Les guerriers fantômes

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Arno Vaillancoeur a perdu sa mystérieuse
amulette aux mains du vieux Anoki. Celui-ci
tente désespérément de trouver des artéfacts surnaturels qui, une fois réunis, lui permettront de changer le pouvoir en Nouvelle-France. Mais il n’est pas seul : l’armée française, aidée de Blommaert, tente de le devancer dans ses funestes plans.
Les guerriers fantômes cherchent à protéger
ces puissants objets depuis plusieurs siècles et le jeune coureur des bois empruntera leur voie afin de venger la mort de son père et de comprendre les pouvoirs qui semblent maintenant l’habiter depuis son contact avec l’amulette.

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Date de parution 09 décembre 2015
Nombre de visites sur la page 11
EAN13 9782924637043
Langue Français

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LES GUERRIERS FANTÔMES II
Ues mêmes auteurs : Les guerriers fantômes I, Perro Éditeur, 2014. Autres publications de François Lapierre : Sagah-Nah, Celui qui parle aux fantômes, bande dess inée, Soleil-Productions, 2002. Sagah-Nah, La confrérie des Tueurs de Monstres, ban de dessinée, Soleil-Productions, 2004. Chroniques Sauvages, Teshkan, bande dessinée, Les É ditions Glénat Québec, 2011. La Bête du Lac, Le Gardien, bande dessinée, Les Éditions Glénat Québec, 2011. (scénario/couleurs) La Bête du Lac, La Porte, bande dessinée, Les Éditions Glénat Québec, 2013. (scénario/couleurs) La Bête du Lac, L’Abomination, bande dessinée, Les Éditions Glénat Québec, 2015. (scénario/couleur) Autres publications de Patrick Marleau : Collectif, Comment j’ai survécu à mon adolescence, Caractère, 2013. Avec Étienne Boulay, Touchdown 1, Perro Éditeur, 20 15. Gouvernement du Québec – Programme de crédit d’impô t pour l’édition de livres – Gestion SOUEC PERRO ÉUITEÛR 395, avenue de la Station, C.P. 8 Shawinigan (Québec) G9N 6T8 www.perroediteur.com Illustrations : François Lapierre Infographie : Lydie Ue Backer Révision : Stéphanie Veillette, Marie-Christine Pay ette, Lydie Ue Backer Uépôts légaux : 2015 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque nationale du Canada ISBN papier : 978-2-923995-93-9 ISBN Epub : 978-2-924637-04-3 ©Perro Éditeur, 2015 Tous droits réservés pour tous pays Imprimé au Canada
Les guerriers fant
PATRICK MARLEAU & FRANÇOIS LAPIERRE
mes
En mémoire de Pierre-Michel, un amoureux de la natu re qui nous a quittés trop tôt... Danke à Eva pour son précieux coup de main.
Hiver 1535.
CHAPITRE1
Jamais il n’avait pensé qu’en ces terres cette sais on pourrait s’avérer si meurtrière. Ses hôtes lui avaient pourtant servi nombre d’avert issements, mais Jacques Cartier s’en était m oqué. « Superstitions locales ! » clamait-il . Pour lui, l’hiver était clément, comme celui de sa région natale de Saint-Malo. Il avait e u tort. Et comme si celle-ci voulait contredire les prétentions de l’explorateur, la sai son froide était particulièrement précoce cette année-là : dès la mi-novembre, les trois impo sants navires de bois de Jacques Cartier, tels des fantômes de givre condamnant les marins à survivre au pire hiver de leur existence, restèrent figés dans les eaux glacées du fleuve. Outre le froid pénétrant, humide, et la neige qui e mpêchait toutes activités, un mal mystérieux qu’aucun Français n’avait vécu auparavan t sévissait auprès de Cartier et ses hommes. Les premiers symptômes qui s’étaient manife stés chez les marins étaient tout d’abord une sensation de faiblesse et de fatigue ch ronique, qui leur enlevait toute volonté. Peu à peu, d’autres malaises faisaient leu r apparition : le gonflement des membres, les saignements de nez et de gencives. Par fois, les dents se déracinaient et finissaient par tomber. D’autres fois, des ecchymos es marquaient le corps des victimes et elles mouraient d’épuisement ou de complications respiratoires. Ce mal terrifiant avait un nom : le scorbut. En terrible manque de nourritu re adéquate — on découvrit par la suite qu’ils souffraient de carence de vitamine C — les Français virent la maladie se répandre sur les navires de manière foudroyante. De s cent dix membres d’équipage, presque le quart fut décimé. Mal en point, Cartier ne pouvait attendre que le printemps se pointe. Il fallait trouver un remède, et vite ! Le moyen de guérir devait se trouver chez les Autochtones, là-bas, en bordure de la rivière Saint e-Croix, nom que l’explorateur malouin lui avait donné. Le village voisin de Stadaconé, habité par près de cinq cents Iroquoiens, continuait de fonctionner normalement. Avec cette température far ouche, Cartier ne comprenait pas comment ces gens réussissaient à vivre dans de tell es conditions. Bien qu’il admirât leur grande résistance physique, il hésitait à demander leur aide à cause de la tension entre les deux peuples. La méfiance régnait depuis leur f atidique rencontre, durant l’été 1534, dans la baie de Honguedo. À cette époque, une bande d’autochtones, dont faisait partie Donnacona, y allait pour la pêche. C’est dans cette baie de Gaspé, alors que les Amérindiens se trouvaient à des centaines de lieues à l’est de leur village et que les Français provenaient de milliers de lieues à l’oues t, que se fit l’improbable rencontre entre ces deux peuples. Tout d’abord cordiales, les relations devinrent tendues quand Cartier planta une croix en bois sur la grève. Même s’il ne parvenait pas à comprendre la langue de ces hommes blancs, Donnacona saisissait l e sens de cet étrange totem planté sur son territoire. Il savait reconnaître la supéri orité technique que ces visiteurs possédaient et, en bon chef de clan, il réalisait l ’avantage qu’il aurait sur les peuples voisins s’il parvenait à faire une alliance avec Ca rtier. C’est ainsi qu’il se laissa convaincre de laisser ses deux fils, Domagaya et Ta gnoagny, partir avec l’explorateur pour la France. Après tout, de bonnes relations ent re nations demandaient certains sacrifices… L’été suivant, Cartier revint de France avec ses de ux invités, au grand soulagement de Donnacona. Les deux Indigènes parlaient maintenant le français, quoique de façon
rudimentaire. Grâce à ce nouvel atout, les échanges avec les Blancs se déroulaient plus facilement. Toutefois, la paix demeurait précaire, car le navigateur s’entêtait à vouloir explorer l’intérieur du continent par le fleuve, ce que lui dé c o n s e illa it vivement Donnacona. Il refusait même de le conduire jusqu’au prochain village, Hochelaga. Sans doute préférait-il garder l’exclusivité des échange s avec les Blancs ? Il voyait certainement dans cette alliance une façon éventuel le de renforcer son pouvoir sur les autres clans. Cartier décida tout de même de remont er le fleuve sans l’aide de ses nouveaux interprètes, ce qui envenima la relation e ntre Cartier et Donnacona. Cette excursion improvisée obligea l’explorateur à passer l’hiver dans ce pays, alors que la traversée outre-mer était jugée trop risquée à cett e époque de l’année. Mal préparés, les Français en payaient maintenant le prix avec le sco rbut… Craignant pour la vie des membres de son équipage, Cartier leur ordonna de faire mine de travailler à bord des bateaux afin de ne pa s révéler aux Indigènes qu’ils se portaient mal. S’il eut l’impression que Dieu l’ava it abandonné, la providence joua un rôle salvateur dans sa guérison. Il remarqua que Domagay a, intermédiaire entre les Français et les Stadaconéens, semblait avoir les mêmes sympt ômes que ses hommes et lui. Quelques jours plus tard, il était réapparu en parf aite santé sur les navires. Interrogé par Cartier et ignorant l’épidémie qui sévissait, il av ait répondu tout bonnement que le remède à consommer était l’annedda, une tisane à ba se de cèdre blanc. Au bout de quelques semaines, les Français, désorma is hors de danger, avaient repris des forces. Aussi Donnacona convia Cartier à un fes tin et ce fut l’occasion pour les deux hommes d’échanger sur leurs mondes respectifs et le ur vision des hommes, mais, surtout en ce moment, de rétablir les liens de confiance. – Cette saison est éprouvante, dit Donnacona. Vous ne manquez pas de nourriture ? – Non. Nous nous débrouillons. Il était hors de question pour Cartier de démontrer quelque faiblesse. Il devait maintenir sa supériorité apparente. Assis sur le sol, autour d’un feu dans une des maisons longues, il était à l’abri du froid. Le repas terminé, le Français était en présence de Donnacona, de son fils Tagnoagny et d’autres membres. Bien sûr, q uelques soldats français se tenaient près de la maison, aux aguets. – Que ferez-vous à la fonte des glaces ? demanda Ag ona, membre du conseil du clan. – Je dois retourner au-delà de la grande mer. La gu erre dans mon pays coûte cher. Il faut financer nos armes, nos bateaux et nos longues maisons. Mon chef attend de mes nouvelles. Il espère trouver des richesses en ces t erres. J’espère pouvoir être de retour parmi vous un jour… Donnacona écoutait attentivement les doléances de s on invité. Il échangeait avec lui le calumet et ils prenaient à tour de rôle des bouffée s de la plante relaxante qui s’y consumait. Il se doutait de la direction que cette conversation prendrait. Prudemment, il laissa son convive la poursuivre. – Par contre, continua Cartier, si j’arrivais en Fr ance avec d’heureuses révélations et chargé de présents pour toi et les tiens, peut-être cela faciliterait-il mon retour en ces terres… Donnacona sentit une pointe d’irritation monter en lui. Il se doutait que ce Français reviendrait à la charge. Depuis son retour, Tagnoag ny lui avait raconté la bêtise qu’avait commise Domagaya. L’été précédent, durant leur voya ge vers la France, Jacques Cartier avait donné de l’eau-de-vie à boire à ses convives autochtones, chose à laquelle ceux-ci n’étaient pas habitués. Domagaya, en perte de contrôle sous l’effet de l’alcool, s’était mis à vanter son pays, son peuple et la force de certai nes armes obscures enfouies dans les entrailles de la forêt. Une force puissante, destru ctrice ! Tagnoagny raconta à son père comment les yeux de l’explorateur français s’étaien t emplis de convoitise devant ces révélations. Et depuis, Cartier essayait de faire p arler Donnacona afin d’en savoir plus. Le vénérable chef soupçonnait même Cartier d’avoir remonté le fleuve jusqu’à Hochelaga pour poursuivre ses recherches sur ces soi-disant o bjets de puissance. Quoi qu’il en soit, il était hors de question que Donnacona donne satis faction au Français et lui dévoile la nature et l’emplacement de ces forces dévastatrices – J’ignore de quoi tu veux parler, Cartier… Ici, tu trouveras d’innombrables fourrures,
une multitude de poissons à pêcher, peut-être de l’ or ou quelques pierres précieuses à certains endroits, mais rien de plus… Terminant sa réplique, Donnacona expira la fumée du calumet et vit au travers de celle-ci le regard du Français se durcir. Un petit moment passa avant que l’explorateur reprenne la parole. – Je vois mon ami. Soit. Tu as raison. Les ressourc es de ce Nouveau Monde sont déjà suffisamment nombreuses. Mon roi serait content d’e n faire le commerce avec ton peuple. Cartier prit la longue pipe de bois et inspira de n ouveau sous l’œil approbateur de Donnacona. Ce dernier ne remarqua pas le bref regar d que s’échangèrent Cartier et Agona, conseiller du clan. *** C’est avec un grand soulagement que Cartier vit enf in l’arrivée du printemps. Amaigri par son régime hivernal involontaire, il se réjouis sait de pouvoir regagner le vieux continent. Toutefois, il sentait que la possibilité de mettre la main sur une arme qui permettrait de changer le rapport de force entre la France et ses ennemis lui échappait. Quoi qu’en dise Donnacona, Cartier était convaincu que le chef cachait quelque chose. L’été précédent, dans les cales du navire, ce jeune sot de Domagaya avait semblé trop sincère dans ses révélations, et le regard désappro bateur de son frère avait été significatif. Il ne pouvait donc pas laisser passer cette chance d’accroître son influence auprès de Sa Majesté. Le roi de France lui serait h autement redevable pour une information aussi capitale. Amener Donnacona à la c our du roi était une idée qui avait germé dans l’esprit de l’explorateur depuis quelque s semaines. Une fois le vénérable chef déstabilisé, hors de son pays, de son monde, i l serait sûrement plus facile de le faire parler. « Le coup doit être parfait », songea-t-il. Par l’entremise d’Agona, Donnacona accepta de rendr e visite à Cartier dans son campement de fortune, en pleins préparatifs pour so n départ. Il tenait à saluer son visiteur et lui remit des peaux de castor, quelques pièces de viande et autres provisions pour son voyage. La délégation iroquoise, une cinquantaine de person nes tout au plus, se dirigeait lentement vers le camp des Français, un petit bâtim ent entouré de palissades rudimentaires en bois en bordure de la rivière. Cartier se tenait devant la porte afin de les accueillir. Près de lui, une vingtaine de ses homme s vaquaient à différentes occupations, soit pour préparer le festin, soit pour organiser l e voyage de retour vers le vieux continent. Pour l’occasion, Donnacona s’était paré de vêtements cérémonieux. Méfiants, les Iroquoiens tenaient fermement leurs armes. Cart ier et Agona échangèrent un regard complice, puis le navigateur français cria à ses ho mmes : « Maintenant ! » Les Français troquèrent leurs outils pour quelques arquebuses camouflées. Ils foncèrent sur leurs adversaires, brisant ainsi leur s rangs. Cartier, aidé d’une poignée d’hommes, força Donnacona et une dizaine de ses hom mes à pénétrer à l’intérieur du campement. Les guerriers de la tribu voulurent s’in terposer à la capture de leur chef. Du haut de la palissade, quelques coups de feu retenti rent sourdement dans le ciel, refroidissant les ardeurs des guerriers. Agona, dem euré en retrait, s’avança vers ses confrères en les suppliant de se calmer. À l’intérieur du camp, Donnacona était stupéfait. I l était entouré de quelques membres de son clan – dont Domagaya – qui ne comprenaient rien à cette mise en scène. – Pourquoi cette ruse du renard ? Cherches-tu à tue r ton allié ? demanda Donnacona, ébranlé. – Au contraire ! Cette méthode musclée sert à évite r tout dérapage. Je vais te ramener avec moi en France. Tu pourras ainsi exposer tes co nnaissances au roi en ce qui concerne ces fameux objets de guerre précieusement cachés parmi les tiens. Si tu ne veux rien me révéler, peut-être seras-tu plus loqua ce à la cour du roi… ou dans ses cachots. – Si tu me le demandes par la bouche de tes armes, c’est que je n’ai guère le choix, non ? Mais dis-moi, Cartier… Qu’as-tu à gagner à no us trahir ainsi, mon peuple et moi ?
– La fortune et la gloire ! répondit le navigateur. Mais si tu collabores, mon ami, je partagerai tout ça avec toi, et tu deviendras notre puissant allié en ces terres. – Et si je refusais d’embarquer dans tes fourberies et que j’ordonnais à mes guerriers de s’en prendre à vous ? Tu sais qu’on vous dépasse largement en nombre. Impatient devant la réticence du vieux chef, Cartie r fit un léger signe de tête à l’un de ses hommes. Il prit la crosse de son arquebuse et f rappa Donnacona à la nuque. Celui-ci tomba par terre, inconscient. Ses hommes furent dés armés, ligotés et entassés dans une cabane au fond du fort. – Il est trop tard pour les menaces, Donnacona. Cartier regarda ses hommes et la dizaine de prisonn iers qu’ils avaient capturés. – Nous lèverons l’ancre dès les premières lueurs du matin. Va porter ceci à notre allié. Cartier tendit une bourse de cuir à son lieutenant, un grand gaillard à la stature fort imposante. Celui-ci sortit furtivement du fort. – Pourquoi trahir mon père ? demanda Tagnoagny. – Trahir ton père ? C’est plutôt ton jeune sot de f rère, Domagaya, qui vous a trahis avec ses révélations… À l’extérieur du fort, les hommes de Cartier, aidés d’Agona le fourbe, avaient réussi à calmer la tension. Agona leur fit comprendre que le ur chef partirait pour le pays des Blancs et que le pouvoir lui avait été remis. Il ét ait arrivé à ses fins : se débarrasser de son rival et de ses deux fils. Maintenant, c’était lui le chef. En France, on aurait appelé cette manœuvre un coup d’État. La foule alors dispe rsée, Agona se tenait à l’écart. Le lieutenant de Cartier se dirigea vers lui avec un s ac contenant de précieux objets. Paiement d’un service rendu ? Un jeune Autochtone, témoin de la scène, en arriva à cette conclusion. Il était le troisième fils de Don nacona. Ce fut la dernière fois qu’il vit son père… Un profond désir de vengeance emplit alors so n cœur ; il ne le quitterait jamais plus.