Benjamin et le livre maudit

Benjamin et le livre maudit

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Français
134 pages

Description

«  Il y… il y a quelqu’un ? marmonna-t-il. Qui… qui est là ? Qui que vous soyez, montrez-vous ! ordonna-t-il d’une voix bêlante. »
Il sentait qu’il y avait quelque chose qui se cachait là-haut. Et lorsqu’il entendit un nouveau bruit, un frisson lui parcourut l’échine.
Suite à de fâcheux événements, Benjamin, un garçon de onze ans,
se trouve rapetissé et propulsé au cœur d’un affreux livre de grammaire. À l’intérieur, il fera la connaissance de trois surprenants petits personnages à l’air étrangement humain qui représentent des caractères graphiques. Étonnamment vivants et plein de bonne volonté, ils guideront Benjamin pour sortir du livre maudit, dans ce drôle de monde peuplé de petits êtres pas toujours sympathiques. Mais l’histoire n’est pas aussi simple ! Que fait une horrible sorcière qui crache de l’encre par la bouche, et bien d’autres choses encore, dans un manuel de grammaire ? Et pourquoi veut-elle à tout prix empêcher Benjamin de sortir du livre ?

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Date de parution 01 avril 2014
Nombre de lectures 0
EAN13 9782310028998
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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© Editions Amalthée, 2013 Pour tout contact : Editions Amalthée — 2 rue Crucy — 44 005 Nantes CEDEX 1 www.editions-amalthee.com
CHAPITRE I DANS LA TÊTE DU VIEUX MONSIEUR « Chers enfants, vous qui n’aimez pas l’école, je vais vous raconter la fabuleuse histoire de Benjamin Agrame, et croyez-moi, à la fin de ce récit vous aurez changé d’avis ! » — Celui qui parle, c’est moi, un très vieux monsieur aux cheveux blancs qui vit seul, dans sa petite maison, entouré de ses souvenirs poussiéreux et de ses précieux livres. Ma modeste demeure est une maison où il fait bon vivre et qui sent bon la quiétude. Le lierre qui longe les fenêtres de mon salon et la tonnelle recouverte d’un feuillage persistant où je m’abrite, me procurent un agréable sentiment de sécurité. Aujourd’hui, nous sommes le vingt et un décembre : c’est le premier jour de l’hiver et Noël est proche, mais il n’y a pas encore de neige. Le vieux monsieur était seul dans son salon, assis bien au chaud dans son fauteuil préféré et caressait son chat noiraud qui ronronnait de plaisir, couché sur ses genoux. Le gros matou s’offrait à la chaleur du feu qui crépitait dans la cheminée tandis que le vieux monsieur se réchauffait les pieds, glissés dans ses chaussons. Les flammes vacillantes projetaient des ombres mouvantes aux formes inconnues qui encerclaient les murs du salon. Le vieil homme plissa les yeux et distingua, derrière ses lunettes en demi-lune, cachée derrière le feuillage qui s’agrippait au treillis et malgré l’obscurité de la nuit, une allée de graviers qui courait à perte de vue sur la pelouse encore verdoyante et serpentait jusqu’à la splendide demeure qui se dressait devant de longues et élégantes marches en marbre jaune. Ces marches menaient au porche et à une magnifique porte d’entrée en chêne très ouvragé. Les nombreuses fenêtres finement travaillées avaient vue sur la somptueuse terrasse pleine de grâce. Elle s’inclinait devant trois majestueuses tourelles couvertes d’ardoises grises scintillantes qui s’élançaient vers un ciel obscur. Les trois dangereuses lames d’acier trouaient l’obscurité. — Attention de ne pas glisser vous risqueriez de rebondir sur la poignée de la porte et de l’ouvrir ! s’exclama le vieux monsieur, les yeux écarquillés. Cette porte ne doit jamais être rouverte, sous peine de graves conséquences ! Mais redescendez… redescendez, c’est plus sage, et revenons à nos moutons. Ma maison là-bas, celle que vous apercevez beaucoup plus bas au bout de l’allée. Elle ne possède pas beaucoup de pièces et je vis essentiellement dans le salon, entouré de mes livres qui occupent trois pans de mur, serrés les uns contre les autres à l’intérieur de ma magnifique bibliothèque au bois foncé, aux portes vitrées et aux ferrures sculptées et dorées à l’or pur. C’est le seul meuble qui est sorti du manoir et c’est le seul qui en sortira ! À part moi, personne ne doit l’ouvrir… Si l’étrange destin de Benjamin n’avait pas croisé le livre maudit, je ne serais sans doute pas aujourd’hui le gardien des clés de cette propriété. C’est une lourde responsabilité de ne pas la laisser sortir, mais je ne regrette rien ! Je n’aurai certainement pas enseigné toute ma longue vie avec autant de fascination pour les mots si je n’avais pas été bercé durant mon enfance par cette histoire extraordinaire. Le chat étira longuement ses deux pattes de devant en bâillant à s’en décrocher la mâchoire, laissant entrevoir une belle langue rose. Puis, il se ramassa en boule et enfouit sa petite tête au creux de la main ridée tandis que le vieil homme était plongé dans ses pensées. — Aujourd’hui, il ne me reste que le temps pour lire et l’énergie pour parler, reprit-il, l’air nostalgique. Je vis seul, je sors peu, et les rares visites qui me distraient sont la femme de ménage qui me saoule de paroles dès qu’elle franchit le pas de la porte, le gai facteur, dans les deux sens je crois bien, et le vieux jardinier qui entretient toute la propriété depuis des années.
Un petit marrant, celui-là, qui me fait bien rire, je dois l’avouer. (Il sourit et son regard se fit complice.) Mais assez de bavardages pour aujourd’hui, si vous le voulez bien, je vous invite à partager le plaisir que j’éprouve à faire revivre une vie que je n’ai plus en vous miniaturisant comme par magie !… DING ! Voilà, c’est fait ! Vous grimpez dans la minuscule machine à remonter le temps qui s’approche de vous dans un bruit de ferraille. C’est un petit wagonnet capable de vous emporter dans les coins les plus secrets. Vous êtes prêt ? Alors, c’est parti ! Le vieil homme s’écria joyeusement en brandissant ses deux poings vers le plafond, ce qui eut pour effet de faire sursauter le chat. — Vous glissez sur les rails de ma voix chevrotante qui vous mène dans le tunnel de gorge rouge. Hé ! Hé ! Hé ! s’enthousiasma-t-il. Ensuite, vous parcourez à vive allure un labyrinthe de galeries tortueuses tournant sans cesse à droite et à gauche. Mais où allez-vous ? Le vent humide vous pique les yeux. Attention, vous bifurquez à droite ! Maintenant, vous vous enfoncez de plus en plus loin dans les profondeurs de mon crâne. Eh oui, c’est l’endroit où vous allez. Dans mon cerveau. C’est génial, n’est-ce pas ? ! Je vais vous aider à enjamber le siècle dernier. Je vous l’ai dit, je suis très vieux. Prêt ?… Partez ! Aussitôt un petit vent curieux se leva dans les galeries de son crâne. Soudain, il se fâcha et ce fut la tempête ponctuée de violentes bourrasques qui secoua méchamment le petit wagonnet. — Attention ! cria le vieil homme, le wagonnet sort de ses rails, il est emporté dans un tourbillon qui vous aspire. Vous perdez le contrôle de la machine et vous tourbillonnez, tourbillonnez, tourbillonnez… et là ! Vous perdez connaissance. Tandis que vous dormez, le wagonnet en ferraille emprunte seul les passages secrets de mon cerveau. Il s’échappe de ma tête, sort de ma maison et vous virevoltez, virevoltez, lentement au-dessus de mon toit. Le vieil homme reprit sa respiration et continua, haletant : — Vous grimpez maintenant sur les hauteurs des maisons qui allument leurs lumières. L’air frais du début de soirée qui s’engouffre dans votre chevelure vous réveille. De votre vue brouillée, vous distinguez en bas des gens encore dehors rentrer chez eux. D’autres lumières s’allument. À mesure que vous vous élevez dans les airs, le froid vous fait venir les larmes aux yeux… Les toits de Paris, proche de ma maison, s’éloignent en se réduisant rapidement. Vous ne voyez plus que des petits points lumineux. Quand, soudain, un silence s’abat sur la ville comme si quelqu’un avait coupé le son et que tout à coup vous étiez devenu sourd. La machine à remonter le temps s’est mise en route ! La ville s’anime lentement en marche arrière. Le jour se lève à peine que la nuit se couche déjà. Les paysages se modifient, ils bougent et changent de couleur de plus en plus vite, toujours de plus en plus vite. La ville fait : jour, nuit, jour, nuit, Stop ! Vous êtes arrivé. Vous vous trouvez exactement au-dessus de l’époque dans laquelle se situe mon histoire. Accrochez-vous, je vais donner l’ordre à mon serviteur en ferraille de me rejoindre en empruntant à nouveau les passages secrets. Ça va ? Pas trop secoué ? Alors, bienvenue parmi nous ! Le vieux monsieur sembla se détendre, apparemment le pire était passé. — À présent, vous êtes garé au centre d’une pièce qui ressemble à une grotte avec, en face de vous, deux globes géants clos. Ils sont recouverts d’une chose épaisse et lourde qui ressemble à du cuir beige que l’on distingue derrière l’épaisseur des globes. Les deux choses épaisses se lèvent lourdement comme deux vieux volets roulants et éclairent lentement la pièce d’une lumière éblouissante. Les globes derrière lesquels vous vous trouvez sont d’une transparence pure comme l’eau claire, mais l’image que vous distinguez derrière est floue, comme s’ils étaient recouverts de plusieurs couches de verre. Ce n’est pas grave, il suffira d’un petit réglage et vous y verrez mieux que moi ! Avez-vous deviné ce que sont ces choses qui vous font face ? Non ?… Ce sont mes yeux ! Le vieil homme tendit sa main droite en direction d’une petite lampe proche de lui et l’alluma. Aussitôt, une lueur orangée vint éclairer les ombres mouvantes qui dansaient sur le mur.
— Ah ! C’est mieux ainsi. Oubliez les meubles flous du salon, Noiraud qui ronronne sur mes genoux et le bois qui flambe dans la cheminée que vous distinguez nettement à travers l’épaisseur de mes yeux. En cette fin de soirée bien chaude, laissez-vous bercer comme je l’ai été par une histoire extraordinaire. Regardez bien ! Les images de ma mémoire vont défiler au son de ma voix sur les deux globes géants, comme un dessin animé projeté sur un écran de cinéma. Bon voyage… Ah ! J’allais oublier, n’ayez aucune crainte, vous pouvez pénétrer dans le manoir en toute sécurité. L’histoire commence bien… au début !
CHAPITRE II LE LIVRE MAUDIT Il était une fois… il y a bien longtemps, un petit garçon qui s’appelait Benjamin. Il était le plus jeune et le plus petit d’un orphelinat et avait été abandonné par sa mère qui ne pouvait plus le nourrir. Il avait été recueilli par un vieux couple très fortuné et ils vivaient tous les trois dans une somptueuse demeure familiale : un manoir. Ce vieux couple âgé était loin de se douter de l’aventure qu’allait vivre leur petit qui détenait un terrible secret que personne ne devait découvrir. Benjamin était un petit garçon très beau. Il avait gardé de sa petite enfance un visage poupin avec deux belles joues roses, bien rondes. Ses magnifiques yeux bruns étaient aussi pétillants et grands ouverts que ceux du baigneur de sa voisine, et ses cheveux bouclés aussi dorés que les champs de blé en plein été. Mais, à onze ans, il avait le corps d’un enfant de sept ans et sa petitesse lui valait bien des moqueries à l’école, ce qui le rendait irascible. Ce visage d’ange ne reflétait absolument pas son caractère. Benjamin était un enfant rebelle et introverti. Il n’aimait pas la réalité et vivait dans un monde à part, peuplé de livres et de héros. Ses grands-parents faisaient les frais de sa mauvaise humeur, due principalement à une scolarité difficile et à des relations de camaraderie inexistantes. Sarcasmes, insultes et maltraitances étaient son lot quotidien. À son tour, Benjamin harcelait ses parents adoptifs dès qu’il rentrait à la maison et faisait des pieds et des mains pour obtenir ce qu’il voulait. Désagréable, autoritaire et susceptible, le grand-père et la grand-mère avaient bien du mal à faire face à ce petit diable en culotte courte. Le manoir, dans lequel il logeait, possédait plusieurs chambres à l’étage. Elles portaient toutes un nom de couleur, choisi parmi les sept couleurs de l’arc-en-ciel : rouge, jaune, vert, bleu, indigo et violet. Benjamin occupait la chambre jaune et ses parents adoptifs celle de l’indigo. La chambre de Benjamin était magnifique, mais on avait l’impression de se trouver dans un vieux grenier très vaste, aménagé en chambre, tant il y avait de jouets. On ne pouvait pas faire un pas sur le parquet de bois, sans bousculer un pantin désarticulé ou glisser sur une petite voiture. Tous les rideaux des nombreuses fenêtres étaient tirés, et des chandeliers éclairaient la chambre tout en longueur d’une lumière tamisée, en projetant des ombres étranges sur les murs jaunes. Les étagères qui recouvraient une grande partie des murs, étaient encombrées de peluches prêtes à tomber, de voitures poussiéreuses, de collections de trains, de pistolets, de jeux de société serrés les uns contre les autres, et bien d’autres jouets encore. On aurait pu appeler cette pièce : la chambre enchantée ! Malgré cette vie d’enfant gâté qu’il menait, Benjamin était malheureux. Il s’enfermait dans sa chambre des après-midi entiers, avec pour seule compagnie, ses livres de bandes dessinées. Sa plus grande joie était de plonger le nez dans sa bande dessinée préférée :Bradford. Bradford était un homme fort et courageux qui luttait chaque jour contre les méchants au péril de sa vie. Il défendait les pauvres et les faibles et mettait en prison les hommes sans foi, ni vergogne. Benjamin ne quittait sa chambre que pour manger ou bien pour se rendre à l’école comme une âme en peine. Mais un jour… tout changea. Les journées furent bientôt ensoleillées par le sourire radieux du petit Benjamin, et les chaudes soirées d’hiver, passées au coin du feu, égayées par ses éclats de rire sonores. Les vieux parents ravis bénirent ces jours heureux ! Ce changement radical de comportement dura deux beaux mois… Jusqu’au jour où les deux époux
furent convoqués par le rigoureux directeur de l’établissement scolaire. — Votre fils a triché, Madame ! s’exclama le directeur sans ménagement, et pas qu’une seule fois ! Durant ces deux derniers mois, il n’a fait que cela ! Et le pire, c’est que je l’ai personnellement félicité pour ses progrès spectaculaires ! Vous rendez-vous compte de l’affront et du toupet dont a fait preuve ce garçon ? Tout en vociférant, il arpentait son bureau de long en large en tournant autour des deux époux effondrés par la terrible nouvelle. — C’est inadmissible ! se fâcha-t-il en claquant le dossier de Benjamin qu’il tenait ouvert entre ses mains, je ne puis tolérer un tel comportement ! Votre fils sera renvoyé de notre établissement durant huit jours ! Benjamin avait triché ! C’était pour cette raison qu’il était heureux. Dernièrement, il avait obtenu deux bonnes notes en travaillant et avait remarqué que ses camarades de classe commençaient à le considérer autrement. Ils se moquaient moins de lui et lui témoignaient plus de respect. C’est ainsi qu’il se mit à tricher. L’annonce de la nouvelle sonna comme un glas aux oreilles fragiles de la vieille femme… Les cheveux de la grand-mère étaient toujours maintenus par un chignon serré qui lui donnait un air sévère. Elle veillait sur son petit avec une tendresse et un amour immodéré et lui passait malheureusement tous ses caprices. C’est pourquoi elle se sentit affreusement trahie et humiliée, assise face à cet homme austère. Le grand-père, lui, était un homme grand, aux épaules larges. Il avait gardé de sa jeunesse un beau visage et un doux sourire. Curieusement, il avait les mêmes yeux bleus délavés que sa tendre épouse et le même amour pour cet enfant, mais il était beaucoup plus raisonnable en matière d’éducation que sa femme. Alors, pour le punir, et d’un commun accord, les deux époux décidèrent de lui confisquer toutes ses bandes dessinées et le lendemain ils dénichèrent, dans une étrange boutique à bazar, un vieux livre de grammaire à la couverture en cuir noir et aux pages jaunies par le temps et l’usage. Ce livre qui avait été feuilleté et étudié par plusieurs générations d’enfants serait la punition idéale pour Benjamin pour avoir triché à l’école et les avoir trompés aussi longtemps. De plus, la vieille boutiquière paraissait étrangement pressée de s’en débarrasser et en offrait un très bon prix. Le livre fut vendu et la vieille femme referma la porte derrière eux, à double tour. Derrière ses carreaux, le visage marqué de sueurs froides, la femme observait les deux époux s’éloigner dans les rues de la ville, le livre à la main. — Ce livre est pour toi ! commença la grand-mère en lui tendant le livre, le visage grave et les lèvres pincées, tu vas apprendre ta grammaire et ensuite les autres matières pour devenir un homme cultivé ! — Je n’ai pas envie d’apprendre ! protesta Benjamin sur un ton qui ne souffrait aucune réplique. — C’est bien dommage pour toi , mon petit ! se moqua la vieille femme qui était bien décidée à sévir. Noël approche à grands pas, alors, écoute-moi bien, si tu n’obéis pas tu n’auras rien à Noël ! Et crois-moi, je tiendrai parole ! — Je m’en moque, je ne travaillerai pas ! cria Benjamin en colère, de toute façon je n’ai pas besoin d’apprendre, cela ne me servira à rien dans la vie ! Je sais que vous avez de l’argent ! Vous êtes riches ! Quand je serai grand et que vous ne serez plus là, j’hériterai de votre fortune et je n’aurai pas besoin de travailler ! Alors, cela ne sert à rien d’apprendre cette fichue grammaire ! — Oh, mon Dieu ! Comment peux-tu parler ainsi ? s’indigna la grand-mère, les larmes aux yeux. Guy… Guy… dis quelque chose ! Je ne vais rien dire du tout ! Je vais agir ! s’emporta le grand-père outré, tu es puni toute la
journée et les jours suivants s’il le faut ! Je t’interdis de sortir de ta chambre jusqu’à ce que tu décides de changer d’attitude et que tu te mettes au travail ! Et ce n’est pas tout ! Si tu n’apprends pas tes leçons pendant les vacances, tu peux être sûr que tu n’auras pas les nouvelles bandes dessinées deBradfordque tu as commandées pour Noël ! Fais-moi confiance, le Père Noël ne passera pas ! — Le Père Noël n’existe pas ! répliqua Benjamin d’une voix revêche. — En es-tu sûr ? riposta la grand-mère d’un ton sec. — Oui, j’en suis sûr ! C’est vous, le Père Noël ! Et si je n’ai pas de cadeaux à Noël, c’est parce que vous n’aurez pas voulu m’en acheter, et je vous déteste pour cela ! — Ça suffit ! coupa le grand-père, de sa voix chevrotante, petit effronté ! Ingrat ! Monte te coucher immédiatement ! — Je vous déteste ! Je vous déteste ! répéta Benjamin en montant quatre à quatre les escaliers qui menaient à sa chambre. — Oh, Guy… comment a-t-il pu devenir ainsi ? se lamenta la vieille femme en posant une main sur l’épaule de son mari, c’est de notre faute, nous avons eu tort de tout lui céder. Depuis son plus jeune âge, nous lui passons tous ses caprices. — Il est trop tard pour les regrets, Paulette, le mal est fait… observa le grand-père dépité, à présent il faut que nous fassions preuve d’une plus grande rigueur, et surtout, il faut que tu sois plus ferme avec lui, ne cède pas ! — Je ne flancherai pas, sois-en sûr… répondit la vieille femme, l’air contrarié et très peiné. Benjamin n’aimait pas l’école et son cortège d’obligations, il la détestait même, surtout depuis qu’il était entré à la grande école et qu’une bande de morveux prenait sa tête pour un punching-ball et ses fesses pour un ballon de foot ! Il se faisait harceler quotidiennement par les trois durs de l’école : Max Tapeur, Arsène Malvais et Fulbert Mordant, un trio inséparable, plus grand, plus fort et plus bête que les autres enfants. Ils régnaient en maîtres tout puissants sur la cour de récréation et terrorisaient les plus faibles. Benjamin se rappelait trop bien l’une des pires journées de sa vie… Alors qu’il se tenait au beau milieu de la cour de l’école en train de s’intégrer tant bien que mal à un groupe d’élèves, il aperçut soudain le trio, Max Tapeur en tête, et les deux abrutis derrière, se diriger droit sur lui, la démarche traînante et le regard mauvais, en quête d’une nouvelle proie. Benjamin essaya de se fondre dans la masse. En vain… — Hé ! Le gnome ! Sors de là ! Pas la peine de te cacher, je t’ai vu ! grogna Max d’une voix moqueuse. La voix de Max fit taire immédiatement le brouhaha des élèves et le groupe s’écarta aussitôt de Benjamin comme s’il était porteur de la peste. — Qu’est-ce que tu fais dans la cour des grands, le nain ? Vu ta grandeur, c’est dans le bac à sable que tu devrais être ! Hein ?… Eh bien, réponds, Jaitoufaux ! insista Max avec un sourire qui lui remontait jusqu’aux oreilles. Il regarda ses deux acolytes, qui n’avaient pas bronché, en quête d’approbation, et sa bêtise fut aussitôt ponctuée par les rires stupides et caverneux de Fulbert et Arsène. — Laisse-moi tranquille, Max, je ne t’ai rien fait ! osa répondre Benjamin pour ne pas perdre la face devant les élèves silencieux. Benjamin était petit et aussi maigrelet. Il ne faisait pas le poids. — Quoi ? On se rebelle ? On répond maintenant ? C’est nouveau, ça ? Benjamin enrageait, mais il n’osait pas ouvrir la bouche de peur de se prendre des coups. Alors, la tête baissée et les yeux remplis de haine, il se laissa humilier par les railleries de Max Tapeur devant les sourires goguenards de ses deux complices.
Par habitude et de peur de se retrouver à la place de Benjamin, la majorité des élèves se rangèrent du côté de Max et la cour de récréation se transforma en champ de foire avec Benjamin comme phénomène. La scène se termina lorsque Malvais poussa brutalement Benjamin qui s’étala, tête la première, dans une mare. Trempé, il prit la fuite sous une huée de rigolade et se terra dans un coin de la cour, les rires sonores de ses camarades résonnant encore dans sa tête. Après les vacances scolaires, toute l’école saurait qu’il avait été renvoyé pour avoir triché, et ses petites histoires avec les trois boxeurs n’allaient pas s’améliorer. De toute façon, il ne savait pas encore comment il allait s’y prendre, mais il avait décidé de ne plus jamais aller à l’école. Et ceci, définitivement ! Benjamin était du genre buté ! En attendant, il mit au point un stratagème pour duper ses parents et profiter de ses vacances scolaires. Sous la surveillance de la grand-mère, il fit semblant d’étudier ce détestable livre de grammaire, mais dès qu’elle repartait à ses occupations, il reprenait très vite sa bande dessinée qu’il avait cachée sous les couvertures de son lit.