Les roses de Trianon, tome 05
304 pages
Français

Les roses de Trianon, tome 05

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Description

Roselys vit désormais à Versailles. Malgré l'ambiance pesante de la Cour et son étiquette si rigide, la jeune fille mène une vie plutôt agréable parmi les intimes de la reine. Elle chante pour Marie-Antoinette, qui n'hésite pas à lui confier de petites missions secrètes. Un matin, en ville, Roselys est témoin d'un grave accident : le blessé, mourant, lui confie un curieux médaillon d'argent, en ânonnant des mots énigmatiques : « clé... blanche...»... Une fois rentrée à son logis, la jeune fille découvre à l'intérieur du bijou les portraits miniatures d'un couple. Curieusement, ils lui semblent familiers. Roselys et son bien-aimé Valsens se promettent d'enquêter...

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Informations

Publié par
Date de parution 24 juin 2016
Nombre de lectures 10
EAN13 9782747069526
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Entrez au Petit Trianon et découvrez Marie-Antoinette, une jeune reine passionnée par la nature et le théâtre, qui s’amuse follement loin de la cour de Versailles !
Annie Jay, autodidacte passionnée d’histoire, vit entourée de livres et d’animaux dans le Sud-Ouest, où elle écrit des romans d’aventure. Ses périodes préférées : l’époque de Louis e XIV, l’Antiquité, mais aussi le xviii siècle… Amoureuse du château de Versailles, elle s’est fait connaître grâce à la sérieComplot à Versailles, et aux romansÀ la poursuite d’Olympe etAu nom du roi, parus chez Hachette Jeunesse. Illustration de couverture : Ana Mirallès
© Bayard Éditions, 2016
18, rue Barbès, 92128 Montrouge Cedex
ISBN : 978-2-747-06952-6 Dépôt légal : juin 2016 Mise en pages : DV Arts Graphiques à La Rochelle Imprimé en Italie par LTV LA TIPOGRAFICA VARESE
o Loi n 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse. Tous droits réservés. Reproduction, même partielle, interdite.
Marie-Antoinettede Habsbourg-Lorraine, reine de France, épouse de Louis XVI (1755-1793)
Louis XVI, roi de France (1754-1793)
Charles-Philippe,comtedArtois, plus jeune frère du roi (1756-1836)
Yolande Martine Gabrielle,duchessedePolignac, amie intime de Marie-Antoinette (1749-1793)
Aglaéde Polignac, sa fille, mariée au duc de Guiche (1768-1803), surnommée « Guichette »
Louised’Esparbès, mariée au vicomte de Polastron (1764-1804), surnommée « Bichette »
Joseph de Rigaud, comte deVaudreuil(1740-1817), Jean-BalthazardAdhémar(1736-1790)
et Pierre-Victor deBesenval(1721-1791), amis de la reine
JeanneCampan(1752-1822), femme de chambre de la reine
RoseBertin(1747-1813), modiste de la reine
Joseph Bologne deSaint-Georges(1745-1799), militaire, compositeur et escrimeur
Nicolas JosephCugnot(1725-1804), ingénieur mécanicien et inventeur
Denis Gabriel Adhémar dePolastron(1758-1821), colonel de cavalerie, époux de Louise
GaëtanVestris, danseur et chorégraphe (1729-1808)
Abbé deVermond(1735-1806), précepteur puis lecteur de la reine
MmeDromard, baigneuse de la reine
Roselysd’Angemont, répétitrice de la reine
ÉtiennedeValsens, ami du comte d’Artois
Aiméede Croisselle, cousine de Roselys
Mariede Croisselle, mère d’Aimée, tante de Roselys
Lambertde Croisselle, père d’Aimée, oncle de Roselys
LeVénérable, chef des Enfants de Thémis
AngélineFortier, vendeuse chez Mlle Bertin
JulesFortier, ingénieur, père d’Angéline
Fernand, manouvrier des Halles
Jacquet, le « vas-y dire »
M. deMarivel, M. deGendreau, officiers.
Gilles deSombrenon, lieutenant, ordonnance de Marivel
MmeHusson, lingère de la reine, voisine de Roselys
AntoineBerger, mécanicien-serrurier de M. Cugnot
FrancisLedoux, ouvrier mécanicien de M. Cugnot
AurélieMaillard, gouvernante de Jules Fortier
M. deMontard-Dufour, courtisan
1
Lundi 27 novembre 1780, ville de Versailles
A h ! Versailles ! Les abords du marché étaient si vivants ! Roselys ne perdait pas une miette du spectacle. Ici, tous se mêlaient, nobles, domestiques, artisans et paysans. De luxueux carrosses côtoyaient des charrettes de légumes, et les brouettes, des chaises à porteurs. Le quartier qu’elle traversait à pied, l’un des plus bourgeois, se composait de belles rues pavées, aux maisons uniformes. Construite à l’époque de Louis XIV, on avait voulu que la ville des rois soit la plus harmonieuse possible. La jeune fille laissa passer une servante encombrée de paniers, puis, le regard attiré par la boutique d’un gantier, elle s’arrêta un instant. Au travers des carreaux, elle entrevoyait de si jolies choses ! Comment pouvait-on ne pas être tentée ? Elle soupira et haussa les épaules. – Je n’ai guère besoin de ces fantaisies. En plus, tout cela est hors de prix. Ne perdons pas de temps, j’ai une mission à accomplir… Oh, oh… Dans le reflet de la vitre, elle venait d’apercevoir une silhouette. Depuis quelques minutes, elle avait l’impression d’être filée. Elle sourit : qui donc aurait l’idée de la surveiller ? Personne ne savait. Personne ? Vraiment personne ? Elle tourna dans la première rue à gauche et se cacha dans le recoin d’une porte cochère. Puis elle attendit. Quelques secondes plus tard, un homme, jeune et grand, revêtu d’une cape et les cheveux poudrés couverts d’un tricorne noir, passa. – Bouh ! cria-t-elle en sortant de sa cachette comme un diable de sa boîte. Son espion fit un bond et s’écarta d’un pas. – Qu’est-ce donc que ces enfantillages ? pesta Valsens. Vous m’avez fait peur ! – J’espère bien ! plaisanta-t-elle. Pourquoi me suivez-vous ? – Je ne vous suis pas…, protesta-t-il avec une évidente mauvaise foi. Je… Et il ne finit pas sa phrase. – Vous.. ? Elle se mit à rire, ce qui provoqua un nuage de buée dans l’air. Valsens la mangea du regard. Le froid mordant de novembre lui donnait les joues rouges. Elle était ravissante, avec ses boucles acajou et ses yeux noisette. Puis, renonçant à ses vaines explications, il s’enquit : – Où allez-vous ? Vous avez quitté le château en catimini, dans un tel secret que vous m’avez intrigué. Seriez-vous en train de me faire des cachotteries ? Roselys réfléchit à peine. Elle le prit par le bras, le tira vers la rue pour poursuivre sa destination première, et expliqua à mi-voix : – Sa Majesté la reine m’a confié une mission. Je dois me rendre chez un faïencier. – Un faïencier ? Pourquoi ne vient-il pas à la Cour ? Les fournisseurs sont censés se présenter au palais. Que vous envoie-t-on acheter ? Elle baissa les yeux. Marie-Antoinette lui avait ordonné de se taire, mais Valsens… Valsens, c’était une partie d’elle-même, sonalter ego, l’amour de sa vie. – En fait, avoua-t-elle, je dois remettre une lettre. Je ne sais pas pour qui, ni ce qu’elle contient. D’ailleurs, je ne veux pas le savoir. Sa Majesté m’a demandé ce service, je m’exécute. Le jeune homme hocha la tête. Il n’était pas besoin d’ajouter quoi que ce soit. Chacun avait ses petits secrets, Marie-Antoinette comme les autres.
– Portons vite ce pli et rentrons nous mettre au chaud, lança-t-il. Que diriez-vous de nous rendre ensuite à notre salle d’armes ? Roselys leva son visage et lui adressa un lumineux sourire. – J’adorerais ! Mais impossible, ce matin… En revanche, la reine m’a donné congé cet après-midi. Le chevalier de Saint-Georges y sera peut-être ? Il a promis de continuer ses leçons. – Je ne suis pas mécontent de fréquenter sa salle. L’ambiance y est bien agréable. La jeune fille, toujours pendue à son bras, renchérit : – Sans compter qu’ils acceptent les dames… – « Les » ? Il n’y en a qu’une, vous, depuis que Saint-Georges vous a recommandée comme si vous étiez sa fille. Roselys manqua de prendre la mouche. Le fait d’être une femme avait beaucoup d’avantages, mais aussi de très nombreux inconvénients. Le moins drôle résidait dans les interdictions que les hommes leur imposaient. Ainsi, point de dames à la salle d’armes… et tout le monde trouvait cela normal. Sauf elle. Elle s’arrêta pour lui faire face. – Un jour, enragea-t-elle, je serai capable de battre n’importe lequel d’entre vous. À part M. de Saint-Georges, bien sûr, qui est le meilleur escrimeur de France. Devant sa hargne, Valsens s’empressa de l’approuver : – Au train où vous progressez, ce sera pour bientôt. 1 Il lui prit le coude pour l’aider à avancer. Le marché était tout proche, et la presse , importante. Ils durent se tailler un chemin pour arriver devant le magasin de faïences. La porte de bois peint, à demi vitrée, était close. Un écriteau indiquait :jusqu’àFermeture exceptionnelle demain. – Eh bien, jeta Valsens, vous ne remettrez pas votre pli si mystérieux. – La reine ne sera pas contente, souffla Roselys avec une moue. – Ce n’est pas de votre faute. Nous reviendrons demain. Rentrons. Ils allaient traverser la rue lorsque Valsens arrêta Roselys de la main. Malgré la cohue, une berline forçait le passage au trot à grands coups de « Gare ! » et de fouet. – Pendard ! lui lança une paysanne en lui montrant son poing. Moins vite, vaurien ! Roselys acquiesça de la tête. Ce n’était pas dans sa campagne que l’on rencontrait pareils excités. À Versailles, tout le monde semblait toujours pressé. – Attention ! brailla tout à coup la femme. Puis il y eut des hurlements. À cinq pas des jeunes gens, un homme venait de tomber sur la chaussée. Les chevaux de la voiture se cabrèrent devant lui tandis que le cocher tirait vainement sur les rênes. Roselys cacha son visage contre l’épaule de Valsens afin de ne pas voir le corps passer sous les roues ferrées. – Vite ! dit-il en la repoussant. Il est blessé ! Ils se précipitèrent. L’homme, un ouvrier âgé, vêtu de noir, était recroquevillé dans la boue. Les passants commencèrent à s’attrouper alors que le jeune couple et la paysanne s’accroupissaient près de lui. – Foutu écraseur de pauvres gens ! lança-t-elle en montrant le carrosse. Regardez ! Il s’enfuit, cette ordure ! Valsens allongea doucement le blessé sur le dos. – Qu’on aille chercher des secours ! L’homme se mit à cracher du sang. Les yeux révulsés, les mains serrées, il remua les lèvres dans des mots inaudibles. – Soulevez-le un peu, demanda Roselys, afin qu’il puisse mieux respirer. Valsens tenta de le faire, mais le blessé ébaucha un tel rictus de douleur qu’il préféra le laisser en paix. Son bras se leva vers Roselys. Elle crut tout d’abord qu’il recherchait un peu de réconfort. Elle allait prendre sa main entre les siennes lorsqu’elle aperçut un objet dans sa
paume. Muet, il le lui tendait avec tant d’insistance qu’elle s’en saisit. – Qu’est-ce donc ? s’étonna-t-elle. Il s’agissait d’une sorte d’œuf de métal, un pendentif argenté maculé de sang. En tout cas, il devait avoir de l’importance, car l’ouvrier s’efforça de nouveau, le souffle court, de prononcer quelques mots. Roselys, sourcils froncés, le devança : – Dois-je le remettre à quelqu’un ? À votre femme ? Un flot de sang franchit ses lèvres. Sa tête retomba en arrière. – Ne vous fatiguez pas, lui conseilla Valsens, les secours vont arriver… Mais l’ouvrier l’agrippa par le devant de sa cape. Il la tira jusqu’à ce que le visage du jeune homme soit enfin proche du sien. – Clé… Blanche…, chuchota-t-il. Puis ses yeux se fermèrent. – Il est mort ? s’inquiéta Roselys. – Non, inconscient seulement. – Roselys ! s’écria une voix féminine. Allez-vous bien ? Une dame fendait l’attroupement. La trentaine, blonde, le teint pâle et coquettement mise, elle s’agenouilla au côté de la jeune fille. – Je vous ai aperçue sur le trottoir d’en face. Vous vous apprêtiez à traverser la rue. Puis j’ai entendu des cris… Seigneur ! Quel malheur ! Et le cocher qui ne s’est même pas arrêté… La paysanne, outrée, renchérit : – Quand est-ce donc que le prévôt empêchera les carrosses de rouler si vite ? Autour d’eux, beaucoup approuvèrent. En ville, les passants fauchés par des voitures étaient légion. Et, plus le propriétaire était riche et influent, moins on le punissait. Des gardes de la Prévôté arrivaient, portant un brancard. – Il y avait un blason peint sur la portière, leur lança la femme. Maudits nobles qui se croient tout permis ! Évidemment, on ne fera rien pour l’retrouver ! Ils chargèrent le blessé sans répondre et se dépêchèrent d’ordonner à la populace : – Circulez ! Circulez ! Peu à peu la foule se dispersa. – Monsieur de Valsens, dit Roselys, je crois que vous ne connaissez pas ma voisine, madame Husson. Elle loge au Grand Commun, tout comme moi. Elle est lingère de la reine. La femme fit une petite courbette. – J’ai beaucoup entendu parler de vous, déclara-t-elle avec un sourire aimable. Je suis heureuse de vous rencontrer, même si c’est dans de bien pénibles circonstances… Elle se retourna vers les gardes et le brancard qui disparaissaient au détour d’une rue. – Pauvre homme ! Où l’emmène-t-on ? – Ben ! intervint la paysanne, à l’hôpital de la Charité ! – Sait-on qui il est ? reprit Mme Husson. – Non, répliqua Valsens. Il m’a soufflé « clé blanche ». Cela n’a pas de sens. – Il devait délirer. Les yeux de la lingère tombèrent sur les doigts de Roselys, serrés autour du médaillon. – Quelle drôle de chose ! Puis-je voir ? Mais Roselys était si peinée de ce qu’elle venait de vivre qu’elle expliqua laconiquement : – C’est un bijou. Puis elle ajouta d’une voix songeuse : – Il me faudra trouver l’adresse de sa famille pour le lui rendre. Il avait l’air d’y tenir. – Oh, ma chère petite ! soupira Mme Husson. Sa Majesté la reine vous mange déjà tout votre temps ! Donnez-le-moi, je vous promets de faire le nécessaire. Je n’ai guère de travail en ce moment, cela me permettra de faire une bonne action… Elle tendit sa main gantée, mais Roselys regarda la sienne, maculée du sang de l’accidenté. Les larmes lui montèrent aux yeux.
– Non, c’est à moi qu’il l’a remis. C’est donc à moi de m’en occuper. Valsens, la voyant si émue, entoura ses épaules de son bras : – Rentrons.
1. La foule.