La tête de mon brochet

La tête de mon brochet

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46 pages

Description

Comme chaque dimanche, Lolo accompagne son grand-père à la pêche. Comme chaque dimanche, en regardant l'usine qui borde l'étang, son grand-père lui raconte le temps où il y était ouvrier. Enfin, ce jour-là, un gros brochet mord à l'hameçon.


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Date de parution 06 septembre 2017
Nombre de lectures 0
EAN13 9782364743908
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Comme chaque dimanche, Lolo accompagne son grand-père à la pêche. Ils s’installent face à l’usine, de l’autre côté de l’étang, là où, jadis, le vieil homme était ouvrier. Ce jour-là, Lolo est bien décidé à oser dire ce qu’il a sur le cœur, mais son grand-père a d’autres soucis en tête.
Collection animée par Soazig Le Bail.
Petite fille, Isabelle Collombat était une sirène dans les eau x bleues de la Méditerranée. Aujourd’hui, elle se sent comme un poisson dans l’eau quand elle écrit des histoires.
À Barbara Gaspard Victor Juliette.
1
M atin mauve plein d’ombres, trop tôt, trop frais. Comme chaque dimanche depuis que j’habite chez mes grands-parents, papi me traîne hors de mon lit jusqu’au bord de l’étang.
Nous voilà avec son bazar de pêcheur. Un igloo kaki nous abrite d’un ciel grognon encore à moitié engourdi. Mes paupières dégringolent malgré moi et mes doigts de pied cherchent à tâtons le bout des bottes en caoutchouc taille 43 que papi m’a prêtées pour marcher dans l’herbe gorgée de rosée.
Je rumine. Comment dire à papi que je n’aime pas la pêche ? J’ai peur de lui faire de la peine. Si maman était là, je lui murmurerais ce que je pense dans le creux de l’oreille et elle traduirait mes paroles à papi dans une langue douce. Mais maman se trouve à des centaines de kilomètres de la maison, loin, loin, loin, où elle a enfin trouvé du travail. Papi pêche, équipé de sa panoplie couleur treillis pour se fondre dans le paysage parce que, d’après lui, les poissons ne sont pas miros. – Quand tu bouges, les poissons de surface te repèrent aussitôt ! Si je ne le connaissais pas, je prendrais papi pour un agent des forces spéciales en commando. L’armée n’est pourtant pas sa tasse de thé. Il hait les guerres, les armes et les képis. Le seul uniforme qu’il ait jamais porté est son bleu de travail de l’usine MDC.
L’usineMDC, c’est le grand bloc immense truffé de cheminées qu’on discerne au loin de l’autre côté de l’étang, juste en face de notre lieu de pêche. Papi y a travaillé jusqu’à ce que la poutrelle d’un hangar lui tombe dessus et le rende pire que boiteux, bancal pour toujours. Il n’aurait jamais dû survivre à l’accident. Il me l’a souvent raconté. Quand elle l’entend, mamie se bouche les oreilles. Elle lui a interdit de prononcer le nom de l’usine. Alors papi émet un long « bip » à la place et on comprend évidemment.