Le prince exilé

Le prince exilé

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Livres
480 pages

Description

Les Royaumes Invisibles, tome 4

Une âme mortelle…

A la fin du tome 3, Meghan et Ash n’ont pas eu d’autre choix que de se séparer. Au début du tome 4, Ash est prêt à tout pour retrouver sa bien-aimée, y compris à renoncer à l’immortalité et à gagner une âme.

Trois épreuves décisives…

De dangereuses péripéties vont conduire le prince à travers la Forêt Sauvage, jusqu’aux fameuses Terres des Epreuves. A ses côtés, Puck, son rival mais aussi le complice qui lui permettra de triompher, et d’entrer enfin dans le monde de Meghan.

Les amants réunis…

Les fées maléfiques semblent enfin décidées à laisser Meghan et Ash vivre leur amour. Mais Ariella, l’ancienne passion d’Ash, aura entre-temps reparu dans la vie du prince. Pour la menacer ?

A propos de l'auteur :

Julie Kagawa est née à Sacramento, en Californie, mais a déménagé à Hawaii à l’âge de neuf ans. En plus du bodyboard, elle y a appris de nombreuses choses : que les professeurs hurlent si vous glissez des mille-pattes dans leur tiroir et qu’écrire des histoires est une excellente manière de tuer le temps en cours de maths. Julie Kagawa habite aujourd’hui à Louisville, Kentucky, avec son mari et ses animaux. Elle est désormais internationalement reconnue pour sa série « Les Royaumes Invisibles », chacun de ses tomes figurant dans la liste des meilleures ventes du New York Times.

« Une description minutieuse et enchanteresse de l’adolescence. » – Examiner.com.

« Julie Kagawa est une romancière hors pair. » – Blog Hollywood Crush MTV.

Dans la série « Les Royaumes invisibles » :

Tome 1 : La princesse maudite
Tome 2 : La captive de l’hiver
Tome 3 : Le serment d’une reine
Tome 4 : Le prince exilé
Deux histoires exclusives à ne pas manquer : Le passage interdit et Dangereuse Faérie

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Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2012
Nombre de lectures 30
EAN13 9782280271127
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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La sorcière des Os
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— Hé, m’sieur glaçon ! Vous êtes sûr de savoir où vous allez, comme ça ? J’ignorai la question. Goodfellow et moi avancions dans l’obscurité de la Forêt Sauvage et nous venions d’atteindre les terres marécageuses du Marais des Os. La boue me collait aux pieds. De l’eau gouttait des branches d’arbres noueux, lesquels étaient tellement recouverts d’une mousse d’un vert éteint qu’ils semblaient avoir été trempés dans le limon. La brume s’enroulait autour de leurs racines émergées et stagnait au-dessus des aques, masquant tout. De temps à autre, un bruit d’éclaboussure en provenance des eaux stagnantes alentour nous rappelait que nous n’étions pas seuls. Des os étaient éparpillés un peu partout dans le marais — d’où son nom — , surgissant parfois de la boue, à demi dissimulés dans l’enchevêtrement des hautes herbes, ou afeurant la surface de l’eau, l’éclairant de leur blanc éclatant. C’était une zone particulièrement dangereuse de la Forêt Sauvage ; pas en raison des catoblépas, jabberwocks et autres monstres qui avaient élu domicile dans le sombre marécage, mais à cause d’un certain habitant qui vivait quelque part dans ses profondeurs.
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Celui que nous allions voir. Quelque chose survola soudain ma tête, provenant de derrière moi et me ratant de peu, puis vint se poser sur un tronc quelques mètres plus loin. Je m’arrêtai sous l’arbre et me retournai pour regarder Robin Goodfellow, le déîant silencieusement de me refaire ce coup-là. — Oh ! Ça alors ? Mais il est vivant ! Il leva les mains en l’air en faisant semblant de se réjouir. — J’avais peur qu’il se soit transformé en zombie, ou un truc dans le genre. Il croisa les bras et me sourit d’un air provocateur. De la boue séchée collait ses mèches de cheveux roux et maculait son visage pointu. Il avait l’air à la fois facétieux et maléîque et je me dis qu’il méritait bien son surnom : Puck, le lutin… — Vous m’avez entendu, m’sieur glaçon ? Ça fait un moment que je braille derrière vous. — Oui, répondis-je en retenant un soupir. Je t’ai entendu. Je crois que même les jabberwocks qui se trouvent de l’autre côté du marais t’ont entendu… — Ah, très bien ! Peut-être qu’une petite bataille en duo vous permettra de vous rappeler que j’existe ! Il soutint mon regard avant de désigner les marais d’un geste vague. — C’est complètement dingue ! Comment pouvons-nous savoir s’il est là ? Le Marais des Os n’est pas vraiment ma destination de vacances préférée, prince. Vous êtes sûr que votre contact savait bien de quoi il parlait ? Parce que si c’est encore une fausse piste, il se pourrait bien que je transforme ce phouka en une paire de gants !
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— Je croyais que tu voulais de l’aventure, répliquai-je, juste pour l’embêter. Puck grogna. — Ce n’est pas ce que je voulais dire… J’adore courir aux quatre coins du pays de Nulle Part, en vérité ! J’adore être pourchassé par des reines de l’Eté en furie, me fauîler dans la cachette souterraine d’un ogre, affronter des araignées géantes ou jouer à cache-cache avec un dragon mal luné. Ça m’éclate ! Il secoua la tête, et ses yeux se mirent à briller comme si ces événements constituaient réellement pour lui de bons souvenirs. Drôle de type…, pensai-je. Il poursuivit : — Mais là, ça doit être le sixième endroit où l’on va pour trouver ce maudit chat, et s’il n’est pas là, j’ai presque peur du prochain endroit où l’on ira ensuite. — Rien ne t’oblige à m’accompagner, lui dis-je. Va-t’en si tu veux. Je ne t’en empêche pas. — Bien essayé, prince… Il croisa de nouveau les bras et sourit. — Mais vous ne vous débarrasserez pas de moi aussi facilement. — Alors arrête de te plaindre et continuons d’avancer. La nuit tombait, et son bavardage incessant commençait à me taper sur les nerfs, sans compter qu’il pouvait nous apporter des ennuis. Je ne voulais pas en effet qu’il attire l’attention d’un jabberwock affamé, que nous aurions alors à affronter au beau milieu des marécages. — Bon, d’accord, soupira Puck en m’emboïtant le pas. Mais s’il n’est pas là, je refuse de me rendre au palais de la reine des Araignées avec vous, m’sieur glaçon. Voilà ma limite.
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* * *
Mon nom complet, mon véritable nom, est Ashallyn’darkmyr Tallyn, et je suis le dernier îls de Mab, la reine d’Unseelie. Il fut un temps où nous étions trois, tous princes de l’Hiver, Sage et Rowan, mes frères, et moi. Je n’ai jamais connu mon père et ne m’en suis jamais soucié, pas plus que mes frères n’en ont jamais parlé. Je ne suis même pas certain que nous ayons eu le même, mais cela n’a aucune importance. A la cour Unseelie, Mab était seule à régner, seule et unique reine. Si elle menait parfois de beaux elfes ou d’imprudents mortels jusque dans son lit, elle ne partageait son trône avec personne. Mes frères et moi n’avons jamais été proches. Au royaume de l’Hiver, nous avons grandi dans un monde de violence et de sombres manœuvres. Notre mère encourageait ces pratiques et favorisait celui d’entre nous qui gagnait ses bonnes grâces tout en punissant les deux autres. Nous nous manipulions donc mutuel-lement, mais chacun demeurait loyal envers sa reine et sa cour. Du moins est-ce ce que je croyais. Chez les fées Unseelie, éprouver des sentiments est considéré comme une faiblesse, c’est pourquoi on nous apprend à réprimer nos émotions. Il y a une raison à cela. On dit que l’émotion corrompt les sens, affaiblit les êtres et les rend déloyaux envers les leurs. La preuve ? Mon frère Rowan a été dévoré par la passion ténébreuse de la jalousie, jusqu’à commettre l’impensable et trahir la cour de l’Hiver au proît de nos ennemis. Sage, notre aïné à tous les deux, est mort à cause de la trahison de Rowan, et il ne fut que le premier d’une longue liste.
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Dans sa quête du pouvoir, Rowan s’est allié à nos pires ennemis, les fées de Fer, et il a aidé leur roi à détruire presque entièrement le pays de Nulle Part. J’ai îni par tuer Rowan, vengeant ainsi Sage et d’autres de mes proches, mais cet acte n’a malheureusement pas eu le pouvoir de les ramener. Il ne reste donc plus que moi, maintenant. Seul et dernier îls vivant de Mab. Et pourtant je suis déjà mort pour elle. C’est que Rowan ne fut pas le seul à succomber à la passion. Comme dans beaucoup d’histoires, ma chute a commencé à cause d’une îlle. Une îlle nommée Meghan Chase, la îlle semi-humaine de notre rival de toujours, le roi de l’Eté. Le destin nous a réunis, et malgré tout ce que j’ai pu faire pour me protéger de mes émotions, malgré les lois de notre peuple, la guerre avec les fées de Fer et la menace d’un bannis-sement éternel de mon pays, je n’ai pu résister à mon attirance pour elle. Je suis tombé amoureux et nos chemins se sont trouvés irrévocablement mêlés, nos destins entrecroisés. Avant la dernière bataille, je me suis juré de la suivre au bout du monde, de la protéger contre tous les dangers — y compris contre ceux de mon clan — et de mourir pour elle s’il fallait qu’il en soit ainsi. Je suis devenu son chevalier, et j’aurais servi avec bonheur cette mortelle qui avait ravi mon cœur, jusqu’à mon dernier soufe… Mais la destinée est un enfant cruel et insouciant qui se joue de nous, et nos chemins furent forcés de se séparer. Meghan devint reine de Fer, conformément à son destin, et monta sur le trône de son nouveau royaume. Un lieu où je ne pouvais la suivre, étant ce que je suis — une créature féerique dont l’essence s’affaiblit et se consume au contact du fer. C’est Meghan elle-même
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qui m’a exilé de ses terres, sachant que je mourrais si j’y demeurais, sachant aussi que pour l’amour d’elle j’y serais resté malgré tout. Mais avant de partir, j’ai fait le serment que je trouverais un moyen de revenir, qu’un jour nous serions de nouveau ensemble, et que plus rien ne nous séparerait. Mab a essayé de me convaincre de retourner à la cour d’Hiver — j’étais son unique prince, désormais, et c’était mon devoir de rentrer chez moi — mais pour ma part, je considère que je ne fais plus partie de la cour Unseelie ; mon allégeance envers elle et le royaume est révolue. Rien n’est plus terrible qu’une reine des fées écon-duite, tout particulièrement si c’est la seconde fois que vous la déîez, même si cette reine est par ailleurs votre mère… Je me suis enfui sain et sauf de la cour d’Hiver, mais de justesse, et je ne suis pas près d’y remettre les pieds. Je dois dire que je n’ai pas vraiment de regret à l’idée d’avoir tourné le dos à ma reine, mon clan et ma terre natale. Cette partie de ma vie est terminée. Ma loyauté et mon cœur appartiennent maintenant à une autre reine. J’ai promis à Meghan que je trouverais un moyen pour que nous soyons réunis, et je compte bien tenir cette promesse. Même si cela implique que je doive crapahuter dans un marais dangereux et nauséa-bond, sur le crédit d’une simple rumeur. Même si cela implique de supporter comme compagnon de route mon pire ennemi, et aussi le plus insupportable, Robin Goodfellow — lequel est également amoureux de ma reine, malgré ses tentatives dérisoires pour le cacher. Je ne sais pas pourquoi je ne l’ai pas encore tué. Peut-être parce que Puck est le meilleur ami de Meghan, et qu’il
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lui manquerait affreusement s’il venait à mourir (même si je ne comprends pas bien pourquoi). Ou peut-être qu’au fond, j’en ai assez d’être seul. Quoi qu’il en soit, à chaque ruine que nous fouillons, chaque dragon que nous tuons, ou chaque nouvelle rumeur que nous déterrons, je m’approche un peu plus de mon objectif. Quand bien même cela devrait prendre cent ans, je înirai bien par trouver ce que je cherche : une des pièces du puzzle — une pièce maï-tresse — qui se cache quelque part dans cet horrible marécage.
Par chance, en dépit des plaintes et des jérémiades constantes de Puck, les jabberwocks décidèrent de ne pas traverser le marais pour venir identiîer la cause de tout ce vacarme. Ce qui était une bonne chose, car il nous fallut presque toute la nuit pour trouver enîn ce que nous cherchions : une petite maison aussi grise et lugubre que le reste du paysage…
Elle se dressait au bord d’une mare couverte d’écume. Une barrière l’entourait, faite d’os blancs bien décapés, surmontés chacun d’un crâne à leur extrémité. Quelques poulets allaient et venaient dans ce qui pouvait passer pour une cour. La construction était de bois, et craquait légèrement bien qu’il n’y ait pas de vent. Le plus étrange, cependant, n’était pas la maison en elle-même, mais ce qui la soutenait. Elle était perchée sur une paire de grosses pattes d’oiseau jaunes et noueuses dont les griffes s’enfonçaient dans la boue. Les pattes étaient repliées comme en position de sommeil, mais de temps en temps, elles remuaient
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nerveusement, faisant frissonner et grogner la maison comme un animal. — On est arrivééés, chantonna Puck. Et je peux dire que la vieille poule n’est pas plus rassurante que la dernière fois que je l’ai vue. Je le dévisageai froidement. — Contente-toi de te taire et laisse-moi parler, cette fois. Tu as fait assez de dégâts en insultant le chef des centaures, l’autre jour. — Je n’ai fait que suggérer que nous aurions pu quitter la prairie à cheval. Ce qui ne voulait pas dire sur son dosà lui. Dans un soupir, j’ouvris le portail, en os lui aussi, et traversai la cour envahie d’herbes folles, faisant fuir les poules devant moi. Avant même que nous ayons atteint le seuil, la porte s’ouvrit en grinçant et une vieille femme surgit de l’obscurité de la maison. Des cheveux blancs hirsutes encadraient son visage étri, où de petits yeux noirs vifs et perçants nous regardaient îxement. L’une de ses mains décharnées tenait un panier, l’autre un couteau de boucher taché du sang de plusieurs victimes. Je m’arrêtai au pied des marches, sur le qui-vive. Malgré son grand âge apparent, cette sorcière était puissante et imprévisible. Si Puck venait à dire quelque chose de stupide ou à la contrarier accidentellement — ce qui, malheureusement était plus que probable — , nous serions forcés de nous battre pour lui échapper, ce qui serait fort ennuyeux. — Tiens, tiens, dit la sorcière en retroussant ses lèvres livides pour nous sourire. Des dents jaunes et gâtées apparurent à la lumière, tels des bouts d’os à moitié rongés.
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— Qu’est-ce que nous avons là ? Deux beaux elfes qui viennent rendre visite à une pauvre vieille femme… Et si mes yeux ne me trompent pas, c’est Robin Goodfellow que je vois devant moi. La dernière fois que tu as traïné par ici, tu as volé mon balai et attaché les pattes de ma maison pour qu’elle se casse la îgure quand on essayait de t’attraper ! Je retins un nouveau soupir. Ça commençait mal ! J’aurais dû me douter que Puck l’avait déjà mise en rogne. Mais en même temps, je réprimai une grosse envie de rire à l’idée de la maison entravée, tombant façade contre terre. Je conservai cependant un visage impassible, car il était évident que la sorcière n’avait rien trouvé de drôle à cet épisode. — Qu’as-tu à dire pour ta défense, petit scélérat ? continua-t-elle en brandissant son couteau de boucher en direction de Puck Il se réfugia derrière moi pour tenter vainement de se dissimuler, tout en étouffant un rire nerveux. — Sais-tu combien de temps il m’a fallu pour réparer les dégâts, après ça ? Tu as même poussé l’affront jusqu’à abandonner mon balai à l’orée de la forêt, juste pour me prouver que tu étais capable de le prendre. J’ai bien envie de te coller dans ma marmite et de te donner à manger aux poulets ! — Je vous présente mes excuses pour lui, dis-je vivement. Les petits yeux noirs perçants se braquèrent alors sur moi. Je me tenais bien droit, campé sur mes deux jambes, l’air sûr de moi mais poli, de crainte qu’elle ne me mette dans le même sac que le bouffon caché dans mon dos.
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— Pardonnez cette intrusion, vieille femme, pour-suivis-je, toujours aussi formel. Je suis Ash, de la cour Unseelie. Et j’ai besoin de votre aide, si vous voulez bien m’écouter. La sorcière eut l’air perplexe. — En voilà bien des manières ! Vous n’avez pas été élevé dans un trou comme celui-là, à ce que je vois. Elle pointa son couteau vers Puck, comme pour lui intimer de ne plus bouger, en plissant son long nez. — Je sais qui vous êtes, îls de Mab. Qu’est-ce que vous me voulez ? Dites-le-moi, et sans traïner. — Nous cherchons quelqu’un, répondis-je. On dit qu’il est passé par ici, dans le Marais des Os. Nous pensions que vous pouviez savoir où il se trouvait. — Ah ? La sorcière pencha la tête et me dévisagea îxement. — Et qu’est-ce qui vous fait croire que je sais où se trouve cette personne ? — Ce n’est pas une personne, précisai-je. C’est un chat. Un cait sith. Dans certains récits, il est connu sous le nom de Grimalkin. On raconte qu’il tiendrait compagnie à une puissante sorcière vivant dans les marécages, dont la maison se tient sur des pattes de poule, et est entourée d’une barrière faite d’ossements. — Je vois, dit la sorcière, le visage et la voix dénués d’expression. Eh bien, j’admire votre ténacité, jeune prince… Il n’est jamais aisé de trouver Grimalkin. Vous avez déjà dû faire pas mal de chemin pour le chercher. Elle s’approcha pour mieux me regarder. — Et ce n’est pas le premier endroit où vous le cher-chez. Je le vois sur votre visage. Pourquoi ? Pourquoi un garçon comme vous va-t-il si loin ? Que désire-t-il si ardemment, pour risquer d’affronter la colère de
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