Une année chez les Stevenson

Une année chez les Stevenson

-

Français
256 pages

Description

Les Stevenson sont une famille comme les autres, à un détail près : cette famille-là n'est composée que de garçons !

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mai 2018
Nombre de lectures 0
EAN13 9782745999740
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Première édition :The Misadventures of the Family Fletcher, © 2017 by Dana Alison Levy, permission for this edition was arranged through th e Nancy Galt Literary Agency © A Yearling Book /Random House
Illustration de couverture : © 2018 Steve Scott
Pour la traduction française : © 2017 éditions Milan 1, rond-point du Général Eisenhower, 31101 Toulouse Cedex 9, France editionsmilan.com
Ont collaboré à l’édition française de cet ouvrage : Correction : Manon Le Gallo Mise en pages : Pascale Darrigrand
Droits de traduction et de reproduction réservés po ur tous les pays. Toute reproduction, même partielle, de cet ouvrage est interdite. Une copie ou reproduction par quelque procédé que c e soit, photographie, microfilm, bande magnétique, disque ou autre, constitue une co ntrefaçon passible des peines prévues par la loi du 11 mars 1957 sur la protectio n des droits d’auteur.
e Dépôt légal : 3 trimestre 2018 ISBN : 978-2-745-99974-0
Couverture
Page de titre
Page de copyright
Table des matières
CHAPITRE 1 - OÙ L’ON RENCONTRE LES STEVENSON
CHAPITRE 2 - OÙ JAX DÉCOUVRE LA LOI DE LA JUNGLE
CHAPITRE 3 - OÙ ELI EST PRÊT POUR L’APOGÉE
CHAPITRE 1
OÙ L’ON RENCONTRE LES STEVENSON
Mot sur le réfrigérateur
Papa réglait l’appareil photo. Pendant ce temps-là, Eli attendait sur l’escalier en bois de la véranda, serré entre ses frères. D’un cô té, le plus jeune, Castor, ne tenait pas en place. De l’autre, ses deux aînés, Sa m et Jax, ne manifestaient pas le même enthousiasme. – Bon, tu la prends, cette photo ? marmonna Sam. Apparemment, le rituel de la photo de rentrée ne faisait plus effet en sixième. – Ça y est ! Les quatre garçons s’éparpillèrent comme des quille s heurtées par une boule de bowling. La rentrée avait une signification différente pour chacun d’eux, mais qu’ils aient redouté ce jour ou l’aient attendu avec impatience, aucun n’avait envie de s’attarder sur les marches effritées de la véran da. Pour la première fois, ils allaient tous à l’école, du moins si l’on considérait le CP comme une vraie classe : Eli n’était pas certain que coller des boules de co ton sur du papier à dessin soit vraiment du travail, mais Castor, si. Et il était r avi de figurer enfin sur la photo de rentrée. Cette photo était l’une des Règles de la f amille Stevenson. Une règle absolue. Les quatre frères ne se ressemblaient pas, à l’exce ption de leurs genoux tachés d’herbe et de leurs cartables assortis : Sam , avec son bronzage et son short de surf ; Jax, tout maigre avec sa coupe afro qu’il refusait de couper ; Eli, menu avec sa peau de roux et ses lunettes ; et Castor, de la taille d’un enfant de quatre ans mais avec l’énergie d’au moins trois gamins de six ans. Alors qu’il jouait avec la fermeture de son cartabl e, Eli vit Jax courir dans le
jardin et shooter dans le ballon de foot orange pos é au milieu de la pelouse. Celui-ci vola par-dessus la haie puis atterrit chez le nouveau voisin, dans un buisson épineux. Sam leva les yeux de son téléphone. – Non ! C’est mon ballon préféré ! En plus, tu sais qu’il va en faire tout un fromage. Pourquoi t’as fait ça ? Sam s’avança pour frapper Jax, qui l’esquiva. D’apr ès Eli, la vitesse de réaction de Jax augmentait d’environ vingt pour cen t quand il s’agissait d’éviter les coups de son grand frère. – Désolé ! Je vais le récupérer. – Non ! Personne n’ira nulle part. Sam, il nous res te trois millions de ballons de foot. En plus, il est temps de décoller. La voix de Papa provenait de derrière le fauteuil à bascule, où il avait fait tomber le protège-objectif de son appareil photo. – Jax, nous t’avons déjà averti. Je sais que les Ke lleher te manquent. Nous avons tous été tristes de les voir partir. Mais, pour le meilleur ou pour le pire, c’est M. Nelson notre nouveau voisin. Et il n’apprécie clairement pas les ballons, palets de hockey et autres projectiles que tu n’arrêtes pa s de lui envoyer. Tu te souviens de la pénible conversation avec l’agent Ho llis, le jour de la fête du Travail ? Alors il vaut mieux ne plus l’embêter. Eli savait qu’il ne plaisantait pas. À leur retour de vacances le mois précédent, le panneau « À VENDRE » qui se balançait devant la maison des Kelleher avait disparu. Dans l’allée, le panier de basket avait été remplacé par une voiture de collection reluisante. Le jardin, où ne poussaient que des pissenlits, était à présent orné de millions de fleurs repiquées avec s oin et incapables de résister à un ballon. Quant au vieux M. Nelson, il n’était pas aussi frais que ses fleurs, mais plutôt grisonnant. Il fusillait les garçons du rega rd en promenant son roquet. Le reste du temps, il les ignorait. Toutefois, appeler la police parce qu’ils chantaient trop fort avait marqué une « escalade de la violenc e ». Eli avait appris cette expression dans son manuel d’histoire. – Pourquoi notre nouveau voisin n’est pas sympa ave c les enfants ? marmonna Jax. Personne ne prit la peine de lui répondre. – Papa ! C’est l’heure de partir ? demanda Castor, qui sautillait d’excitation. Qu’est-ce qui sera marqué sur mon étiquette ? Casto r ou Jeremiah ? Je déteste mon vrai prénom. – Ne t’inquiète pas, répliqua Jax. Ils t’appelleront sûrement Andouille. – N’importe quoi ! Papa, tu crois que la place à cô té de moi sera réservée à Flash ? Il vient aussi, tu sais. Flash était un guépard, et l’ami imaginaire de Castor. Occupé à éteindre son appareil photo, Papa fit semblant de ne pas avoir e ntendu. Eli approuvait cette stratégie. En effet, mieux valait ne pas contredire Castor au sujet de ses créatures imaginaires. Une fois l’appareil soigneusement rangé dans sa poc hette, le départ fut donné pour de bon. Cette année, Sam et Jax se rendraient ensemble à l’école, à vélo ou à pied. Mais aujourd’hui, avec le poids des fournit ures scolaires, Papa les y conduisait en voiture. Eli ressentit un pincement a u cœur à la pensée qu’il
n’entrerait pas en CM1 avec Jax. Même s’ils ne s’étaient jamais retrouvés dans la même classe, ils avaient toujours été au même nivea u dans la même école. Sa présence réconfortante allait lui manquer, mais cha nger d’école était son choix, alors il n’allait pas commencer à s’inquiéter maintenant. Pendant que Sam et Jax vérifiaient encore leurs classeurs et leurs crayons de couleur, Papa essayait de se rappeler où il avait laissé ses clés. Castor, qu i devait partir avec Eli, était en train – berk ! – de se lécher la main pour lisser e t aplatir ses épais cheveux bruns. Il grimpa enfin sur son rehausseur, puis attacha sa ceinture. Eli observait la scène depuis son propre siège, en attendant patiemment que Daddy – leur deuxième père – l’emmène à Narnia, à P oudlard, au Pays imaginaire. Cette année, il intégrait une nouvelle école, pour enfants surdoués. Il était fin prêt, alors il ouvrit la portière et cria : – Daddy ? C’est toi qui me conduis, non ? Je ne veux pas arriver en retard ! – Ferme la portière ! ordonna Castor. Flash va attraper froid ! Eli l’ignora. – J’arrive ! répondit Tom Anderson, alias Daddy. Il descendit l’allée et monta dans la camionnette, sa tasse de café dans une main, tandis que de l’autre, il tentait désespérément de glisser son déjeuner dans sa mallette. – Nous devons juste déposer Castor avant. Tu arrive ras largement à l’heure. Moi aussi, j’espère, car j’ai une réunion de rentrée avant mon premier cours. Mais ça devrait aller, ton école est sur le chemin du ly cée de Middleton. En quelque sorte… Enfin elle n’est pas dans la direction oppos ée. Avec un soupir, Daddy renonça et laissa tomber son déjeuner sur le siège passager déjà encombré. Son café déborda quand sa t asse heurta un gland coincé dans le porte-gobelet. – Meeer… credi, marmonna-t-il en essayant d’empêche r le café de tacher ses copies. – Daddy ! C’était un gros mot ? demanda Eli, qui ti ra sur sa ceinture de sécurité. Pas de gros mots devant nous ! Tu devras mettre une pièce dans la tirelire. – Non. J’ai dit « mercredi ». Ce n’est pas un gros mot. Daddy sortit de l’allée en marche arrière. – C’est parti ! J’ai hâte de voir ta classe, Castor ! Eli soupira. Cela faisait déjà quatre mois et vingt-huit jours, soit environ 216 000 minutes, qu’il avait appris son admission à l’Apogée. Alors il pouvait bien attendre encore un peu.
CHAPITRE2
OÙ JAX DÉCOUVRE LA LOI DE LA JUNGLE
Mot sur le réfrigérateur
Jax flippait… juste un peu. Pour sa rentrée en CM1, tout dépendait de Sam. Ce dernier était le roi de la jungle : un lion entouré de gazelles, de zèbres et de gnous. En sixième, il était non seulement au sommet de la chaîne alimentaire, mais aussi le meilleur gardien de but de Shipton de puis une éternité ; il était même question qu’il intègre l’équipe d’élite l’anné e prochaine. En plus, il était drôle. Tellement drôle qu’au moins une fois par sem aine, Jax en recrachait son lait par le nez, ce qui était plus douloureux qu’il ne l’aurait cru. Tout le monde aimait Sam. Mais personne n’aimait Jax. En réalité, personne ne le connaissait. Il avait passé son année de CE2 plongé dans l’univers deStar Wars. À chaque récréation, avec son meilleur ami Henry, ils improvisaient des scènes de bataille et compara ient les pouvoirs des héros. Quelquefois, Eli jouait avec eux. Il trouvait toujo urs des idées de batailles géniales, même si, en général, il était plutôt occu pé à lire un livre bizarre. Inconsciemment, Jax savait qu’avoir pour frère un g énie n’améliorait pas vraiment sa popularité ; alors il avait éprouvé un soulagement coupable en apprenant qu’Eli voulait changer d’école. Bien ente ndu, il le défendrait toujours si d’autres enfants l’embêtaient. Mais maintenant que Sam était le seul autre Stevenson dans l’école, ce serait tout de même plus facile d’être cool. Cette année, tout allait changer. Bien sûr,Star Warssuper, mais Jax restait avait aussi lu tous lesHarry Potteret vu presque tous les films, même un interdit
aux moins de douze ans, car la baby-sitter ne savait pas qu’il n’avait pas le droit. Contrairement aux CE2, les CM1 avaient cours à l’éc ole élémentaire. Jax serait 1 donc dans le même bâtiment que Sam . Cette année, il pourrait devenir cool, à condition d’avoir le soutien de son aîné. Si Sam le traitait comme un crétin pendant la première semaine, tout serait fichu. Il était temps de passer à l’action. Jax pensa aux rémoras, ces petits poissons carnivores qui nagent à côté des énormes requins po ur les aider en mangeant les bestioles et autres saletés collées à leur peau . Sans aller jusqu’à avaler les microbes de Sam, il pourrait peut-être se rendre utile. – Hé, Sam ? demanda Jax, derrière le siège avant où son frère avait enfin le droit de s’asseoir. Je sais que c’est ton tour de promener Mr Puggle ce soir, mais si tu veux, je te remplace. Rappelle-le-moi en rentrant à la maison, c’est tout. – Merci, ce serait top, répondit Sam d’un air distrait sans lever les yeux. Il continuait d’envoyer des textos. Depuis qu’il l’ avait reçu pour son anniversaire cet été, le portable semblait scotché à sa main. – Et, euh… si tu veux, je le ferai aussi la prochaine fois. Ça ne me dérange pas. Jax envisagea d’assumer en plus la corvée de litièr e quand viendrait le tour de Sam, mais il détestait vraiment changer la litière. Il garderait donc ce joker en cas d’urgence. Il ne reçut aucune réponse, même s’il vit Papa tourner les yeux vers lui dans le rétroviseur. Jax évita son regard. Papa ne comprendrait jamais la nécessité d’être dans les bonnes grâces de Sam et se lancerait dans un sermon , où il citerait des philosophes, Walt Whitman (son poète préféré) et le s Beatles. Mais il travaillait à la maison, sur des logiciels de simulation informatique, alors qu’en savait-il ? Il n’avait même pas rencontré la plupart de ses collèg ues, qui habitaient en Chine, en Inde ou à l’autre bout des États-Unis, en Californie. Daddy enseignait l’histoire au lycée. Il comprendrait, lui, la loi de la jungle. Jax était désespéré. Si seulement il pouvait faire rire son frère, ou l’impressionner d’une façon ou d’une autre avant d’ arriver à l’école… Vite, une idée ! Alors qu’ils attendaient à un feu rouge, il regarda les arbres feuillus qui bordaient les rues de la vieille ville. – Hé ! Qu’est-ce qui est noir, blanc et rouge ? demanda-t-il en espérant que sa voix ne trahisse pas sa panique. – Un journal, lança Papa sans réfléchir. – Un zèbre, répondit Sam en même temps. – Nan ! Un putois dans un mixeur ! Jax éclata d’un rire hystérique. Oh, non ! Voilà que ça recommençait : le fou rire nerveux qui menait aux larmes, puis au hoquet. Le pire. La voiture démarra dans une embardée. Tandis que Pa pa fixait Jax dans le rétroviseur, Sam se retourna. – Jax ? Ça va, mon vieux ? Respire ! On dirait que tu vas mourir. Il avait fini par poser son téléphone. – Qu’est-ce qui va pas ? C’est l’élémentaire qui te fait peur ? Franchement, c’est pas si différent. Souviens-toi juste qu’on joue souvent au foot à la récré. Si tu veux t’intégrer, apporte ton propre ballon. Il y a des crétins qui jouent avec une