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La malédiction du Blue Eternity

De
114 pages
Le comte de Sommerhill a gagné aux cartes, en Inde, un magnifique diamant, le Blue Eternity. De retour en Angleterre, il tombe gravement malade et confie alors à son fils Charles, un jeune garçon de 13 ans, la mission de rendre le Blue Eternity au dieu Agni. Mais la secte des Alchimistes veut ce diamant car, pense-t-elle, il peut lui apporter le pouvoir de dominer le monde. Ils s'introduisent chez le comte pour s'en emparer et poursuivent...
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Nord de l’Inde, 1716
Le temple creusé à même la pierre de la montagne était éclairé par la lumière tremblante des torches. Le prêtre s’avança vers l’autel où reposait une immense statue rouge. Le dieu représenté assis sur un bélier avait deux visages, sept bras et sept langues de feu. Dans trois de ses mains, il portait une hache, un lotus et un texte et deux autres mains soutenaient le monde. Un diamant de toute beauté inséré au milieu du front renvoyait sept rayons de lumière, comme si la divinité rayonnait d’un feu intérieur. C’était Agni, le dieu du feu. Face à l’autel, le prêtre tournait le dos à une assemblée silencieuse. Le peuple venait célébrer comme chaque année au printemps la cérémonie du feu en l’honneur d’Agni, à la fois feu réel, feu du sacrifice et feu de l'âme. Il était l'étincelle de vie et donc une partie de lui se trouvait dans chaque être vivant. Il était le feu du soleil. C'est lui qui faisait le lien entre les humains et les dieux. Il recevait les offrandes et les redonnait aux dieux. Le prêtre prononça les paroles rituelles : - om agnim hile pourhitam yajnasya devamritvijam
hotaram ratna dhatamam.

Je vénère la Divinité immortelle, le feu sacré, le prêtre, le maître du sacrifice, le dispensateur de tous les joyaux et de tous les trésors. Dans l’assemblée, un homme, le corps et le visage en partie dissimulés par le grand manteau dans lequel il s’était enveloppé, écoutait le prêtre avec une intensité que trahissait son regard de braise. Le trésor qu’il convoitait ne s’apparentait en rien aux aspirations de la plupart des membres de l’assemblée dans laquelle il se trouvait. Ces paysans du nord de l’Inde priaient pour que l’année soit clémente pour eux et leur famille. Ils ne songeaient qu’à
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leurs champs et à leurs cultures. Mais Rashi Pultar était ambitieux. Il rêvait de partir pour la capitale et de vivre comme les riches notables dans une maison pleine de domestiques. Sa vie ne présentait aucun intérêt. Il était mineur et passait ses journées au cœur de la montagne, dans la nuit perpétuelle, pour extraire les pierres précieuses qui revenaient au sultan. Il haïssait cette existence qui ne valait pas mieux que celle d’un rat. Il contempla l’assemblée de paysans et de mineurs autour de lui. Ces idiots n’avaient absolument pas conscience de l’absurdité de leur condition. Pauvres ils étaient nés, pauvres ils mourraient. Mais pas lui ! Oh Non ! Pas lui ! Il lui fallait trouver un joyau de taille pour sortir de l’ombre au sens propre comme au sens figuré. Il avait pris sa décision, il volerait le diamant qui se trouvait sur le front d’Agni et deviendrait riche. Le prêtre continuait sa prière. Dans un instant il allait marcher les pieds nus sur le lit de braises déposé au pied de la statue. Les chants de l’assemblée semblaient le galvaniser et quand ils atteignirent leur apogée, il s’avança vers le sol incandescent. En état de transe, son corps semblait flotter au-dessus des charbons ardents. Le peuple salua le courage et la dévotion de son prêtre et s’agenouilla pour prier son dieu. La cérémonie touchait à sa fin et les croyants pourraient repartir chez eux avec la promesse d’une année propice pour leurs cultures et leurs familles. Un à un ils déposèrent une fleur de lotus devant l’autel avant de quitter le temple. Suivant la foule Rashi Pultar déposa auprès de la divinité sa fleur de lotus mais au lieu d’emprunter l’allée qui menait vers la sortie, il se dissimula derrière une colonne.
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Quand tous furent sortis, y compris le prêtre, Rashi Pultar s’avança vers l’autel. Sa main tremblait un peu quand il sortit son couteau pour desceller le joyau qui brillait d’une lueur presque irréelle. Il avait conscience de la portée de son geste, mais sa décision était prise. Il était prêt à encourir la colère des dieux afin de pouvoir accéder à la vie à laquelle il aspirait. Il n’avait pas d’autre choix : sa caste ne lui permettrait jamais de sortir de sa mine. Il empocha le diamant et sortit sans se retourner. Il allait trouver le directeur de la mine et monnayer le fruit de son larcin pour assurer son avenir sur la roue de la fortune.

Sommerhill, Novembre 1909
Le silence qui pesait dans la grande demeure des Sommerhill accentuait l’atmosphère de dignité rigide qui la caractérisait. L’intérieur bourgeois de la maison, habituellement sévère, avec ses portraits de famille accrochés au mur, ses meubles sombres semblait encore plus sinistre en cette soirée de novembre. La nuit était déjà tombée et une petite pluie fine noyait le parc dans une brume froide. On avait tiré tous les rideaux et les lampes à pétrole éclairaient doucement les pièces. Les serviteurs passaient d’une pièce à l’autre à pas feutrés, chuchotant entre eux comme pour ne pas déranger la famille en pleine douleur. Robert Sommerhill, terrassé par la maladie, reposait dans sa chambre. Sa femme, Helen Sommerhill, assise dans une bergère, tenait sur ses genoux Harriett, qui à huit ans était la plus jeune des enfants. Charles, âgé de treize ans, le front appuyé à la fenêtre, regardait la pluie tomber. Ses yeux
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noirs que cachait une mèche de cheveux rebelles étaient graves. Mentalement, il vit défiler les récents événements qui avaient bousculé sa jeune vie. Deux jours plus tôt, on était venu le chercher à son pensionnat. Son père allait très mal. Une mauvaise grippe qui s’était rapidement transformée en pneumonie faisait craindre pour ses jours. À peine arrivé, le garçon s’était rendu dans la chambre de ses parents. Pâle, amaigri, le comte de Sommerhill reposait dans le grand lit, la tête appuyée sur des oreillers de lin blanc. La chambre était éclairée par des bougies et le feu dans la cheminée brûlait ardemment ; les flammes projetant des ombres dans les coins de la pièce. Il faisait une chaleur étouffante et, malgré cela, le comte grelottait. En voyant son fils entrer dans la pièce il leva une main décharnée et lui fit signe d’approcher. - Charles, mon garçon, viens t’asseoir ici, près de moi, il ne me reste plus beaucoup de temps. Sa voix était altérée mais son agitation n’était pas due qu’à la fièvre. - Écoute-moi bien attentivement, j’ai une importante mission à te confier. Sa voix se cassa. - Père, vous devriez vous reposer, s’empressa de dire Charles. Le comte s’interrompit, une main posée sur la poitrine pour essayer de récupérer son souffle. Il regardait Charles. Le jeune garçon avait le visage contracté par l’anxiété. Il rejetait sans cesse sa mèche de cheveux en arrière, ce qui était chez lui un signe d’agitation. Quel âge avait-il maintenant ? Treize ans. Le comte n’avait pas vu défiler les années. Il savait qu’il n’était pas très proche de son fils. Mais il était trop tard désormais pour refaire le passé.
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- Il faut que tu m’aides ! Je suis victime d’une malédiction et tu es le seul en mesure de pouvoir rompre le sort. Charles ne put retenir un sursaut de surprise. - Père vous êtes fiévreux, vous délirez certainement. - Non ! Ecoute-moi ! Il s’agit du Blue Eternity. Le Blue Eternity était un diamant que le comte avait rapporté de sa dernière campagne des Indes. Charles ne l’avait vu qu’une fois, quand son père l’avait offert à sa mère le jour de son retour. C’était une pierre magnifique et Helen Sommerhill avait été émerveillée par ce cadeau. Mais depuis ce jour-là le joyau était conservé dans le coffre du domaine en attendant d’être confié à un orfèvre afin qu’il soit monté en collier. - Le Blue Eternity ne m’appartient pas vraiment et il doit être rendu à ses propriétaires légitimes, poursuivit le comte. - Mais, Père, vous êtes la droiture même. Comment est-ce possible ? Vous nous avez raconté que vous aviez gagné ce diamant en jouant aux cartes. Le soldat qui vous l’a cédé l’a bien perdu en toute légalité. - C’est exact ! Mais cela ne veut pas dire que ce soldat avait le droit me le céder. Quand j’ai appris la vérité sur l’origine du diamant, je n’ai écouté que ma cupidité. Je n’ai pas voulu me sentir responsable du peu de scrupules de son précédent propriétaire. J’ai été fier et arrogant comme parfois peuvent l’être les soldats de l’Empire britannique. Je n’ai pas voulu prêter attention aux mises en garde faites par des prêtres indiens que je considérais comme ignorants et dont les propos étaient une insulte à la raison. - Mais, Père, vous ne croyez tout de même pas que vous êtes victime d’une…. malédiction, balbutia Charles qui avait du mal à saisir les propos du comte.
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