Panic

Panic

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Livres
180 pages

Description

Timothée vit seul avec sa mère dépressive dans un grand manoir en ruine. Son père a disparu dans d'étranges circonstances après la mort tragique de sa sœur. La veille de ses quatorze ans, la mère de l'adolescent lui apprend qu'il doit subir un rite de passage à l'âge adulte. Ses deux meilleurs amis Manu et Tobias, ainsi que son amoureuse Lily sont aussi obligés de participer à une série d'épreuves. Timothée trouve une lettre de son père qui révèle l'existence de vastes catacombes sous leur demeure, abritant une mystérieuse force difficile à contrôler. Lily est bientôt victime de son emprise maléfique. Pour survivre, le petit groupe doit ruser afin de déjouer des sortilèges à faire froid dans le dos. Les événements surnaturels s'enchaînent dans ce roman fantastique qui foisonne de trouvailles dramatiques inventives et déroutantes.


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Date de parution 10 novembre 2017
Nombre de lectures 9
EAN13 9782414084111
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Cet ouvrage a été composé par Edilivre 175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50 Mail : client@edilivre.com www.edilivre.com
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-414-08409-8
© Edilivre, 2017
Pa
ic
J’avais 13 ans. Et j’avais toujours vécu au manoir. C’était une vieille bâtisse en forme de « T » encadrée par dix hectares de jardins , entretenus par un vieux jardinier sourd qui venait une fois par mois, et presque quat re hectares de forêt vierge. Un chemin long et cahoteux traversait les jardins jusq u’à la porte d’entrée qui se trouvait au milieu de la grande barre du « T ». Le manoir ét ait très sombre et humide surtout depuis quelques années. Son plafond était très haut et arrondi, comme dans les églises. À gauche de la porte d’entrée, au fond, se trouvait une grande peinture de mon père en tenue de chasse, dans un cadre couleur or. Dessous, il y avait une grande cheminée, qui n’avait pas dû servir depuis plus de cinq ans. Cette cheminée servait à chauffer un salon qui, quelques années auparavant d evait être agréable et chaleureux. Deux canapés et plusieurs fauteuils aux couleurs dé lavées, encerclaient une petite table. La tapisserie, qui se décollait, avait des m otifs un peu vieillots. Il y avait deux grandes baies vitrées l’une donnant sur les jardins , du côté de la porte d’entrée, l’autre donnant sur une terrasse en carrelage. Elles étaien t en bois, et avaient de petites vitres peu épaisses, tout comme les autres vitres du manoi r. Deux grandes portes, avec des vitres, séparaient le salon du reste de la maison. En face de la porte d’entrée, se trouvait la petite barre du T. Au milieu, trônait u ne table ronde sur laquelle ma mère et moi mangions. Au fond à gauche, dans un recoin, se trouvait un vieux buffet en bois, tout poussiéreux. Dessus, on pouvait voir un vase g ardant des fleurs séchées qui n’avaient pas dû bouger depuis longtemps. Au fond, sur le mur, trônait un tableau magnifique représentant ma famille au complet, il y a plus de six ans. Avec mon père et ma mère se tenant par la main, et devant ma sœur à deux ans et moi à côté, tous souriants. Il était lui aussi encadré d’or. Dessous , une cheminée, inactive depuis longtemps elle aussi. Quand on se tenait face au ta bleau, sur la gauche, il y avait une baie vitrée qui donnait, elle aussi, sur la terrass e carrelée. Sur la droite, il y avait deux portes. La plus au fond, était celle de ma chambre. Je n’avais pas une chambre ordinaire, comme tous les jeunes de mon âge. Avec p eu d’espace, un lit simple, des posters un peu partout sur le mur, un placard couli ssant, et un bureau sur lequel reposait, souvent, un ordinateur. Ma chambre était grande, trop grande ! Elle faisait plus de vingt mètres carrés… Je vous laisse imagine r la taille du manoir ! Au fond, contre le mur, se trouvait mon lit, double, encadré par deux grandes fenêtres. À gauche, contre le mur, près de la fenêtre, il y ava it mon bureau, petit quant à lui. Pas très large, mais plutôt long. Comme il n’y avait pa s d’électricité dans le manoir, plusieurs lustres dorés pendaient du plafond, ils c omprenaient des bougies qu’il fallait allumer pour s’éclairer. Inutile de préciser qu’eux aussi étaient hors service depuis longtemps. Pour ma part, j’avais ma réserve de boug ies, que j’allumais pour travailler et faire mes devoirs. Oui parce que, bien que je vi vais dans une maison peu commune, je suivais les cours et j’allais au collège, comme tout le monde. Tout à droite contre le mur, sous un tableau représentant ma petite sœur da ns mes bras à sa naissance, se trouvait une cheminée que j’aimais bien allumer le soir, en rentrant des cours. La
deuxième porte, était celle de la chambre de ma mèr e, anciennement celle de mes parents. Elle était identique à la mienne à la diff érence près qu’il n’y avait pas de bureau et qu’ils y avaient deux fauteuils autour de la cheminée. Sur la droite de la porte d’entrée, se trouvaient des toilettes en plastique, comme dans les écoles. Il y en avait cinq en tout, elles ne montaient pas jusqu’au plafo nd et étaient d’une blancheur surprenante dans cet univers ancien. Ma mère les av ait faites placer là il y a cinq ans, presque jour pour jour. Elles condamnaient deux por tes, celle juste à côté de la porte d’entrée, du bureau de mon père, et celle de la cha mbre qui aurait dû appartenir à ma sœur. Mes parents fonctionnaient comme ça : pendant quatre ans nous dormions dans leur chambre, puis, le jour de notre anniversaire, nous aménagions une nouvelle chambre que nous devions garder jusqu’à notre major ité. La troisième porte après la pièce qui aurait dû être la chambre de ma sœur, il y avait la salle de bain… Une des pièces les plus détestées par ma mère et moi, que n ous n’avons malheureusement pu condamner car aucune autre pièce n’aurait pu la rem placer. Peu avant la naissance de ma sœur, dans la cuisine et la salle de bain, mes p arents avaient fait installer l’électricité, ce qui a causé la mort de ma sœur… N on, si je parle d’une vie sans mon père ce n’est pas que mes parents soient divorcés c omme le font beaucoup les parents d’aujourd’hui. C’est beaucoup plus tragique que ça. Ma sœur était adorée de tout le monde. Elle avait les yeux pétillants, le s ourire craquant. Mais alors qu’elle venait juste de souffler ses deux bougies, elle éch appa à la vigilance de sa nourrice, et alla dans la salle de bain. Et elle mit les deux do igts dans la prise… Je n’entrerais pas plus dans les détails en disant simplement que sa m ort nous causa un chagrin des plus immenses, la nourrice, après avoir été insulté e de tous les noms fut renvoyée et trainée au tribunal. Ce qui ne donna rien. La famil le nous prit pour des assassins et plus personnes ne voulut entendre parler de nous. U n an après, alors que nous criions toujours au désespoir, mon père disparut brusquemen t, sans laisser de traces. Nous n’eûmes plus jamais de nouvelles de lui. Le chagrin de ma mère fut tel qu’elle tomba dans une dépression alarmante. Je n’avais que huit ans et je ne sus que faire. Désespéré, j’allai sonner chez mes oncles et tantes , tous me donnèrent un peu d’argent en me conseillant de ne pas rester près de ma mère si je ne voulais pas finir comme ma sœur ou mon père. Je leur répondais en m’e nfuyant que ma mère n’était pas plus un assassin qu’eux. Je pris alors le contr ôle de la maison, préparant des petits plats, tentant de distraire ma mère, mais ri en n’y fit. Je finis par abandonner et laisser ma mère dans sa mélancolie. Je continuais s implement de préparer à manger. Ma mère ne sortait plus du manoir, je n’avais aucun e idée de ce qu’elle faisait de ses journées. Les seuls moments où nous échangions quel ques mots, étaient lors de Noël ou de nos anniversaires respectifs. Cela se limitai t à « Bonne fête maman », « merci, toi aussi mon chéri », pareil pour les anniversaire s. La salle de bain comprenait une grande baignoire de marbre, au fond, au-dessus se t rouvait une petite fenêtre en bois, sur le mur de gauche, il y avait une cabine de douc he. Entre l’angle et la douche, se montrait, timidement un petit cabinet de toilettes. À gauche de la porte, se trouvait un petit lavabo de marbre. En face de la salle de bain se trouvait la cuisine, grande elle aussi, toute de marbre avec, au fond une grande bai e vitrée donnant sur les jardins. On pouvait y voir une fontaine elle aussi de marbre, m on père l’aimait beaucoup, représentant une femme nue portant sur son dos une cruche en train de se vider dans la cuve. Une fois par an, le jour où mon père avait disparu, ma mère la mettait en marche, en souvenir. Aussi, je fus étonné de la voi r allumée. Alors tout me revint en mémoire… Car si ma mère mettait la fontaine ce jour -là, ce n’était pas qu’en souvenir. C’est parce que, chaque année, depuis cinq ans que mon père était parti, le douze
novembre dans la soirée, le temps se déchainait con tre le manoir, les jardins s’inondaient, les arbres de la forêt se cassaient, les volets se jetaient contre les murs et les fenêtres, il arrivait même que cela cassa le s vitres… Il pleuvait ainsi pendant une semaine, harcelant la maison, empêchant à quiconque de s’approcher du manoir. Et je devais passer des épreuves, « sous-entendues ». C’e st assez compliqué à expliquer. Mon père était parti le jour de mon anniversaire. M a mère pense que c’est sa façon de me faire comprendre que je grandis et que je dois a ffronter des épreuves dans la vie. Malheureusement ce ne sont que des croyances et je me demande toujours comment cela peut-il se produire. Chaque année, pour le tem ps je me dis que c’est un hasard, mais pour les épreuves, c’est différent. Ma mère pe nse qu’en allumant la fontaine de mon père, elle me protège pendant mes épreuves. Oui , ma mère a toujours été superstitieuse, elle a toujours cru en plein de cho ses. Je ne m’explique pas ces épreuves, je ne m’explique pas qui juge la réussite ou l’échec, je ne m’explique rien. C’est pour cela que chaque année, je redoute mon an niversaire. Bien sûr, vous devez penser que je pourrais ne pas passer ces épreuves. La première année, je ne comprenais pas ce que je devais faire. À chaque épr euve non faite, une partie du manoir tombait un peu plus en ruine. La première fo is ce fût la chambre de ma sœur, c’est aussi pour cela que nous l’avons barricadée. Les règles n’étaient pas très compliquées, aussi je les ai vite comprises. Chaque épreuve a un temps limité, et il y a autant d’épreu ves que de bougies sur mon gâteau ce jour-là. Chaque année, des challenges différents , tous dans le manoir ou aux alentours. La totalité des épreuves peut prendre un e semaine. Certaines s’enchainent, d’autres se déroulent à quelques jours d’intervalle s. Elles durent maximum un jour et une nuit. Les épreuves peuvent être physiques mais aussi psychologiques, liées au décès de ma sœur ou à la disparition de mon père. Je retournai dans ma chambre, regardai mon calendri er et me rendis compte avec stupeur que nous n’étions que le onze. Les épreuves ne devaient commencer que le douze. Pourquoi ma mère avait-elle mis en marche la fontaine ? Je sortis de ma chambre et frappai à la porte de ma mère. Elle ne r épondit pas, elle avait pris pour habitude d’économiser ses mots et nous avions établ i un nouvel équilibre. Elle ne parlait que quand elle voulait donner son avis ou d ire non. Elle était assise sur son lit et me regardait comme une enfant battue. C’était si ra re que je vienne la voir, que l’on s’adresse la parole. Je la rejoignis, me plantai de vant elle et lui dis : « maman, pourquoi as-tu allumé la fontaine ? ». Elle me rega rda sans comprendre. « Maman, nous sommes le onze aujourd’hui ! Mon anniversaire n’est que demain ! ». Elle me regarda horrifiée. Puis elle se leva, me contourna et sortit de sa chambre. Je la suivis dans la cuisine. Elle regarda par la fenêtre, ouvri t la porte du jardin et sortit. Elle arrêta la fontaine. Quand elle revint, elle posa ses deux mains sur mes épaules et je compris qu’elle allait parler. « Mon fils, dit-elle, pardon ne moi ! J’ai fait une erreur qui pourrait avoir de graves conséquences. ». Elle laissa ses ma ins retomber et alla s’assoir à table. Je préparais le repas. Quand j’arrivais avec le plat, je la vis concentrée devant un jeu de carte. – Que se passe-t-il ? Lui demandai-je.
Elle s’était trouvée un don pour prévoir ce qu’il a llait arriver. Mais il était si rare qu’elle en fasse démonstration devant moi que je m’ inquiétai.
– Timothée, demain tu auras quatorze ans. Cela fera six ans que ta sœur nous aura quittés, et cinq ans pour ton père. Cela fera cinq ans que nous vivons tous les deux, et que tu t’occupes de moi comme si j’étais ton propre enfant. Intrigué, je m’assis et l’écoutai attentivement. El le continua.
– Cela fait cinq ans que je te complique la vie, ne voulant quitter cette maison qui me rend pourtant si malheureuse. Tu dois surement te demander pourquoi. Les raisons sont bêtes et tu peux ne pas les comprendre. Ton pè re et moi avions fait construire ce manoir en forme de T à ta naissance, c’est pour cel a que nous t’avons appelé, Timothée. À la naissance de ta sœur nous avons pens é à déménager mais, les terrains étaient de plus en plus chers et nous n’av ions pas les moyens. C’est pour cela qui nous l’avions appelée Tilla. Malheureusement, c e brin de bonheur nous a quittés trop tôt. Et ton père en a fait autant, peu après. Tu es la seule personne vivante pour laquelle je suis ici. Je ne te le dis sûrement pas assez souvent, je ne te parle peut-être pas assez, tout court… Elle ébaucha un sourire, me lançant un regard désol é. – Cela fait dix ans que tu as aménagé dans ta chamb re qui te tiendra encore quatre ans. Ensuite je ne sais pas où tu iras ni ce que tu deviendras, tu ne me l’as jamais dit, et je ne sais pas ce que je deviendrai, sans toi. J e me souviens que pour ton père, quatorze ans était un âge important. Quand lui a eu quatorze ans, ses parents s’étaient tués dans un accident de moto. Ce fut un passage da ns le monde des adultes. Je pense qu’il voudra que ce soit pareil pour toi. Dan s mes cartes, j’ai malheureusement vu une nouvelle règle. Quiconque qui aura quatorze ans qui se trouvera sur les terres du manoir lors des épreuves devra les passer avec toi, sous peine de mort. Je la regardais, impassible. De toute façon, qui vo udrait s’aventurer dans des terres aussi flippantes ? Pris dans mes pensées, je servis le repas à ma mère et n’entendit pas sa question. – Timothée ? – Oui, pardon maman, qu’est-ce qu’il y a ? – Que voudrais-tu devenir plus tard ? – Heu… Je ne me suis jamais vraiment posé la questi on. Pourquoi me demandes-tu ça ? – Tu vas rentrer en seconde l’année prochaine si je ne me trompe pas. Il faudrait que tu commences à y réfléchir non ? – Heu… Oui, oui bien sûr. Ainsi, pendant tout le repas, elle me posa toutes s ortes de questions, sur le collège, mes profs (qu’elle n’avait jamais rencontrés), mes amis… Elle me proposa même d’inviter des amis pour mon anniversaire. Je lui ra ppelais les épreuves et elle approuva, en baissant la tête. Après le repas, je d ébarrassais la table et elle m’aida à faire la vaisselle. J’allais ensuite à la salle de bain. Tout en me douchant, je repensais à la soirée. Pourquoi ma mère s’était-elle soudaine ment remise à parler ? Pourquoi s’intéressait-elle à ma vie, chose qu’elle n’avait plus faite depuis la disparition de mon père ? Redoutait-elle quelque chose ? Je fus réveil lé en pleine nuit par un cauchemar. Je rêvais que je refusais de faire les épreuves, po ur voir jusqu’où ces forces imaginaires pouvaient aller. Et si, depuis le début , tout n’était que le fruit de notre imagination ? S’il n’existait en réalité aucune épr euve ? Je me levai, et tapai à la porte de ma mère. Elle me dit d’entrer. Je fus étonné de la trouver assise, dans un fauteuil devant sa cheminée, allumée. Elle m’invita à la rej oindre. Quand je fus assis, elle fixa le feu avant de déclarer. – Ton père se mettait toujours dans ce fauteuil. On aimait bien rester comme ça et parler pendant des heures, refaire le monde à notre façon. – Maman, commençai-je… – Oui, c’est vrai, pardon, tu n’es pas venu pour co nnaitre la vie intime de tes parents. Tu as fait un cauchemar n’est-ce pas ? Et tu veux savoir si toutes ces débilités
ne sont pas simplement le fruit de notre inconscien t nous forçant à ne pas les oublier ? Eh bien, je me suis déjà posé la question, moi auss i… Mais non, malgré toutes les croyances tordues que je peux avoir, je te garantis que celle-là est vraie. Il me la dit. – Il ? – Ton père. – Tu l’as revu ? – Non. C’est plus compliqué que ça. Je ne peux pas t’en dire plus. – Maman, est ce que je peux te poser une question ? – Je t’écoute. – Pourquoi t’es-tu soudainement remise à parler ? P ourquoi t’intéresses-tu soudainement à ma vie ? Que s’est-il passé ? Où que va-t-il se passer ? – Oui… Je ne pouvais pas échapper à la question. Eh bien oui, je redoute quelque chose, Timo, tu as raison. J’ai peur pour tes épreu ves. Je ne sais pas si je te l’ai déjà dit mais, ce manoir, représente tout ce que nous av ions en commun, ton père et moi. Ce T, vous représente, ta sœur et toi. Si nous démé nageons, je n’aurais plus rien pour me souvenir de ta sœur et ton père. Pourtant, si no us déménageons, tu n’aurais plus à passer toutes ces épreuves. Les forces qui entouren t le manoir ne seraient pas assez puissantes pour nous suivre dans une autre maison. Comme je te l’ai raconté tout à l’heure, pour ton père, l’année des quatorze ans es t très importante. Il va donc y avoir des épreuves pires que d’habitude. Et je ne te cach e pas que je me sens coupable de ce qu’il va t’infliger. J’ai peur qu’il t’arrive qu elque chose… Avant que cette horreur ne commence je tiens à te dire que je t’aime, plus que tout, vraiment. Et que, cette année, je me sens prête à briser les règles s’il le faut, faire effondrer le manoir, pour venir t’aider. Je pense t’avoir pourri la vie depuis trop longtemps. Aujourd’hui, tu es la seule personne vivante qui est là pour moi, tout le temps . Je peux essayer de te le rendre, un peu. Nous n’avons plus que quatre ans à passer ense mble, je veux faire en sorte que tu les vives bien. Je m’excuse pour ces cinq ans. D e toute façon, ils sont morts, on ne pourra rien y changer. J’étais tellement étonné par le discours de ma mère que je ne trouvais rien à répondre. Cela faisait si longtemps qu’elle n’avait pas parlé comme ça que je ne pus que me jeter dans ses bras pour ne pas qu’elle voit les larmes qui roulaient le long de mes joues. Nous restâmes ainsi jusqu’au petit matin , elle me raconta des histoires sur mon père, sur ma sœur, elle rit… J’étais au comble du bonheur. Quand les premiers rayons du soleil pointèrent dans la chambre, nos vi sages s’assombrirent, de nouveau face à la réalité. Nous nous levâmes. Elle alla pre ndre sa douche et j’allai préparer le petit déjeuner. Alors que nous mangions nos tartine s, le ciel s’assombrit d’un seul coup. Le tonnerre résonna au loin. Moins d’une minu te après, la pluie se mit à tomber, violemment. Des rafales de vents firent danser les volets. Par la baie vitrée, au loin, on pouvait voir les arbres se coucher sous la puissanc e des rafales. Ma mère et moi échangeâmes un regard plein de sous-entendus. Il devait être midi, ma mère lisait dans sa chambre , je regardais la fontaine de mon père couler majestueusement, quand des coups résonn èrent dans la maison. Je sortis de la cuisine, et allai voir ce qui se passait. La première épreuve ? Trois autres coups résonnèrent, amplifiés par la hauteur du plafond. Ils venaient de la porte d’entrée. J’eus un moment d’hésitation. Qui pouvait bien venir ici par un temps pareil ? Je tournai la poignée et tirai la porte. Et je vis, devant moi, t rempés, mes deux meilleurs amis et ma copine. Je faillis tomber à la renverse. Pourquoi i l avait fallu qu’il vienne me voir ? « Tu n’es pas content de nous voir ? Me demanda Lily », « Non,… Enfin, si… Enfin je ne sais pas… ». Je ne parvenais plus à parler. De tout e façon, il était trop tard pour qu’ils
repartent. La nouvelle règle parlait de TOUS ceux q ui étaient sur nos terres ce jour-là. Cela incluait donc le fait qu’il ne pourrait pas re partir avant la fin des épreuves. Si, ils survivaient… Mon cerveau envoyait des dizaines d’in formations contradictoires et je ne parvenais à faire le tri. Je m’écartai pour les lai sser entrer. Ma mère qui était venue voir qui c’était, les invita à approcher. À sa voix, je sentais qu’elle tremblait. En refermant la porte, je vis, garée sur le chemin, une vieille car casse rouillée. Ce devait être ce qui leur avait servi à venir jusqu’ici. – Tu ne me présentes pas tes amis, Timo, me demanda ma mère d’une voix qu’elle tentait de faire paraître normale. – Heu, oui bien sûr. Alors, voici Manu et Tobias, m es meilleurs amis, et là c’est Lily, ma copine depuis la quatrième. Me retournant vers e ux, je vous présente ma mère, enfin Manu tu la connais déjà. – Oui, je me souviens de toi, tu as bien changé. Ra vie de vous rencontrer, lança ma mère à Lily et Toby. Asseyez-vous. Ils s’exécutèrent. Ma mère prit alors un air grave. Elle leur demanda pourquoi ils étaient venus ici. Méfiant, Manu répondit qu’ils vo ulaient me voir pour mon anniv, ce qui n’était jamais arrivé pour Lily et Toby. Manu, je le connais depuis la maternelle, on a toujours été meilleurs potes, il connaissait mes parents et ma sœur. Il venait toujours à la maison, c’est pour ça qu’il connaissait le che min pour venir. C’était à lui que je m’étais le plus confié pour la mort de Tilla ou la disparition de mon père. Il m’avait beaucoup soutenu, mais, depuis la dépression de ma mère, je ne l’invitais plus et je ne voulais plus parler de ma vie en dehors du collège. Je lui avais demandé de tout garder pour lui et il le fit très bien. Je ne voula is pas que l’on connaisse mes difficultés, chez moi, et que l’on me regarde bizarrement. Oui, aujourd’hui, vivre dans un manoir immense, au décor moyenâgeux, fait peur. Tobias, je l’ai connu en sixième comme Lily. Le feeling était bien passé avec lui, mais lu i comme moi n’avions jamais vraiment parlé de notre passé ou de notre vie tout court. Ça m’arrangeait bien. Quand à Lily, on s’est connu en sixième, mais on ne se parlait pas v raiment, ce n’est qu’en quatrième que l’on est sorti ensemble. Depuis on ne se quitta it plus. Le seul petit hic, c’est que je refusais de lui parler de ma famille, je ne voulais pas l’inviter, et elle ne comprenait pas. Ma mère leur posa d’autres questions auxquelles Man u se chargea de répondre. Il la dévisageait, ne semblait pas la reconnaître. Lor sque ma mère s’interrompit, une rafale de vent jeta les volets contre les fenêtres de la baie vitrée, les carreaux volèrent en éclats. Nous eûmes à peine le temps de protéger nos visages. Ma mère me lança un des regards qu’elle avait lorsqu’elle était perd ue. Je fis signe à Lily et aux garçons de me suivre. Les vitres de ma chambre avaient subi le même sort que celles de la salle à manger et il pleuvait dans ma chambre. Le f racas du tonnerre résonnait maintenant tout proche. Manu me regardait, sans com prendre, le regard plein d’interrogation. Il devait sans doute se demander c e que je lui cachais depuis si longtemps. Lily regardait la chambre, ses yeux alla ient du lit au bureau, du bureau à la tapisserie, de la tapisserie à la cheminée. « C’est ta chambre ? » demanda-t-elle enfin, l’air hagard. « Oui », répondis-je en détournant le s yeux, ne me sentant pas prêt à affronter la peur, l’interrogation, l’étonnement, e t toutes ces autres choses débiles qu’il pourrait y avoir dans son regard. Je leur proposai de s’assoir sur mon lit et je me réservai la vieille chaise en bois lourd de mon bur eau. Pour la première fois, Tobias ouvrit la bouche « Putain, c’est quoi ce bordel ? » . Je ris, d’un rire amer. – Mais qu’est-ce que vous avez foutu ? Vous nous av ez mis dans la merde ! Oh les gars… Manu, pourquoi ? Pourquoi tu as fait ça ?