//img.uscri.be/pth/ff64cfcfdc3e65df08eb7dae74f70324d718603a
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 8,25 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Les enfants de la croix du sud

De
91 pages
Dans la zone sud du Chili, près du fleuve Baker, deux enfants en vacances découvrent dans un arbre un ballon bleu auquel est attaché un message. Ce message est un appel auquel ils ne peuvent résister. En compagnie de leur oncle et d'un ami de celui-ci, ils entreprennent donc un voyage à cheval dans les forêts, puis en bateau sur le fleuve dangereux, à la recherche du mystérieux expéditeur.
Voir plus Voir moins

LES ENFANTS DE LA CROIX DU SUD

Titre original LOS NINOS DE LA CRUZ DEL SUR

Viento Joven I.S.B.N: 978-956-12-1850-5 1ère édition: février 2006 Œuvres choisies I.S.B.N: 978-956-12-1849-9 1ère edition: février 2006 (Q2006 Manuel PENA MuNoz Inscription N°156-106. SANTIAGO DE CHILE Editions Zigzag, SA Los Conquistadores 1700.Piso 10 PROVIDENCIA SANTIAGO DE CHILE E-mail: zigzag@zigzag.cl

Illustration de couverture: Collage original: Renato PAVERI, 2008

Manuel PENA MUNOZ

LES ENFANTS

DE LA CROIX DU SUD

Traduit de l'espagnol (Chili) par Janine PHILIPPS et Renato PAVERI

Prix Martha BRUNET de Littérature Jeunesse 2005 Conseil National du Livre et de la Lecture

L'Harmattan

2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique j 75005 Paris

@ L'Harmattan,

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-07629-7 EAN : 9782296076297

À mes frères et sœurs du Sud: Delia Dominguez, Enrique Va/dés, Oscar A/euy et Bernardita Hurtado. Avec tendresse et gratitude.

1 - La région des mélèzes

abian et sa sœur Sandra chevauchèrent tout l'aprèsmidi entre les arbres pour rentrer chez eux passer les deux semaines de vacances qu'ils avaient en automne* 1. Ces enfants étaient de bons cavaliers et ils savaient très bien se faufiler à travers les sentiers, monter et descendre les ravins abrupts entre les montagnes couvertes de fougères, où de petites cascades descendent des sommets. Le paysage aux abords du fleuve Nadis était un des plus beaux du Sud. Et peut-être pour cela le plus méconnu. Peu de personnes s'étaient aventurées à la découverte de ces roches escarpées qui descendaient vers les gorges profondes de fleuves inconnus glissant en silence sous des tunnels végétaux. Dès l'enfance, Fabian et Sandra avaient appris à aimer ces paysages. Grâce à leur mère, qui connaissait parfaitement les herbes de la campagne, ils savaient distinguer les fleurs sauvages et les oiseaux au plumage gris cendré. Ils pouvaient identifier les oiseaux à leur chant et connaissaient bien les arbres. Ils étaient capables de différencier un mélèze d'un bouleau. Dans ces régions perdues du sud du Chili, les arbres étaient robustes. Les araucarias se dressaient vers les hauteurs de la cordillère, où les Indiens Pehuenches se nourrissaient de leurs fruits, les pignons. Les feuilles de nalca2 étaient immenses et ils les utilisaient très souvent pour recouvrir les aliments qu'ils faisaient cuire dans de grands trous creusés dans la terre. Quand les enfants allaient sur la côte, plus au nord, à Chiloé, la région de leur
I Les mots suivis de* sont expliqués à la fm du livre 2 Na1ca : plante médicinale, utilisée aussi en cuisine (NDT)

F

mère, leurs oncles creusaient un trou dans le sol et mettaient des pierres brûlantes dans le fond. Ensuite, ils vidaient des paniers de moules séchées, de clovisses et de machas3, mélangées à de la viande de porc fumé, puis ils recouvraient bien le tout avec ces feuilles sous lesquelles cuisait un ragoût épais et consistant, le curanto. Fabian et Sandra adoraient cette région des mélèzes. C'était un véritable royaume fait pour être heureux en plein vent. C'est ainsi qu'ils le ressentaient en cet après-midi d'avril, tandis qu'ils chevauchaient vers la maison, après être restés un mois à La Alborada, la petite école où ils étaient internes. Les chemins du sud étaient difficiles, c'est pourquoi de nombreux enfants restaient parfois pendant plusieurs mois dans la petite école. C'étaient des enfants pauvres. Beaucoup n'avaient jamais vu une auto. Leurs maisons étaient disséminées dans les montagnes et on ne les distinguait les unes des autres que par les colonnes de fumée bleue, qui, très tôt, s'échappaient entre les cimes des arbres et restaient suspendues dans l'air clair du matin. Les enfants de la région étaient heureux dans cet isolement. En été, ils pêchaient des truites dans les rivières et ils passaient des après-midi entiers à rêver en regardant vers le nord. Peut-être le monde y était-il différent? Dès l'aube les mères se levaient pour cuire le pain et traire les vaches dans les étables rudimentaires. Elles préparaient le fromage en mettant dans le lait un morceau de tripe de brebis. Par beau temps elles récoltaient le miel dans les ruches qui descendaient vers le fleuve. Et lorsque le mois de mars arrivait, elles conduisaient leurs enfants à l'école après un long voyage à cheval*. Il fallait parfois des jours entiers, alors seul le père accompagnait les enfants. Si la séparation était triste, les parents savaient que les enfants
3

Macha: fruit de mer bivalve (Chili et Pérou) (NdT) 8

étaient beaucoup plus en sécurité dans la petite école où ils avaient un toit et des repas chauds. Bien souvent, ils y étaient mieux que chez leurs parents. C'est pourquoi les parents les quittaient avec confiance. Quant aux enfants, ils étaient contents de retrouver leurs camarades. En ce début des vacances de Semaine sainte, Fabian et Sandra étaient heureux de rentrer à la maison pour y passer quelques jours. Le père n'avait pas pu aller les chercher, étant très occupé à abattre des arbres pour la construction de la route4, mais il savait que les enfants pouvaient rentrer seuls à travers la forêt. - Ça y est! On voit la maison, s'écria Fabian, le doigt pointé vers une clairière. Les chiens sortirent pour les accueillir. - Duque! - Pastor! Sandra sourit. Dans un coude du sentier se trouvait la palissade où on attachait les animaux. Ils allaient descendre lorsque leur mère descendit la colline, en courant à leur rencontre. - Fabian! Sandra! Elle était restée un mois sans les voir. Les enfants descendirent de cheval et se jetèrent dans ses bras. Ils étaient tous heureux de se retrouver pendant ces petites vacances. Tout en jouant avec les chiens, ils montèrent le sentier de gravillons vers la maison. - Papa vous a fait une surprise. Les deux enfants, ravis, virent que, derrière l'étable, leur père leur avait construit un manège afin qu'ils puissent s'entraîner avec leurs chevaux.

4

La route: il s'agit de la route australe (Carretera Austral), construite à
et mesure

partir de 1976. Elle va de Puerto Montt à Villa O'Higgins 1150 km. Elle est toujours en construction. (NDT)

9