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Rose de lune

De
128 pages

Fedoua Lahrache conte les aventures du prince Lunos, dans un royaume merveilleux nommé « Rose de lune ». Cette histoire d'amour rassemble des héros aux destinées extraordinaires dans un univers haut en couleurs. Le jour de ses vingt ans, comme le veut la tradition depuis des générations, son oncle lui offre un télescope magique. En regardant dans la lunette, il découvre un monde minuscule, où vit une charmante princesse, dont il tombe aussitôt fou amoureux. La lecture d'un précieux manuscrit leur apprend que l'existence de ce monde parallèle est menacée. Lunos se révèle alors être l'Élu, seul capable d'empêcher la terrible prophétie de se réaliser. Pour cela, les amoureux vont devoir « changer le cours du destin de trois histoires d'amour ». Leur voyage dans le temps et l'espace donne lieu à une série de péripéties. Parviendront-ils à accomplir leurs missions avec succès ? Leur amour, leur intelligence et leur sens du devoir seront-ils suffisants pour épargner aux peuples une fin tragique ?


Illustration de : M. Lahrache Elhoucine


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-00861-7

 

© Edilivre, 2015

I
Le Retour

Il était une fois un endroit pas comme les autres, un endroit où le soleil caressait la forêt chaleureusement, où les animaux vivaient en harmonie, où la loi de la jungle avait peu à peu disparu. Un endroit où la rivière pure reflétait la magie du ciel bleu, où les feuilles des arbres murmuraient leur joie en dansant avec le vent et où les êtres vivants se côtoyaient dans le respect et la paix : le royaume « Rose de Lune ». C’est ainsi que les ancêtres nomades le nommèrent, une nuit où, perdus dans le désert, ils furent soudainement éblouis par la lueur d’une rose de Lune qui éclaira leur chemin. Cette rose, si rare qu’on ne croyait en son existence qu’à travers les légendes, les incita à fonder un royaume sur un plateau désertique, qui par une magie mystérieuse, fleurit en jardins d’Éden.

Si ce royaume devint un modèle, ce fut bien grâce à un homme, et un seul : le roi Rayondor. Ce roi connu pour sa sagesse, son courage et pour le profond amour qu’il vouait à ses terres attendait avec impatience l’arrivée d’un héritier. Car son plus grand rêve était en effet d’avoir un fils à qui il pourrait transmettre les valeurs chevaleresques, patriotiques et royales selon lesquelles il avait érigé son royaume dans le plus grand respect du peuple et de son environnement.

Le jour tant attendu arriva enfin. C’était un vendredi 13, un jour censé porter malheur, mais pour le royaume « Rose de Lune » ce fut un jour heureux… pour lequel les historiens apprêtent leurs plumes et encres de Chine afin de coucher quelques lignes mémorisant le début d’une histoire passionnante, glorieuse et victorieuse, celle d’un petit prince, Lunos, dont les premiers cris sonnaient comme une symphonie annonçant au monde la venue d’un être au destin inattendu.

La joie du roi, de la reine, du peuple, de la forêt et ses habitants fut si grande qu’aucun mot ne suffit à l’exprimer… Une joie profonde, spirituelle… une joie durable et délicieuse, qui vous pousse à danser, chanter, sauter, à votre guise, une joie qui échappe aux règlements imposés par les lois, car elle vous laisse libre de la crier.

Les festivités commencèrent tôt et avec beaucoup de bonheur ce jour-là, dans la grande salle éclairée de vingt fenêtres. Les rayons dorés du soleil encerclaient chaleureusement chaque invité, comme s’ils voulaient les féliciter, accompagnés par une brise légère venant tout droit de la Cascade des Envies, où les femmes stériles imploraient souvent le Seigneur de faire naître une vie dans leur ventre désert…, ces femmes dont la reine fit longtemps partie, mais dont le ciel avait enfin exaucé le souhait en lui offrant un fils héritier.

*
*       *

Enfant, puis adolescent, Lunos ne s’éloignait jamais de son père et allait partout avec lui. Il s’intéressait à tous les sujets, il était vif, électrique, on eut beau vouloir l’occuper, nul ne pouvait canaliser cette énergie débordante. Sa grande soif de connaissance le poussait à poser de multiples questions, tant et si bien que souvent elles laissèrent ses enseignants – savants respectés connus pour leur savoir universel – sans voix.

Le prince Lunos grandit et devint chevalier. Il portait si bien son nom de prince héritier, il était tout ce dont un père peut rêver, et tout ce qu’un roi peut espérer avant reposer en paix après une longue vie de règne.

Le jour de ses 20 ans, Le roi Rayondor voulut profiter de son anniversaire pour le couronner officiellement prince héritier. Comme l’exigeait la tradition, il convoqua tous les membres de la famille royale pour immortaliser ensemble et comme il se doit cet événement exceptionnel. Il avait envoyé ce qu’on appelle le Voltigieux, un animal conçu pour annoncer les événements d’importance majeure, dont le droit de possession revenait uniquement à la famille royale. Cet animal, nommé Éclair, était d’une beauté étonnante, un mélange fantastique réunissant force, texture et élégance. Il galopait comme un pur-sang, volait comme un dragon de feu, féroce et royal comme un lion. Il avait une façon unique de transmettre les messages qui s’exprimaient par des couleurs, des paysages : un morceau du Paradis ou de l’Enfer sur sa peau, selon le sentiment dévoilé chuchoté à son oreille par le roi ou son héritier…

Lunos était tout excité ce soir-là, non seulement parce qu’il allait être couronné prince héritier officiellement, qu’il prévoyait l’amusement et le bon temps dont il allait profiter lors de cette réception en son honneur, mais surtout parce que grâce à des occasions comme celle-ci, il allait retrouver son plus vieil oncle, celui qui avait renoncé à la vie des palais et au luxe, et qui avait choisi de vivre la vie de ses ancêtres nomades.

Cet oncle, qui avait toujours fasciné et intrigué tout le monde, se différenciait des autres par la mission qui lui incombait dont la lourdeur se lisait sur son visage ridé, épuisé… Un secret qu’il devait préserver coûte que coûte, dont personne n’avait la moindre idée, et dont il entretenait toujours le mystère en répétant dans des soirées comme celle-ci : « … jusqu’au moment où l’Élu apparaîtra… » Mais nul ne comprenait la signification de ces paroles. Aussi, la question qui se murmurait souvent et partout était : « Pourquoi avons-nous besoin d’un élu ?!! »

La célébration se déroula comme prévue, majestueuse, et le moment que tout le monde attendait vint : l’ouverture des cadeaux venant des quatre coins de la Terre, diversifiés, colorés et d’une valeur inestimable… des sculptures d’or, des armes, des bijoux, des émeraudes, des animaux sauvages… Une exposition extravagante qui donnait l’occasion aux rois, princes et ministres, de vanter les richesses de leur pays respectif. Mais Lunos ne portait pas d’intérêt à tout cela. Cette attitude de négligence envers les choses matérielles poussait son entourage à des réflexions d’étonnement car, certes, c’était une première !

20 ans… Le temps passe si vite pour certains, et infiniment lentement pour d’autres, selon les objectifs et les attentes de chacun… Peu importe, une promesse est une promesse, et chanceux sont ceux qui la respectent…

Enfermé dans la chambre de Lunos, l’oncle claqua des mains, ordonnant au serviteur de déposer le coffre en bois puis de disposer. Tous deux dévorèrent le coffre en bois du regard, l’oncle avança d’un pas assuré et l’ouvrit avec une impressionnante délicatesse.

Un télescope argenté brillant de mille feux était à l’intérieur. Un objet précieux, déterminant et essentiel, dont peu de gens connaissaient l’existence. Un ustensile légué de père en fils.

Lunos, impressionné s’écria :

– Remarquable !!! Enfin le cadeau tant attendu… Je te remercie mon oncle. Effectivement, il est spécial, il n’est pas comme les autres…

– Eh oui… Il n’est absolument pas comme les autres, tu l’as dit ! Et celui qui le possèdera, lui non plus, n’est pas comme les autres.

– Tu ne m’apprends rien ! répliqua-t-il. À ce sujet je n’ai pas le moindre doute, et la cérémonie de cette soirée me l’a bien rappelé… Toute ma vie jusqu’à ce jour n’a été qu’une succession d’événements imposés, mon chemin est déjà tracé, et je n’ai nul pouvoir de le changer. Depuis mon plus jeune âge, j’ai une seule mission : rester en vie. Pas d’aventure, pas de danger, une vie paisible et saine. Eh oui, il faut assurer la continuité de notre descendance, le sang royal doit couler encore durant des millénaires… Cela ne m’enchante guère, mais je ne veux pas que l’Histoire parle de moi en disant : « Le prince qui provoqua la chute de son royaume pour satisfaire ses désirs enfantins… »

Il s’arrêta un moment, puis demanda :

– Pourrais-je savoir pourquoi tu m’as choisi ? Et est-ce vraiment un privilège de le posséder ?

– Ah Lunos, mon enfant, je t’ai observé durant des années, comme je l’ai fait pour tous les autres. Et cette étincelle, cette lueur, je ne l’ai vue nulle part auparavant, seulement dans tes yeux… Mais c’est aussi ta destinée, tu es l’héritier du trône, donc c’est à toi qu’il revient. De plus, laisse-moi te dire que tu es vraiment distingué. Tu es le premier à me poser des questions après l’avoir vu, tous tes ancêtres ont été aveuglés par sa brillance, preuve que tu es un homme sage et réfléchi…

– Je suis flatté… Pour toujours ? Je veux dire, dois-je le garder pour toujours ?

– Ah, cela, c’est à toi de me le dire quand je reviendrai la prochaine fois !

De sa voix vibrante mais rassurante, il poursuivit :

– Ton père, Rayondor, l’a reçu à son vingtième anniversaire, ainsi que ton grand-père, et ton arrière-arrière-grand-père avant lui, mais personne n’a su l’utiliser. Tous l’ont gardé un mois, mais ne virent à travers lui qu’une obscurité sans fin. Tu l’auras donc compris, ils n’étaient pas « l’Élu »… Mais…

– L’Élu ? Et pourquoi ce « mais » ? demanda Lunos, impatient.

– Cette fois, il y a une petite différence avec une grande influence… C’est que… c’est… notre dernière chance…

– Donc… donc si… si j’arrive à voir !! Mais que dois-je voir ? Comment le saurai-je ? Et pourquoi est-ce notre dernière chance ? Et pourquoi a-t-il fallu qu’elle tombe sur moi ?…

Lunos s’exprimait difficilement car, pour la première fois, un sentiment de faiblesse et d’incapacité prit place dans son âme pure, par peur de l’inconnu, lui dont le chemin était déjà tracé et connu…

– Allons, allons mon enfant, sois patient ! Voilà une seconde, tu te plaignais de ta vie. L’occasion est bel et bien là pour la changer, dis-toi que c’est ta première mission, pour t’initier à être roi… Longue vie au roi Rayondor !

À présent, je dois te laisser. Je reviendrai dans un mois, tu auras ta chance toi aussi. Espérons que mon intuition soit juste, sinon… Enfin, si notre destinée est telle que le dit la prophétie, qu’il en soit ainsi.

– Ohhh attends, attends !…

Lunos lui tint la main, la serra très fort, implorant son vieillard d’oncle :

– Pour l’amour de Dieu, tu ne peux pas partir comme ça, en me laissant ignorant ! Tu dois me dire toute la vérité, ou ne serait-ce qu’une partie ! Tu disais toujours que je suis le fils que tu n’as jamais eu, prouve-le moi et dis-moi au moins quelque chose qui puisse m’aider et me mettre dans le droit chemin.

– D’accord, d’accord. Petit malin, tu sais que j’ai un faible pour toi. Exact, tu n’as pas tort, tu as toujours été le fils que je n’ai pas eu. Tu m’as pris par les sentiments et me voilà obligé de te révéler une partie de mon mystère, j’aurais aimé tout te raconter, mais hélas je ne le peux pas… Je crois qu’il te faut t’asseoir, Lunos mon enfant… Écoute-moi attentivement, sache que l’homme qui est devant toi, n’a pas 80 ans comme tout le monde le croit, mais bien 1999 ans. Eh oui, tu as bien entendu : 1999 ans…

Lunos le fixa avec la bouche grande ouverte :

– Oooohhh, 1999 ans !!! Qu’est-ce que cette sottise ? Nul homme ne peut vivre si longtemps !!!

– Je suis conscient que c’est impossible, et que c’est difficile à croire, mais c’est la vérité. Moi-même, il m’a fallu des années pour l’accepter. J’avoue que, par moments, je doute et je me demande si je ne suis pas en train de rêver, mais dès que je regarde autour de moi, je me réveille…

Un silence profond s’installa, qui fut interrompu par la voix de Lunos. Une voix prisonnière de ses émotions qu’il ne pouvait plus à contrôler…

– Je te crois, d’ailleurs je comprends mieux d’où vient tout ton savoir… Souvent, lorsque tu me racontais une histoire j’avais le sentiment que tu l’avais réellement vécue, et non simplement lue… J’imagine que ces années n’ont pas été une partie de plaisir. Tu as éveillé ma curiosité et j’ai envie d’en savoir davantage.

– Depuis longtemps j’attendais ce moment, partager ce secret devenu avec l’âge un véritable fardeau. Je ne nie pas qu’au départ je me sentais invincible, puissant, intact… Le goût de l’immortalité était… incomparable…

– Comment tout cela a-t-il commencé ? Le coupa Lunos.

– Je suis né la nuit où Rose de Lune fut fondée, c’est d’ailleurs pour cela qu’ils me nommèrent Nérose. J’étais un bébé dans le berceau, insouciant, heureux… Cette nuit-là, le maître des sorciers, Horas, me rendit visite et me confia un don terrible, un don qui, à cet instant, me fit prendre conscience que ma vie ne serait plus jamais pareille… Au départ, je vivais avec les miens, mais les années passèrent, et peu à peu je perdis les gens qui étaient chers à mon cœur. Je souffrais, mais moi je restais là… Cela a duré des siècles. Puis un jour je décidai de me retirer et de vivre seul, de ne penser qu’à ma mission… Ta mission dorénavant.

Ce que je viens de dire ne concerne que moi, mais le vrai mystère, je me suis défendu de l’avouer à qui que ce soit, car cela causerait sans aucun doute une fin terrible. Or, je n’ai pas supporté 1999 années de bonheur et de malheur pour gâcher cela maintenant, sachant que c’est notre dernière chance… Oui mon enfant, notre dernière chance, c’est d’ailleurs pour cela que je me permets de te dévoiler une petite partie du mystère…

– Dernière chance, dernière chance… Bon sang, arrête de répéter cette phrase… J’ai la chair de poule ! Tu sais mon oncle, je me suis toujours posé une question… ou plutôt des questions à ton propos, car tu étais le seul être qui m’impressionnait.

– Lesquelles ?

– Quand tu n’étais pas au palais, que faisais-tu ? J’imaginais que tu voyageais, que tu vivais une nouvelle aventure, faisais une nouvelle découverte… Et je t’enviais, oui je l’admets, j’étais jaloux, extrêmement jaloux de cette liberté dont tu semblais jouir… Oncle Nérose je te dois des excuses, pardonneras-tu mon jugement de jeunesse ?

– Tu es pardonné mon enfant, n’oublie jamais que la liberté au sens large du terme est un sentiment avant tout. Tu peux être enfermé dans une pièce de deux mètres carrés, mais si ton esprit est libre, cette pièce se transformera en un clin d’œil en un palais à l’espace infini.

Tu sais, après réflexion, j’avoue que malgré tant d’années vécues, les événements de l’humanité que j’ai pu observer sont toujours répétitifs. Notre espèce a été, est, et sera toujours aveuglée et guidée par le pouvoir de posséder. Cette espèce prête à tuer son semblable, à répandre le malheur pour rien, qui a oublié ce qu’est partager, aimer, se respecter soi-même avant tout… J’ai appris à apprécier, observer chaque moment avec un regard nouveau et voir au-delà de ce que l’œil normal peut voir. Pendant toutes ces années, j’ai vécu dans un endroit nommé « Cœur de la Vie », où est plantée l’unique Rose de Lune.

– Celle qui a éclairé le chemin de nos ancêtres ? J’en étais sûr ! Ce n’est donc pas juste une légende, elle a vraiment existé ! Et cet endroit, « Cœur de la Vie » ?

– C’est un endroit magique, où les âmes pures trouvent refuge à chaque tombée de la nuit. Un spectacle lumineux, une célébration de la rencontre de ces âmes, heureuses de ces retrouvailles, mais déçues à chaque lever du soleil, sachant que chaque âme doit rentrer en son corps mortel, elles qui sont immortelles…

– Supposant que la légende que mes précepteurs me racontaient à propos de notre royaume est vraie, alors notre survie dépend de celle de l’unique Rose de Lune ?

– Certes, tant qu’elle rayonne, nous vivons. La prophétie dit : « Lorsque deux milles ans s’achèveront, si les Élus ne se montrent pas, et tant que ces derniers ne se rencontrent pas, sacrifice ne se fera pas, Rose de Lune s’éteindra et le châtiment tombera. » Voilà pourquoi tu es notre dernière chance.

– Quel châtiment ? Et quel sacrifice ? Et quel… et quel ??? En une heure, d’un seul coup, j’apprends de toi mon oncle ce que je n’ai pas appris durant mes vingt années de vie… Pourtant j’avais les meilleurs précepteurs ! J’exige que tu m’en dises davantage, car jusqu’à présent je ne reçois que des énigmes dont je… ne… comprends… rien… voilà une insulte à mon intelligence !

– C’est loin d’être mon intention mon enfant… Ne m’en demande pas plus, ce n’est pas l’envie qui me manque, mais c’est à toi seul de le découvrir.

Le prince ne put fermer les yeux pendant toute la nuit. Il était inconcevable pour lui de toucher le télescope, par peur de ne rien voir et de ne pas être l’Élu. Il craignait de décevoir les attentes de son vieil oncle, qui avait tellement attendu et espéré qu’un jour la mission serait accomplie… Les paroles de son oncle Nérose et son histoire résonnaient sans cesse dans son cerveau, devenu un champ de bataille à force d’imaginer tous les scénarios possibles. Que faire ? À qui parler ? Mais non ! Nérose m’a prévenu et il a été clair à ce sujet, surtout ne parler à personne… Ooooh c’est difficile, c’est si difficile… ! Seigneur, j’ai besoin de vous… Il me faut du courage, beaucoup de courage !

*
*       *

Cela faisait une semaine que l’agitation habitait Lunos quand il décida de s’approcher tout doucement du télescope. À peine le saisit-il entre ses mains tremblantes qu’il s’éloigna d’un seul coup, échappant à ce destin imposé qu’il n’avait pas choisi, sans ignorer au fond de lui qu’il devait l’assumer coûte que coûte.

Un matin, alors que le prince dormait profondément d’un sommeil sans fin, voilé par des pensées démentes, il fut réveillé par les voix des ouvriers, qui chantaient des chansons de courage, de gloire et de prospérité. Elles lui insufflèrent un élan de volonté : il décida fermement que, ce jour-là, il devrait franchir le pas et sortir le télescope argenté de son magnifique coffret fait main.

Après une longue hésitation, il préféra attendre que le silence regagne les lieux et la forêt pour prendre en main ce qui lui appartenait. « Il n’y a pas mieux que ces moments de sérénité pour clore le sujet : suis-je l’Élu ou non ? » se dit-il.

...