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La planteuse de cumin, contes du Liban

De
144 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296197435
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La Planteuse de Cumin

Dans la même collection
Albakaye Ousmane Kounta : Tombouctou et du Macina, tome 1, 1987. Tombouctou et du Macina, tome 2, 1989.

- Contes de - Contes de

-

Jeanne Delais: - Les mille et un rires de Dj'ha, 1986.

- Lundja,
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SAHYKOD:

contes du Maghreb,

1987. 1988.

-

Solange Thieny
la rizière à la forêt, contes khmers, du soir, contes toucouleurs,

- Paroles

Gérard Meyer
1988.

Alphonse Leguil - Contes berbères de l'Atlas de Marrakech, 1988.

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Soirées au pays mille collines, 1988. Assadulah et Layla Raid - Demain vient le printemps et je ne le verrai pas. Contes d'Afghanistan, 1988. Gilles Zenou - Le livre des dupes, contes d'orient et d'ailleurs, 1989.

- Les

Kama Kamanda
contes des veillées africaines, 1989.

COLLECTION «LA LÉGENDE DES MONDES»

LA PLANTEUSE DE CUMIN

Contes du Liban

présentés par Praline Gay-Para

Éditions l'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

C L'Harmattan, 1989 ISBN 2-7384-0557-6

à toi... à W HABIB et N. HAYDAMOUS avec ma reconnaissance à Yara et Maxime toute ma tendresse

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: Attaque vocalique Laryngale occlusive sourde : Labiale occlusive sonore : Dentale occlusive sourde : Prépalatale sonore : Pharyngale sourde : Vélaire spirante sourde : Dentale occlusive sonore : Vibrante : Sifflante sonore : Sifflante sourde : Prépalatale sourde : Spirante pharyngale sonore : Spirante vélaire sonore : Labiale sourde : Vélaire occlusive sourde : Post-palatale sourde : Latérale : Labiale nasale : Dentale nasale : Laryngale sourde : Ouvert, non arrondi, antérieur ou postérieur : Semi-fermé, arrondi, postérieur : Semi-fermé, non arrondi, antérieur : Fermé, non arrondi, antérieur : Fermé arrondi, postérieur : Central « neutre» : Semi-voyelle bilabiale : Semi-voyelle prépalatale

Pour les consonnes, un point souscrit marque l'emphase. Pour les voyelles, un trait suscrit marque la longueur. 7

I Il III
*

: Pause : Pause : Pause : Note : Bruit,

brève ou pause de souffle double ou marquée appuyée ou très marquée énoncé inintelligible...

8

INTRODUCTION

LA PAROLE CONTÉE

I

- L'ORALITÉ AU PRÉSENT

A~ Liban, comme dans nombre de pays, une littérature orale très riche et diversifiée cohabite depuis des siècles avec une tradition ancienne de l'écriture. Cette littérature orale porte la vision du monde et les préoccupations de ceux qui la font circuler. Comme eux, elle sait s'adapter à l'évolution des conditions de vie. Au risque de décevoir certains, je dois préciser que le conte (lJkëye), tel qu'il apparaît dans ce recueil, a disparu du quotidien des Libanais. Cette disparition progressive a accompagné celle d'un mode de vie propre au milieu rural traditionnel. L'urbanisation croissante de la population et l'éclatement du groupe social traditionnel qui en est la conséquence, l'apparition des moyens de communication et de transport modernes, la scolarisation et l'émigration, ont élargi les frontières du monde restreint du village. Le nouveau mode de vie a transformé la pratique de la littérature orale. Cet ouvrage est un recueil de contes « traditionnels» qui appartiennent à un passé proche mais qui sont toutefois victimes de l'oubli. S'il n'est pas tout à fait mort, du fait que certains s'en souviennent encore, le conte traditionnel est en voie de disparition. Il a cédé toute la place aux autres genres, plus adaptés à leur époque. Je citerai ici la poésie orale (zazal) ou d'autres genres aussi riches que la chanson populaire ou les proverbes. Ils sont encore très vivants. Je souhaiterais surtout signaler un genre souvent considéré comme mineur, celui des « histoires drôles ». Ces histoires puisent leur substance dans l'actualité, dans le quotidien de ceux qui les font circuler. Dans la période actuelle elles sont un moyen d'expression privilégié. On pourrait, à travers elles, retracer tous les méandres de la guerre (Gay-Para, « La guerre du rire »). On peut aussi mentionner les récits qui relatent depuis le début de la guerre les exploits de ceux que chaque quartier, groupe ou clan a choisis pour être leurs héros. Ces récits s'apparentent étrangement à certaines légendes et emploient des motifs directement puisés dans les épopées traditionnelles. La littérature orale évolue donc au rythme de l'histoire de ceux qui la pratiquent. Adaptée à leur présent, elle puise néanmoins ses motifs dans des genres traditionnels en train de disparaître. Ce travail n'est aucunement motivé par une vision passéiste qui idéaIl

liserait un âge d'or révolu. Son but est de garder quelques archives culturelles hors de portée de l'oubli.

II - LA COLLECTE
Les contes présentés dans cet ouvrage ont été recueillis au cours d'une enquête menée en juillet-août 1981 dans le village de eb~diyye (Metn sud). Malgré les énormes difficultés que traversaient les gens à cette période (raid meurtrier sur le quartier de Fakhâni à Beyrouth, pénurie de carburant, etc.), j'ai eu, la possibilité de recueillir un certain nombre de contes. Cette collecte s'est faite grâce à la bienveillance de deux conteuses et à leur mémoire prodigieuse. L'objet de mon enquête a fait sourire plus d'un informateur. Il a fallu plusieurs semaines avant que je puisse entendre un conte. Cela semblait saugrenu de faire des recherches autour des « histoires d'enfants». La présence d'un magnétophone n'a pas aidé à mettre les gens en confiance. J'ai pourtant réussi à recueillir plusieurs récits (des contes et une épopée) auprès de deux informatrices, deux soeurs dont le père était « celui qui sait raconter ». Si Madame Habib tient la majorité de ses contes de sa mère, sa soeur, Madame Haydamous, a conservé au fond de sa mémoire, reconnue excellente par son entourage, une partie du répertoire paternel. Je ne présenterai dans cet ouvrage que les contes recueillis à ebediyye. Les remarques que j'expose dans la partie relative à la pratique du genre « conte» dans la montagne ainsi que dans celle réservée à la stratégie de parole de ce genre narratif sont néanmoins le résultat d'une recherche qui porte sur un recueil beaucoup plus large. J'ai pu dégager certaines conclusions grâce à l'étude d'une centaine de contes entendus dans d'autres villages du Metn nord et sud (voir Gay-Para, Contes de la montagne libanaise).

III

- QUI RACONTAIT

QUOI À QUI... ?

L'enquête a permis, grâce à toutes les discussions qu'elle a suscitées, de se faire une idée relativement claire des divers éléments qui permettaient aux contes de circuler. Ainsi il est possible de tirer quelques conclusions relatives au conteur, à l'auditoire, aux situations de contage, etc. Ces informations concernent bien sûr la région où l'enquête a été menée et ne peuvent être généralisées pour la totalité du Liban. 12

Le conteur « professionnel» (I:lakawëte) qui vit de son art, existe dans les grandes villes côtières et raconte des épopées relatant les exploits de certaines tribus arabes. Il exerce cet art habituellement dans les cafés où les hommes se réunissent. Dans les villages de la montagne, on parle plutôt de « celui/ celle qui sait raconter ». Dans la région du Metn sud (ebëdiyye, Sartun...), c'était un homme qui « savait lire et écrire», ce qui n'était pas courant au début du siècle. A Hammëna, une femme détenait le savoir oral nécessaire à la communauté. Elle connaissait non seulement l'art du conte mais conservait dans sa mémoire les noms anciens de tous les villages de la région. Elle connaissait aussi la généalogie de toutes les familles du village. L'homme ou la femme qui savait conter était sollicité(e) par tous. Cela n'empêchait pourtant personne de raconter divers récits dans les assemblées qui pouvaient se former. De manière générale, les hommes prenaient la parole dans un auditoire mixte et élargi. Les femmes quant à elles, contaient plutôt devant un auditoire restreint essentiellement composé de femmes et d'enfants. Les enfants pouvaient eux aussi raconter dans le cadre plus intime de la famille ou bien quand ils étaient entre eux. 2. L'auditoire La composition de l'auditoire variait selon les situations. Hommes, femmes et enfants se retrouvaient le soir quand les tâches quotidiennes qui les séparaient pendant la journée étaient terminées. S'il arrivait que les hommes se retrouvent entre eux parfois, les femmes avaient pour. auditoire les enfants qu'elles devaient coucher. Le rôle de l'auditoire est essentiel dans l'opération de contage. Il est « le garant de l'authenticité du conte» (C. Lacoste-Dujardin, Le conte kabyle, p. 25). Bien que menée dans des conditions provoquées et donc artificielles, la collecte s'est faite, de manière constante devant un auditoire. Elle a donc permis d'observer les réactions des diverses assemblées qui étaient présentes. C'est l'auditoire présent qui demande le récit qu'il souhaite entendre. Dans le cadre de cette collecte, ce choix dépendait de la mémoire des auditeurs ainsi que de celle du conteur. Pendant la narration, l'auditoire encourage le conteur à poursuivre son récit par des gestes ou des expressions qui marquent son approbation. En cas d'oubli ou d'erreur, le conteur est rappelé à l'ordre par ceux qui l'écoutent. Dans certains cas, ils l'aident à retrouver des éléments oubliés. Le rire, les questions et les remarques de l'auditoire sont l'expression de sa participation active. Plusieurs informateurs ont décrit l'ambiance qui régnait dans l'auditoire masculin, au cours de la narration de certains récits épiques: « Dans le temps, 13

quand quelqu'un racontait l'histoire de z-Zir (plus connue sous le nom de "histoire de z-'ZÏr SlJlem'~, l'auditoire, formé d'hommes, se scindait en deux. Chacun des deux groupes soutenait l'une des deux tribus antagonistes. Parfois ça se terminait par une bagarre générale. » 3. Le répertoire Les personnes qui « savaient lire et écrire» avaient un répertoire qui leur était parvenu par la transmission orale mais aussi par les livres. Il arrivait même que le père des deux conteuses raconte un film qu'il avait pu voir dans l'une des deux ou trois salles de cinéma qui existaient jadis à Beyrouth. Hommes et femmes connaissaient les mêmes histoires mais il était plus fréquent de voir un homme raconter des récits ayant pour sujet la réussite sociale; le travail, etc. Les femmes ont plutôt tendance à dire des récits qui ont trait aux relations avec l'autre. Les héros de leurs contes sont souvent des enfants qui évoluent vers la maturité. Les hommes ont une légère préférence pour les personnages d'âge adulte. Devant des petits enfants ils racontent tous des contes où les animaux sont les principaux personnages. Cette division n'a rien de rigide ou de contraignant puisque tout le monde connaît, de manière générale, tous les récits. A cela il faut ajouter les histoires que les hommes se racontent quand ils sont entre eux et auxquels je n'ai naturellement pas eu accès. Il y a aussi celles que les «jeunes gens » font circuler loin des oreilles adultes.

4. Le moment
Aucun tabou ne régit, dans cette société, le moment où l'on peut conter. Les contes se disaient naturellement le soir, quand les travaux de la journée étaient terminés. Les enfants de Madame Habib se souviennent de leur grand-père qui passait « des après-midi entiers » à leur raconter des histoires. Lui aussi s'était adapté aux changements brutaux intervenus dans le mode de vie au lendemain des premiers affrontements de la guerre civile. « Il descendait tous les soirs avec une cafetière pleine, tenir compagnie aux jeunes gens qui montaient la garde». Il racontait, toute la nuit; des récits puisés dans sa mémoire.

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