Poèmes pour les enfants (1925-1929)

Poèmes pour les enfants (1925-1929)

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Maïakovski, célèbre poète de la littérature russe de l'époque soviétique est moins connu pour ses poèmes pour enfants, "Le cheval-feu", "Quel métier choisir ?", "Chanson-éclair" ou "Histoire de Vlas, vaurien et paresseux". Cet ouvrage en bilingue russe-français est l'occasion de découvrir sa contribution au développement de la littérature de jeunesse de son pays alors en marche vers le "pays radieux du communisme".

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Ajouté le 01 octobre 2009
Nombre de lectures 592
EAN13 9782296237124
Langue Français
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MAïAKOVSKI POÈMES POUR LES ENFANTS

~aHKOBCKHH, CTHXH ~eTHM
1925-1929

Jeunesse L'Harmattan Collection dirigée par Isabelle Cadoré, Denis Rolland, Joëlle et Marcelle Chassin
Classe de CM2C de l'école du Centre de l'Hay-Ies-RosesElisabeth URBAIN, La colère gronde au Moulin de la Bièvre, 2009. Yoanne TILLIER, Zazavavirano, la sirène de Mayotte, 2009. Myriam MARQUET, Les cahiers bleus de Margareth-Rose. U.S.A 1939-1968,2009. Myriam MARQUET, Khin Kyi, femme-girafe de Birmanie, 2009. Jérôme SUDRES, L'éternelle igname, 2009. Hélène TCHINDA, Masango et la Bulle Géante, 2009. Laurence LA VRAND, Mayotte-Nantes, un aller simple pour Na4jati,2009. Danièle CROUZATIER, La Fée aux Gros Yeux, d'après un conte de George Sand, 2009. Claude BOURGUIGNON, Marcelo, le neveu de Goya, 2009. Edmond LAPOMPE-PAIRONNE, Touloulou au pays des dauphins,2009. André KALIFA, Le ballon perdu, 2009. Nadia GHALEM, Un jardin dans la guerre, 2009.

Philippe MARIELLO, Compère Chien et Compère Chat - Le
rêve de Compère crabe. Bilingue créole-français, 2009. Manuel Peiia MUNOZ, Les enfants de la croix du sud, 2009. Hélène DIAZ, Shammar et le souffle du zéphyr, 2008. Pierre BOUSSEL, Djinou, le léopard de l'Himalaya, 2008. Laurent MONTEL et Sarah GABRIELLE, Eby et le mangeur de contes. Théâtre, 2008. Pierre PARROT, Les bonbons magiques de Babouchka, 2008. Charlotte Escamez, La Belle et la Bête, 2008. Michel SAAD, Fatine, bergère du Liban, 2008. Philippe JAMAIN, Manco et le vent des Andes, 2008. Carlos Henriques PEREIRA, Gentil, l'étalon d'Alter - Gentil, 0 cavalo de Alter. Bilingue français-portugais, 2008. Jean-Marc COSTANTINO, Le milieu de la mer. Eté 54 à Alger, 2008. Carlos Henriques PEREIRA, Império l'âne aux longs poils. Bilingue français-portugais, 2008.

MAïAKOVSKI POÈMES POUR LES ENFANTS MaHKOBCKI111, CTI1XI1 ,n:eTHM 1925-1929
Édition présentée et traduite par

Carole Hardouin- Thouard

L'Harmattan

<QL'Harmattan,

2009

5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-09959-3 EAN : 9782296099593

« Enfants, soyez comme le phare... »

Maïakovski est un des noms que le non-spécialiste de littérature russe citera au côté des Dostoïevski, Tolstoï, Tchekhov, Gorki ou Pasternak... peut-être parce que, comme l'a écrit V. Katanian dans la préface de Maïakovski, Chronique littéraire, ce poète est «la fierté de la poésie russe du 2Üème siècle ». Symbole de l'art révolutionnaire et reconnu sur le tard par Staline comme « le meilleur poète de l'époque soviétique », Maïakovski est beaucoup moins connu pour ses poèmes pour enfants. Pourtant, comme la plupart des grands auteurs de son époque, il a apporté sa contribution au développement de la littérature « jeunesse» de son pays alors en marche vers le «pays radieux du communisme». Il n'existe que peu de renseignements sur l'écriture de Maïakovski pour les enfants: quelques réponses à des journalistes, quelques témoignages trop soviétiques pour être fiables, de brèves allusions dans sa correspondance et ébauches dans ses carnets personnels. Dans sa courte autobiographie Moi-même, il n'y a aucune mention de sa collaboration à la littérature enfantine entre 1925 et 1929, hormis pour l'an 27, la mention de son travail à la Komsomolskaïa Pravda et un très laconique: «D'autre part, j'ai écrit des scénarios et des livres pour enfants ». l Si rien, à première vue, ne prédispose Maïakovski à écrire pour
1 Triolet Elsa, Maïakovski, vers et proses choisis, traduits, commentés par E. Triolet et précédés de ses souvenirs sur Maïakovski, Paris, Les Éditeurs français réunis, 1957, p.l 02.

le jeune public, il est exagéré d'avancer qu'il considérait l'écriture pour enfants comme une activité de moindre importance; en effet, sur la multitude d'activités menées de front par le poète, il n'en est aucune qu'il n'ait traitée avec un enthousiasme et un perfectionnisme moindres. Dans une interview pour un journal de Prague, il répond à la question habituelle sur son travail en cours: «Mes éditions complètes en cinq tomes paraissent au GOSIZDAT,. c'est beaucoup de tracas. Mais ma nouvelle toquade est en ce moment la littérature enfantine. »2 En réalité, il existe une grande proximité intellectuelle et affective entre l'univers maïakovskien et le monde de l'enfance. Combien d'amis, de témoins, évoquent ses toquades et ses manières d'enfants. Christian Soleil lui prête le « visage de l'enfant effaré qui ne comprend pas que le temps de raccord est désormais révolu et qu'il faudra désormais compter avec le "non" de l'âge adulte »3 et voit, dans le rapport du poète avec son public, celui de l'enfant avec ses . 4 Jouets. Maïakovski réunit tous les traits de caractère requis pour être un héros de l'enfance, un « grand frère », un « phare» 5. La démesure de sa personne, de ses actes et de son verbe, toute sa mythologie schématique et hyperbolique correspondent à cette tendance des enfants à juger les gens sur leur aspect extérieur, à constituer, pour leur sécurité spirituelle, des catégories lisibles et stables dans le monde.
2 Interview parue le 22 avril 1927 dans le Prager Presse. 3 Soleil Christian, Sur les traces de... Vladimir Maïakovski, Cosmos éditions, 2006, p.53. 4 id., p.55. 5 Maïak signifie en russe le phare. Le poète était parfois surnommé ainsi par ses proches. La métaphore est utilisée dans le poème: «C'est mon petit /ivre sur la mer et sur le phare ». 6

Dans Comment écrire des vers? , Maïakovski écrit qu'« ilfaut toujours avoir devant les yeux l'auditoire à qui l'on adresse ses vers ». Il surmonte merveilleusement ce qui pour beaucoup d'auteurs est une gageure: écrire pour les enfants est un art difficile que ne maîtrisent vraiment que ceux qui ont conservé une grosse part d'enfance. Maïakovski est un poète qui a trouvé «le secret de la jeunesse ». Dans un poème portant ce titre (Secret molodosti)6, il nous le livre: Les jeunes, ce sont ceux Qui, batailleurs en rangs éclaircis Diront au nom de tous les enfants « Nous rebâtirons la vie sur terre! » La jeunesse est le nom le don de celui qui se bat, pour que les jours de labeur
soient joyeux et légers.

Maïakovski se tourne vers la littérature enfantine en 1918, alors qu'il est déjà très impliqué dans le cinéma et
6

V. Majakovskij, Sobranie socinenij v 8 tomah, biblioteka « Ogoniok », izdatel'stvo Pravda, Moskva, 1968, T.6, p.286. 7

la rédaction du journal L'art de la commune. Le 5 décembre, à une réunion de la commission de la section arts plastiques du Narkompros, Maïakovski fait un exposé sur le programme de publication d'éditions illustrées. Parmi celles-ci, il est question d'un recueil de Maïakovski «Pour les bambins» (devaient y figurer un «petit chaperon rouge », une «fable internationale») Dans ce livre, qui doit être illustré, entre autres, par Nathan Altmann et David Chterenberg, il y a, selon Maïakovski, «une rubrique politique» ; mais le projet n'est pas réalisé. Dans son Journal, (29 janvier 1954) Tchoukovski rapporte les propos de Valentin Kataïev: C'est moi qui ai fait venir Maïakovski à la littérature enfantine, dit-il. J'avais vendu mes poésies enfantines à Lev Kliatchko et j'avais touché un rouble par vers. Ayant appris la chose, Maïakovski m'avait demandé de lui présenter Kliatchko. Nous sommes donc allés chez Radouga, et c'est ainsi que Maïakovski a commencé à écrire pour les enfants.7 Vladimir Maïakovski crée une vingtaine d' œuvres pour les enfants: des poèmes, des chansons, des contes en vers et des scénarios de films. Il travaille pour les journaux destinés aux enfants Le Pionnier, la Pravda des Pionniers, Le Hérisson ou Le feu de bois. L'objectif de ses écrits est la recherche d'un nouvel idéal, d'une prise de conscience de la nouvelle «tournure des choses ». On peut juger du sens que
7 Tchoukovski Koméï, Journal 1930-1969, traduit du russe par Marc Weinstein, Paris, Fayard, p. 249. 8

Maïakovski donne à ses livres pour enfants dans les entretiens qu'il eut en mai 1927 avec un journaliste, collaborateur du journal polonais L'Époque. À la question: « À quoi travaillez-vous en ce moment? », il répond: « Je travaille avec un plaisir certain à des livres pour enfants ». Et à la question: .« Dans quel esprit y travaillez-vous? », il répond: Mon but est de suggérer aux enfants quelques notions sociales élémentaires. Mais bien entendu, je lefais prudemment. - C'est-à-dire? - Par exemple, le petit récit du cheval à roulettes,. eh bien, j'ai profité de l'occasion pour expliquer à l'enfant le nombre de personnes qui travaillent pour réaliser un tel cheval.(u.) De cette façon, l'enfant se représente le caractère collectif du travail. Ou alors, je décris un voyage et ainsi, je fais connaître à l'enfant non seulement la géographie, mais aussi, par exemple, que certaines personnes sont pauvres et d'autres . 8 nc h es, etc. C'est donc avec un grand sérieux que Maïakovski s'implique dans cette nouvelle tâche. Pour lui, le poète est un éducateur du peuple, « un cristallisateur de son esprit et de sa conscience» ; l'ardeur qu'il déploie à « éduquer» le peuple s'étendra à la jeunesse et aux enfants. Maïakovski intervient parfois directement devant les enfants. Le 10 mai 1926, pour la « Journée de la forêt », il fait la lecture de son « Conte de Pétia le gros garçon,
V. Majakovskij, Sobranie soCinenij v 13 tomah, Moskva, Gosudarstvennoe izd. Hudozestvennoj literatury, 1955, 1961, t.13, p.234.
8

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et de Simon qui est maigre» devant un rassemblement d'écoliers. Le Il juin 1928, il intervient à l'occasion de la rete du livre enfantin organisée par les éditions d'Etat en lisant son poème « Quel métier choisir? » Poésie de l'action et du réel, exaltant la civilisation industrielle et soviétique, la poésie pour enfants de Maïakovski n'est pas un ersatz de sa poésie pour « adultes ». Si d'aucuns n'y voient qu'œuvre de commande et exercice de style, ils reconnaîtront malgré tout que dans ses contes ou ses chansonnettes, Maïakovski se montre aussi hardi et intègre que dans ses grands poèmes «C'est bien!» ou «À pleine voix »9. On y retrouve l'imagerie truculente et les analogies provocantes; le langage pétulant de la rue et de l'univers enfantin, les listes de mots, les néologismes et les onomatopées, certains grands thèmes comme la terre, la féerie et le futur dans lesquels Claude Frioux voit les trois piliers de son univers spirituel. 10Le poète semble tout juste moduler sa voix de stentor pour ne pas effrayer son jeune auditoire, mais il discute de tout
avec lui.

Quand, dix ans après la mort du poète, Samuel Marchak rédige son article «Maïakovski pour les erifants »11, il rappelle que Maïakovski, quel que soit l'âge de son public, écrit «non pas pour qu'on admire ses vers, mais pour que ses vers travaillent, fassent irruption dans la vie et la transforment» mais qu'il n'oublie pas pour autant, lorsqu'il travaille pour les enfants, que « le lecteur ne lui arrive qu'au genou. »
9 Les deux poèmes sont écrits en 1927 en même temps que de nombreux poèmes pour enfants. 10 C. Frioux, Maïakovski par lui-même, Écrivains de toujours, Paris, Seuil, 1961, p.65. 11 S. Marsak, Majakovskij detjam, in « Sobranie socinenij v 8 tomah", T. 7, Vospitanie slovom, (L'éducation par le mot), izdatel'stvo Hudozestvennaja literatura, Moskva, 1968-1972. 10

La poésie pour enfants de Maïakovski rentre dans le cadre de toutes ses activités liant l'art et la propagande. Les slogans publicitaires, les chroniques de l'actualité en vers qu'il rédige pour les journaux jusqu'à la fin de sa vie; sa production considérable d'affiches de propagande et de fenêtres satiriques ROSTA12 qu'il illustre lui-même l'ont préparé à la création d'albums pour enfants. Comme les livres pour enfants, les affiches doivent s'exprimer de façon simple, frapper la mémoire et l'imagination. La présence du discours politique ou militaire ne pèse que sur quelques poèmes qui, pour le coup, ont bien mal résisté au temps. Au public enfantin, Maïakovski prêche l'amitié et la solidarité comme qualités idéales de l'homme nouveau. La vie dans les détachements de pionniers est présentée comme une République enfantine exemplaire; ce que Maïakovski attend de la Révolution et de l'ample générosité de ses projets, c'est une transformation du monde dans le sens de la féerie, une vie d'une incessante et trépidante nouveauté, d'une inaltérable Jeunesse. Les livres pour enfants de Maïakovski connurent un grand succès. Dans ses souvenirs, Triolet écrit:
Leur succès auprès des enfants est si grand que (pour ne citer qu'un chiffre qui m'est dernièrement tombé par hasard sous les yeux) un seul de ses poèmes a été tiré en 1939 à un million , . 13 d exemp laires.

Immenses affiches de propagande de l'Agence télégraphique de Russie portant SUTdes thèmes d'actualité. Maïakovski y travailla de 1919 à 1922 avec un petit groupe de poètes et de peintres. 13Triolet E., Maïakovski, Poète russe, souvenirs, Éditions sociales internationales, Paris, 1939, p.64. 11

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Avertissement:
La traduction en vers de Maïakovski est très difficile voire, comme le pense Elsa Triolet, quasi impossible; il faudrait refaire dans une autre langue tout le chemin que Maïakovski a parcouru lui-même. Il faudrait des années et du génie...14 La traduction est en effet rendue très difficile par l'utilisation de la langue parlée et les expressions familières du moment, les jeux de mots dont l'équivalent fiançais et rimée est très souvent impossible à réaliser. Vladimir Maïakovski s'adressant à son traducteur allemand lui demandait: « Comment pourriez-vous traduire mon rythme échevelé, mes mots qui se heurtent, les phrases qui courent comme des fourmis, les i,yures et les malédictions, les chants de marche et les gaudriole, la langue parlée et la révolutionnaire? Habiller tout ça d'un vêtement étranger?» Mais paradoxalement, il note plus loin: «Si on vous dit que mes
vers sont intraduisibles, ne le croyez pas, même pas moi!
» 15

Nous avons donc essayé, la tentation et le plaisir étaient trop grands, veuillez nous en excuser.

14Triolet Elsa, Maïakovski, Poète russe, souvenirs, pp. 91-92. 15 Soleil Christian, Sur les traces de ... Vladimir Maïakovski, éd. citée, p.57.

Maïakovski
MaHKOBCKI1H

1893-193°