisées par la Terre a gagné son indépendance au prix d’une guerre meurtrière contre la planète mère. Une génération plus tard, la paix semble à nouveau menacée par des événements meurtriers apparus sur différentes planètes...

Pour combattre cet étrange phénomène, le conseil de la Confédération décide d’activer le programme "Guerre Spéciale". Des adolescents triés sur le volet rejoignent l’académie militaire de Stagyre, où ils suivront une formation secrète à laquelle rien ne les avait préparés...


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Date de parution 10 juin 2011
Nombre de visites sur la page 147
EAN13 9782740434055
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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À Robert A. Heinlein et Joe Haldeman
Qui garde les Gardiens ?
Platon,La République
Grades en usage dans la marine spatiale, classés par ordre hiérarchique : Amiral de la flotte Vice-amiral d’escadre Vice-amiral Contre-amiral Capitaine de vaisseau Capitaine de frégate Capitaine de corvette Lieutenant de vaisseau re Enseigne de vaisseau de 1 classe e Enseigne de vaisseau de 2 classe Aspirant Maître principal Premier maître Maître Second maître re Quartier-maître de 1 classe e Quartier-maître de 2 classe Matelot breveté Matelot
Au début il y avait Terre et ses rêves d’étoiles… Puis les rêves se transformèrent en appétit de conquête. Avec l’invention du système Ultra qui permettait de gagner les régions les plus éloignées de l’Univers, les hommes occupèrent Stagyre. De là, ils essaimèrent sur les différentes planètes habitables de cette partie de l’espace et créèrent la Confédération. Celle-ci avait pour but de fournir à Terre ce dont elle manquait. Mais au fil du temps, les colons prirent conscience qu’ils formaient de véritables peuples, et qu’il leur appartenait de prendre en main leur destin, loin de l’ancienne planète mère. Pourtant ils continuaient de l’alimenter, encore et encore, car Terre réclamait toujours davantage. Quand l’oppression devint trop forte, il y eut la guerre et de nombreux morts. Surtout parmi les membres de la Confédération qui finit toutefois par l’emporter. Les civils eurent leur part dans la victoire, mais ce sont les militaires qui, par leur total dévouement allant jusqu’au sacrifice, offrirent la liberté à Stagyre. C’est pourquoi, depuis, chaque citoyen doit le plus profond respect à l’armée.
Carlsen allait commettre un massacre. Le commandant du transport de troupesHirô Onodaavait déjà tué auparavant, mais à distance, en ordonnant le tir depuis son vaisseau. Et il ne s’en était jamais pris à ses propres hommes, un équipage trié sur le volet en qui il avait toute confiance. Certains étaient des vétérans du conflit de Libération, tout comme lui. Ensemble, ils avaient traversé des situations que l’on croyait perdues, au cœur de batailles appartenant désormais à l’histoire. Bien des fois ils avaient cru périr, dans le vide de l’espace ou sur des astéroïdes pilonnés par l’essaim des chasseurs ennemis. Pour finalement s’en sortir, parce qu’ils étaient solidaires. Des frères d’armes, en somme, la seule véritable famille qu’ait connue Carlsen. L’officier inspecta sa cabine. Aucune décoration sur les parois, pas même une image de fille comme il s’en trouve dans chaque bâtiment de la flotte. Rien sur le bureau, à l’exception du journal de bord. Ce qu’il devait accomplir aujourd’hui n’y serait pas enregistré. Carlsen défit son col, saisit la chaîne et tira d’un coup sec. Il jeta ses plaques matricules pour ne garder que la carte servant de clef. Le commandant l’introduisit dans le séquenceur, composa une série de chiffres qu’il était seul à connaître, et ouvrit la porte de l’armurerie. En temps normal, les armes de poing ne présentaient pas la moindre utilité sur un vaisseau. Aucun risque de mutinerie, les soldats de la Confédération avaient suffisamment fait preuve de leur loyauté à Stagyre. Mais l’on pouvait toujours craindre la présence d’un agent terrien, disposé à commettre un sabotage, fût-ce au péril de sa vie. Un agent de Terre, songea Carlsen, cela n’était pas arrivé depuis longtemps… Après la victoire, l’ancienne planète mère n’avait plus donné signe de vie, estimant que sans elle la Confédération finirait par s’effondrer. Les faits avaient démontré le contraire, Stagyre était maintenant une puissance que l’on ne pouvait ignorer. L’armurerie était restée dans chaque unité de la flotte, comme un rappel des temps héroïques, quand l’ensemble des planètes réunies autour de Stagyre luttait pour sa survie. Machinalement, le commandant de bord caressa la double hélice qui ornait sa poitrine. Plus haute distinction remise en temps de guerre, la décoration représentait ce qu’il y avait de meilleur en lui. Carlsen examina les armes, délaissant celles à projectiles traditionnels, et saisit un Geno-6. Le fusil contenait l’empreinte génétique des membres du transport de troupes. Inutile de viser, il suffisait d’appuyer sur la détente pour tuer une cible à moins de vingt mètres, par destruction de son code ADN. Ses hommes n’auraient pas le temps de souffrir. Pas de sang ni de douleur, ou le moins possible, c’est ce que souhaitait Carlsen. Le commandant quitta sa cabine et progressa à travers les coursives. Habitué à la semi-obscurité qui régnait en permanence dans leHirô Onoda, il avançait sans peine, trouvant son chemin dans le dédale de couloirs. À hauteur du carré d’équipage, Carlsen croisa sa première victime. L’officier en second qui venait au rapport s’effondra les yeux grands ouverts. Un regard étonné, comme s’il s’agissait d’un malentendu. Le commandant pénétra dans l’aire de repos. Plusieurs membres d’équipage étaient étendus sur des couchettes, d’autres jouaient en réseau. Carlsen les exécuta d’un seul tir. Puis il se souvint que l’un de ses hommes était à l’infirmerie. Il se dirigea vers le bloc médical afin de supprimer le médecin et son patient. Tout se déroulait comme prévu, il était parfaitement calme. Bien plus qu’au temps du Conflit, quand, alors qu’il n’était qu’un jeune officier sans expérience, on lui avait ordonné de se jeter dans la bataille qui déciderait du sort de Stagyre. Avec les membres de sa promotion, il avait sauvé la Confédération. Mais Carlsen ne devait pas oublier que le succès était aussi celui des hommes de troupe. Ceux qui se trouvaient sous son commandement appartenaient aux meilleurs. Ils pourraient bien l’arrêter avant que son but ne soit atteint. Carlsen vérifia l’alimentation de son arme, rabattit la crosse télescopique avant de pénétrer
dans la zone militaire. En prévision de son acte, le commandant avait ordonné un exercice d’alerte, une simulation de combat avec destruction d’un bon tiers du vaisseau. La situation de détresse avait monopolisé durant des heures toute l’énergie des soldats. À cette minute, ils devaient être épuisés. Carlsen s’engagea dans le réfectoire. Une vingtaine d’hommes, en survêtement confortable, formaient une file devant les distributeurs de plateaux repas. D’autres, assis autour de longues tables, étaient en train de manger. Certains s’efforçaient de plaisanter mais la plupart dormaient à moitié. Carlsen appuya sur la détente. Tous s’effondrèrent d’un bloc, dans des éclaboussures de sauce et de boissons vitaminées. L’officier pénétra ensuite dans les quartiers en empruntant le couloir où étaient rangées les armures de combat. Il entendit rires et sifflements en provenance des douches. Carlsen n’eut pas besoin d’aller plus loin pour atteindre ses cibles. Il devait maintenant se rendre dans la salle des machines. Les mécanos avaient eu aussi fort à faire durant l’exercice d’alerte. Le commandant espérait que la fatigue avait diminué leur vigilance. Sans en être sûr, car le personnel attaché auHirô Onodapartie de faisait l’élite. L’un des techniciens affectés à son bord était même un héros du Conflit. À lui seul, il avait sauvé un croiseur traqué par la flotte terrienne en réparant avec des moyens de fortune le système Ultra. Le vaisseau avait ainsi pu effectuer un saut dans l’espace-temps, loin des chasseurs ennemis. Ses hommes faisaient preuve d’initiative, Carlsen devait en tenir compte. Descendre dans la salle des machines comportait des risques car elle s’étendait sur toute la longueur de la coque inférieure. La portée de son arme n’excédant pas vingt mètres, Carlsen devrait donc tirer plusieurs fois. Si l’un des mécanos le voyait faire à distance, il pourrait se réfugier derrière une machine pour le surprendre et l’assommer avec un outil. L’officier connaissait mal cette partie du transport de troupes, il lui fallait être prudent. Carlsen déverrouilla l’écoutille menant au niveau inférieur. Fusil Geno-6 calé contre la hanche, il descendit l’échelle à barreaux d’acier. Ne prenant aucun risque, le commandant appuya sur la détente avant même d’être parvenu en bas. Il entendit un grognement puis un choc sourd en provenance du poste de contrôle. L’officier progressa dans cette direction, dos courbé de façon à ne pas attirer l’attention. Quatre corps étaient tombés contre un énorme générateur. Avant d’être surpris, les mécanos écoutaient de la musique. C’était une entorse au règlement, qui était toutefois tolérée. Un bon commandant d’équipage se devait d’être ferme tout en relâchant parfois la pression. Et Carlsen était l’un des officiers les mieux notés de la Confédération. Il augmenta le son du lecteur pour couvrir le bruit de ses pas, progressant par à-coups, d’une machine à l’autre. L’officier fit à nouveau feu. Parvenu au moteur central, il procéda à un décompte : ne manquaient que le chef de salle et ses auxiliaires. Soudain, le commandant aperçut en vision latérale une ombre mouvante, l’un des jeunes techniciens qui tentait de s’enfuir. Ou d’attirer son attention, ce que comprit Carlsen en sentant une atroce douleur à l’épaule, aussi intense et vive qu’un choc électrique. Une manœuvre de diversion. Il s’était fait avoir par le responsable des machines, celui-là même que l’on avait décoré pour avoir sauvé son vaisseau. Sans un mot, l’homme en combinaison de travail tenta d’abattre à nouveau une barre métallique quand l’officier fit feu à bout portant, éliminant les trois mécanos. Ils étaient tombés avec bravoure et pouvaient être fiers, songea Carlsen en saluant la dépouille du chef de salle. Quoi qu’il arrive par la suite, personne ne pourrait prétendre que l’équipage duHirô Onoda était composé de lâches. Avant de gagner son ultime destination, le poste de pilotage, Carlsen s’accorda une pause. Son épaule était peut-être brisée, il devait maîtriser la douleur qui irradiait, la contenir tout au fond de son esprit. La volonté qui l’animait lui rendit en partie ses forces, suffisamment pour en finir. Avec difficulté, il grimpa l’échelle pour accéder au premier niveau, puis emprunta l’ascenseur qui le mena jusqu’au pont passerelle. En voyant son
visage couvert d’une sueur grasse, l’enseigne lui demanda si tout allait bien. Le plus difficile est fait, pensa Carlsen avant de le supprimer. Mais quelque chose n’allait pas : le pilote poursuivait sa tâche alors qu’il aurait dû être mort. Le commandant duOnodaH i r ô  se souvint alors qu’il avait été affecté à son bord en remplacement de dernière minute. Son code génétique ne figurait donc pas dans le fusil. Carlsen pénétra dans le poste insonorisé, avança jusqu’au siège du pilote, qui tenait son regard rivé sur le vide de l’espace, et abattit sa crosse plusieurs fois. Il était parvenu à ses fins. Non sans mal, mais le but était atteint. Carlsen s’autorisa un sourire. Pour la première fois depuis des semaines, il se sentait libéré. Comme au dernier jour du conflit de Libération, quand Terre avait renoncé à son emprise. À cette époque, on avait reconnu en lui un brave, et salué son honneur. En paix avec lui-même, le commandant introduisit son propre code ADN dans le Geno-6 et retourna l’arme contre lui.
Sur l’image qui flottait au-dessus de la table de conférences, on pouvait suivre les déplacements de Carlsen à mesure qu’il exécutait ses membres d’équipage. L’enregistrement passait en boucle, comme pour donner à chaque fois aux victimes une chance de survivre. Peine perdue. Une série de nombres défilait en continu de part et d’autre de la scène. Ils indiquaient le rythme cardiaque de l’officier, sa respiration et son taux de sudation. Aucun signe de stress, l’homme était parfaitement calme. — Cela n’a aucun sens ! s’exclama l’un des membres de l’assistance. — Nous sommes réunis pour essayer de comprendre ce drame, répondit l’amiral Truckston. Grand et sec, les cheveux gris fer coupés court, le visage décharné aux traits aquilins, il présidait la commission réunie de toute urgence. Elle était composée de scientifiques, principalement des spécialistes du comportement attachés à la division Psy, d’un agent des services secrets, d’un membre du corps diplomatique et de militaires. Ces derniers étaient sanglés dans leur uniforme sombre. Si les anciennes marines privilégiaient la couleur bleue dans leurs tenues, afin de rendre hommage à la mer, la flotte spatiale portait le noir associé aux ténèbres infinies du cosmos. D’un revers de la main, l’amiral fit disparaître l’image, qui se désagrégea en nuées de pixels. Son regard balaya l’assemblée. Un capitaine de corvette se risqua à poser une question : — Amiral, quelque chose dans le passé de Carlsen peut-il nous éclairer ? — Rien, ses états de service sont irréprochables, et il en va de même pour le reste de l’équipage. Tous ont été retenus pour leur profil psychologique parfaitement équilibré. — Trop, peut-être… fit un psychologue. Truckston se tourna vers un lieutenant de vaisseau, qui répondit : — Non. Parmi les soldats et les techniciens embarqués sur leHirô Onoda figuraient un bon nombre de vétérans. À maintes reprises, en conditions réelles, leur attitude a montré qu’ils étaient à même de réagir sainement en situation extrême. — Antécédents médicaux ? demanda un capitaine de frégate. — Sa condition physique était parfaite, répondit un médecin sans relever la tête du dossier de Carlsen. Un scientifique prit la parole : — Amiral, quelle était la mission du transport de troupes ? — Il devait rejoindre l’astroport de Sukaha et de là accoster un satellite pour simuler un débarquement. — L’opération était-elle prévue depuis longtemps ? — Non, il s’agissait de créer une situation d’alerte. Ce qui excluait toute tentative de sabotage prévue de longue date. — Le journal de bord fait-il état d’incidents durant la traversée ?