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Voler avec les cigognes noires

De
146 pages
"J'ai l'impression bizarre d'être dans l'univers d'un géant ! J'essaie de réfléchir et de ne pas paniquer. Demander de l'aide, voilà la solution ! Je me précipite alors sur le bord de la route afin de faire des signes aux voitures pour que quelqu'un me vienne en aide. Mais au moment où j'avance, un bruit étrange derrière moi me fait sursauter. Un hérisson plus grand que moi apparaît..." Pourquoi Lucie est-elle devenue si petite ? Et que va-t-il lui arriver ? Une petite histoire pleine de rencontres inattendues.
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Projet couv cigognes_Mise en page 1 02/12/14 14:51 Page1
Voler
avec les cigognes noires
« J’ai l’impression bizarre d’être dans l’univers d’un géant !
J’essaie de réfléchir et de ne pas paniquer. Demander de l’aide, voilà la
solution ! Je me précipite alors sur le bord de la route afin de faire des signes
aux voitures pour que quelqu’un me vienne en aide. Mais au moment où
j’avance, un bruit étrange derrière moi me fait sursauter. Un hérisson plus
grand que moi apparaît.
- Que fais-tu là, jeune demoiselle ?
Je n’en crois pas mes yeux, ni mes oreilles ! Cet immense hérisson me parle et
je le comprends ! Je ne peux plus bouger, ni même parler ! »
Pourquoi Lucie est-elle devenue si petite ? Et que va-t-il lui arriver ?
Une histoire pleine de rencontres inattendues.
Sylvia Saubin
VOLER Sylvia Saubin vit et travaille en Isère. C'est là que, par un matin de
septembre, elle aperçoit dans un pré les silhouettes noires de trois grands
AVEC LES CIGOGNES oiseaux. De cette rencontre naîtra cette belle aventure.
NOIRES
Illustration de couverture : Bertrand Dubois
à partir de 11 ans ISBN : 978-2-343-04810-9
13,50 €
Voler avec les cigognes noires Sylvia Saubin Voler
avec les cigognes noiresSylvia Saubin
Voler
avec les cigognes noires© L’HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
difusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-04810-9
EAN : 9782343048109Un samedi, il y a très longtemps…
– Lucie ! Lucie ! LUCIE ! Mais où est-elle encore passée ?
– Lucie ! Lucie ! LUCIE ! reprend mon père.
– J’arrive !
Je sors alors de ma chambre avec une boîte loupe. Ce
samedi de septembre, j’essaie de percer les mystères d’un ver
luisant. Hier soir, quand j’ai donné à manger à mon chat, je
l’ai vu dans le jardin grâce à sa petite lumière. Après l’avoir
attrapé, je suis montée dans ma chambre. Là, j’ai fermé les
volets, éteint la lumière et je me suis recroquevillée sous
ma couette. Dans ce noir complet, je l’ai regardé je ne sais
pas combien de temps ! Tout ce que je sais, c’est qu’à force,
je me suis endormie. Mais quand je me suis réveillée, il n’y
avait plus qu’une simple petite bête toute noire au fond de
ma boîte ! C’est en essayant de comprendre tout ça que j’ai
entendu mon père m’appeler.
Je descends avec ma boîte, je mets les baskets qu’il me
tend et je monte dans la voiture. Mes parents discutent mais
moi, je pense à mon ver luisant. Ma mère me demande :
– Alors, c’est cette jolie petite bête qui t’a occupée toute
la soirée ?
– Euh, oui, c’est un ver luisant. Je l’ai trouvé dans l’herbe,
hier soir. Je crois qu’à force de le regarder…
– Oui, je sais ! Je suis montée voir ce que tu faisais vu
que tu ne me répondais pas ! J’ai allumé ta chambre et là, je
t’ai retrouvée endormie, sous ta couette, à côté d’une petite
boîte. Je t’ai couchée comme il faut et j’ai posé la boîte sur
7ta table de nuit. C’est en éteignant que j’ai vu une petite
lueur…
– Tu sais, toi, comment il s’éclaire dans le noir ?
– Non, je n’en ai aucune idée ! Mais on pourra chercher
ensemble si tu veux ? En attendant, on est presque arrivés.
– Où ça ? dis-je en relevant la tête pour mieux voir si je
reconnais où nous sommes.
– Tu ne m’as pas écouté tout à l’heure, répond mon père
en souriant. Vu qu’il fait beau, nous allons profiter de cette
journée pour te faire découvrir une très belle forêt.
Quelques instants plus tard, il gare la voiture au bord
d’un bois.
Nous passons la journée à nous promener dans cette
forêt. C’est la fin de l’été : des feuilles commencent à jaunir,
quelques écureuils se dépêchent de ramasser des glands.
Nous, nous nous régalons de mûres, de noisettes, et mon
père ramasse de son côté quelques champignons. C’est
quand nous retournons à notre voiture, heureux de cette
balade, que j’aperçois trois formes dans le pré tout proche.
– Papa, qu’est-ce que c’est là-bas ? dis-je en les montrant
du doigt.
– Approchons-nous discrètement pour les observer,
chuchote mon père en me prêtant sa paire de jumelles.
Grâce à celles-ci, je vois qu’il s’agit de grands oiseaux.
Ils sont noirs avec le ventre blanc, ils ont un grand bec et
de longues pattes rouges. Ils ne bougent pas : ils semblent
se reposer.
8– Ce sont des échassiers, m’explique ma mère. Des
cigognes, plus exactement.
– Des cigognes ? Mais les cigognes sont blanches ?
– Tu as raison Lucie mais, ici, ce sont des cigognes
noires. Elles sont très rares, tu sais. Dans notre pays, ces
oiseaux sont protégés. Je pense qu’elles partent pour leur
migration vers l’Afrique, me précise-t-elle.
– Je ne comprends pas ! Où partent-elles exactement ?
L’Afrique, c’est très grand ! Et pourquoi décident-elles de
partir aussi loin ?
– En fait, je ne sais pas vraiment ! Je peux juste te dire
qu’ici, dans quelques semaines, il fera trop froid et elles
n’auront plus assez à manger. Elles vont donc faire un long
et périlleux voyage vers le sud car, là-bas, elles trouveront
suffisamment de nourriture pour passer l’hiver.
J’ai plein d’autres questions mais je reste muette devant
le spectacle que m’offrent ces oiseaux. Perchées sur leurs
longues et fines pattes rouges, le bec enfoui dans les plumes
de leur cou, elles semblent si paisibles ! Je les observe
quelques instants mais mon regard est attiré par un
va-etvient. Ainsi, je vois qu’au bord du pré, il y a un ruisseau.
En fixant l’endroit avec mes jumelles, j’aperçois d’autres
cigognes. Mais, de ce côté-là, pas de repos ! Celles-ci sont
têtes baissées et vont de long en large en donnant des coups
de bec dans l’eau : elles semblent en pleine partie de pêche !
Soudain, comme dans un souffle, les cigognes noires
s’envolent en quelques battements d’ailes. Est-ce à cause
d’un bruit ou ont-elles découvert notre présence ?
Nous reprenons le chemin du retour. Moi, je continue de
penser à cette rencontre. C’est ainsi que j’accompagne mes
parents, que je monte dans la voiture et que je les entends
9vaguement parler entre eux. Les cigognes noires occupent
toutes mes pensées quand, tout à coup, le choc !
Rencontres inattendues
Tout est noir. Il fait nuit. Je tremble. Est-ce la peur ou la
fraîcheur du soir ? Je ne me sens pas bien. Suis-je en train
de rêver ? Et puis, qu’est-ce que je fais seule, ici, en pleine
nuit ? Où sont mes parents ? Je frissonne à nouveau. J’essaie
de ne pas paniquer ! Je prends une grande respiration et je
tente de réfléchir.
Que m’arrive-t-il ? Je tente de comprendre. Pour cela,
je me lève. Je marche quelques pas. Je bouge mes bras, mes
jambes. Je touche même mon front pour vérifier que je ne
suis pas fiévreuse ! Vu que tout va bien, je décide de me
pincer pour être vraiment sûre que je ne rêve pas. Mais
non ! Je ne rêve vraiment pas !
Où suis-je exactement ? D’énormes lumières, un bruit de
voitures, la présence toute proche du goudron : je suis sur
le bord d’une route ! Mais un détail me trouble : cette route
est immense. Après plusieurs minutes, je me rends compte
que l’herbe qui m’entoure me dépasse ! Sans parler de la
forêt, toute proche qui, éclairée par les phares, me semble
infinie. Et les voitures, elles sont… GIGANTESQUES !
Mon trouble grandit. Je ferme les yeux plusieurs fois
en me disant « Je vais me réveiller, je vais me réveiller ! »
mais à chaque fois que je les rouvre, je suis toujours là ! J’ai
l’impression bizarre d’être dans l’univers d’un géant !
10J’essaie de réfléchir et de ne pas paniquer. Demander
de l’aide, voilà la solution ! Je me précipite alors sur le
bord de la route afin de faire des signes aux voitures pour
que quelqu’un me vienne en aide. Mais, au moment où
j’avance, un bruit étrange derrière moi me fait sursauter.
Un hérisson plus grand que moi apparaît.
– Que fais-tu là, jeune demoiselle ?
Je n’en crois pas mes yeux, ni mes oreilles ! Cet immense
hérisson me parle et je le comprends ! Je ne peux plus
bouger, ni même parler !
Devant ma stupeur, celui-ci continue :
– Si j’ai un conseil à te donner : ne reste pas sur la route
car, mes amis et moi, chaque soir, déplorons la mort d’un
des nôtres.
Sur ces mots, le hérisson s’enfuit dans un fourré.
Je reste là sans comprendre ce qui s’est passé et, surtout,
sans savoir ce que je dois faire. J’ai une boule dans la gorge,
je grelotte. Je m’assois, la tête entre les genoux : des larmes
ne tardent pas à couler. Je me sens si seule ! Et puis, surtout,
je me sens si petite !
Ma taille ! Tout devient clair en quelques instants ! Ce
n’est pas ce qui est autour de moi qui est grand mais c’est
moi qui suis petite ! Même minuscule, à en croire la taille
de l’herbe et du hérisson ! C’est donc ça, je suis devenue une
minuscule fillette ! Comment est-ce possible ? Mais il n’y
a pas que ça ! Parler, le hérisson a parlé et je l’ai compris !
Trop de questions ! Trop de choses que je ne comprends
pas ! Je me lève et je décide de marcher. Lutter contre la
peur qui m’envahit : voilà ce que je veux vraiment ! Je
11m’éloigne de la route, direction la forêt. Je décide de suivre
le conseil du hérisson ! Après tout, il connaît mieux les
lieux que moi !
Je marche, enfin, j’essaie ! Il fait nuit mais, petit à petit,
mes yeux s’habituent. La nuit semble claire. Heureusement,
car je trébuche souvent sur les racines, les cailloux, bref,
tout n’est qu’obstacle vu ma petite taille ! « Continue,
continue, ne t’arrête pas ! » me dis-je à moi-même pour
me donner du courage. Mais, plus le temps passe, plus je
me sens seule et surtout perdue. Des larmes coulent puis
je me mets à pleurer et même à crier ! J’appelle au secours,
j’implore mes parents de venir me chercher, mais je suis
stoppée net par une voix :
– On aimerait bien se reposer, si tu pouvais faire un peu
moins de bruit ?
Ces quelques mots viennent d’un arbre. Je lève la tête et
je demande :
– Qui êtes-vous ?
– Un groupe de cigognes noires qui souhaiterait un peu
de calme afin de pouvoir dormir ! Et vous, que faites-vous
ici ?
– Je m’appelle Lucie et je ne sais pas ce qui m’arrive,
disje la voix tremblante.
Tout en légèreté, un oiseau se pose à côté de moi.
– Bonsoir, petite humaine, je m’appelle Anthéa. Je suis la
doyenne de ce groupe de cigognes. Que t’arrive-t-il ?
– Je ne sais pas vraiment, je me rappelle que…
Je ne parviens pas à donner une explication. Dans toute
cette histoire, je n’ai même pas pris le temps d’en chercher
12une d’ailleurs ! Je me reprends, je ferme les yeux et j’inspire
profondément. J’essaie de me souvenir :
– En fait, j’étais avec mes parents, nous nous promenions
dans une forêt puis en repartant en voiture, il me semble
qu’il y a eu un choc. Quand je suis revenue à moi, je n’étais
plus qu’une minuscule fillette. Et…
Je ne peux pas finir car je suis secouée par de violents
sanglots.
– Ton histoire me semble bien étrange. Tu ne parviendras
pas à réfléchir dans cet état, seule au milieu des dangers de
la forêt. Je te propose de t’accueillir sous mon aile pour
cette nuit. Demain, à tête reposée, nous ferons le point sur
ta situation.
Je suis tellement perdue que j’accepte cette aide venue
du ciel, même si je crois être dans un rêve.
Le lendemain matin, je me réveille sous une aile
d’oiseau ! Tout me revient très vite et l’angoisse de la veille
me rattrape aussitôt.
– Bonjour ! est le seul mot qui me vient.
– Bonjour, Lucie. J’ai attendu que tu te réveilles. Je
crois que te reposer était la meilleure chose à faire pour
qu’aujourd’hui tu trouves la force de réfléchir.
Je ne peux répondre quoi que ce soit. Je regarde autour
de moi : plusieurs cigognes me fixent. Elles sont sept.
Anthéa, devant mon silence, se retourne et leur dit :
– J’ai recueilli Lucie cette nuit…
– C’est donc elle qui faisait un tel raffut ! coupe une
cigogne, visiblement contrariée.
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