Jaëlle
124 pages
Français

Jaëlle

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Description

« Pour moi, le comportement d’une personne n’est jamais totalement inné ; ce sont les fréquentations, l’entourage, le vécu et encore beaucoup d’autres possibilités qui le dominent. Mais le courage peut surpasser cette domination. Par surpasser, j’entends vaincre les mauvaises choses qui nous entourent et savoir reconnaître qu’elles ne sont pas constructives pour nous. Savoir reconnaître une personne qui ne nous veut pas du bien et ne pas laisser cette personne nous changer. Et savoir faire de notre vécu un atout et non un défaut. »
Jaëlle est une jeune fille de treize ans confrontée à la violence, l’alcoolisme, l’abandon et la mort. Avec ses mots d’adolescente, elle raconte la bêtise humaine, le danger auquel elle est confrontée chaque jour, mais également l’amour et l’espoir qui demeurent inaltérables.

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Informations

Publié par
Date de parution 30 mai 2017
Nombre de lectures 19
EAN13 9782310034357
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Vinciane Lemaître
Jaëlle
Jeunesse
Éditions Amalthée
Ce livre est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages et les événements sont le fruit de l’imagination de l’auteur et toute ressemblance avec des personnes vivantes ou ayant existé serait pure coïncidence.
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© Éditions Amalthée, 2017 Pour tout contact: Éditions Amalthée – 2 rue Crucy – 44005 Nantes Cedex 1 www.editions-amalthee.com
À Albane, ma sœur jumelle.
Merci à ma maman, ma grande sœur Noémie et ma grand-mère.
1
e m’appelle Jaëlle, j’ai treize ans. Je vis avec mo n père, ma mère et mon petit frère JMarin. Marin est plutôt du genre réservé et timide, d’aill eurs son meilleur ami est sans aucun doute Paco, sa grenouille. Je dois avouer que je ne porte pas une grande affection à l’égard de cet animal. Bref, tout d’une vie banale. Lundi, mon réveil retentit. Je ne peux m’empêcher d e me demander pourquoi le lundi existe. Tout d’abord, le lundi sonne mal pour trava iller, il sonne mieux pour un jour de repos, je déteste le lundi. Je me prépare donc, je prends beaucoup trop de temp s à brosser mes longs cheveux bruns qui m’arrivent presque en bas du dos. Quand j ’étais petite, j’ai toujours eu les cheveux très courts ; on aurait dit un vrai petit g arçon manqué avec mes baskets et mes sweats beaucoup trop grands pour moi, qui étaient e n fait à mon père. Je m’habille rapidement ; un pull noir et un jean clair slim ave c un joli ourlet dans le bas font l’affaire. Je descends l’escalier et je vois un mot sur la tab le de la cuisine qui m’est sûrement destiné. Il y est écrit d’une écriture brouillonne et désagréable à lire : « Bonjour Jaëlle, Maman et moi sommes partis en voyage pendant une se maine. Marin est chez Mamie. Débrouille-toi. Papa. » Ce n’est pas la première fois que je me retrouve se ule chez moi, mais cette fois-ci, j’en ai le cafard, même si malgré tout, à mon âge, c’est sympa, une grande maison à moi, rien qu’à moi. Sur ce, je m’empresse d’appeler Anna bella (Annabella est la maman de Sasha, ma meilleure amie depuis la maternelle). En attendant qu’elle décroche, je suis un peu gênée de l’heure à laquelle je l’appelle. El le décroche enfin avec une voix inquiète, à vrai dire, je n’ai pas l’habitude de l’ appeler. Je lui dis alors : — Bonjour Annabella, je suis désolée de l’heure à laquelle je t’appelle mais j’ai un petit problème… Elle a sûrement vu à ma voix à quel point je suis m al à l’aise de lui demander un service à sept heures quarante-cinq. — Bonjour Jaëlle, je t’écoute. — J’ai appris ce matin que mes parents étaient en v oyage toute la semaine. Cela vous dérangerait, ce que je comprendrais tout à fait, de m’accueillir cette semaine ? — Bien sûr que non, tu viens quand tu veux ! Par co ntre, je ne comprends pas tes parents de te laisser seule… Et ton frère ? — Merci, merci mille fois ! Marin est chez ma grand -mère. — Mais… — Merci encore Annabella, je vais être en retard ! À ce soir ! Je raccroche. En réalité, je ne vais pas du tout êt re en retard, mais ses questions me gênent terriblement. Je mets quelques cahiers dans mon sac de cours tout noir que je porte sur mon dos. Tous les matins, je pars à sept heures cinquante-cinq de chez moi pour aller au collège, ni plus tôt ni plus tard, ce qui me permet d’arriver cinq minutes avant cette sonnerie assourdissante qui signale l’e ntrée dans nos classes. Sept heures cinquante-cinq s’affiche sur mon téléphone. Mon sac sur le dos, mes écouteurs aux oreilles et ma veste enfilée, je suis prête. Je sor s de chez moi et commence à marcher. Nous sommes en novembre, les villes semblent mouran tes à cause des feuilles qui tombent des arbres. J’écoute une musique de mon gro upe préféré, ce groupe n’est pas du tout connu, ce qui me fait l’apprécier davantage . Quand j’écoute de la musique dans
la rue, tout semble différent, les gens qui marchen t deviennent des danseurs, les feuilles qui tombent deviennent des milliers de confettis. J ’ai l’impression d’être sourde car je n’entends pas ce que les gens disent mais j’entends juste une musique qui me plaît et qui transforme ce monde selon ce que j’écoute. Avec de la musique, j’ai l’impression d’être hors de ce monde, d’être nulle part… Seuleme nt, je suis sur terre. J’appelle ça, du génie. J’arrive au collège, j’enlève mes écouteurs et reviens brusquement à la réalité. Dans la cour de récréation, j’aperçois ma meilleure amie Sa sha. Je lui demande si sa mère, lui a dit que je dors chez elle toute la semaine. Elle ac quiesce et me communique le bonheur qu’elle a eu en apprenant cette nouvelle ce matin ; ses cheveux châtains rebondissent sur son front lorsqu’elle saute de joie, ce que je trouve très mignon. Sasha a une coupe à la garçonne, elle fait très mature et ses jolis yeu x bleus ressortent de plus belle. La je de la journée : dix-sept heures, la finournée se déroule et enfin l’heure la plus attendu des cours ! Avec une copine de classe, nous sortons les premières du collège ; de plus en plus de monde sort. Puis Sasha arrive, tout de s uite, nous nous mettons à marcher pour rentrer chez elle. Sur la route, je suis un pe u nerveuse. En général, je dors une nuit chez les autres mais jamais plus. En fait, c’est la première fois que je reste une semaine, ou du moins plus de deux jours, chez quelqu’un d’au tre que ma famille. Sasha est en train de me parler, je ne l’ai pas éco utée, je suis un peu préoccupée. Elle me dit : — Ouh ouh ! Tu rêves ou quoi, Jaëlle ? Je t’ai posé une question. — Oui, oui, je pense que tu as raison. Ta question est évidente. Je pense pareil que toi. J’espère avoir répondu juste à sa question. — Quoi ! Mais tu es sérieuse ? — Je n’ai pas vraiment écouté ta question en fait… (Elle rit.) — Tu me rassures… Puis nous continuons à parler jusque chez elle. J’a dore sa maison, il y a une porte à la peinture un peu écaillée et derrière, un ÉNORME jar din avec une pelouse parfaitement tondue. Je repense aux magnifiques fleurs qu’il y a eu cet été, on aurait vraiment dit le jardin d’une fleuriste ! N’est-ce pas formidable ! Pauvres fleurs qui sont vendues dans une salle. J’aimerais ouvrir un magasin de fleurs d ans un jardin orné de tulipes, de roses, de marguerites… Les gens feraient leurs bouquets, l es enfants joueraient dans l’herbe humide… Il n’y aurait même pas de toit car la pluie est parfaite pour les fleurs. Parfois, j’ai l’impression d’avoir six ans avec des rêves où en grandissant, nous comprenons qu’ils ne sont ni envisageables ni réels. Elle ouvre la porte et comme Sasha a toujours fait preuve de politesse dans n’importe quelle situation, elle me laisse entrer la première . Je suis bien accueillie chez elle. Sasha e t moi montons dans mon TROISIÈME endroit préféré a u monde qui est sa vieille salle de jeux abandonnée. Petites, nous passions des jour nées entières à jouer à la maîtresse, aux fées, à la poupée, aux princesses… Q uand je monte dans sa salle de jeux, je comprends que j’ai complètement oublié à q ces escaliers grincentuel point quand on les monte et les descend. Puis, dans la sa lle de jeux, elle me raconte ses histoires avec son soi-disant « amoureux » qui est différent chaque mois, ce qui m’agace. Je ressens un manque de maturité que je ne connais pas chez elle. Son père est rentré du travail, nous descendons man ger. Je ne me sens pas vraiment à ma place dans cette ambiance joyeuse et convivial e de famille. Je me contente de les regarder et de répondre par « oui » ou par « non » aux questions qu’on me pose. Je réponds avec une froideur qui me donne des frissons dans le dos. La famille est vitale, boire est vital, manger est vital, l’amour est vital, respirer est vital. Notre quotidien est fait de nombreuses choses qui n e sont absolument pas importantes et encore moins vitales. Mes parents m’ont appris à manger, à boire. Les parents de
Sasha lui ont appris à manger, à boire, mais aussi à être en famille. Ils ont des valeurs formidables. Chaque famille est unique, ce qui en fait la beauté de chacune. Avec ses richesses et ses faiblesses. La richesse de Sasha est la famille et l’amour ; la mienne est l’autonomie et la maturité. À la fin du repas, Annabella demande à Sasha de mon ter dans sa chambre ; Brice, le père de Sasha, est parti dans son bureau. Annabella me demande pourquoi mes parents sont partis sans me prévenir e t en me laissant seul e. Je lui explique que ce n’est pas la première fois mais que je suis habituée, cela ne me dérange pas. Son visage devient inquiet et troublé ; elle prend ses jolis cheveux b londs et les met sur le côté. Elle m’explique que mes parents n’ont pas un comportemen t normal envers moi et Marin. Plus elle me parle, plus la sensation d’être abando nnée monte en moi. J’ai une boule serrée dans la gorge et je lutte pour ne pas pleure r. J’ai juste envie à ce moment-là d’être seule dans ma chambre, dans mon grand lit, emmitouf lée dans ma couette, la tête sur mon oreiller, en pleurant avec de la musique dans l es oreilles, telle une ado… Annabella a sans doute vu à mon visage, ma tristess e et mon incompréhension face à ses paroles. Elle s’arrête là et me dit d’aller dor mir ; elle me fait un gros bisou sur ma joue pâle. Une fois installée dans la chambre de Sasha, par te rre sur un matelas qui est inconfortable au possible, Sasha qui est presque en dormie, me dit : « Tu devrais appeler tes parents et ta grand-mère ; ils doivent s’inquié ter. » Je ne lui réponds pas. Mais pourquoi ma famille s’inquiéterait-elle ? Sasha m’a dit cette phrase d’une façon si naturelle… Je me mets sur le dos, mon regard fixant ce merveil leux plafond recouvert d’étoiles fluorescentes dans le noir, il y en a une centaine. Mais cet incroyable plafond ne m’empêche pas de penser à ce qu’Annabella et Sasha m’ont dit, comme s’ils remettaient en doute la qualité de ma famille, ce qui me frustr e énormément. Ma famille m’a pourtant l’air d’être comme les autres, bien que je n’aie ja mais vraiment prêté attention aux familles et aux communications des autres. J’ai tellement envie d’être seule, sur une plage dé serte, la nuit avec le bruit de la mer déchaînée, le vent soufflant… La mer est pour moi u n endroit magique. Être debout tout près de la mer, les vagues qui partent et qui revie nnent me toucher les pieds. Dans des moments où on se sent seule, triste, et qu ’on ne comprend pas ce qui se passe, Sasha m’a dit une fois que l’on avait besoin de sa famille. J’ai sûrement confirmé sans savoir ce qu’elle me racontait réellement. Je pense que c’est à partir de ce lundi que je comprends le besoin d’une famille. Je réussis à m’endormir tard dans la nuit. Le lendemain, Annabella nous réveille avec une déli catesse et une gentillesse qui me sont nouvelles. Chez moi, j’ai appris à me lever se ule grâce à mon réveil depuis toute petite. Sasha et moi sommes en classe de quatrième et pourtant j’ai l’impression qu’aux yeux d’Annabella, Sasha est encore son petit bébé. Le genre de mère qui ne se rend pas compte que leurs enfants vont partir après et const ruire leur avenir. Les parents de Sasha ont essayé d’avoir un enfant pendant cinq ans , fausse couche sur fausse couche, déception sur déception, chagrin sur chagrin… Après toutes ces années de vraie galère, Sasha est arrivée. Je peux alors comprendre que ses parents la dorlotent de cette façon. Sasha m’a raconté que sa maman avait gardé cinq moi s son bébé dans son ventre mais celui-ci est mort ; il aurait dû s’appeler Sasha. C’est pour cela que Sasha s’appelle ainsi.
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