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Première Floraison

De
310 pages

À 17 ans, Bérénice a fini par s’habituer à son physique atypique. D’ailleurs, sa longue chevelure rubis assortie à ses yeux écarlates en font d’elle une jeune fille magnifique. Et puis elle peut compter sur ses deux fidèles amis Gabriel et Pénélope qui eux aussi présentent des caractéristiques pour le moins originales : très grand et doté d’une stature athlétique, le premier arbore des cheveux mi-longs d’une violet profond et sa beauté est accentuée par des yeux légèrement bridés de la même couleur, tandis que pour Pénélope, c’est un remarquable rose foncé qui colore ses cheveux et ses yeux. Très complices, les trois jeunes gens découvrent de surcroît qu’ils peuvent communiquer par télépathie. Chacun entend distinctement ce que pense l’autre, et bientôt, ils se retrouvent même dans leurs rêves. Une autre de leur particularité est qu’ils éprouvent un dégoût incommensurable pour tous les aliments carnés. Ils se sentent proches des animaux à tel point que lorsqu’ils se retrouvent face à un léopard échappé d’un zoo voisin, ils parviennent à le calmer et même à l’endormir. Un matin, Bérénice voit un camion de déménagement en face de chez elle. Un sublime garçon sort alors de sa voiture : les cheveux d’un incroyable blanc argenté se reflétant dans ses yeux nacrés...


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-12153-3

 

© Edilivre, 2017

Prologue

La Reine avait fait vite quant elle avait appris la nouvelle. Un de ses petits venait de perdre ses parents adoptifs dans un accident. Michèle le leur avait confié il y a cinq ans de cela pour lui sauver la vie et garantir sa sécurité. Elle avait mal vécu cette séparation, ce petit était spécial pour elle. N’ayant jamais eu d’enfant, Michèle était devenue très proche de lui grâce à ses visites dans le Palais. Quand ses parents biologiques étaient occupés, il parvenait toujours à échapper aux gardes pour se glisser dans la salle du trône et suivre la Reine dans ses activités. Elle avait bien tenté de le chasser plusieurs fois mais rapidement, elle s’était habituée à ce garçon plein de vie.

Elle avait alors traversé le ciel pour lui rendre visite dans l’autre monde. Heureusement, elle savait qu’il n’était pas tout seul. La fille biologique des malheureux défunts avait pris son petit frère adoptif sous son aile. La Reine ne doutait pas un instant de cette jeune fille, Michèle avait tout de suite su que l’adolescente serait très attachée à lui.

La Reine retrouva les deux orphelins chez leurs parrain et marraine qui avaient décidé de les accueillir. Elle retrouva son petit qui lui sauta dans les bras en la voyant. Il avait bien grandi.

– Micha, tu es là ! Chantonna-t-il. Micha. C’était le surnom qu’il lui avait donné dès le début. Cela lui avait tant manqué. Elle serra son petit si spécial contre elle.

– Oui, je suis revenue pour veiller à ce que tout se passe bien pour toi, mon petit.

– Tu vas m’emmener avec toi ? Je vais retourner chez nous ? Michèle vit les grands yeux argentés du garçon briller. Il mourrait d’envie de partir avec elle mais elle ne pouvait pas le garder près d’elle, c’était beaucoup trop dangereux. Elle savait pertinemment que la bête ferait tout pour l’avoir, il était unique en son genre.

– Je ne peux pas, mon pistil. Tu dois rester avec ta sœur, tu seras bien plus heureux ici. Tu sais que je suis très occupée. Je n’aurai pas le temps de veiller sur toi. La mine déçue du garçon lui fissura le cœur. La Reine détestait lui dire non.

– Mais Micha ! Je veux venir avec toi !

– C’est impossible, je ne peux pas te dire pourquoi maintenant. Mais sache que je fais ça pour ton bien. Ta sœur saura trouver les mots au moment venu.

La Reine posa ses yeux multicolores sur l’adolescente.

– Tout ira bien pour toi ? Tu te rappelles des explications que j’ai donné à tes parents ? Tu sauras veiller sur lui et répondre à ses questions ? Car il en aura, c’est certain. Demanda Michèle.

La jeune fille hocha vivement la tête. La Reine vit dans ses yeux toute sa force intérieure et ne put qu’être rassurée quant à l’avenir de son petit. Même si le quitter allait encore être une véritable épreuve.

– Soyez tranquille, je serai toujours là pour lui. Et je n’oublies pas non plus mon devoir de discrétion. Affirma l’adolescente. Pendant ce temps, la famille d’accueil regardait ce trio d’un œil curieux, se demandant ce qui pouvait bien les lier ainsi. De quelle discrétion parlait-il ? Quelles questions aurait à poser le petit ? Qui était cette incroyable femme venue de nulle part ?

– Je compte sur toi, tu sais qu’il m’est très précieux.

Michèle serra à nouveau son petit dans ses bras, émue. Elle avait l’impression de quitter une partie d’elle-même.

– Mon petit pistil, ne t’en fais pas. Nous serons toujours liés, toi et moi. Bientôt, nous nous reverrons, je te le promets. Quant tout sera arrangé chez nous, tu pourras y retourner mais pour le moment, c’est trop risqué. Je ne veux pas te perdre, tu comprends ? La Reine retint ses larmes. Elle ne voulait pas l’affoler, ou pire, qu’il comprenne qu’elle croyait peu en son éventuel retour, un jour, parmi les siens.

– Ne pleure pas Micha, je sais que quelque chose te fait peur là-bas, chez nous, mais je te promets qu’un jour, je viendrai te protéger…

La Reine rit doucement devant l’audace de ce petit garçon. Si seulement il disait vrai. Même si elle en doutait car la bête était redoutable, elle était consciente que son petit pouvait devenir un grand guerrier. Il était malin et courageux. Un peu comme ses deux pères d’ailleurs. Elle se permit alors de rêver et embrassa une dernière fois son petit rayon de soleil.

Elle repartit, songeuse et soucieuse de l’avenir qui l’attendait.

Chapitre I
Révélation

Comme tous les matins depuis maintenant dix-sept ans, je brossais mes cheveux qui arboraient une somptueuse couleur rubis tout en me demandant ce qui pouvait bien clocher chez moi. Cette teinte était bien naturelle et j’avais eu beau essayer de l’atténuer par tous les moyens, tout s’était soldé par de cuisants échecs. Surtout que mes yeux, et c’était probablement cela le plus étrange, brillaient également d’un rouge écarlate.

Je me demandais pourquoi j’avais un tel physique, mais mes parents n’avaient jamais daigné me répondre. Alors je m’y étais habituée, surtout qu’il n’y avait que cela qui dénotait. Je tressai alors cette longue tignasse rouge et descendis prendre mon petit déjeuner. Mes parents étaient déjà à table et me saluèrent.

– Bérénice Dazure, un jour je vous couperai l’eau chaude ! Me lança mon père, ne pouvant dissimuler son habituel petit sourire.

– Tu as bien dormi ma chérie ? S’enquit ma mère, après avoir ri doucement.

– Oui merci, et vous, mes adorables parents ? J’ai entendu papa ronfler donc j’imagine que oui ! Lançai-je, un clin d’œil adressé à mon père.

– J’espère t’avoir réveillée ?

– Pas de chance, j’ai le sommeil lourd en ce moment.

Je commençai à prendre mon petit déjeuner tout en discutant de tout et de rien avec mes parents. Mais je sentais que ma mère, par ses regards insistants, allait encore me parler de Victor, mon camarade de classe qu’elle trouvait exceptionnel. Toutefois, je n’étais pas prête à entendre parler de lui si tôt alors je me dépêchai de quitter la maison après les avoir embrassés.

L’école se trouvait à quelques mètres de chez moi, mais avant, je devais aller prendre mon meilleur ami, Gabriel, chez lui. Durant le trajet, je repensai à ma mère, elle et celle de Victor étaient très amies et complotaient sans arrêt pour que nous sortions ensemble, mais ce qu’elles n’avaient pas compris, c’était que Victor était déjà en couple, et qu’il ne m’intéressait pas de toute façon. Je le trouvais certes mignon, avec ses yeux bleus rieurs, son teint frais et ses cheveux blonds en désordre. Mais il était également très imbu de lui-même, tout comme sa petite amie d’ailleurs. Très vite, j’arrivai devant la maison de Gabriel, il m’attendait sur les marches de son perron et me sourit joyeusement en me voyant. Pénélope était là, également. Ils me sautèrent dans les bras comme tous les matins, je répondis à leur étreinte en riant.

Gabriel était comme moi, il avait un physique particulier, qui ne passait pas inaperçu. Déjà, il était très grand mais en plus de cela, ses cheveux mi-longs et ses yeux étaient d’un violet profond absolument magnifique, ce qui renforçait sa beauté presque surnaturelle. Il avait en plus des yeux légèrement bridés, probablement un héritage de sa mère japonaise. Tout comme moi, Gabriel s’était demandé pourquoi il arborait une telle couleur, mais ses parents ne lui avaient jamais répondu non plus.

Pénélope, la troisième mutante, arborait des cheveux et yeux d’un beau rose foncé. Elle était plus petite que moi, c’est-à-dire plus grande que la plupart des filles de notre âge, puisqu’elle faisait tout de même 1.75 mètres. J’en faisais pour ma part, 5 centimètres de plus. Gabriel, lui, atteignait, une taille de 1.85 mètres. Tous les trois, nous étions devenus inséparables et c’est donc ensemble que nous nous dirigeâmes tranquillement vers le lycée.

Plusieurs groupes se trouvaient déjà devant les grilles vertes ouvertes, pour fumer ou juste discuter. Dès que nous arrivâmes, tous les yeux furent braqués sur nous, nous étions des gens assez populaires, et ce, malgré nous. Nous étions admirés et craints, courtisés même, et le pire, c’était que nous n’avions rien fait pour. Nous étions juste nous-mêmes, mais malheureusement, notre apparence ne nous permettait pas de nous fondre dans la masse. Les élèves nous voyaient beaux et intelligents, parfaits en somme, ils nous avaient alors élevés au rang de modèles et c’est parmi le groupe populaire local que j’avais rencontré Victor.

Toutefois, contrairement à beaucoup d’élèves qui donneraient tout pour être populaires, nous ne profitions pas ou peu de cette célébrité forcée. Nous restions des mystères et c’est pour cette raison que beaucoup de rumeurs apparaissaient à notre sujet, toutes les plus folles les unes que les autres : une anomalie génétique, une nouvelle espèce d’humanoïde, une maladie encore inconnue, la plus récente faisait de nous des sorciers. Tout était bon pour faire vibrer les étudiants en manque de sensations fortes. Les élèves les plus normaux pensaient simplement que nous étions des originaux mettant des lentilles de contact et se teignant les cheveux.

Quant à nous, étant donné que nous ne savions pas nous-mêmes la nature de notre différence, nous ne faisions qu’ignorer les rumeurs, quelquefois nous nous moquions un peu mais il y avait des moments de doutes, de remise en question, où nous prions pour qu’aucune de ces hypothèses farfelues ne soient vraies.

Contrairement aux autres élèves qui nous suivaient encore du regard, nous décidâmes de rentrer dans l’enceinte du lycée. Étrangement, nous nous y sentions bien, nous étions accueillis par un hall aux murs rouges où se trouvait le guichet de l’accueil qui donnait sur le bureau de la secrétaire. Cette dernière nous regardait toujours avec méfiance, ce qui nous poussait toujours à ne pas nous attarder dans l’entrée.

C’était un petit lycée assez modeste mais nous y étions attachés. Nous avions notre banc attitré où flottait visiblement une aura maléfique puisque personne n’osait s’y asseoir, ce qui était complètement absurde. Nous étions de grands pacifistes tous les trois. Ainsi, assis sur notre petit banc, nous avions des conversations certes plus intelligentes que la plupart de nos semblables mais nous ne refaisions pas le monde non plus.

– Vous vous rappelez du camping sauvage de la semaine prochaine, j’espère ? Demanda Pénélope, enjouée. Elle était celle qui s’exaltait le plus de ce genre de sorties.

– Oh non ! J’avais complètement zappé ! M’exclamai-je, réalisant que je devais peut être commencer à faire ma valise.

– Moi, ça va être compliqué d’oublier, mes parents n’arrêtent pas de m’en parler ! Pour eux, les voyages forgent la jeunesse ! Seulement, moi, le camping, c’est pas franchement mon truc… Lança Gabriel en faisant la grimace.

– Sans oublier qu’on va certainement devoir partager notre tente avec Victor et ses amis… Ajoutai-je, ne pouvant dissimuler un certain mépris.

– Je ne comprends toujours pas pourquoi ils nous invitent tout le temps, on traîne jamais avec eux et on leur fait plutôt une mauvaise pub auprès des autres élèves ! S’étonna Gabriel.

– Question d’image chéri, on irradie n’importe quel endroit où on se trouve, ils ont plutôt intérêt à nous inviter si ils veulent voir du monde ! Tout ce qu’on fait et tout ce qu’on dit est considéré par la plupart comme légion !

– Malheureusement. Je me souviens du jour où j’avais loupé la coloration de mes cheveux, j’étais venue en cours avec un vieux bonnet en laine totalement affreux et le lendemain, toutes les filles en avaient un, j’ai toujours pas compris comment elles pouvaient avoir crû que c’était une mode que je lançais… Affirmai-je, avec un ton exaspéré.

– Ah oui, ta période « j’en ai assez de mes cheveux rouges », tu n’as jamais réussi à les dissimuler, quand j’y repense, c’est assez curieux tout de même ! Ajouta Pénélope.

La sonnerie retentit alors. Nous nous dirigeâmes vers le préau où l’on pouvait monter en cours par un escalier à droite au fond en passant devant le bureau des surveillants. Nous avions cours d’histoire, il nous fallait donc monter deux étages mais contrairement aux autres élèves, nous n’étions pas essoufflés en les montant, même en passant quelques marches pour aller plus vite. Arrivés devant la salle, une petite blonde nous sauta dessus, comme si elle devait nous annoncer la nouvelle du siècle. C’était Claire, la petite amie de Victor. J’espérais juste que lui n’était pas dans le coin.

– Vous allez faire équipe avec nous pour le parcours d’orientation la semaine prochaine ? Demanda Claire avec cette voix qui avait le don de faire bouillir mon sang. Elle parlait en plus d’une épreuve qui me terrifiait pour la simple et bonne raison que devoir retrouver mon chemin dans une forêt n’était pas du tout compatible avec mon sens de l’orientation défaillant. Mais delà à faire équipe avec Victor, il y avait un monde.

– Quoi ? Faire équipe avec nous ? Vous n’avez pas peur qu’on vous enlève pour vous dévorer le cerveau ? Tu sembles oublier qu’on est de méchants aliens ! Assénai-je avec un sourire carnassier.

– Surtout que personne ne vous entendrait crier dans les bois… Ajouta Gabriel, entrant dans mon jeu.

– Et se débarrasser de vous serait le début de notre pleine gloire dans le lycée ! Compléta Pénélope pour mon plus grand plaisir. Nous partîmes dans un fou rire alors que la blonde nous quittait en murmurant à quel point notre détachement vis-à-vis de leur groupe était insupportable. La voir dans cet état me réjouissait. En effet, notre relation à Claire et moi était très houleuse. Elle me reprochait ma célébrité que je ne voulais pas, alors qu’elle se démenait pour attirer l’attention en sortant notamment avec le héros de tous, Victor. La contrarier avait beau être risqué vu l’influence qu’elle avait dans l’école, je ne la craignais pas du tout. Était-ce parce que Victor me connaissait et faisait toujours en sorte que je participe à la vie de son groupe ? Probablement.

Finalement, la professeure d’histoire arriva, ouvrit la salle, et nous pûmes alors nous installer. Le cours portait sur la Guerre Froide. J’aimais beaucoup l’histoire, mais cette période avait tendance à m’assommer littéralement. Alors que Gabriel était plongé dans le cours, je regardai Pénélope, qui était de notre côté, dans la rangée du milieu, assise près de son présumé petit ami dont je ne savais plus le nom. Elle aussi semblait lutter pour suivre, nous nous regardâmes et échangeâmes un regard entendu : l’ennui nous dévorait. Mais quelque chose d’étrange nous sortit de notre torpeur.

Nous étions déjà étranges dans un sens. Mais au moment où j’allais tenter une énième plongée dans mon manuel, j’entendis une voix dans ma tête, comme si un petit être logé dans mon crâne me parlait. Petit à petit, je pus reconnaître cette voix, féminine et assez aiguë. C’était celle de Pénélope. Je la regardai, elle avait les yeux dans le vide, et griffonnait sur son cahier. Elle pensait, mais à quoi ? Les humains normaux ne pouvaient pas entendre de voix dans leur tête ! Alors que m’arrivait-il ? J’avais beau me dire que c’était la fatigue, je continuais d’entendre Pénélope. Sentant une migraine arriver, je demandai à l’enseignante de sortir. Elle acquiesça et je fonçai aux toilettes.

Là-bas, je pus asperger mon visage d’eau fraîche. Je me regardai dans le miroir tout en repensant à cette mystérieuse voix dans ma tête. J’avais toujours voulu vivre comme les autres mais au plus profond de moi, je savais que j’étais différente. Qui d’autre que moi avait dans cette ville et même dans ce pays, des yeux rouges rubis ? Cette voix était-elle un don propre à cette apparence étrange ? Je mis alors quelques secondes à me dire que tout cela était trop fou et m’attelai à me convaincre que j’étais simplement fatiguée et que j’hallucinais.

C’est alors que Gabriel et Pénélope arrivèrent dans la pièce, avec un air inquiet. Pénélope se précipita vers moi pour poser sa main sur mon front mais je lui souris faiblement pour la rassurer.

– Tu vas bien, Béré ? Tu es toute blanche ! Me dit-elle, soucieuse.

– Oui, j’ai simplement eu une petite migraine. Je suis fatiguée et je me mets à entendre des voix, c’est ridicule hein ? Répondis-je en pouffant, mais mes deux amis se regardèrent, gênés.

– Pour tout t’avouer, ça ne l’est pas tant que ça. Lança Gabriel en passant sa main dans ses cheveux.

– Pourquoi ? Qu’est-ce que vous avez tous les deux ? M’enquis-je.

– On les a entendues aussi, ces voix Béré. Pour ma part, j’ai entendu la tienne d’abord et ensuite celle de Gab. Comme toi, j’ai voulu me dire que j’étais fatiguée mais le fait est que je continuais à les entendre. Quand tu es sortie, je me suis inquiétée et j’ai demandé à sortir. M’expliqua Pénélope.

– Et comme j’ai vécu la même chose et que je flippe complètement, je l’ai suivie. Ajouta Gabriel.

– Qu’est ce qui nous arrive, bon sang ?

– Je ne sais pas, mais on devrait peut-être retourner en cours ? Si ça nous arrive encore, on pourra alors se pencher davantage sur le sujet ? Proposa Pénélope, visiblement pressée de retrouver sa classe.

– Et si ça avait un rapport avec notre différence ? On a tout de même un physique particulier. Intervint Gabriel. Je le regardai un moment, je savais qu’il avait raison mais je me refusais à le croire.

– J’ai pensé à la même chose Gab, mais je reste persuadée qu’on a rêvé. On sort de l’ordinaire mais uniquement par notre apparence ! On ne peut pas avoir de pouvoirs, ça n’existe pas ! Répliquai-je.

– J’ai peur Béré.

– Vous voulez bien qu’on retourne en cours ? Ne commençons pas à monter des plans sur la comète ! Dit alors Pénélope, visiblement agacée. Gabriel et moi posâmes nos yeux sur elle, étonnés qu’elle fasse preuve d’autant de sagesse. Mais elle avait raison, rien ne nous disait que nous étions des sortes de télépathes pour le moment.

Nous regagnâmes alors notre salle de classe et je pus retrouver ma place, sous les yeux interrogateurs des autres élèves. Je tentai de me remettre au travail. Mais alors que je me penchai sur mon exercice, ce que je craignais recommença. La voix de Pénélope s’immisça à nouveau dans ma tête, me faisant grimacer, et cette fois, elle était clairement audible, comme si ma meilleure amie me chuchotait à l’oreille. Je lançai alors un regard à mes deux amis, qui y répondirent, la peur sur le visage. Le hasard n’était plus en jeu désormais. Et je peinais à croire que la fatigue cause des hallucinations aussi claires.

J’essayai alors de mieux capter cette voix et crus entendre les réflexions mentales sur cet étrange phénomène, de Pénélope. Je tentai de lui répondre et me concentrai de toutes mes forces sur une phrase.

– J’entends clairement tout ce que tu penses, c’est normal à ton avis ? Dis-je mentalement.

Je regardai Pénélope, elle avait levé les yeux de son cahier et affichait une mine confuse et surprise. Elle se massa les tempes et replongea dans son cours, mais une nouvelle fois, elle leva la tête et me regarda. C’est à ce moment que je pus percevoir une réponse, faible, timide.

– J’entends aussi ce que tu penses Béré, ça commence à me faire flipper !

L’échange devenait de plus en plus aisé, et du coup, également, de plus en plus étrange !

– Alors c’est ça la télépathie ? Pensai-je

– On dirait, mais pourquoi on peut faire ça ? Tu crois qu’on rêve ?

– Je ne crois pas, j’arrive à suivre en même temps le cours !

– Bon sang, tu crois que ça a un rapport avec notre « différence » ?

– Je ne sais pas, c’est tellement soudain ! Tu crois que Gab peut capter nos pensées, lui aussi ?

– Il doit pouvoir le faire, si nous le faisons !

– En tous cas, je pensais que c’était plus dur de communiquer par la pensée, j’ai l’impression qu’on discute normalement là !

Je regardai Gabriel, il avait l’air mal en point tout d’un coup. Il nous regarda étrangement lui aussi, puis je perçus une deuxième voix dans ma tête.

– Cette fois-ci, c’est clair, on est télépathes… C’est toujours aussi fou, ce que je vous ai dit tout à l’heure ? Pensa-t-il.

– Bien sûr que c’est fou Gab ! On parle d’un pouvoir magique là !

– Bon sang, si Elsa savait ça…

Elsa était une fille du lycée, amoureuse de Gabriel depuis notre arrivée, il y a deux ans. Elle était assez petite, pulpeuse et arborait une épaisse tignasse rousse frisée assortie avec de vifs yeux bleus. Son apparence dénotait quelque peu avec la norme établie par le groupe de Victor mais cela ne la rendait que plus attachante selon moi. Elsa et Gabriel s’étaient déjà rapprochés plusieurs fois mais aucune d’entre nous ne savait s’il était amoureux lui aussi. Tout ce que nous avions remarqué, c’était qu’elle représentait un sujet sensible. Une des hypothèses auxquelles nous avions pensé était qu’Elsa ne faisait pas partie des gens populaires, mais plutôt des indépendants, les électrons libres, car elle était la journaliste officielle du Journal de l’école, elle tenait donc à sa neutralité. Ainsi, Gabriel ne souhaitait pas ébruiter l’affaire afin que Victor et ses comparses ne s’approchent pas de trop près d’Elsa. En effet, tout ce à quoi s’intéressait Gabriel avait de l’importance pour eux.

Toutefois, la dite Elsa était justement en train d’admirer Gabriel alors que nous parlions. Elle pensait probablement être discrète mais c’était un échec, je l’avais démasquée en beauté. Elsa rougit, en me voyant la regarder, avec un air amusé. Au final, je n’avais rien de sérieux contre elle. Elle était saine d’esprit, pas comme la plupart des dindes qui gloussaient autour de nous habituellement. Elsa repartit ensuite en apnée derrière son cahier, ce que j’essayai alors de faire pour le reste du cours. Pénélope, Gabriel et moi tentâmes de ne plus penser à cette histoire de télépathie, tout en se jurant de réessayer le soir même, chacun chez soi, et d’en parler à nos parents plus tard.

Lorsque la sonnerie retentit, toute la classe sortit rapidement de la pièce. Le professeur pouvait bien parler autant qu’il voulait, un mur aurait été plus attentif ! Notre cours suivant était la philosophie, soit deux heures de méditation intense sur des sujets que nous pensions connaître, comme le désir, ou le progrès. Même si notre enseignant était un peu dingue dans son genre, voir à tendance psychopathe perverse, nous l’aimions bien. Il était différent, unique, comme nous trois. Avant de nous rendre en cours, nous nous rendîmes aux casiers pour prendre nos manuels. A cause de leur poids important, nous préférions les prendre au dernier moment, afin de nous éviter une déformation précoce de la colonne vertébrale. Mais au moment d’ouvrir nos casiers, une monstrueuse pile de lettres décorées niaisement s’en échappa, jonchant le sol autour de nous. Je regardai un moment Pénélope et Gabriel qui eurent la même réaction que moi.

Je soufflai, suivie de mes deux amis tout en me baissant pour ramasser les lettres. Nos casiers étaient devenus des boites aux lettres pour les autres élèves. Ils nous faisaient parvenir leur déclaration d’amour, enflammées ou plus timides, émouvantes ou drôles quelquefois. Cela pouvait alors être de simples questions sur nous, des invitations à sortir, mais aussi des suggestions ou des plaintes sur la vie quotidienne au lycée. Certains devaient probablement penser que nous avions une influence telle que nous étions capables de changer les choses facilement. Même si je trouvais cette coutume un peu agaçante, je restais curieuse. J’allais les lire. Plus tard. La priorité était cette nouvelle faculté à communiquer par la pensée.

– J’en ai plus que vous ! Lança alors Pénélope, fière. Nous avions en effet l’habitude de concourir pour savoir qui de nous trois était le plus populaire.

– Qu’est ce que tu as bien pu faire pour avoir autant d’admirateurs ? S’enquit Gabriel, amusé, les bras chargés de lettres ornées de petits cœurs.

– Je ne sais pas trop… Elle réfléchit un moment. Ah je sais ! Reprit-elle en claquant ses doigts. La semaine dernière, j’ai dit que je ne portais jamais de vraie fourrure parce que je défendais la cause animale !

– Sainte Pénélope, votre bonté vous perdra ! La taquinai-je.

Le cours de philosophie se déroula normalement, comme tout le reste de la matinée. L’heure de déjeuner arriva, et nous passâmes en hâte au self, pour éviter l’heure de pointe. Gabriel n’était pas patient, surtout quand cela concernait la nourriture. Il devenait bougon, et c’était tout bonnement insupportable. Dans la file d’élèves qui remplissaient leurs plateaux, j’entendis Pénélope soupirer. Je me retournai pour la dévisager.

– Qu’est ce qui se passe ?

– De la viande, de la viande et encore de la viande ! Beurk ! Cette odeur me répugne !

– Fais comme moi, prends sur toi. Gabriel et moi avons aussi la nausée tous les midis, mais on pense à autre chose. Ça marche, j’arrive presque à m’habituer ! Expliquai-je, en désignant Gabriel qui essayait de se boucher le nez discrètement.

– Le pire, c’est que si on demandait des plats végétaliens rien que pour nous, on les aurait ! Se plaignit Pénélope avec un air boudeur.

– Pour faire comme les princesses de l’Élite ? Hors de question que l’on se fasse remarquer davantage ! On continuera à supporter l’odeur de la viande ! D’ailleurs, on s’en fait toute une montagne de cette viande, mais ça se trouve, c’est bon ! Ma meilleure amie, me fixa, offusquée. Je ris.

– Chiche ? Me demanda-t-elle avec un air de défi, tout en me tendant la main. Je la saisis et la serrai, bien décidée à lui prouver que je ne parlais pas pour rien.

Toutefois, ma mine de conquérante s’effondra bien vite quand je vis l’assiette où fumait un épais morceau de viande saignant. J’eus un haut le cœur et une boule au ventre, en imaginant qu’il s’agissait d’un innocent animal que l’on avait probablement abattu dans des conditions effroyables. Je croisai le regard de Pénélope, et me lançai. J’attrapai l’assiette et la posai à contre cœur sur le plateau où gisait une banane. Nous nous installâmes à une table de quatre, ignorant tous les élèves essayant d’attirer notre attention. En voyant mon assiette, Gabriel me regarda, inquiet.

– Bérénice, pourquoi a-t-il fallu que tu acceptes de prendre de la… de la… enfin tu vois ? Bafouilla-t-il, ce qui déclencha l’hilarité de Pénélope et moi.

– Dis-ça à l’énergumène assise à côté de moi, c’est elle qui a lancé le défi.

– Tu es malade ? Nos estomacs ne le supporteront pas ! On n’est pas habitués ! Tu veux finir à l’hôpital ?

– Arrête ton cinéma, je ne finirai pas à l’hôpital… Ce sera la morgue directement.

– Béré ! Scanda mon ami. Pénélope et moi éclatâmes de rire pendant qu’il se renfrognait, vexé que l’on ne prenne pas ses recommandations au sérieux.

Je découpai alors sous leurs yeux ébahis un morceau de viande et le portai à mes lèvres. L’odeur se porta à mes narines, je faillis vomir mais restai concentrée. J’ouvris la bouche, et gobai le morceau sans réfléchir, comme le faisaient les autres élèves autour de nous. Mais pour des végétaliens comme nous, j’étais en train de commettre un véritable blasphème. Nous nous étions toujours sentis proches des animaux, les manger revenait pour nous à cautionner les abattoirs. Mais j’avais eu l’envie d’essayer, pour pouvoir dire que je n’aimais réellement pas la viande. Ce qui était assurément le cas maintenant que j’avais ce morceau d’animal dans la bouche. Le goût du sang était désagréable, la texture à la fois tendre et caoutchouteuse était gênante pour ma mâchoire habituée aux légumes et fruits fondants. Je mâchai ainsi, un fier sourire sur le visage alors que mes deux amis continuaient de me regarder, presque fascinés. Je parvins à avaler mais affichai ensuite une mine écœurée, je ne pus prononcer qu’un seul mot.

– Monstrueux…

– Dois-je comprendre que tu ne deviendras pas omnivore ? S’enquit Pénélope, avec un sourire malicieux, celui qui veut clairement dire « J’avais raison ».

– En effet, c’est l’idée.

– Je t’avais bien dit que ce n’était pas de la nourriture pour nous ! Affirma Gabriel, bien heureux de nous montrer qu’il avait raison depuis le début.

– J’ai l’impression que nous sommes d’une espèce différente quand tu dis ça Gab !

– Pourquoi, ce n’est pas le cas ? Après tout, on a des visages d’elfes et on est télépathes ! Si ça, c’est être humain, y’a un sérieux problème ! Je lui fis signe de parler moins fort, je n’avais pas envie que tout le self entende nos problèmes identitaires.

– On est humains, des humains étranges mais des humains quand même ! Expliquai-je à mon ami, qui lui, ne s’était jamais vraiment considéré comme normal, à la différence de Pénélope et moi.

– Je déteste me voir comme une sorte d’alien, ou en créature fantastique ! Vous imaginez si on était des sorciers contemporains ? S’exclama Pénélope, avec un air horrifié.

– Dans ce cas, je m’estime heureuse de ne pas être au Moyen Age, on aurait été brûlés vifs sinon. Ironisai-je.

Juste à ce moment, Elsa s’approcha de notre table et sembla demander du regard si elle pouvait s’installer à notre table. Étant donné que nous n’avions rien contre elle, je m’apprêtai à acquiescer mais Gabriel la dévisagea d’une étrange manière. Je vis ses yeux violets dégager une lueur vive, voir même un éclair. Mais Elsa ne se laissa pas impressionner pour autant, elle prit un air qui se voulait enjoué et resta debout.

– Gabriel, il faut absolument que je te parle. Tu sais ? Par rapport à ce que tu m’as racontée la dernière fois ?

– C’est-à-dire ? Répondit l’intéressé, un brin inquiet.

– En privé, s’il te plaît.

– Dans mes séries, les personnages se disent toujours ça pour s’isoler et pouvoir s’embrasser ! S’exclama Pénélope, ce qui fit rougir Elsa.

Finalement, les deux tourtereaux allèrent s’asseoir à une table un peu plus loin. Et bien que je meure d’envie de savoir ce qu’ils se disaient, je me retins de les épier. Si Gabriel avait jugé que cela nous concernait, il nous en aurait parlé. Nous étions très proches tous les trois et nous n’avions donc aucun secret les uns pour les autres. Mais Pénélope ne semblait pas partager mon avis. Elle était penchée en avant, les yeux rivés sur le couple. Elle se concentrait pour les entendre clairement. Je pouffai : à une telle distance, c’était impossible, à moins qu’elle soit une espèce de mutante. Soudain, je pensai à la télépathie exercée quelques heures auparavant et ce souvenir me fit déglutir. Comme si c’était humain de lire dans les pensées ! Pourquoi ne pas avoir une ouïe sur-développée dans ce cas ? Pénélope me sortit de mes pensées en se plaignant comme une enfant capricieuse.

– Bon sang, je n’entends rien ! J’ai beau me concentrer, rien ne vient !

– Ne me dis pas que tu espérais les entendre ? C’est impossible, on est trop loin !

– Tu crois que je peux lire dans les pensées de Gab ?

– Non, ce ne serait pas loyal, s’il veut en parler, il le fera. Pas la peine de les espionner !

– T’as raison, mais j’ai toujours peur que Gab parle un peu trop à Elsa ! Elle a un petit air de détective qui ne me plaît pas du tout !

– C’est un air de journaliste Péné, elle est au journal du lycée, c’est normal qu’elle fasse un article sur nous ! Enfin sur Gab en l’occurrence… Et puis, je pense vraiment qu’elle craque pour lui ! Franchement, tu l’imagines se servir de Gabriel comme informateur en sortant avec lui ? On se croirait dans un mauvais film d’espionnage…

– Dis moi dans les yeux que c’est une théorie stupide… Me défia Pénélope. Je la fixai un instant. Je me rendis alors compte que malgré tous mes efforts pour innocenter Elsa, je me méfiais aussi au plus profond de moi. Je les regardai, peut-être qu’ils parlaient de leur relation après tout ! Mais s’ils discutaient d’autre chose ? De nous ? Au diable l’éthique, je devais vérifier !

– D’accord, on va le faire ! Mais on n’écoute que ce qui nous concerne ! Si on voit qu’ils ne parlent pas de nous, on déconnecte ! C’est d’accord ?

– Oui Capitaine !

Nous nous concentrâmes toutes les deux alors pour essayer de pénétrer dans l’esprit de Gabriel. Je me sentis coupable de faire cela, c’était mal. J’étais trop honnête, je n’arrivais jamais à m’encanailler sans que ma conscience ne me rattrape, problème que Pénélope n’avait visiblement pas ! Mais je continuai à me concentrer, malgré cela, cela ne fonctionna pas. J’avais beau insister, je ne percevais rien. Gabriel était peut-être trop loin, et nous manquions de pratique. J’ouvris les yeux, Pénélope fit de même et nous nous regardâmes, déçues.

– Ça règle le problème. Dis-je finalement, Pénélope bouda.

– Il doit bloquer son esprit, c’est possible après tout ! Parano comme il est !

– Il aurait raison de l’être, la preuve, on essaye de fouiller dans sa vie privée. Mais ne nous avançons pas, on ne connaît pas encore comment tout ça fonctionne.

– Tu crois qu’on a rêvé tout à l’heure ?

– Non, c’était réel, c’est certain ! Mais nous devons nous renseigner et surtout pratiquer.

Finalement, Gabriel revint à notre table. Et tout au long de son chemin jusqu’à nous, je ne pus m’empêcher de rire en voyant que toutes les filles le regardaient tel un dieu vivant, un air béat sur le visage. Il nous sourit et se réinstalla à sa place, face à moi et donc à la droite de Pénélope. Cette dernière le regarda longuement puis finit par dire avec un sourire étonnamment franc :

– Elle t’a largué ? Il faut dire que tu n’as pas été très courtois ces derniers temps avec elle !

– Péné, je t’en pose des questions ? Tout va bien entre nous, je te remercie de t’en soucier ! S’offusqua Gabriel.

– Alors de quoi avez-vous parlé ? S’enquit ma chevelure rose préférée tout naturellement, comme s’il était tout à fait normal qu’il lui réponde.

– De vous…

Je manquai de recracher l’eau que j’avais dans la bouche. Alors c’était vrai ? Elsa pouvait elle enquêter sur nous ?

– Elle m’a dit que vous étiez deux peaux-de-vaches manipulatrices, et prétentieuses. En gros, elle ne peut pas vous encadrer. Reprit Gabriel, très sérieusement.

Pénélope et moi restâmes sans voix un moment. Il était possible de ne pas nous aimer alors ? Je ne savais pas comment réagir, devais-je être heureuse de voir que je n’étais pas idolâtrée partout ? Quelque part, ce n’était pas agréable non plus d’apprendre que quelqu’un vous détestait. Surtout une personne intelligente comme Elsa.

Alors que nous étions toutes les deux choquées (surtout Pénélope, vu qu’elle tenait à sa popularité), Gabriel éclata de rire. Nous le regardâmes, incrédules.

– Vous auriez vu vos têtes ! Non mais vous pensez vraiment qu’Elsa pourrait être aussi mesquine ?

– Alors c’est faux ? Elle nous aime bien alors ? Demanda Pénélope, à la limite du malaise.

– Peut être pas à ce point, mais elle n’a rien contre vous. Disons qu’elle m’apprécie beaucoup, et vous êtes mes meilleures amies, alors elle vous accepte.

– Ouf ! Me voilà rassurée ! S’exclama Pénélope, posant sa main sur son cœur après avoir tendu le bras vers moi, un geste théâtral qui me fit pouffer.

– Avoue que t’as eu peur pour ta réputation ? Toi, mal aimée ? Ce serait une première ! Me moquai-je alors.

Nous continuâmes à discuter pendant le reste du repas, essayant subtilement (ou pas) de soutirer des informations à Gabriel à propos d’Elsa, mais ce fut un cuisant échec, il demeura muet comme une tombe. Nous eûmes ensuite une après midi tranquille, routinière même puis le soir vint. J’appelai mes parents pour les prévenir que je resterai quelques heures chez Gabriel avec Pénélope. Bien sûr, ils acceptèrent, trop contents que je les fréquente autant, et cela, je ne savais pas pourquoi.