Laura St-Pierre

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À l'été de ses seize ans, Laura St-Pierre devient la plus jeune stagiaire à gagner la salle de rédaction du Courrier Belmont, le journal hebdomadaire de sa ville. Dans la cour des grands, elle prendra plaisir à faire de nouvelles rencontres, que ce soit parmi ses collègues journalistes ou dans les milieux policiers ; mais son boulot l'entraînera aussi sur le traces de certains individus plus tordus. Elle fera d'ailleurs face à un évènement particulièrement stressant pour une débutante, ce qui l'incitera même à franchir certaine limite. Peut-être une de trop.

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Date de parution 17 février 2015
Nombre de visites sur la page 9
EAN13 9782923995755
Langue Français

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De la même auteure : Laura St-Pierre, Journaliste d’enquête, tome 1, rom an, Perro Éditeur, 2013. Laura St-Pierre, Trop jeune pour mourir, tome 2, ro man, Perro Éditeur, 2013. Laura St-Pierre, Le grand froid, tome 3, roman, Perro Éditeur, 2014. Dernière station, roman, Éditions de Mortagne (coll . Tabou), 2011 [1996]. L’auteure tient à remercier le Conseil des arts et des lettres du Québec pour son appui financier. Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impô t pour l’édition de livres — Gestion SODEC PERRO ÉDITEUR 395, avenue de la Station, C.P.8 Shawinigan (Québec) G9N 6T8 www.perroediteur.com Couverture, infographie et révision : Lydie De Back er Révision : Marie-Christine Payette Dépôts légaux : 2015 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque et Archives Canada ISBN imprimé : 978-2-923995-64-9 ISBN Epub : 978-2-923995-75-5 ©Perro Éditeur, Linda Corbo, 2015. Tous droits réservés pour tout pays.
LINDA CORBO
Œil pour Œil
Lecourage est la beur qui fait ses brières Paulo Coelho
PROLOGUE
Lqu’à sa voiture et hop. Ça arrive dansa victime est là, facile. Suffit de l’entraîner jus les films, dans les pays lointains, dans les grande s villes. Jamais près de chez nous. Jamais ici. Jusqu’au jour où. Dans ce stationnement…
Mercredi 13 juillet, 21 h 10
Bof. – Laura St-Pierre, si tu dis « bof » une fois de plus, je quitte le plateau ! Zoé m’avait fait sursauter. Habituellement, lorsque mon amie s’impatientait de la sorte, jntais la tension monter au cours dese savais très bien à quoi elle réagissait et je se minutes précédentes, mais pas cette fois. D’ailleurs, je ne comprenais même pas de quoi elle me menaçait… – Tu quittes le plateau ? – C’est une expression. C’est ce que disent les gen s du cinéma ou de la télévision quand ils n’en peuvent plus d’une situation. Ils me nacent de plaquer tout le monde et d’abandonner le plateau de tournage ! Si elle n’avait pas tant voulu devenir styliste dan s le milieu de la mode, Zoé Pellerin aurait fait une redoutable comédienne. Je me passai s cette réflexion au moins deux fois par jour. Cela dit, je ne comprenais pas plus sa ré action. – Et on peut savoir ce que j’ai fait pour mériter c ette terrible menace ? – T’as dit : « Bof ! » – Oui, bon… et alors ? – Alors, non. C’est fini. Tu dois arrêter ça, Laura . Avec cette dernière phrase, elle était passée de la fille complètement désespérée à l’amie qui s’apprêtait à me servir un solide sermon . J’avais vu la transformation sur son visage. Je la connaissais tellement. – Écoute, reprit-elle, avec son ton des grandes occ asions. Elle savait très bien à quel point je travaillais f ort pour reprendre mes activités normales depuis mon retour d’Alaska. Mon amie insis tait d’ailleurs pour que je lui parle de tout, de mes pensées les plus joyeuses aux plus sombres, disait-elle. Mais une chose l’inquiétait. Apparemment, c’était la cinquième fois que je prono nçais le fameux bof au fil de notre conversation, qui avait commencé seulement une heur e plus tôt. C’est à ce moment qu’elle était venue me rejoindre sur le bord de la piscine, chez moi, où je laissais s’écouler le temps avant d’aller me coucher. La soirée se faisait douce. Le ciel était tapissé d ’étoiles et, comme mes parents avaient emmené mon frère Simon à un BBQ chez des am is, la maison était presque déserte. Seul mon jumeau Thomas écoutait les dernie rs épisodes d’une série que Zoé avait laissé tomber. Trop violente, disait-elle. J’en étais ravie, car pendant que mon frère était a bsorbé par son univers de maniaques, elle quittait son poste d’amoureuse à se s côtés et venait tuer le temps avec moi. Nous nous retrouvions comme nous l’avions fait si souvent depuis que nous étions devenues amies à l’âge de huit ans. Et ces temps-ci plus que jamais, son amitié était un bien précieux. En principe, ce soir-là, j’aurais dû me coucher tôt afin d’être en forme pour attaquer ma journée de travail du lendemain au journal Le Courrier Belmont, mais j’étirais la soirée. Zoé parlait encore. Sa voix, comme les grillons, bo urdonnait allègrement et sonnait mélodieuse à mes oreilles. Quoi qu’elle dise, j’app réciais toujours sa présence, et ce, même quand elle se mettait en tête de me balancer m es quatre vérités. Depuis quelques semaines, poursuivait mon amie, ell e avait dénombré des dizaines d e bof par jour à travers mes discours. Zoé en avai t conclu qu’au-delà de la tristesse, j’étais en train de perdre la fougue qui, habituell ement, constituait ma marque de commerce. – Ah bon ? Parce que j’ai une marque de commerce, m oi ? – Oui, Laura. Ta fougue, ta passion, c’est toi ! Av ant, tu prenais les choses beaucoup plus à cœur, il me semble…, lança-t-elle. Elle touchait bel et bien quelque chose mais n’y était pas tout à fait.
– Tu trouves que je ne prends pas mon stage au Cour rier Belmont assez à cœur ? Pourtant, j’ai l’impression d’en parler tout le tem ps ! – Oui, c’est vrai que ton travail au journal semble t’allumer pas mal… – Bon ! Tu vois ? J’argumentais pour la forme car, dans mon for intér ieur, je savais qu’elle ne se trompait pas vraiment. Quelque chose avait effectiv ement changé en moi. – OK, ce n’est peut-être pas la passion qui fait dé faut, hésitait-elle. Et pourtant, j’ai l’impression qu’avant… – Zoé, si tu dis « avant » une fois de plus, je… J’avais beau chercher, je ne trouvais aucune menace à lui servir. Mon embêtement la fit rigoler, ce qui me fit sourire à mon tour. Sur ce, ni elle ni moi n’avions ressenti la nécessité d’en ajouter. Dans le silence de cette ch aude soirée, les mots pouvaient bien nous faire défaut, cela ne nous empêchait pas de no us entendre sur le fond des choses. Toutes les deux, nous connaissions très bien la sig nification de cet avant. Il y avait eu la période de l’avant Ian Mitchell, et celle de l’a près Ian Mitchell. – Je crois que tu as raison, Zoé, ai-je fini par ad mettre. Je ne suis pas capable de mettre les bons mots sur ce que tu dis, mais je sai s que j’aborde les choses différemment désormais. Je te promets d’essayer de ne plus dire bof, si tu me promets d’arrêter de me comparer à avant… Et nous étions passées à une foule de sujets plus a nodins comme nous en avions le talent, histoire de terminer la soirée sur une note plus légère. N’empêche que notre conversation autour du bof m’avait laissée songeuse . J’étais au lit, légèrement endormie, quand la lumiè re se fit dans mon esprit. Je me trouvais alors dans un tourbillon de pensées qui, j e crois, se mélangeaient avec quelques cauchemars naissants. Dans l’un de mes songes, je c ourais un danger… Je ne pourrais pas dire précisément lequel, mais je devais sauter en bas d’un édifice dans un exercice assez périlleux merci et je m’étais jetée dans le v ide sans retenue. Mon pied droit réagit immédiatement et donna une so lide impulsion. Il fila dans le pli du drap à une vitesse folle, entraînant mon corps d ans une demi-vrille qui éveilla tous mes sens et qui me fit ouvrir grand les yeux. Au pied de mon lit, je vis ma chienne Joy relever s ubitement la tête, les paupières lourdes, l’air de dire : « Dis donc, la grande, ça ne te tenterait pas de te reposer tranquillement ? » Je me tournai de côté pour lui s ignaler qu’elle pouvait se rendormir, et je retombai dans mes réflexions. J’avais sauté. Je savais bien que tout cela n’était qu’un mauvais rêve, mais j’avais bel et bien sauté. Voilà ce qui avait changé en moi. J’ aimais mon nouveau boulot avec passion. J’aimais mes parents, mes frères, mes amis , ma vie. Depuis la mort de Ian Mitchell, j’étais tout de même parvenue à retrouver un certain bonheur, certes. Mais s’il fallait… S’il fallait que je sois confrontée un jour à un da nger quelconque, cela pourrait m’aller aussi. Avant, je n’aurais jamais couru de risque al ors que maintenant, je me sentais bel et bien différente. Aujourd’hui, le pire qui pouvai t m’arriver, ce serait d’aller rejoindre mon Mitch là-haut. C’est précisément ce que j’avais pen sé dans mon rêve avant de sauter. Et même une fois éveillée, je me disais que cette pers pective n’était pas si déplaisante. Voilà exactement le genre de réflexions qui pourrai ent alarmer mon entourage, ai-je songé. En fermant les yeux, je me promis donc de ga rder tout cela pour moi. Et strictement pour moi.
Lui
Àelle seule, sa photo occupait presque une demi-page du journal, sans compter le titre racoleur : Paula Demers, future championne na tionale. L’article relatait son parcours impeccable. Gymnaste depuis l’âge de sept ans, la j eune fille domiciliée dans la ville de Marty n’avait jamais cessé de cumuler les victoires et de gravir les échelons. À chaque niveau de compétition, elle excellait et revenait i névitablement avec une médaille, ou deux, ou quatre. Sur un mur de sa chambre, on avait installé une ban de de liège où elle pouvait toutes les épingler. Elle les avait classées par couleur, remarqua-t-il en approchant son œil du papier journal. Bronze, argent et or. À quinze ans, elle faisait déjà la une de la section Sport du quotidien de sa ville. Pour la photo, elle avait enfilé un survêtement en nylon rouge dernier cri. Le sourire qu’elle affichait éta it charmeur, presque provocateur. Elle était si sûre d’elle. Si parfaite. Il tenta de se changer les idées en s’intéressant a ux critiques de cinéma, en parcourant la rubrique des petites annonces, rien n ’y faisait. En refermant la dernière page du journal, il savait déjà qu’il allait recomm encer. L’émotion était trop grande. Trop présente. Trop puissante. « Ceux qui fument la cigarette me font rire…, se di sait-il. S’ils croient qu’une bouffée de boucane grise peut apaiser un besoin intérieur, c’est qu’ils n’ont jamais tué ! »
Jendi 14 jnillet, 9 henres
Je ne m’étais absentée que trois jours de mon stage d’été au Courrier Belmont pour aller témoigner au procès de Didier Dunlop1 , mais la direction avait eu le temps d’effectuer un changement dans la salle de rédactio n du journal. Un petit changement, en principe, qui ne s’avéra toutefois pas très heureux . Je m’en rendis compte rapidement. En arrivant ce matin-là, je fus étonnée de constate r une nouvelle présence féminine au bureau qui m’avait été attribué lors de mon entrée en fonction à peine dix jours plus tôt, le 4 juillet. En jetant un rapide coup d’œil autour de moi, je ré alisai que le poste de mon collègue William était demeuré intact. Seuls mes effets pers onnels avaient été transférés sur un pupitre plus en retrait de la salle. J’en conclus que la nouvelle venue devait être la j ournaliste « officielle » de la boîte, qu’elle avait probablement écourté ses vacances et qu’elle reprenait évidemment son espace de travail. J’étais heureuse de me présenter. – Bonjour, moi c’est Laura. Je ne sais trop si ce fut une hésitation de sa part , mais elle mit quelques secondes avant de réagir. Quand elle leva enfin son regard v ers moi, je constatai qu’elle était trop jeune pour être une journaliste d’expérience. La fi lle qui me faisait face devait avoir deux ou trois ans de plus que moi, pas plus. Quoique, à voir la profondeur de son décolleté, il y avait tout de même un écart important entre nous, ai-je songé. Je lui servis un sourire courtois malgré son silenc e intimidant et ma main tendue qu’elle ne serrait toujours pas. – Laura St-Pierre. Je suis la nouvelle stagiaire, r epris-je en retirant subtilement ma main. – Je sais. Je m’étais attendue à ce qu’elle se présente à son tour, mais elle n’en fit rien. Si bien qu’un léger malaise s’empara de moi. J’aurais dû re brousser chemin à cet instant, mais la bizarrerie de cette rencontre me déstabilisa. Je me trouvai un peu ridicule en persistant. – Je suis heureuse de te rencontrer… Et ton nom ? – Nadine. Avais-je imaginé le soupir qui avait suivi ? Cette fois, je n’en fis pas plus. Je me contentai d ’un léger signe de tête avant de tourner les talons. La bonne humeur m’avait suffisa mment fait faux-bond ces derniers temps pour que je gâche ainsi le début d’une journé e que j’avais abordée avec enthousiasme. Mon nouveau lieu de travail me comblait. Comparativ ement à la salle de rédaction du Métropolitain, celle du Courrier Belmont était minu scule, mais justement, elle avait un côté rassurant pour une débutante comme moi. On y comptait six postes de travail pour les six se uls journalistes de la place, deux autres pour les maquettistes, un bureau vitré de ty pe aquarium pour le directeur de l’information et une petite salle d’entrevue avec u ne table ronde, quatre chaises et un petit écran de télévision posté sur un meuble défra îchi. Je n’en demandais pas plus. Un long corridor nous séparait du bureau des ventes et de l’administration avec, à mi-chemin, deux locaux : un plutôt restreint qui logea it une minisalle d’archives et un autre qui faisait figure de petite cafétéria avec trois m urs rouges… Voilà qui tranchait étonnamment avec le reste des lieux qui épousaient plutôt les teintes de beige, de gris ou de brun dans un mélange douteux. Soyons francs, on parlait ici d’un drame d’horreur pour décorateur. La couleur des murs représentait toutefois le moind re de mes soucis. Ce boulot était tout bonnement génial. Il me changeait les idées et compensait agréablement les derniers mois passés dans la douleur d’un deuil tou jours lourd à porter. Même après plus