Le coureur de Marathon

Le coureur de Marathon

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223 pages

Description

Dans la Grèce antique, un athlète parcourt cinquante kilomètres d'une traite pour porter à Athènes la bonne nouvelle de la victoire des Athéniens sur les Perses...
Dans les steppes gelées de Russie, un chien sauve son maître de la mort, soldat de la Grande Armée napoléonienne en déroute...
A travers les époques et les pays, des aventures périlleuses et extrêmes, dans lesquelles l'homme et l'animal révèlent une même générosité.

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Date de parution 05 décembre 2017
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EAN13 9782013971607
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Cet epub a fait l’objet d'une subvention du CNL.
Couverture illustrée par Gabor Szittya / Conception graphique : WaG
© Hachette Livre, 1998. ISBN : 978-2-01-397160-7
Préface
Chacune des histoires qui suivent se déroule à des époques, en des lieux différents. Entre la première et la dernière, 2 300 ans se sont écoulés. Chaque récit sera donc peuplé de personnages tout à fait dissemblables par leur façon de vivre, et surtout par leur manière de concevoir l’existence à certaines heures de l’humanité.
Pourtant, ces quatre nouvelles ont un trait commun. Elles montrent des hommes confrontés à une situation extrême. Ils se trouveront en danger de mort et devront prendre une décision immédiate : renoncer, par faiblesse de caractère, ou bien faire face, quoi qu’il risque d’en coûter. Lâcheté ou bravoure, il n’y a pas d’autre choix pour eux.
Le coureur
À mon cher Alain Mimoun, qui remporta aux Jeux olympiques de Melbourne la médaille d’or du marathon.
Voici près de 2500 ans, la cité grecque d’Athènes se trouva en danger, assaillie par les Perses, ses puissants voisins d’Asie Mineure.
Athènes ? En cette année 490 avant notre ère, elle a établi depuis peu la démocratie, le gouvernement du peuple par le peuple. C’est une cité en progression, ambitieuse, remuante. Les hommes de talent ne lui manquent pas. Athènes est à la veille de son âge d’or, de ce qu’on nommera « le Siècle de Périclès ». Alors, architectes et sculpteurs, philosophes et écrivains conjugueront leur génie. L’époque, le lieu les plus fertiles en 1 merveilles de toute l’Antiquité, sous le Parthénonreconstruit. e2 Or, en ce début duV siècle avant notre ère , les Athéniens ont eu l’imprudence er d’offenser Darios I , roi des Perses. Celui-ci décide de les châtier. En 490, il arme des centaines de bateaux, les emplit de soldats. Les voici qui prennent terre à une quarantaine 3 de kilomètres d’Athènes (240 stadesselon l’unité de mesure de ce temps-là). Ils commencent à débarquer sur une plaine côtière. Leur armée se dispose à marcher sur la ville et à l’anéantir.
Aussitôt, les Athéniens font face, rassemblent leurs troupes. Ils disposent d’une puissante infanterie, les hoplites.Ces soldats portent cuirasse et casque de bronze, jambières du même métal recouvertes de drap. Ils sont armés d’une longue lance, d’une épée et d’un grand bouclier rond. Ni cavalerie ni archers, alors que l’ennemi en possède.
Il faut trouver des alliés pour se renforcer. Athènes obtient l’aide de Platées, ville de 4 Béotie. Elle espère surtout l’aide de Sparte . Les Spartiates aux tuniques rouges sont les meilleurs combattants qu’on puisse trouver, instruits dès l’enfance dans l’art de la guerre. Ils acceptent d’intervenir, mais réclament un délai : leurs lois interdisent de se mettre en campagne avant la pleine lune. Mais il s’agit bien d’attendre la lune ! Les Athéniens sont déjà en marche, rejoints par les Platéens. Ils avancent à la rencontre de l’envahisseur.
Engager le combat ? Pour cela, tous les chefs doivent être d’accord. Or, l’armée athénienne ne compte pas moins de dix généraux. Ils commandent à tour de rôle, un jour chacun ! Certains veulent courir à l’ennemi. D’autres préfèrent attendre. Il faut voter. Pour finir, le meilleur d’entre eux, Miltiade, prendra le dessus. C’est un partisan convaincu de l’action immédiate, de la ruée.
Quand viendra son jour de commandement, il mènera les hoplites contre Perses et Mèdes, très supérieurs en nombre. En ce 13 septembre de l’an 490 avant notre ère, Miltiade et ses troupes héroïques sauveront leur ville de l’invasion. Le nom du lieu où ils remportèrent cette éclatante victoire est resté dans l’Histoire : Marathon. Il en vint une légende, que nous allons conter ici. 1. Le Parthénon est un célèbre temple de l’ancienne Athènes, décoré par le génial sculpteur Phidias. 2.Ne pas oublier, quand il s’agit d’une date située avant notre ère, de compter « à l’envers » quand on suit le temps. Par exemple, l’année qui suit 490 avant notre ère sera 489, non pas 491. Ainsi va-t-on vers l’an 1, où l’on commence à compter « à l’endroit ».
3. Le stade athénien était un peu supérieur à 192 mètres. 4.Sparte ou Lacédémone, célèbre ville grecque de l’Antiquité. D’abord molle alliée d’Athènes contre les envahisseurs, elle lui déclara bientôt une guerre sans merci.
Lepetit Rouquin, en cette belle journée de septembre, restait tranquillement assis sous un olivier, et mangeait des figues. Il crachait les pépins entre ses genoux. Les officiers avaient permis à la troupe de rompre les rangs, d’enlever cuirasses et casques. La bataille ne serait donc pas pour ce matin-là.
Des postes de guetteurs, un cordon de sentinelles surveillaient la mer et les bateaux ennemis à l’ancre. Derrière le marais, les Perses continuaient à débarquer en désordre. Ils faisaient du feu sur les plages, s’attroupaient autour des foyers.
« Qu’est-ce qu’on attend pour attaquer ? s’exclama près du Rouquin un certain Agrios le Coléreux… Si j’étais chef de notre armée, si j’étais général, ce serait vite fait ! Les hoplites en rangs serrés. Les alliés au milieu. Chargez ! En un rien de temps, on balaie ces chacals pouilleux ! »
Les fortes paroles du Coléreux furent accueillies par des cris divers. Les uns lui donnaient raison : pourquoi attendre ? D’autres respectaient le jugement des chefs. Contestation, palabres, tel était le penchant de l’Athénien des rues. Leucos le Blond s’assit près de son ami à la crinière rousse. Ils habitaient la même rue, artisans tous les deux, paisibles citoyens.
« J’ai mal aux pieds, dit Leucos. Qu’est-ce que tu en penses, Rouquin ?
— De tes pieds ?
— Des généraux, âne ! Des stratèges.
— Je m’en fous. J’obéis. Goûte plutôt ces figues d’Eubée. »
Leucos poursuivait son idée : « Les stratèges se disputent, paraît-il. Krios le Bélier est allé là-bas, il les a entendus. Qu’est-ce qu’on va faire, dis, Rouquin ? — Mange une figue. Te casse pas la tête. Le simple soldat, personne ne lui demande son avis.
— C’est dommage. On n’est pas si bêtes !
— Allez, bois un coup. C’est dommage surtout qu’on ne t’ait pas nommé général. Ça nous en ferait onze. Bois un coup, je te dis. — L’ennui avec toi, Rouquin, c’est que tu es trop fainéant pour penser. » Satisfait d’avoir eu le dernier mot, Leucos prit l’outre en peau de chèvre que lui tendait son copain, et téta quelques gorgées.
« Un cavalier ! s’écria quelqu’un. Un messager d’Athènes qui nous arrive ! — Les cavaliers, soupira le Blond, c’est plus rare chez nous qu’en face. » Sans écouter les récriminations de ce mal luné, les soldats se levèrent, regardèrent tous dans la direction de la maison où siégeait l’état-major de leur armée. Un cavalier arrivait au grand galop, sautant en voltige de sa monture. « C’est peut-être de bonnes nouvelles, suggéra le Rouquin sans se déranger. Nous les saurons bien assez tôt, surtout si elles ne le sont pas. » Le messager, quel qu’il fût, sortit de la maison des chefs aussi vite qu’il y était entré. Il remonta à cheval et tourna bride vers Athènes. Cette fois, il allait au pas. Les curieux en déduisirent qu’il avait apporté un message, mais qu’il n’en ramenait aucun.
Cependant, la bergerie désaffectée qui abritait le Conseil de guerre était en proie à un inconcevable désordre. Chaque stratège parlait plus fort que son voisin et criait de bon cœur.
« Silence, au nom des dieux ! hurla Callimaque, le polémarque qui dirigeait les affaires de
la guerre. Taisez-vous, tous ! Vous avez entendu les nouvelles. Les Spartiates ne viendront pas. Hier, nous avons voté l’action immédiate, à la demande de Miltiade. Or, demain, c’est à son tour de commander en chef. Qu’as-tu décidé, Miltiade ? »
Ce dernier se leva, homme grand, fort, célèbre déjà, illustre par les victoires de son père aux Jeux olympiques. Il promena sur l’assemblée un regard impérieux. « Demain, dit-il, nous attaquerons les Perses. Voici mon plan de bataille… »
L’armée perse se rangea dans la plaine. C’était une énorme cohue.
Elle paraissait comprendre des combattants de toute sorte et même de plusieurs pays. On y trouvait des noyaux durs de guerriers professionnels, rudement entraînés au combat. À grande distance, à peine en vue de l’ennemi, Miltiade arrêtait ses troupes : dix mille fantassins hoplites.
« Que font-ils donc ? demanda le général perse Datis à son conseiller, un traître athénien nommé Hippias.
— Ils invoquent d’abord les dieux, je te l’ai dit. Ensuite, les stratèges les feront marcher contre nous sur trois rangs, derrière la muraille des boucliers étagés. Ces imbéciles viendront au pas, bien serrés. Attendons qu’ils soient à portée de flèches. Nos Mèdes gardent l’aile gauche. Excellent ! Ces pourris de démocrates athéniens ont peur des Mèdes.
— Ils marchent, observait Datis. Ils viennent. Mais que font-ils, ces chiens grecs ? Regarde ! Ils courent ! Ils se mettent à courir sur nous ! Ils nous chargent de loin à toutes jambes ! Ils sont fous, complètement fous ! »
Tel était le plan de Miltiade, fort intelligent au contraire : jeter toute l’infanterie athénienne à la course contre ses ennemis. Jamais, confirmeraient plus tard les historiens, on n’avait vu cela auparavant ! Il s’agissait non seulement d’attaquer l’adversaire, mais de le déconcerter.
Les hoplites eurent ainsi l’avantage de la surprise. Les archers perses tiraient trop haut ou trop bas, complètement déroutés par ce mur qui avançait si vite. Le centre de l’armée perse plia d’abord devant celui d’Athènes.
Cela ne dura pas, ne pouvait pas durer. La surprise passée, les envahisseurs se ressaisirent. Certes, ils étaient moins bien armés que les hoplites : un simple bouclier d’osier, des piques courtes. Pourtant, il y avait deux Perses contre chaque Athénien.
« Ils reculent ! rugit Datis réconforté. Nous les tenons. Hardi ! Tuez-les ! Tuez tout ! »
Le corps central d’Athènes, que commandait Miltiade en personne, fléchissait pas à pas. Sans se disperser, sans céder à la peur, les hoplites reculaient.
« Retraite ! cria Miltiade, relayé par le son des trompes.
— Ils s’enfuient ! » hurla Datis le Perse, fou de joie.
Ils ne fuyaient pas, mais rompaient le combat à reculons, toujours bien serrés, protégés par le mur des boucliers dressés. Parvenus hors de portée des flèches, ils baissèrent les armes, puis se regroupèrent un peu plus loin en formation de combat.
« Ils vont tenter un nouvel assaut », jugea Datis. Rien ne vint. Les Grecs restaient sur leurs nouvelles positions. Le général perse ne pouvait attendre : « En avant ! cria-t-il. Montrons-leur que nous savons courir aussi. »
Tout le centre de son armée le suivit, marchant vers la ligne des boucliers hoplites, mais d’horribles clameurs venues des deux ailes inquiétèrent Datis. Il se fit soulever par de forts
guerriers. Ce qu’il vit à sa droite et à sa gauche l’épouvanta : la seconde partie du plan de Miltiade !
Toujours contre les usages, celui-ci avait placé sur ses ailes non pas les plus douteux, mais les meilleurs de ses soldats. À droite, le polémarque Callimaque venait de balayer ceux qui faisaient face. À gauche, trois stratèges et les Platéens en faisaient autant. Battus, chassés, démoralisés, Perses et Mèdes des deux ailes jetaient leurs armes, se débandaient, couraient en désordre vers leurs navires pour rembarquer. « Retraite ! cria à son tour le pauvre Datis à ses troupes centrales qui avançaient toujours. Retraite ! Rassemblez les fuyards ! Reformez-vous plus loin ! » Trop tard. Les vainqueurs athéniens de la droite et de la gauche se rabattaient sur lui, l’attaquant dans le dos. Pris entre deux forces, le gros de l’armée perse se défendit avec la rage du désespoir. En vain. Bientôt, ses soldats ne songèrent plus qu’à trouver à leur tour un passage vers les navires, la fuite, le salut. Athènes avait gagné la bataille de Marathon. « Poursuivez-les ! ordonnaient les stratèges. Empêchez-les de monter à bord. Envahissez leurs navires ! Mettez-y le feu ! Qu’ils ne reprennent pas la mer ! »
Empêcher la flotte d’appareiller, tel était le dessein final de Miltiade. Cela s’avéra impossible. Même fuyards, les Perses et leurs alliés étaient trop nombreux. Ils laisseraient sur les plages une bonne partie de leurs effectifs, perdraient cent bateaux, mais réussiraient à sauver le reste, qui rejoignait en mer les navires de réserve.
Cependant, par groupes, les hoplites combattaient ceux qui barraient le chemin de la plage. La bataille se divisait en une foule d’affrontements particuliers. La partie étant gagnée, beaucoup de chefs renonçaient à rassembler leurs hommes.
L’un des officiers, proche lieutenant de Miltiade, contemplait ce spectacle avec satisfaction. Il s’intéressait surtout à ceux qui rattrapaient les fuyards à la course. Cela s’expliquait par sa profession habituelle. Cet homme, nommé Mylias, était ce que nous appellerions un « entraîneur ». Il préparait pour les grands jeux de la Grèce, notamment les Jeux olympiques, les coureurs de vitesse et de fond dans la cité d’Athènes. Les Jeux 1 olympiques , établis depuis près de trois siècles, recommençaient tous les quatre ans, attendus et préparés dans la Grèce entière. Or, pour les prochains jeux, Mylias n’avait personne de vraiment bon à entraîner. Ce jour-là, sur les plages, il regardait courir les hoplites à la poursuite des Perses, plus entraîneur déçu qu’officier comblé par la victoire.
« Regardez ces tortues ! maugréait-il. Même les boiteux leur échappent ! Des athlètes, c e s soldats ? Des limaces ! Moi qui espérais découvrir aujourd’hui quelques jambes douées… Hé ! Ho ! »
Mylias tout à coup s’exclama de surprise. Il venait de remarquer un soldat d’une agilité impressionnante : il allait, venait sans jamais ralentir ni se reposer. Si quelque Perse s’enfuyait plus vite que les autres, il le rattrapait sans effort apparent. Mylias l’observa un moment, puis leva les bras pour remercier le grand Zeus, dieu-roi d’Olympie et des Jeux.
« L’oiseau rare ! s’écria-t-il. Celui-là, je le veux ! Cette allure, sous les armes, après une journée pareille ! Il me le faut dans mon équipe. »
Se souvenant malgré son âge qu’il avait naguère triomphé dans les courses de fond, Mylias partit à la poursuite de ce phénomène. Il désignait l’homme à ceux qu’il croisait, leur ordonnait de le rejoindre, de le lui amener. Aux cris de ses camarades, l’infatigable ainsi pourchassé s’arrêta, prit les nouvelles, revint tranquillement vers celui qui le demandait. Mylias, exténué, s’aperçut avec plaisir que cet animal ne soufflait même pas, ne montrait aucun signe de fatigue.
« Qui es-tu ? demanda-t-il. Comment t’appelles-tu ? »
L’autre le regarda d’un œil tranquille, intelligent : un garçon de vingt-cinq ans environ, aux cheveux roux mal taillés. Un homme de la rue, évidemment. Les riches et les nobles soignaient mieux leur chevelure.
« Je suis le Rouquin, citoyen Mylias. Enfin, c’est comme ça qu’on m’appelle. — Ah, tu me connais ? Bon ! Tu as de fameuses jambes, Rouquin. — Ça peut aller.
— Alors comme ça, tu me connais ?
— Ouais. C’est toi qui entraînes les fainéants sur la piste de course.
— Tu es citoyen d’Athènes ?
— Et comment ! Depuis que j’ai mes dix-huit ans, selon la loi.
— Il ne t’est jamais venu à l’idée de devenir coureur à pied ? »
Le Rouquin sourit à belles dents :
« Non ! Je suis cordonnier. Courir sur les pistes, ça ne fait qu’user les sandales. Celles des autres, tant mieux. Mais pas les miennes.
— On s’entraîne pieds nus, âne ! Et quand on gagne les courses, on en tire plus de profit que dans ta boutique. — C’est toujours les mêmes qui gagnent. Combine et magouille, sauf ton respect ! » Cette accusation (pas tout à fait fausse…) fit pousser les hauts cris à l’entraîneur. Soudain, il se passa la main sur les yeux. Ce dialogue au bord de la mer, au milieu des derniers affrontements de la journée, lui parut tout à fait déplacé. Il reprit son air d’officier. Un soldat de liaison venait vers lui sans se presser.
« Citoyen Mylias, dit-il, le grand stratège Miltiade m’a demandé de t’avertir qu’il avait besoin de toi et d’un cheval.
— Miltiade veut un cheval ?
— Oui. Toi et un cheval. Pour vous parler.
— Il veut aussi parler au cheval ?
— Non. L’envoyer à Athènes, je crois bien. »
Mylias parcourut des yeux les plages encombrées de blessés, d’armes et d’équipements abandonnés. Des bateaux brûlaient. D’autres, bien plus nombreux, s’éloignaient à force de rames vers le gros de la flotte, au large.
« Sottise, dit-il. Les Perses n’avaient que très peu de cavaliers. Ils ont embarqué leurs bêtes en priorité. Il n’en reste pas une seule. Pourquoi chevaucher vers Athènes ? Nous y serons tous rentrés cette nuit. »
Le soldat prit un air malin. Il avait, en bon indiscret, écouté ce qui se disait à l’état-major.
« Il paraît que personne ne rentre. Qu’on continue contre les Perses. Le cheval, c’est pour avertir Athènes qu’on a gagné, de ne pas nous attendre, de ne préparer les fêtes que pour demain. Mais s’il n’y a plus de cheval, Miltiade sera bien embêté.
— Tais-toi. Va-t’en ! Retourne à ton poste ! »
Mylias, déconcerté par ces propos, réfléchissait de son mieux. Continuer contre les Perses ? Poursuivre à pied leurs bateaux ? Quelle idée insensée ! Mais apparemment une chose était certaine : Miltiade ne ramenait pas l’armée en ville. Il lui fallait un messager rapide qui pût rassurer la cité, lui apporter la nouvelle de la victoire. Plus de chevaux, pas de cavaliers ! Il faudrait donc un coureur. Un coureur capable de parcourir 240 stades dans les plus courts délais possibles.