Pars, cours ! Lenny
366 pages
Français

Pars, cours ! Lenny

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Description

Jupiter ! Une course à obstacles à la fin de l'année ? Tu y participerais, toi ?
Avec Alexis qui est toujours sur mon dos à m'appeler «Le-nerd», c'est certain que je vais terminer ma sixième année dans la pire des humiliations.
Notes à moi-même :
* Ne pas oublier d'avoir mal au ventre cette journée-là.
* Mettre la pointe du thermomètre dans l'eau chaude, mais pas trop longtemps : ma mère sait qu'on meurt si la température du corps dépasse quarante-deux degrés et des poussières.  
Heureusement qu'il y a Alice et Albert, le mystérieux concierge, pour rendre mon année plus supportable.
Attention ! Je m'appelle LENNY, le garçon qui possède une carte secrète dans son jeu. Et ce n'est pas le joker !
Une histoire pleine d'humour, de sensibilité et d'intelligence!

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Informations

Publié par
Date de parution 11 avril 2018
Nombre de lectures 0
EAN13 9782896628155
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 17 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Nadine Poirier illustré par Manuella Côté PARS, COURS !
Illustrations :Manuella Côté Direction artistique, infographie :Jimmy Gagné,Studio C1C4 Tous droits réservés Les Éditions de Mortagne © Ottawa 2018 C.P. 116, Boucherville (Québec) J4B 5E6 Tél. : 450 641-2387 Téléc. : 450 655-6092 editionsdemortagne.com ISBN 978-2-89662-813-1 ISBN (epdf) 978-2- 89662-814- 8 ISBN (epub) 978-2- 89662-815- 5 Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC.
Membre de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) Dépôtlégal:BibliothèqueetArchivesCanada,Bibliothèqueet=ArchivesnationalesduQuébec, e Bibliothèque nationale de France, 2 trimestre 2018
Chapitre 1 Beuuurk !
Beuargh-roiiirk-beuargh-beuargh-splash ! Mathias et Alexis se font asperger. Arrrgh !J’en ai sur mes souliers ! Beuuurk !Dégueuuu ! La partie de basket stoppe net. Bernadette prend la couleur d’une grosse guimauve malgré son teint basané. Peu importe l’équipe, tous les joueurs se plaignent de l’odeur. C’est seulement le deuxième cours d’éducation physique de l’année. Ça commence mal ! Beuaaargh ! Pauvre Léo ! Notre prof d’éduc souffle à pleins poumons dans son sifflet rouge. Avec l’agilité d’un athlète, il attrape le ballon de basket encore rebondissant et pique unsprintpour rejoindre le grand malade. Je dois avouer que je suis content à l’intérieur. Pas que Léo vienne devomir, mais que la partie soit interrompue. Alexis doit se morfondre en ce moment. Il ne pourra pas me ridiculiser devant tout le monde en m’appelant «Le-nerd» et en me disant que je suis poche dès que monsieur Adam a le dos tourné. Alexis… Je me lève la nuit pour le détester. sports J’aimerais peut-être les si j’étais le meilleur de la classe, comme lui. Mais disons que la marche est haute. Mettre le ballon dans le panier de basket ? Aucun problème avec un escabeau ! Les sports de raquette ? Si elles sont dans mes pieds seulement et en marchant. Courir le cent mètres ? Contre un escargot, peut-être. Une tortue pourrait me dépasser en traînant sa carapace à reculons.
Je me suis déjà fait applaudir par Alexis. Je franchissais le fil d’arrivée en premier. Tous les regards de fierté et d’envie posés sur moi.Quelle joie !Mais bon. Je me suis réveillé en sueur. Dans mon lit. Dans mille ans, peut-être que ça m’arrivera, mais pas dans cette vie. J’ai beau avoir les meilleures intentions du monde, au son du sifflet j’EXPLOSEautant… qu’un bâton dedynamitepérimé. Ensuite, je ralentis jusqu’à la ligne d’arrivée. Et, comme je ne cours pas régulièrement, je m’essouffle plus vite qu’uneballoune crevée. Pour ça, je suis le plus rapide ! À force d’entendre Alexis me traiter de lambineux, tous les élèves de ma classe commencent à y croire. Alexis l’a dit à Mathias, alors qu’il ignorait que je les épiais. Tout le monde est convaincu que je ferai perdre la partie à mon équipe. Le gros problème, c’est qu’ils ont probablement raison. J’aimerais mieux étudier pendant des heures au lieu d’aller au cours d’éducation physique dans ces conditions-là.N’importe quoi, pourvu que je ne sois pas en train de courir à bout de souffle. Bien sûr, toutes mes tentatives ont échoué l’une après l’autre. Feindre la maladie, ça passe une ou deux fois, mais, au bout de plusieurs fois, les adultes comprennent vite que je fais exprès. Plié en deux, Léo dégobille son dîner, sa collation, sa deuxième collation, son petit gueuleton d’après-dîner et probablement aussi son déjeuner. C’estdégoûtantde voir sortir le gros jet de sa bouche comme l’eau d’un tuyau de pompier ! Il mange, Léo. Plus qu’il ne faut. Selon mes calculs scientifiques, deux garçons de sixième année doivent rentrer dans son pantalon. Monsieur Adam essaie de lui apprendre quelques trucs pour avoir des SHA, des Saines Habitudes Alimentaires, mais Léo se fiche éperdument de sa santé.
Au lieu de faire des prouesses avec le ballon de basket commeen temps normal, notre prof d’éduc passe au modeurgence.
— Lenny ! Apporte vite la poubelle. Pourquoi moiii ? J’y vais d’un pas rapide en retenant ma respiration.
Gang ! — continue notre prof. Allez vous asseoir sur le banc en silence. Mathias, va chercher miss Kathy. Dis-lui que c’est pressant. Pourquoi la secrétaire ? Parce qu’elle est passée maître dans l’art de répondre aux urgences. C’est notre enseignante, madame Geneviève, qui le dit depuis la fois où miss Kathy est débarquée dans la classe pour déboguer le tableau interactif. On s’assoit tous sur le banc, les deux mains sur le nez, à part Damien Langlois, perché comme un singe en haut du mur d’escalade. Sans autorisation, comme toujours. Pourtant, ce n’est pas si difficile à comprendre, une consigne. Damien fait exprès. Il multiplie les niaiseries depuis son arrivée, l’an dernier. Pas pour rien qu’il a changé d’école… C’est ce que j’ai conclu dès sa première semaine à Sainte-Marie.
En dessous du panier de basket s’accumulent des morceaux de nourriture qui flottent dans un liquidevisqueuxorange. De quoi me faire vomir, moi aussi !
Damieeen !crie Bernadette. Non mais, quel crétin ! Il vient de planter comme un chef ! Un peu sonné par sa chute, il nous rejoint discrètement sur le banc pour éviter la conséquence suprême : dix tours de gymnase au pas de course avec des pompes aux quatre coins. Monsieur Adam !Damien saigne du neeez ! Bernadette, la colporteuse de la classe, bondit en grimaçant. Elle évite de justesse de se retrouver avec une tache du sang de Damien sur ses vêtements. Jupiter ! DuSAAANG!J’ai chaud. Très chaud. Pourtant, je ne fais aucun effort. Étrange. Les morceaux dans levomide Léo ressemblent à des raisins qui explosent comme du maïs soufflé. L’odeur estDÉ-GUEU-LASSE !Plus bizarre encore, le plancher se soulève… et descend. Mes yeux effectuent un balayage laser du gymnase, qui ondule dans tous les sens. Mon visage est subitement attiré par le sol. Lennyyy ! Les cris autour de moi semblent sortir d’une boîte de conserve format familial. Monsieur Adam !Lenny va tomber dans les pommes ! Je vois des étoiles. Mon corps ramollit comme un Ficello. Ma caboche se retrouve entre les mains d’Alice. Je sens qu’elle me retient pour que je ne tombe pas par terre. Les élèves sont persuadés que je vais m’évanouir. Il faut que je résiste ! Lenny, reste avec moi ! La voix d’Alice me force à lever les paupières. — Alice, tu as quatre yeux.Ark !J’ ai vraiment mal au cœur. J’entends le message de miss Kathy à l’interphone, qui demande au concierge de se rendre au gymnase. Son accent anglais me paraît
déformé. a-ta-clock-a-ta-click-a-ta-clock-a-ta-click-a-ta-clock… Click-Je reconnais ces bruits, mais je suis perdu. — Alice ! Il y a un pic-bois dans le gymnase ! — Mais non, c’est miss Kathy qui arrive avec ses talons hauts. Des «oh ! Lord !»répétitifs résonnent dans ma tête. Puis plus rien. Le silence.
— Ça va, Lenny ? J’ai une compresse d’eau froide sur le front. Un long regard circulaire autour de moi m’indique que je suis couché sur le petit lit dans la pièce adjacente au secrétariat. Je dois me rendre à l’évidence. J’ai complètement perdu le nord. Qu’est-ce que les autres vont penser de moi ? Se faire secourir parla fille la plus gentillede la classe, en ayant les deux yeux dans la mélasse, c’est poche ! D’autant plus qu’ils vont encore dire que je suis faible. C’est faux.J’ai le cœur solide comme le roc !Le problème, c’est lesang. Si Damien n’était pas tombé du mur d’escalade, je n’aurais pas fait ce maudit plongeon dans l’inconscience. Alexis n’a pas fini de rire de moi. Miss Kathy me fixe. Bizarre, ses cheveux courts me semblent plus rouges que d’habitude. Rouge sang. — Te sens-tu mieux ? — Euuuh, un peu étourdi. Je dirais que la rotation de la Terre est sur le mode accéléré. Elle me sourit. — Ne t’en fais pas. La planète ne tourne pas plus vite aujourd’hui. — Où est Léo ?
— Aux toilettes. Sa mère vient le chercher. — Et Damien ? — Au local de réflexion. ls Ça me gêne vraiment de tomber dans les pommes pour une raison aussi nulle que la vue du sang. Mais, sur Internet, j’ai découvert que ce n’est pas ma faute. Et encore moins un signe de faiblesse.
hez certaines personnes, la présence du sang produit une réaction très inattendue : une alerte se déclenche dans leur corps. Le cerveau C analyse cette alerte et agit comme si c’était la personne elle-même qui perdait le sang. Alors, pour protéger les organes vitaux, le sang quitte les extrémités et se dirige de toute urgence dans le cœur et les poumons. Cela occasionne un manque de sang à la tête et cause la perte deconscience.
Yes ! Miss Kathy m’informe qu’il me faut rester ici pendant toute la période d’éduc. Fini, l’éducation physique ! Je voudrais aller chercher mon précieux livre desciencedans mon pupitre, mais la secrétaire refuse catégoriquement, prétextant que je pourrais perdre connaissance dans le corridor. Elle exagère… à moins qu’il y ait du sang dans le corridor ! La tête sur l’oreiller, je compte les lignes sur la tapisserie de gauche à droite, de droite à gauche. C’est archiplate ! J’imagine que le plafond est une carte du ciel. Les trous, les taches, chaque imperfection obtient un nom. La planète « tache de peinture », l’astre « mouche écrasée », la nébuleuse « de moisissure ».
Au moment où je m’apprête à supplier miss Kathy d’appeler mes parents pour que je retourne chez moi, la porte s’ouvre légèrement.
Chapitre 2 Génie et concierge ?