Sans dessins du prophète

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La publication, il y a cinq ans, des « caricatures » de Mahomet aura enflammé les esprits et rendu plus délicat le travail des dessinateurs de presse. La controverse a trouvé un écho au Québec avec l’adoption du code de conduite à Hérouxville et alimenté le débat sur les accommodements raisonnables. Heureusement, d’autres sujets ont également inspiré le caricaturiste du quotidien Le Droit.
Préface de Plantu

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Date de parution 07 janvier 2011
Nombre de visites sur la page 7
EAN13 9782895971832
Langue Français

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PRÉFACE DE PLANTUSANS DESSINS DU PROPHÈTEDU MÊME AUTEUR
Bado 2004 et même plus !, Ottawa, L’Interligne, 2004.
Tout a changé le 11 septembre, Ottawa, L’Interligne, 2003.
Salades du chef, Ottawa, L’Interligne, 2000.
1997 ne sera pas Jojo, Hull, Vents d’Ouest, 1997.
Les années 90, Sudbury, Prise de parole, 1993.
La jeunesse d’aujourd’hui, Hull, Asticou, 1988.
Ça va fumer, Montréal, Croc, 1984.
Tout Bado… ou presque, Montréal, Baloune, 1979.Bado
SANS DESSINS
DU PROPHÈTE
PRÉFACE DE PLANTUPRÉFACE
Les douces colères de Bado
Guy Badeaux (Bado) pose tout de suite le problème : quel est l’avenir du dessin de presse
au lendemain de la fatwa lancée à Copenhague contre les dessinateurs danois, début 2006 ?
Comme tous les dessinateurs de presse du monde entier, Bado se rend compte que notre
manière de dessiner va être transformée par ces fatwas répétées. Ces fatwas très bien
orchestrées sur le web vont harceler les dessinateurs de presse pour les années qui viennent ; autant
s’y préparer.
On a bien compris qu’aujourd’hui, le World Trade Center de la liberté d’opinion bascule
maintenant sur les dessinateurs de presse et, plus tard, tous les journalistes. Comme cette
histoire bien connue : Quand ils sont venus pour les communistes, je n’ai pas bougé, car je n’étais
pas communiste. Quand ils sont venus pour les juifs, je n’ai pas bougé, car je n’étais pas juif. Quand
ils sont venus pour les catholiques, je n’ai pas bougé, car je n’étais pas catholique. Quand ils sont
venus pour moi, il n’y avait plus personne pour m’aider.
Bado reprend son bâton de pèlerin en forme de crayon, pour raconter comment,
aujourd’hui, un dessinateur de presse, qu’il soit Canadien ou d’ailleurs, peut contourner tous
les interdits qui commencent à tomber sur tous les militants de la liberté de penser.
Il se trouve que l’association Dessins pour la paix, avec Bado et bien d’autres
dessinateurs, appartient à une fondation créée par Kof Annan au lendemain de la polémique contre
les dessinateurs danois, qui n’avaient fait qu’une simple chose : dessiner le portrait supposé
de Mahomet. Ce qui n’était évidemment pas une manière de vouloir humilier les musulmans
du monde entier, mais une manière de réagir contre toutes les formes d’intolérance qui
tombent aujourd’hui sur les dessinateurs.
5Dessins pour la paix est une grille de lecture qui permet de mieux comprendre comment
aujourd’hui nous devons continuer, nous dessinateurs, à être impertinents et dérangeants
sans pour autant humilier inutilement les croyants. Il est possible d’inventer une nouvelle
façon de critiquer et de déranger sans créer de blasphème inutile.
Le dessin sur le racisme, « Le raciste, c’est l’autre » de Bado est très élégant. Le trait est
fn et délicat et on pourrait penser qu’il s’agit d’un jeu. On y voit sur toute la page de jolies
images pour enfants ; et pourtant, à chaque fois, ces gens désignent « l’autre » parce que c’est
toujours « l’autre » qui est raciste. L’« autre », c’est toujours le méchant de l’histoire. En fait,
on s’aperçoit que dans ce petit jeu supposé, Bado nous raconte l’intolérance avec bonhomie.
Les images de Bado sont agréables à regarder. Ce sont de belles images, comme si on
jouait à une sorte de Monopoly, le seul problème c’est que dans un premier temps, on croit
que l’on va assister à un jeu des sept familles et puis, en fait, ce sont des familles désunies. Il
y a deux temps dans la lecture du dessin : le plaisir de l’œil qui se laisse guider par la beauté
des couleurs, la simplicité et la délicatesse du trait ; ce n’est qu’après qu’on se surprend à y
découvrir les turpitudes de la planète.
Dans le dessin représentant Mugabe, le dictateur du Zimbabwe, on croit voir un petit
cube, assez joliment dessiné et, fnalement, la fente de ce petit cube-urne est la moustache
du tyran.
Le dessin sur la santé « Urgence et patience » devrait être l’emblème de tous les
panneaux à l’entrée de tous les hôpitaux du monde entier, parce qu’évidemment, un patient par
défnition est toujours impatient et le dessinateur est là pour faire du bien là où ça fait mal. Le
boulot des urgences c’est d’accueillir tout le monde et fnalement, on sait bien qu’au Canada
comme partout ailleurs, il faut s’armer de beaucoup de patience… On imagine Bado dans la
salle d’attente ; on le verrait bien dire calmement à l’urgentiste « Comment ça va ? » alors qu’en
fait, il a plutôt envie de lui casser la gueule ou de buter un chien. Heureusement, Bado a son
crayon dans la poche.
6Lorsque, dans le dessin « Étudiants musulmans réclamant le droit de prier à
l’université », le musulman est en train de faire sa prière sur son tapis, il montre un caricaturiste dans
la même position, à genoux, courbé les mains sur le sol, évitant d’aborder le sujet. Bado, lui,
a choisi de l’aborder. L’image pourrait nous faire croire qu’il n’est pas en colère. Il est furieux
mais il le dit calmement.
Après les douze travaux d’Hercule, il y a « les douces colères de Bado ».
Plantu
Caricaturiste au quotidien Le Monde
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