Un raccourci dans le temps - Tome 2 - Le vent dans la porte

Un raccourci dans le temps - Tome 2 - Le vent dans la porte

-

Livres
265 pages

Description

Qu’est-ce qui ne va pas chez Charles Wallace  ? Meg s’inquiète pour son petit frère surdoué. Il s’essouffle trop vite et il est extrêmement pâle. Sans oublier qu’il s’imagine voir des choses, comme des dragons dans le jardin  !

Pendant que le père de Meg travaille sur la disparation de plusieurs étoiles, elle doit tout faire pour sauver son frère. Avec son ami Calvin, elle s’embarque dans un voyage surprenant, au cœur des cellules de Charles Wallace…

 

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 28 mars 2018
Nombre de lectures 1
EAN13 9782016273821
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
L’édition originale de cet ouvrage a paru chez Squa re Fish, an imprint of Holtzbrinck Publishers, sous le titre :
A WINDINTHEDOOR
Copyright © 1973 by Crosswicks, Ltd.
Tous droits réservés.
Translation copyright © 2018 by Hachette Livre.
Le vent dans la porte© 1999 Éditions Pocket Jeunesse, Département d’Univers Poche pour la traduction en l angue française.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne Crichton .
Conception graphique : Nicolas Carmine. Visuels : © Eladora / © Hibrida – Shutterstock.
© Hachette Livre, 2018, pour la présente édition. Hachette Livre, 58, rue Jean-Bleuzen, CS 70007, 921 78 Vanves Cedex.
ISBN : 978-2-01-627382-1
Pour Pat
I
LES DRAGONS DE CHARLES WALLACE
Il y a des dragons dans le potager des jumeaux. Meg Murry était occupée à explorer le réfrigérateur dans le but d’y trouver son goûter. Elle en sortit le nez pour examiner son jeu ne frère de six ans. — Qu’est-ce que tu dis ? — Il y a des dragons dans le potager des jumeaux. I l y en a eu récemment, en tout cas. Maintenant, ils sont allés s’installer dans le pré du nord. Au lieu de répondre – il valait mieux ne pas se pre sser de répondre quand Charles Wallace disait une étrangeté –, Meg replongea dans le réfrigérateur. — Bon. Je sens que ça va être laitue-tomate, comme d’habitude. Je cherchais… autre chose, un truc nouveau, excitant. — Meg, tu m’as entendu ? — Oui, oui. Voyons… Finalement, ce sera crème de fo ie-fromage fondu. Elle rassembla sur la table de la cuisine les ingré dients de son sandwich et y ajouta une bouteille de lait. Charles Wallace attendait pa tiemment. Quand elle eut fini, elle posa un regard noir, plus anxieux qu’elle ne voulai t l’admettre, sur le jean du garçonnet récemment déchiré aux genoux, sa chemise maculée de traînées grumeleuses de terre, le bleu qui marquait sa pommette gauche. — Les grands t’ont attaqué où, cette fois-ci, dans la cour ou à la descente du bus ? — Meg, tu ne m’écoutes pas. — J’ai remarqué, figure-toi, que tu vas à l’école d epuis deux mois maintenant, et qu’il ne s’est pas passé une seule semaine sans que tu so is malmené. Alors je suppose que si tu parles de dragons dans le jardin ou je ne sais où, ceci explique cela. — Tu me sous-estimes, ce n’est pas le cas. Je ne le s avais pas vus jusqu’à tout à l’heure, quand je suis rentré. Chez Meg, l’anxiété très vive déclenchait toujours la colère. Elle fixa son sandwich d’un air vengeur. — Maman devrait se décider à acheter un fromage fon du qui se tartine, et pas une cochonnerie qui passe à travers le pain ! Où est-el le ? — Dans le labo, elle a une expérience en cours. Ell e m’a dit de t’avertir que ce ne serait pas long. — Où est papa ? — Il a reçu un appel de Los Angeles, et il est parti pour Washington quelques jours. Comme les dragons dans le jardin, les visites de le ur père à la Maison Blanche étaient un sujet qu’il valait mieux ne pas aborder à l’école. Mais à la différence des dragons, ces visites étaient bien réelles. Les doutes de Meg n’échappèrent pas à son frère. — Je les ai vus, Meg, ces dragons. Mange ton sandwi ch, et viens voir. — Où sont Sandy et Dennys ? — Au foot. Je n’en ai parlé qu’à toi. La voix de Charles Wallace eut soudain le ton de dé sespoir d’un tout petit enfant, qui n’aurait même pas eu six ans : — Pourquoi il n’arrive pas plus tôt, le bus du lycé e ? Je t’ai attendue si longtemps !
Meg revint au réfrigérateur prendre de la laitue. E lle espérait ainsi dissimuler à Charles Wallace les réflexions qui lui traversaient l’esprit, même si elle n’y croyait guère. Il lirait ses pensées comme il avait perçu s es doutes à propos des dragons. Ce qu’il avait vu en réalité dans le jardin, elle ne p ouvait s’en faire aucune idée. Mais qu’il ait vu quelque chose, quelque chose d’insolite, ell e en était persuadée. Charles Wallace la regarda en silence terminer de c onfectionner son sandwich. Elle alignait soigneusement les tranches de pain et les découpait en portions égales. — Je me demande si Mr. Jenkins a déjà vu un dragon ? suggéra-t-il. Mr. Jenkins était le directeur de l’école. Meg avai t eu son lot de problèmes avec lui. Elle avait peu d’espoir que Mr. Jenkins consente à se préoccuper de la situation de Charles Wallace, ou veuille intervenir dans ce qu’i l nommait « les procédures normales de la démocratie ». — Mr. Jenkins croit à la loi de la jungle, dit-elle , la bouche pleine. Il y a bien des dragons dans la jungle, non ? Charles Wallace vida son verre de lait. — Je comprends pourquoi tu es toujours collée en sc iences sociales ! Allez, cesse de te dérober. Termine ton goûter et allons voir s’ ils sont toujours là. Fortinbras, leur grand chien noir presque labrador, s’élança à leur suite à travers la pelouse, tout heureux de renifler ce que l’automne avait laissé du carré de rhubarbe. Meg se prit le pied dans un arceau du jeu de croque t, et maugréa tout bas parce qu’elle avait rangé maillets et portillons après la dernière partie, et oublié cet arceau-là. Une haie basse d’arbustes à baies séparait le terra in de croquet du potager des jhinalement : « Pas dans leumeaux. Fortinbras sauta par-dessus, Meg lança mac potager, Fort », et le grand chien rebroussa chemin à travers les rangées de choux et de brocolis. Sandy et Dennys étaient fiers, à juste titre, de leur production biologique, qu’ils vendaient au village pour en tirer un peu d’ argent de poche. — Un dragon pourrait dévaster ce potager, dit Charl es Wallace en guidant Meg entre les rangs de légumes. J’imagine qu’il s’est ravisé, parce que d’un seul coup on aurait dit qu’il n’y était plus. — Comment ça, on aurait dit qu’il n’y était plus ? Ou il y était, ou il n’y était pas. — Il y était, mais ensuite je me suis approché et i l n’y était plus. Je l’ai suivi, enfin pas vraiment car il était beaucoup plus rapide que moi : je suis passé par où il était passé. Il est allé vers les grandes roches glaciaires, dans le pré du nord. Meg considéra le jardin d’un œil sombre. Charles Wa llace n’avait jamais tenu un discours aussi peu plausible. — Allons viens, insista-t-il. Il se mit à longer les hautes tiges de maïs qui ne portaient plus que quelques maigres épis. Derrière le maïs, les tournesols captaient les rayons obliques du soleil de l’après-midi, et leurs corolles d’or renvoyaient la lumière. — Tu n’es pas malade, Charles ? s’inquiéta Meg. Cela ressemblait si peu à Charles de perdre le cont act avec la réalité… Elle remarqua alors qu’il respirait fort, comme s’il ven ait de courir, alors qu’ils ne marchaient pas vite. Il était pâle, avec le front m oite de transpiration que provoque l’épuisement. Il avait une mine qu’elle n’aimait pa s du tout. Ils contournaient les plants luxuriants des citroui lles. Elle revint à l’invraisemblable histoire de son frère. — Tu les as vus à quel moment, Charles, ces… dragon s ? — Un tas de dragons, un monceau de dragons, un rass emblement de dragons !
haleta Charles Wallace. Je les ai vus après mon ret our de l’école. Maman était toute contrariée à cause de l’état dans lequel j’étais. J ’avais le nez qui saignait encore beaucoup. — Je suis contrariée, moi aussi. — Meg, maman croit que c’est plus grave que les cou ps de poing des grands. — Qu’est-ce qui est plus grave ? Charles Wallace escaladait à grand effort, avec une maladresse tout à fait inhabituelle le muret de pierre qui limitait le verger. — Je suis essoufflé, dit-il. — Et pourquoi ? Qu’a dit maman ? s’enquit Meg avec brusquerie. Charles marchait lentement dans l’herbe haute du ve rger. — Elle n’a riendit. Mais c’est comme si un radar m’envoyait des signa ux. Meg marchait à côté de son frère. Elle était grande pour son âge, lui était petit pour le sien. — Parfois, Charles, je préférerais que tu ne captes pas si bien les signaux de radar. — Je ne peux pas m’en empêcher, Meg. Je ne cherche pas à les capter, ils me parviennent, c’est tout. Maman pense que j’ai quelq ue chose qui ne va pas. — Mais quoi ? cria presque Meg. — Je ne sais pas, répondit très posément le garçonn et. Quelque chose d’assez mauvais pour que ses signaux d’inquiétude me parvie nnent très clairement. Moi aussi, jde, je dois faire un effort rien quee sais que j’ai quelque chose qui ne va pas. Regar pour traverser le verger à cette allure-là, ce n’es t pas normal. C’est la première fois que ça m’arrive. — Cela a commencé quand ? demanda Meg âprement. Tu allais très bien dimanche dernier, pendant notre promenade dans les bois. — Oui. Je me sentais un peu fatigué depuis le début de l’automne, mais cela a empiré cette semaine, et aujourd’hui c’est bien pir e qu’hier. Hé, Meg ! Arrête de culpabiliser parce que tu ne l’as pas remarqué. C’était précisément ce qu’était en train de faire M eg. Ses mains étaient devenues toutes froides sous l’effet de l’affolement. Elle e ssaya de repousser l’angoisse qui l’envahissait, parce que Charles Wallace lisait en elle encore plus facilement qu’en leur mère. Il ramassa une pomme que le vent avait fait t omber, vérifia qu’elle n’était pas véreuse et mordit dedans. Le hâle qu’il avait conse rvé de l’été ne pouvait masquer son extrême pâleur, ni les cernes sous ses yeux. Commen t ne l’avait-elle pas remarqué ? Parce qu’elle ne l’avait pas voulu. Parce qu’il éta it plus simple d’attribuer la pâleur et la léthargie de Charles Wallace aux difficultés qu’il rencontrait à l’école. — Mais alors, pourquoi maman ne te fait-elle pas ex aminer par un docteur ? Un vrai docteur, je veux dire ? — C’est ce qu’elle a fait. — Ah bon ? Quand ? — Aujourd’hui. — Et pourquoi ne me le dis-tu pas ? — Les dragons m’intéressent davantage. — Charles ! — C’était avant que tu rentres de l’école. Le docte ur Louise était venue déjeuner avec maman – elle le fait assez souvent, en temps o rdinaire… — Je sais. Continue. — Et quand je suis revenu de l’école, elle m’a exam iné de la tête aux pieds. — Qu’est-ce qu’elle a dit ?
— Pas grand-chose. Je ne peux pas lire en elle comm e je lis en maman. Elle est rapide comme un petit oiseau, elle a une telle viva cité d’esprit qu’elle change d’idée sans cesse. Elle réussit parfaitement à me bloquer. La seule information que j’ai pu recueillir, c’est qu’elle pense que maman a raison – mais à propos de quoi, mystère. Et aussi qu’elles restent en contact. Ils étaient arrivés à l’extrémité du verger. Charle s Wallace dut encore se hisser sur le muret où il se tint debout pour scruter le pré lais sé en friche. On y voyait deux importants affleurements de roche glaciaire. — Ils sont partis, dit-il. Mes dragons sont partis. Meg monta aussi sur le mur. On ne voyait dans le pr é que les hautes herbes décolorées où jouait le vent, et les deux masses ro cheuses qui prenaient des teintes violettes en cette fin d’après-midi d’automne. — Charles, tu es sûr que ce n’était pas simplement les rochers ou bien des ombres, quelque chose comme ça ? — Est-ce que des rochers ou des ombres ressemblent à des dragons ? — Non, mais… — Meg, ils étaient juste à côté des rochers, tout s errés, ils formaient comme un bouquet d’ailes, oui, cela ressemblait à des centai nes d’ailes, avec, entre les ailes, des yeux qui s’ouvraient et se fermaient, et des jets d e flammes et de la fumée. Je les ai prévenus qu’ils risquaient de mettre le feu aux herbes sèches. — Tu les as prévenus comment ? — Je leur ai dit très fort de faire attention. Les flammes se sont éteintes. — Tu t’es approché ? — Cela ne paraissait pas prudent. Je suis resté un long moment sur le mur à les observer. Ils dépliaient et repliaient sans cesse l eurs ailes, avec tous ces yeux qui avaient l’air de cligner vers moi ; ensuite ils se sont mis en boule pour dormir, alors je suis rentré t’attendre à la maison. Meg ! Tu ne me crois pas. Elle coupa court en questionnant : — Et alors, ils sont partis où, tes dragons ? — C’est la première fois que tu ne me crois pas. — Ce n’est pas que je ne te croie pas, prononça-t-e lle avec circonspection. Car, étrangement, elle le croyait – sans aller jusq u’à admettre, peut-être, qu’il ait vu de vrais dragons. Si Charles Wallace n’avait jamais été enclin à mélanger les faits et l’imaginaire, jamais non plus il n’avait séparé de façon aussi marquée la réalité de l’illusion. Elle le regarda, et vit qu’il avait pas sé un chandail sur sa chemise tachée. Croisant ses bras d’un geste frileux – bien qu’elle n’eût pas froid du tout –, elle annonça en frissonnant : — Je crois que je vais aller à la maison chercher u n gilet. Attends-moi, je n’en ai pas pour longtemps. Si les dragons reviennent… — Je crois qu’ils reviendront. — Retiens-les ici pour moi. Je fais aussi vite que possible. Charles Wallace la regarda droit dans les yeux. — Quelque chose me dit que maman préfère ne pas êtr e interrompue pour le moment. — Je n’ai pas l’intention de l’interrompre, je vais seulement chercher mon gilet. — Comme tu veux, Meg, soupira-t-il. Elle le laissa assis sur le muret, plongé dans la c ontemplation des deux rochers. Il attendait les dragons, ou en tout cas ce qu’il croy ait avoir vu. Il savait donc qu’elle
retournait à la maison dans l’intention de parler à leur mère, mais tant pis ; tant qu’elle refusait de l’admettre devant Charles Wallace, elle avait l’impression de pouvoir lui dissimuler un peu de l’inquiétude qu’elle éprouvait pour lui. Elle entra en coup de vent dans le laboratoire. Sa mère était assise sur un tabouret haut. Elle ne regardait pas dans le microscope installé devant elle, n’écrivait pas non plus sur l e bloc resté posé sur ses genoux. Elle ne faisait rien qu’être assise, pensive. — Qu’y a-t-il, Meg ? Meg allait se lancer étourdiment dans le récit des propos de son frère concernant les dragons et s’étonner du fait qu’il n’avait jamais s ouffert d’hallucinations ; mais comme Charles Wallace n’en avait pas parlé à leur mère, e lle s’avisa que ce serait peut-être le trahir, même s’il s’était tu en raison de la présen ce du docteur Louise. — Qu’y a-t-il, Meg ? répéta sa mère, avec un soupço n d’impatience. — Qu’est-ce qui ne va pas chez Charles Wallace ? Mrs. Murry posa son bloc-notes à côté du microscope . — Il a encore eu des ennuis avec les plus grands de sa classe aujourd’hui à l’école. — Ce n’est pas à ça que je pense. — À quoi penses-tu, Meg ? — Il m’a dit que tu as fait venir le docteur Colubra pour lui. — Louise est venue déjeuner, et j’ai pensé en profi ter pour lui demander de l’examiner. — Et alors ? — Et alors quoi, Meg ? — Qu’est-ce qu’il a ? — Nous ne savons pas, Meg. Pas encore, en tout cas. — Charles dit que tu es inquiète pour lui. — C’est vrai. Pas toi ? — Si. Mais j’ai cru jusqu’à aujourd’hui que c’était uniquement à cause de l’école, et jlé d’avoir traversé le verger sanse m’aperçois qu’il y a autre chose. Il est essouff courir, il est anormalement pâle, il imagine des ch oses. Et il a une de ces têtes ! Je n’aime pas la tête qu’il a. — Moi non plus. — Qu’est-ce qui ne va pas ? Qu’est-ce qu’il a ? Un virus, ou autre chose ? Mrs. Murry hésita. — Je ne peux pas le dire. — Maman, je t’en prie, s’il a un problème de santé vraiment grave, je suis assez grande pour le savoir. — Je ne sais pas si c’est le cas ou non. Et Louise l’ignore également. Quand nous aboutirons à une certitude, je te le dirai. Je te le promets. — Tu ne me caches rien ? — Meg, il est inutile d’en parler alors que je n’ai aucune certitude. Je devrais en savoir plus d’ici quelques jours. Meg se tordait nerveusement les mains. — Tu es vraiment inquiète, hein, maman ? Mrs. Murry sourit. — C’est une tendance courante chez les mères, tu sa is. Où est ton frère pour le moment ? — Ah, c’est vrai, je l’ai laissé sur le muret de pi erre, j’ai dit que je venais chercher un gilet. Il faut que j’y retourne en vitesse sinon il va croire…
Sans achever sa phrase, elle sortit en trombe du la boratoire, attrapa au vol un gilet accroché dans l’office, et s’élança à travers la pe louse. Charles Wallace était toujours assis sur le mur, da ns la position même où elle l’avait laissé. Aucun signe des dragons. Meg ne s’attendait pas réellement à en voir ; néanmoins, elle fut un peu déçue, et cette déceptio n renforça sournoisement son angoisse pour Charles Wallace. — Qu’a dit maman ? demanda-t-il. — Rien. Il fixa sur elle ses grands yeux bleus au regard si pénétrant. — Elle n’a pas parlé de mitochondries ? Ni de faran dolas ? — Hein ? Pourquoi, elle aurait dû ? Charles Wallace continua de regarder sa sœur en tap ant le mur du talon de ses tennis, mais ne répondit pas. — Pourquoi maman devrait-elle parler de mitochondri es ? insista Meg. Ce n’est pas à ce sujet que tu as commencé à avoir des ennuis le premier jour d’école ? — Le sujet m’intéresse énormément, tout comme celui des dragons, déclara évasivement Charles. Je regrette qu’ils tardent à revenir. Attendons-les encore un peu, d’accord ? J’aimerais mieux affronter des dragons tous les jours plutôt que les types de l’école. Au fait, Meg, merci d’être allée voir Mr. Jenkins pour moi. — C’était supposé être un grand secret. Comment l’a s-tu su ? — Je l’ai su. Meg rentra la tête dans les épaules. — Ça n’a rien arrangé, de toute façon. À la vérité, elle n’avait pas grand espoir que sa d émarche arrangerait les choses. Mr. Jenkins avait assumé pendant plusieurs années l a direction du grand collège régional. À la rentrée précédente, en septembre, il avait été muté à l’école primaire du village. La raison officielle de cette mutation éta it que l’école communale avait besoin de modernisation, et que Mr. Jenkins était le seul capable de mener la tâche à bien. La rumeur, elle, disait qu’il n’avait pas su s’y prend re avec les éléments les plus difficiles d u collège. Meg doutait d’ailleurs qu’il sache s’y prendre avec qui que ce soit, où que ce soit. Et elle était intimement persuadée qu’il n ’aimerait ni ne comprendrait jamais Charles Wallace. Le matin de la rentrée, elle était beaucoup plus ne rveuse que son petit frère. Elle ne parvint pas à se concentrer pendant ses dernières h eures de cours ; lorsque enfin ce fut terminé, elle se précipita à la maison. Et quan d, après la dernière montée, elle le trouva la joue balafrée, la lèvre supérieure bouffi e et sanguinolente, un sentiment de fatalité mâtinée de fureur concentrée lui serra le cœur. Les villageois avaient toujours pensé que Charles Wallace était étrange, pour ne pa s dire plus. En prenant le courrier à la poste ou en achetant des œufs chez l’épicier, Meg surprenait des bribes de conversation. « Il est du genre bizarre, le petit d ernier des Murry. » Ou bien : « J’ai entendu dire que les gens très intelligents ont sou vent des enfants demeurés. » Et encore : « Il paraît qu’il ne parle même pas. » Tout aurait été plus simple si Charles Wallace avai t effectivement été stupide, mais ce n’était pas du tout le cas. Et devant sa classe, il avait beau faire semblant de ne pas en savoir plus que les autres enfants de six ans, c ela ne marchait pas très bien. Son vocabulaire même jouait contre lui : il n’avait com mencé à parler que fort tard, mais d’un seul coup, par phrases complètes, sans passer par les étapes préliminaires des petits enfants. En présence d’étrangers il parlait rarement, ce qui leur donnait une raison de le croire demeuré ; et soudainement, en e ntrant à l’école, voici qu’il parlait