La Réalité plus forte que la fiction

La Réalité plus forte que la fiction

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Livres
62 pages

Description

« Ami lecteur,
[...]
Ecoute ceci : dans aucun pays, à aucune époque, aucun faiseur de fables, aucun sorcier de l’imaginaire, de la littérature ou du cinéma n’a franchi la frontière du réel [...]. C’est peu de dire que la fiction partout et toujours, ici et maintenant, est rattrapée par la réalité. La réalité est le roman des romans. "L’Univers tout entier avec tout ce qu’il contient est un roman fabuleux" (Jean d’Ormesson).»


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Date de parution 02 septembre 2014
Nombre de lectures 5
EAN13 9782332710437
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

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Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-71041-3

 

© Edilivre, 2014

Dédicace

 

Aux délices de l’absolutisme

Citation

« L’homme est capable de faire

ce qu’il est incapable d’imaginer. »

René CHAR

La reine aux miroirs

Fabliau pour les plus de dix-huit ans

Dans un pays très ancien, la reine était renommée pour la perfection de ses traits jusque dans les contrées les plus lointaines. Elle passait à sa toilette le plus clair de ses journées, au milieu de sa cour, essayant les parures que les rois ou les mécènes lui expédiaient de tous les coins du monde. Adorée de ses sujets, elle exerçait sur eux un charme au sens magique du mot.

Un matin, comme elle s’apprêtait devant sa glace, elle étouffa un cri en apercevant une ombre qui paraissait une ride.

Sur-le-champ, elle prit un décret interdisant la possession de miroirs sur l’étendue de son royaume. Elle fit mettre au pilon les luxueuses glaces de ses palais.

Elle envoya des hommes d’armes jusque dans les chaumières pour y traquer l’objet interdit.

Malheur à ceux qui gardaient enfoui dans un grenier ou sous une pile de linge le moindre éclat de miroir. On arrêta quelques collectionneurs, plusieurs affairistes qui avaient spéculé sur la valeur à venir d’un article devenu rarissime. Mais, le plus souvent, il s’agissait d’adolescents chez qui la coquetterie avait été la plus forte. Les contrevenants étaient égorgés sur la place du marché après une confession publique. La reine confiait la besogne à un égorgeur de moutons. D’une lucarne de son oratoire, dissimulée par une mousseline, elle assistait aux sacrifices. En suite de quoi, elle s’abandonnait aux bras du bourreau.

Au fil des années, la sève du monsieur épuisée, elle le livra au couteau de son successeur, un fringant chasseur qui piégeait les loups et les écorchait vifs au cours de cérémonies très recherchées.

Elle avait fait enfermer dans une forteresse la fleur des savants du pays avec pour cahier des charges – responsables sur votre tête ! – de construire un miroir apte à remonter le temps pour ne renvoyer que les images des vertes années.

À ce prix, la souveraine retrouvait la paix de l’âme, d’autant qu’elle rencontrait à chaque pas dans les révérences empressées et les œillades recentrées sur elle l’inaltérable éclat de son éternelle jouvence, sur quoi le temps glissait sans mordre. Même son corps lui restait caché, quand ses femmes la baignaient. Plus tard, le porphyre et la jaspe servirent à façonner une vasque aux dimensions mieux proportionnées.

– Vous ne pouviez pas garder cette ridicule petite baignoire ! lui soufflait-on dans un nuage de talc.

Les chambrières la frottaient d’onguents et se dépêchaient de la fourrer dans le brocart, le satin ou la soie, manipulant avec précaution cette plante grasse aux chairs tombantes. Quatre centuries de femmes allaitantes privées de leur nourrisson fournissaient le lait de ce bain quotidien. Dans un poème inscrit au programme des collèges de jeunes filles, ces mères étaient citées en exemple. À chacune était décernée, frappée à son effigie, une lourde médaille en argent.

Si bien que, parvenue à un âge avancé, la reine ouvrait encore son corsage et ses lèvres à de beaux soupirants qu’elle couvrait de pierreries et d’honneurs. De la vision des autres alimentant la sienne, elle tirait une vitalité grondante, comme un fleuve toujours renouvelé.

Les peintres les plus renommés faisaient antichambre pour avoir le privilège d’immortaliser ses traits. De moult portraits qu’on avait faits d’elle, il en était un dont elle ne se séparait jamais, une miniature pendue à son cou qu’elle tirait de son sein, de temps à autre, d’un geste machinal, au milieu d’une cérémonie, d’un Conseil des Ministres ou d’une audience de son Haut Tribunal.

Deux ou trois fois dans sa vie, elle était tombée réellement amoureuse. Il y avait longtemps… Ses amants… Il en avait défilé sous le baldaquin, des chambellans et des échansons, des écuyers et des jolis tambours ! Chaque fois, c’était comme l’éruption d’un volcan endormi, réveillé par l’imperium des Affaires Étrangères, la férule de l’Instruction Publique, la raideur de la Justice. D’un garçon d’écurie, elle pouvait faire un Maître des Requêtes.

Elle gardait la sensation de s’être fondue dans la tiède épaisseur de leur présence. La vie avait une saveur… Insensiblement, ils avaient séché comme des fleurs coupées. Son sentiment à elle ne s’était jamais fané. À leur mort, chaque fois, elle avait été saisie par le froid du caveau. Avec les années, l’écho de ses amours lui parvenait attendri, masqué par la brûlure délicieuse d’un tissu cicatriciel. Avec une douce inconscience, pour ainsi dire innocemment, elle avait franchi la ligne que les humains connaissent, qui coupe en deux l’existence.

Son favori du moment, le Chef de la Police, jeune homme à la pâleur romantique, à la lèvre mince et cruelle, avait gravi les échelons quatre à quatre. Elle le nomma troubadour officiel. Il eut sous ses ordres des cohortes d’artistes, créateurs ou interprètes, à qui il donnait des directives et fournissait des canevas, pour composer des lais, des odes ou des hymnes à la gloire de la Dame.

Cette armée passait les frontières, portant haut la légende de la plus belle créature qui fût.

Cependant les transfuges quittaient le pays, répandant la nouvelle que la beauté de la royale majesté s’était gâtée et n’était plus que lambeaux.

Un clan de ses partisans s’était formé dans chacun des États du monde connu, dénonçant...