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Le Cycle d'Alwaé - Tome 1

De
282 pages

Tristan a une quinzaine d'années et une vie plutôt ordinaire. Ses rêves le sont nettement moins. Mais s'agit-il vraiment de simples songes ? Il va se retrouver plongé à travers le temps et l'espace au pays d'Alwaé. Rejoignez l'aventure et suivez les pas de Tristan ! Attention ! Le voyage n'est pas sans danger. Décodez les énigmes des anciennes légendes ! Affrontez le roi Hugues, dit le Terrible, les Aldebars noirs et le redoutable Commandeur ! Et partez à la recherche du secret de la Porte Maîtresse !


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Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-21128-4

 

© Edilivre, 2016

Du même auteur :

L’Héritière – À paraître

Tristan rejoint Olwé, avec Grimaud, où la résistance à Hugues s’organise. Il part à la recherche de l’Héritière, et espère récupérer la fraction correspondante de la clé. Eralmus, le mage noir, qui s’est saisi d’un des manuscrits des Aldebars, poursuit ses recherches pour découvrir la porte maîtresse. Tandis qu’à Olwé la guerre fait rage, les Terres du Nord rentrent, à leur tour, en conflit ouvert contre le despote. Tristan percera-t-il le mystère des énigmes pour découvrir « là où le conduisent les portes » ?

Le Secret des Aldebars – À paraître

Les lignées sont attaquées de toute part. Olwé est envahie par les troupes du félon, tandis que la fière cité d’Irwen est sous le siège du Commandeur. Leur seul espoir ? Que Tristan découvre le secret des Aldebars et complète la clé avant que les mages noirs ne découvrent la porte maîtresse. Dans cette recherche impérieuse, des alliances inattendues font s’avérer cruciales.

Et là encore, les énigmes foisonnent et révèlent progressivement tous les secrets du cycle. Tristan parviendra-t-il à déjouer les plans d’Hugues, avant que la résistance de ses amis ne soit écrasée ?

Le Cœur pur – À paraître

Après avoir découvert le secret des Aldebars, Tristan poursuit la quête. Assisté des puissants Aldebars noirs, Hugues se rapproche dangereusement de l’ultime découverte. Il resserre son étreinte autour des forteresses du Gaulwé. Olwé est prête à tomber. Tristan parviendra-t-il à unir les lignées et découvrir la puissance du Cœur pur ?

 

 

Retrouvez l’univers du cycle d’Alwaé
sur la page Facebook© « le cycle d’alwae »

et sur le site www.cycle-alwae.fr

 

Auteur © Tom MARIS – Montpellier, 2016

Cartographie © Tom MARIS – Montpellier, 2016

Couverture © Justine VIEL – Chambéry, 2016

Les citations bibliques annotées © sont tirées de La Bible de Jérusalem © Les Editions du Cerf

 

« Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l'auteur ou de ses ayant-droits, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. »

Dédicaces et remerciements

À mes enfants et mon épouse, dont le regard attentionné a accompagné Tristan pendant ces sept années où l’idée s’est faite histoire pas à pas.

Merci à mes premiers lecteurs qui au fil de leurs commentaires et remarques m’ont incité à poursuivre l’aventure et à éditer le cycle d’Alwaé.

Merci à mes nombreux correcteurs qui patiemment sont partis à la recherche des nombreuses fautes, coquilles et autres incohérences des premiers manuscrits, et plus particulièrement à Marie-Christine pour sa relecture attentive.

 

Avant-propos

Chère lectrice, cher lecteur,

L’histoire de la quête d’Alwaé remonte à des temps anciens. Je l’ai couchée sur le papier comme les ménestrels chantaient les haut-faits de chevalerie. Elle a failli tomber dans l’oubli. Tristan et ses frères avaient juré le secret. Sans les indiscrétions du vieil ermite, jamais je n’en aurais eu connaissance. J’ai eu du mal à le croire. Me croirez-vous ?

7 portes protégées chacune par un code. Des parchemins qui en délivrent le secret. Une clef séparée en 3 fractions, confiées chacune à une lignée. Un écuyer, une héritière et un jeune Aldebar. Depuis deux siècles, les justes attendent leur retour, espérant qu’ils libèrent le royaume d’Estewald du joug du félon.

Nul ne sait qui est l’Écuyer, ni quand il viendra. Pourra-t-il dénouer les énigmes des Aldebars ? Arrivera-t-il à protéger l’Héritière ? Sera-t-il assez fort pour affronter le roi félon et son armée ? Tout cela, avant que les mages noirs ne découvrent la porte maîtresse ?

Tristan n’est qu’un jeune adolescent, comme n’importe quel collégien. Comment pourrait-il imaginer que ses rêves lui ouvrent les portes d’Alwaé ? Rien ne l’a préparé à cela. Que de coïncidences dans ces récits oniriques*, dont il découvre peu à peu la cohérence !

Progressivement, les ponts se tissent entre sa réalité et la quête d’Alwaé.

L’histoire pourrait paraître banale. Et pourtant ! Les sages nichent leurs secrets dans un des livres les plus lus du monde. Le chemin, qui ouvre les portes est là, bien en évidence, pour qui sait le voir. À condition d’avoir, comme Tristan, un cœur pur. Six portes pour ouvrir la septième. Six énigmes qui n’en font qu’une. Il suffit de savoir où elles se cachent et de savoir les décoder.

Si comme Tristan, vous ne croyez pas aux coïncidences, laissez vous conduire à travers les manuscrits des anciens et découvrez leur secret. Laissez-vous guider là où vous conduisent les portes et percez leur mystère. Du retour de l’Écuyer, au Cœur pur, en passant par l’Héritière ou le secret des Aldebars, parcourez le Cycle, comme une chanson de geste.

Je n’ai rien inventé. Tout était écrit. Tristan lui a déjà tout découvert. Mais, vous qui me lisez, oserez-vous l’accompagner dans cette aventure, oserez-vous plonger dans les secrets du Cycle d’Alwaé ?

Tom MARIS

 

Cartographie du pays d’Alwaé

 

Carte 1

Carte 2

Prologue

Estewald – 1er février 1051

Depuis le haut de la tour, Erwald contemplait avec tristesse la lice. Le corps de son souverain était étendu à même le sol. C’était fini. Armand de Moperus venait de remporter le duel d’une sanglante manière. Les troupes du félon allaient rentrer dans Estewald et avec elles, le règne de la violence s’installerait définitivement sur le pays d’Alwaé. Gérault mort, Armand ne trouverait plus aucune opposition à sa prise de pouvoir. Erwald voyait maintenant clairement l’avenir de son pauvre pays. Que de souffrances et de malheurs ! Des années de ténèbres s’annonçaient pour tout un peuple. Et aujourd’hui n’en était que le premier jour.

Mais pour l’instant, Erwald avait d’autres soucis. Les Aldebars*, détenteurs du secret, devaient continuer à protéger les portes. Armand ne devait accéder à leur puissance sous aucun prétexte. Et pour cela, Erwald devait trouver le moyen d’en cacher la clef. Il était trop vieux pour s’enfuir et ne pourrait échapper aux gardes du seigneur félon. Aucune cache ne présentait suffisamment de garantie ici au château pour s’avérer parfaitement fiable. Il n’avait d’autre choix que de la confier à Ermon, en espérant qu’il parvienne jusqu’au pays de Gaulwé. Les chances de réussir étaient maigres, pourtant, il voulait se raccrocher à cette perspective, la dernière qui lui restait pour sauver son peuple.

Quelle responsabilité pour son jeune novice ! C’était de la pure folie de confier à des épaules aussi frêles, une mission aussi lourde. Mais avait-il une seule alternative ? Quelques jours plus tôt, une étrange rencontre lui avait ouvert un chemin, un espoir ténu, mais un espoir. Après de nombreuses années passées dans l’obscurité et la terreur d’une lignée de rois maudits, un messager apporterait à nouveau l’espoir aux habitants d’Alwaé. Longue et périlleuse serait la quête, et au combien hasardeuse ! Il n’arrivait pas à imaginer que le secret devrait être transmis et protégé aussi longtemps avant qu’un jour ne revienne cet écuyer qui apporterait la victoire aux chevaliers de la sagesse.

Mais pour que ce jour arrive dans un lointain avenir, il devait initier aujourd’hui une chaîne, qui se transmettrait le secret de proche en proche jusqu’au rétablissement sur le trône de la lignée de Gérault. Et c’est Ermon, qui en constituerait le premier maillon, bien fragile et maigre espoir pour les générations futures de voir gouverner à nouveau la lumière sur Estewald comme aux glorieux jours du règne de Gérault, ce roi juste, dont le corps gisait dans la lice.

Il prit sa plume et nota fébrilement sur un parchemin l’énigme de la porte, celle qui devrait permettre de reconnaître le messager entre tous. Il enferma ce premier manuscrit dans un rouleau scellé. Puis il en sortit un second et entreprit de décrire, dans le langage codé des anciens, l’histoire secrète des Aldebars pour que jamais elle ne tombe dans l’oubli. Le temps passait trop vite et il restait tant à faire. Il appela son novice.

« – Ermon !

– Maître, vous m’avez demandé ?

– Viens et écoute attentivement, il est temps que la lumière passe dans la nuit si nous voulons qu’un jour, elle renaisse de ses cendres tel le phénix.

– Maître, c’est trop tôt, vous n’y pensez pas. Je ne suis pas prêt à vous succéder.

– Silence, ni toi ni moi n’en décidons !

– Pardon, Maître.

– Tu dois partir avant que les gardes d’Armand ne pénètrent dans le château, et jamais entre leurs mains, tu ne devras tomber. Ta vie sera faite d’ombres et de peines, Ermon, j’en suis désolé.

– Si tel est mon lot, je l’accepte, Maître.

– Prends ces parchemins, gagne le pays de Gaulwé, et explique au seigneur de Tras Castel, ce qu’il est advenu de Gérault. »

Erwald se tourna ensuite vers le mur et sortit d’une cache un morceau de peau roulée et nouée d’un cordon.

« – Prends également la clef, trouve un moyen de la cacher. Un moyen sûr, celui qui aura à s’en servir n’est pas encore né. Tu devras également protéger les portes par le moyen dont nous avons parlé hier, n’oublie pas !

– Cela sera fait, Maître, et ce code sera conservé secret par-devers moi.

– Bien, va, maintenant !

– Et vous, Maître ?

– Mon temps s’achève avec celui de mon Seigneur, je le crains. Celui qui vient n’aura pas les mêmes attentions à mon égard. Et n’étant pas disposé à lui céder la sagesse des Aldebars, je doute que nous finissions en bons termes. Va maintenant, un long chemin t’attend avant que tes pas ne retrouvent une terre hospitalière. »

Ermon prit le paquet que lui tendait son Maître et sans se retourner se dirigea vers la salle des méditations, celle qui s’ouvrait, dit-on, sur le souterrain conduisant hors du castel. Personne à Estewald n’entendit plus jamais parler de lui et très peu connurent la nature de sa mission.

La quête d’Alwaé venait de commencer dans le plus grand secret.

Nombre premier

Montpeyroux – de nos jours

En ouvrant ses volets, ce jour-là, Tristan sut que ce ne serait pas une bonne journée. Le temps était aussi gris que son moral. Il n’avait pas passé une très bonne nuit. Elle avait été agitée. Il s’était réveillé plusieurs fois. Édouard, son frère aîné, dont il partageait la chambre, lui avait même envoyé un oreiller en pleine tête, sous prétexte qu’il avait hurlé dans la nuit. Tristan avait du faire un cauchemar. Il ne parvenait pas à s’en souvenir. Il aurait dû être satisfait d’effacer de sa mémoire de noires pensées. Au contraire, il avait la sensation étrange que ce sombre rêve était important et qu’il devait absolument en retrouver la trame. Comme si, au-delà du songe, quelqu’un cherchait à lui transmettre un message. Mais voilà, impossible d’en retisser la moindre bribe.

Ne pouvant se permettre de passer sa matinée là-dessus, il sortit de sa chambre. Après une toilette rapide, il descendit. Il entra dans la cuisine. Il mangea ses céréales, but un jus d’orange et prit un bol de lait, l’air distrait. Sa mère le regarda en se demandant ce qu’il avait en tête ce matin. Il n’était pas en avance pour le collège. Elle le pressa un peu. Tristan fila dans le couloir et mit ses chaussures. Sa mère le suivit dans l’entrée. En l’embrassant, il prit son sac en bandoulière, posa sa veste dessus et sortit.

Ils habitaient une maison tout en pierre au cœur d’un vieux hameau médiéval, dans le sud de la France. Sa maison était plutôt petite. Trop petite en fait pour que chacun ait sa propre chambre. Il partageait donc la sienne avec Édouard. Seul Arthur, l’aîné, en avait une pour lui. Ce n’était d’ailleurs pas la seule chose que Tristan partageait. De ses chaussures à ses pulls, il avait souvent récupéré les affaires d’Édouard. L’essentiel de ses jeux avait été hérité de ses aînés : Légo©, Playmobil©, puis consoles de jeux. Seuls ses cadeaux d’anniversaire ou de Noël étaient de première main. Il en gardait parfois une certaine aigreur vis-à-vis de ses aînés.

Le premier de la famille, Arthur, qu’il aimait malgré tout, sortit en même temps que lui. Ils prenaient le bus ensemble chaque matin. Sans Édouard, qui, en ce moment, était malade. Arthur remarqua l’air étrange de son cadet. Tristan avait parfois cette sorte d’absence propre aux enfants de son âge. Perdu dans ses pensées, il semblait traverser le monde sans prendre conscience des réalités qui l’entourent. Arthur se demandait comment Tristan pouvait être aussi étourdi. Jamais vraiment là, toujours un peu absent. Cela faisait plusieurs mois maintenant que Tristan se laissait plus guider par les événements qu’il n’agissait vraiment, et il avait de moins en moins prise sur la réalité. Tout s’en ressentait, au collège et à la maison, mais Arthur ne voyait pas ce qu’il pouvait y faire.

Assis dans le bus, Tristan voulut expliquer à son frère le rêve qu’il avait fait cette nuit-là. Mais plus il y pensait, moins il s’en souvenait. Il se demanda s’il ne devait pas prendre des notes, au réveil, pour ne pas oublier son histoire onirique.

Arrivé au collège, il constata que les affreux attendaient, à côté du portail, comme souvent le matin. Les affreux, comme il avait fini par les appeler, étaient trois élèves de troisième, toujours mal intentionnés à l’égard des autres. La journée commençait vraiment mal. Arthur l’avait laissé à l’angle de la rue en descendant du bus. Il était seul maintenant. Il devrait courber l’échine sans broncher, comme souvent, en espérant que l’assaut durerait le moins longtemps possible. Les affreux le regardèrent s’approcher et les quolibets fusèrent :

« – Alors Tristan, tu as perdu Iseult ? »

Quelle bonne idée avait eue ses parents de les appeler ainsi. Arthur, Édouard et Tristan Lécuyer ! Son père trouvait cela très moyenâgeux et s’en amusait beaucoup. Les affreux aussi d’ailleurs. Ce jour-là, particulièrement. Ils le chambrèrent, tout en remontant les escaliers, jusqu’à sa classe. Juste avant l’arrivée de Monsieur Mangin, le professeur de mathématiques, ils le laissèrent tranquille. Il rentra en classe.

Monsieur Mangin commença sa leçon. « Les nombres premiers… », écrivit-il au tableau. Autant Tristan avait du mal dans les matières littéraires, autant il s’en sortait plus qu’honorablement en sciences. Les nombres premiers, son père lui en avait déjà parlé l’année dernière, et allez savoir pourquoi, il s’en souvenait parfaitement. « Qu’on ne peut diviser que par un et par lui-même », lui avait expliqué son père. Mais tout cela lui semblait si loin maintenant, tout était devenu si compliqué depuis quelques mois, bien plus que les mathématiques. Il écouta la suite du cours d’une oreille attentive, tout en essayant de se souvenir de son rêve. Les nombres premiers finirent par gagner la bataille et il suivit la fin de la leçon avec une vigilance toute particulière.

Tristan subit le reste de la journée, plus qu’il n’y prit plaisir. Les matières s’enchaînèrent avec moins de bonheur que cette première heure. Mais il était décidé à survivre à cela, comme aux affreux. Il ne laisserait jamais rien ni personne lui gâcher la vie, même pas une journée, fût-elle mauvaise.

En rentrant le soir, Tristan monta dans sa chambre pour faire ses devoirs. Il avait pris cette habitude, quand son père était à la maison et continuait à le faire maintenant encore, histoire qu’il n’ait pas à se fâcher le jour où il reviendrait. Tristan essaya de faire ses devoirs aussi consciencieusement que possible, mais resta plusieurs minutes à regarder par la fenêtre.

Édouard, du fond de son lit, l’encouragea à s’y remettre, mais Tristan avait la tête ailleurs.

1, 2, 3, 5, 7, 11, 13, 17… Les nombres premiers. Son père.

1, 2, 3, 5, 7, 11, 13, 17… Les nombres premiers. Son rêve.

Une heure plus tard, après le dernier exercice, il posa son stylo. Il réfléchit un instant. En fait, il avait l’impression que son rêve était récurrent et que cela faisait maintenant plusieurs nuits que l’histoire revenait, lancinante.

Il ouvrit son tiroir. Il en retira un carnet noir à dorures, fermant avec un petit crochet aimanté. Sa grand-mère le lui avait offert à son anniversaire. Il l’ouvrit et lut ce qu’il avait écrit quelques jours plus tôt : « ce carnet appartient à Tristan Lécuyer. Confidentiel, interdit de le lire si vous n’êtes pas moi, surtout Édouard. Offert par Grand-mère pour mes quatorze ans ». Il prit le stylo et ajouta sur la page suivante : « j’ai décidé de noter sur ce carnet tous mes secrets. Mais en fait, je n’en ai pas. Sauf ce rêve étrange que je fais depuis plusieurs jours, je crois, et dont je n’arrive pas à me souvenir quand je me réveille. Je vais noter ici les bribes, que je retiens le matin, peut-être que cela me mènera quelque part, après tout ! J’oubliais, nous sommes le seize février ».

Il laissa sorti le calepin noir sur la table de nuit, ainsi que le stylo, pour pouvoir noter les éléments de son rêve. « Au cas où », se dit-il.

Ce soir-là, ils regardèrent tous ensemble un film à la télé. Il ne fit guère attention à l’histoire. L’important pour lui n’était pas le programme. Il savourait, avec plaisir, d’être agglutiné sur le canapé, à côté de sa mère, et entouré de ses frères.

Puis, ce fut l’heure de dormir. Il se coucha. En éteignant la lumière, il espéra recommencer son rêve, non sans une pointe d’appréhension, et cette fois s’en souvenir.

 

La plaine d’Alwaé

Quelque part – un jour

Je contemplai le vallon qui s’ouvrait devant moi. Ce paysage, mélange de verdure et de roches minérales, ne m’était pas inconnu. Il m’était même particulièrement familier. Des champs s’ouvraient çà et là enserrés par la garrigue ; partout les chênes verts et les arbousiers semblaient chercher à étouffer les cultures. Elles résistaient farouchement, entourées, telles des citadelles, par des clapas*. Ces murets de pierres sèches délimitaient les parcelles en autant de carrés de mosaïque, formant un patchwork végétal et minéral.

En ce début de printemps, les herbes étaient vert tendre. Sous l’effet du vent, la prairie ondulait comme une série de vagues, dont les reflets brillaient au soleil. Face à moi, plein est, j’aperçus deux sommets séparés par un vallon, au-delà duquel je devinai une plaine, qui s’étendait au loin. Un sentier descendait du mont où je me trouvais, plongeant dans le val, devant moi, en direction de la plaine. Au sud-est, un village aux nombreuses maisons de pierre semblait fermer l’accès à la vallée.

Le sentier poursuivait sa course jusqu’au village. Il devait y avoir deux bonnes lieues. Cela allait me prendre un certain temps ! Mais il n’y avait guère d’autres perspectives, c’était le seul horizon habité dans ce paysage de causse où l’homme semblait devoir mériter sa place au milieu des genévriers et des buis. Tout en marchant, je surprenais de temps à autre un lièvre, un renard ou même une biche, que je dérangeais dans leur repas. Plusieurs sangliers croisèrent ma route sans prêter attention à mes pas. Tout comme les bêtes, la végétation aussi commençait à s’éveiller, les amandiers en fleurs illuminaient de blancheur des bosquets encore endormis dans l’hiver. Les premiers feuillus semblaient hésiter à les rejoindre.

Au terme de presque deux heures de marche, je fus au col. À l’arrière du village, la plaine s’ouvrait à perte de vue. De ce belvédère qui dominait la vallée, j’aperçus le clocher de l’église. Le sanctuaire trônait au milieu d’une place toute pavée de pierres rondes. Les maisons s’organisaient autour en arc de cercle, formant une succession de remparts, qui donnait au bourg l’aspect d’une ville fortifiée. Continuant ma descente, j’entrai bientôt par la rue principale. L’absence de macadam me frappa d’un coup ! La grand-rue était pavée, mais les ruelles adjacentes étaient en terre.