Le cycle M

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Livres
76 pages
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Description

Mélanie l’Acadienne débarque à Marseille, en compagnie de son amie Garence, d’origine française. Son enthousiasme lui fait oublier bien vite l’obscure malédiction familiale qui pèse sur son voyage. Ce séjour prend même une tournure initiatique lorsque se manifestent ses premières menstruations. Mais les vacances sont de courtes durées pour les deux amies : elles sont mystérieusement catapultées au Moyen Âge, et entraînées malgré elles sur les traces d’un sombre personnage.
Qui est le Maure, et que cache-t-il… ? Mais surtout : comment vont-elles retourner au 21e siècle ?
« Plonger leurs yeux innocents
dans le regard des gisants
Occis par l’épée,
tout vivants estrillés. »

Sujets

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Publié par
Date de parution 27 octobre 2016
Nombre de visites sur la page 9
EAN13 9782897500245
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0082 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Titre : Le cycle M
Texte : Marilyn Bouchain
Oeuvre en couverture : Annie France Noël
Conception graphique : Lisa Lévesque
Révision : Catherine Pion
Direction littéraire : Marie Cadieux
Adaptation numérique : Studio C1C4

ISBN (papier) 978-2-89750-022-1
ISBN (PDF) 978-2-89750-023-8
ISBN (ePub) 978-2-89750-024-5
eDépôt légal : 4 trimestre 2016

Pour ses activités d’édition, Bouton d’or Acadie reconnaît l’aide financière de :


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www.avoslivres.ca

Un livre créé en AcadieNote au lecteur : Les mots suivis d’un chiffre font référence aux lexiques inclus à la fin
du roman.Des projets contrariés
— Heille, la jeune, check tes hardes ! Ta scarf frotte su’ l’plancher !
— Heu ? Ah… Oui, oui ! Garence murmure au creux du bonnet de Mélanie : T’as
compris, toi ?
Le regard bovin que lui lance son amie doit signifier que non. Un tremblement,
niveau 6 sur l’échelle de Richter du fou rire, fait tressauter la fine pellicule de gras
qu’elle doit au régime DQ-Deluxe auquel elle a succombé depuis son arrivée au
Canada. Le bus s’arrête à la mairie, là où la biche de fer, quelle que soit la saison,
broute le ciment dans l’indifférence générale. Elles sautent sur le trottoir, du rire plein la
gorge.
— Pouah ah ! J’ai failli lui dire « Excuse me, I don’t speak English ! »
3— Hi ! Hi ! Hi ! Ben, ça t’sert à quoi d’écouter Radio- Radio si tu sais toujours pas
reconnaître du chiac !
— Ah ! Ah ! Un vrai fou rire : ça faisait longtemps !
— Hi ! Hi ! Ça fait du bien !
Attrapant la jeune Française par le bras, Mélanie l’entraîne sur le chemin de la
bibliothèque.
— Faut se hâter : ça ferme dans une heure. J’espère qu’on va trouver des
renseignements assez vite, sinon, on aura une mauvaise note à notre devoir de
science…, pense-t-elle à voix haute en poussant les portes de verre.
À l’intérieur, on est bien : la chaleur et le calme font oublier cette fin février qui
crache sa slush sur les bottes de neige fatiguées, assène de grandes claques de froid
à chaque espoir de redoux. Déroulant les mètres d’écharpe, se dézippant et se livrant
à une mue qui n’étonne personne, elles montent à l’étage où se trouve la section qui
les intéresse : le rayon « Géographie ». À côté du rayon « Histoire ». À droite du rayon
« Périodiques »…
— Hé ! T’as vu ? Justin Bieber dit qu’il cherche le grand amour !
— Montre-moi ça !
Happées par le numéro de Elle Québec, nos studieuses élèves s’attardent sur la
photo du jeune chanteur. Soudain, rapprochant la page de sa bouche serrée en cul-de-poule, Mélanie susurre :
— Chuis là mon chou ! Je t’attends à la bibliothèque de Moncton !
Les regards désapprobateurs ou complètement vides des utilisateurs d’ordinateurs
publics les rappellent à l’ordre : travailler, telle est leur mission du moment !
Cela fait maintenant deux ans que Mélanie et Garence se connaissent. Deux ans
qu’elles ne se quittent plus. Mélanie ne cesse d’être amusée et surprise par cette amie
venue d’outre-Atlantique : les mots et les expressions qu’elle utilise semblent si
familiers et pourtant sont déconcertants, un peu comme si l’on partait en vacances
dans sa propre maison… Quant à Garence, elle porte une profonde affection mêlée de
reconnaissance à celle qui vint vers elle en ce premier jour de rentrée scolaire. Seule,
dans une école dont elle ne connaissait ni les règles ni les occupants, dans un pays
longtemps rêvé, mais tout à coup si étranger, l’excitation des premiers pas
d’immigrante avait fait place au désarroi, à une sensation de totale vulnérabilité. Les
larmes qu’elle avait eu tant de mal à retenir alors lui reviennent en bordure de cils
chaque fois qu’elle y repense. Merci Mélanie, du fond du coeur, merci…
Les gros livres qui tapissent la table d’étude ont prouvé leur utilité : les notes sont
prêtes pour demain et madame Robichaud n’a qu’à préparer son stylo pour, au moins,
un 85 % ! Tout fier, le duo décide d’aller fêter ça chez Tim. Horton’s, bien sûr !
— Hi ! One Boston cream, please.
— Sorry ?
— One Boston cream…
Face à la mine déconfite de la serveuse, Garence montre du doigt l’objet convoité.
Perplexe, elle se tourne vers sa comparse qui ricane comme une hyène.
— Où est-ce que je me suis trompée ?
— Nulle part, c’est juste ton accent : tu prononces trop les T et les R.
— Ben, ils sont là, non ?
— Yep, mais on les dit pas comme ça icitte !
— Ouf ! J’y arriverai jamais !
— Faut t’pratiquer. Écoute : Boston cream…
— Bos-tone criime.
— Hi ! Hi !
Criime ou cream, le tout est englouti en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire
avec le bon accent ! Dans l’autobus du retour, les filles continuent de papoter à tort et à
travers : le silence est, pour elles, une maladie de l’oreille ! Comme les congés de
printemps approchent, elles en viennent à ourdir des plans :
— Tu vas aller voir tes parents en Alberta cette année ?— Non, c’est zeux qui devaient venir, mais ma mère a accepté un autre contrat de
cuisinière dans un camp d’ouvriers du pétrole alors, ce sera pour une autre fois… De
toute façon, chuis accoutumée à c’qui m’visitent pas souvent. Depuis qu’chuis p’tite,
c’est ça qu’c’est. Ils voulaient m’emmener là-bas mais mémère a dit qu’j’aurais une
plus belle enfance icitte et pis qu’ça s’rait plus facile pour zeux… C’est correct : chuis
heureuse quand ils viennent et on s’téléphone à toutes les semaines… Et toi ? Pars-tu
en France ?
— Pas aux dernières nouvelles : ma mère et mon beau-père vont faire un séjour
d’un mois en Italie et prêtent leur appartement parisien à une amie américaine, alors
j’ai pas trop de raisons de retourner là-bas pour le moment… En tout cas, c’est
chouette : on va pouvoir passer toutes nos journées ensemble et tu pourras même
dormir chez moi. On va bien rigoler !
Arrivées au mall, elles descendent dans l’idée de se faire deux bises marseillaises
en guise d’au revoir (car la bise parisienne se fait quatre fois !), mais elles ont la
surprise d’être accueillies par le père de la jeune Française.
— P’pa ! Qu’est-ce que tu fais ici ?
— Salut les filles ! Je viens de recevoir une bonne nouvelle alors je n’ai pas pu
résister au plaisir de venir tout raconter à ma confidente préférée !
— Tu n’avais qu’un quart d’heure de plus à attendre !
— Ah non, moi, tu me connais : colère ou bonheur, si ça ne sort pas par la bouche,
ça brûle le coeur !
Mélanie se surprend à penser une fois de plus qu’elle ne se lassera jamais
d’entendre parler Thomas, cet homme sympathique à l’accent chantant du sud de la
France. Venu travailler comme technicien du son pour une entreprise de promotion de
spectacles, il n’a rien perdu de sa verve méditerranéenne malgré sa parfaite intégration
au milieu artistique néo-brunswickois : ses dictons et proverbes sont une source
inépuisable d’étonnement et de divertissement !
1— Alors, tenez-vous bien… Non mais, tenez-vous bien ! Té , à ce banc : je vous
assure que la nouvelle est à tomber par terre !
Et de leur prendre les mains pour les poser sur le dossier d’un banc voisin.
L’homme qui y fume sa cigarette les observe, un vague soupçon de folie à leur
encontre.
— Voilà… Vous vous tenez bien, hein ? Je suis engagé pour les trois concerts de
SupraFunk à Marseille ! Tony, le bassiste, vient d’être hospitalisé. Il m’a chaudement
recommandé pour le remplacer. Ils ont écouté une de mes démos et tadam : ils ont crié
« Banco ! Ce gars est trop bon, il nous le faut ! »
Le temps de tenir le banc semble révolu, car Thomas les saisit à présent par les
épaules, amorçant une sorte de ronde-gigue échevelée. Pas contrariantes (et