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Wizaroïde - Tome I

De
292 pages

« Tu me connais à peine, comment peux-tu être sûre que c'est moi l'homme de ta vie ? Je ne pourrai pas t'apporter une existence normale. On ne pourra s'embrasser que très rarement, on ne pourra pas avoir d'enfant, ni sortir avec tes amis, sans appréhender le risque que je leur fasse du mal, tout comme à toi d'ailleurs. »

Jenny Clins, 17 ans, se retrouve confrontée aux dangers de l'amour et de l'amitié. Au cœur de la forêt de Bélouve, sur l'île de La Réunion, elle fait la connaissance de Nick Wall, un jeune vampire-sorcier de 20 ans, avec qui elle entamera une idylle bien complexe. Cette relation sera perturbée par l'arrivée de David, un jeune interne de l'école de Salazie qui mettra à mal le cœur de la belle.


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-02359-2

 

© Edilivre, 2017

 

Je dédie ce livre à Mathéo, Amélie et Tanaël, bien qu’ils ne soient pas encore en âge d’apprécier cette histoire.

À ma meilleure amie Priscilla auprès de qui l’éternité ne serait pas assez longue.

Sans oublier, mes parents et mon frère Mickaël.

Je tire mon chapeau à madame Richard Delphine et à madame Contaut Carole pour leur fabuleux travail, une partie de vous vit à travers mon livre.

Et merci à vous, qui vous apprêtez à lire mon livre, bonne lecture !

Chapitre I
Nouveau départ

Je m’appelle Jenny Clins, j’ai dix-sept ans, et j’habite rue Grenelle à Paris. J’ai très peu d’amis à cause de la situation professionnelle de mon père. Il est militaire, et se déplace de ville en ville et de pays en pays avec moi. La seule chose que j’ai hérité de mon père c’est le goût pour l’aventure. En revanche j’ai les mêmes yeux bleu topaze et cheveux longs châtain très clair de Barbara Clins-Pervenche, ma mère. Elle est morte d’un cancer du sein quand je n’avais que trois ans, laissant derrière elle un homme anéanti et une petite fille qui était trop jeune pour se rappeler d’elle. Mais quand je regarde les photos, c’est moi que je vois.

Mon père, Jens Clins a refait sa vie, avec une Finlandaise, Chelsy Finnigan, une grande blonde pulpeuse de trente-deux ans, à la taille de mannequin. L’exacte opposée de ma mère.

Les rapports avec cette dernière sont assez difficiles dans la mesure où je n’ai jamais vraiment accepté le fait que mon père refasse sa vie, qui plus est avec une personne qui comprend difficilement le français. Néanmoins avec le temps, j’ai appris à la tolérer pour le bien de mon père. Je sais qu’il serait malheureux sans elle.

Là ! Vous êtes dans ma chambre, du moins ma nouvelle chambre. Cela fait seulement trois mois que nous nous sommes installés ici. Rien de très excentrique : un lit deux places assez miteux, un tout petit bureau, où je fais généralement mes devoirs et une vieille armoire décolorée. La couleur des murs ne vaut pas mieux. Ils sont peints d’un rose terne qui ne correspond pas vraiment à mon goût, mais bon ! On ne choisit pas son logement de fonction.

Ma chambre, c’est mon univers, ma bulle d’oxygène, l’endroit où j’aime me retrouver seule.

– Jenny !!! cria mon père de la cuisine.

– Oui, qu’est-ce qu’il y a papa ? répondis-je de mauvaise humeur.

– Descends, il faut qu’on parle.

En traînant les pieds, je me rendis à la cuisine où m’attendaient mon père et Chelsy.

– Assieds-toi Jenny !

Je m’assis en raclant la chaise au sol.

– Qu’y a-t-il ? demandai-je d’une voix lasse en tapotant la table de mes doigts.

– J’ai été muté à Saint-Pierre, déclara-t-il après quelques secondes de silence.

– Quoi ? Et c’est où ça ?

– Sur l’île de la Réunion et on doit partir demain matin Jenny.

– Qu… quoi ??? bafouillai-je.

– Je serai logé dans la caserne de Saint-Pierre.

– Et moi ? questionnai-je toujours sous le coup de la nouvelle.

– Et bien justement voilà le second point que je voulais aborder avec toi. Nous sommes au milieu du mois de septembre et les cours ont déjà commencé. C’est pourquoi, mon chef m’a conseillé de t’envoyer dans une école à Salazie, en pension complète.

– Je… Non, il n’en est pas question ! Mes amis sont ici et… je ne peux pas partir comme ça ! Enfin papa…

– Écoute Jenny, ma décision est sans appel, on n’a pas le choix, ton billet est déjà pris, répliqua-t-il en sortant de sa poche un billet d’avion à mon nom. Prépare tes bagages, on part demain à six heures. Et il n’est pas question de discuter, ajouta-t-il en me voyant prête à répliquer.

Encore sous le choc, des larmes de colère roulant sur mes joues, je quittai la pièce et allai me réfugier dans ma chambre. Mon portable à la main, je composais déjà le numéro de Murielle Sertès, ma meilleure amie. Au bout de deux tonalités, elle décrocha.

– Murielle, Murielle, il faut que tu m’aides, mon père il… commençai-je paniquée.

– Calme-toi Jenny, qu’est ce qui ce passe ? demanda Murielle d’un ton amusé.

– Mon père veut m’envoyer dans une école en pension complète à Salazie, sur l’île de la Réunion et il…

– QUOI ? coupa Murielle, à Salazie ? Mais il a perdu la tête ? J’ai entendu de drôles de choses sur cette ville ! s’écria-t-elle anxieuse.

– Comme quoi ? demandai-je perplexe en m’asseyant sur mon lit.

– On dit qu’il y a d’étranges disparitions là-bas. Que de nombreux tueurs en série y résident, et qu’il y a des animaux féroces en liberté.

– Qu’est-ce que tu racontes ? sifflai-je à moitié amusée.

– Jenny, tu ne dois pas aller là-bas, c’est dangereux.

– Murielle, où as-tu entendu des rumeurs aussi insensées ?

– Ma grand-mère réside sur l’île, au Tampon plus exactement. Elle était littéralement terrifiée, quand elle m’a raconté ces rumeurs. Des habitants de Salazie ont même témoigné sur ces disparitions.

– Ce ne sont que des « on dit » ma belle.

– Mais… non, rien, laisse tomber, tu as raison, ce ne sont que des rumeurs, bredouilla Murielle en baissant la voix.

– Et tu pars quand ? s’empressa-t-elle de demander.

– Demain matin à six heures.

– Pourquoi si rapidement, Jenny ?

– Et oui, les billets d’avion sont là, et tu sais que quand mon père à une mission, je ne peux pas faire autrement, répliquai-je en soupirant.

– Ne t’en fais pas, Jenny, on s’appellera souvent si tu veux, ça se passera bien, et tu resteras pour toujours ma meilleure amie. Ce n’est pas parce que tu pars loin de moi que je t’oublierai, tu fais partie de ma vie et je tiens beaucoup à toi.

– Merci, Murielle, pour moi tu es irremplaçable. Je vais te laisser car je dois préparer mes affaires, tu vas me manquer.

– Toi aussi, Jenny, prend bien soin de toi.

Elle raccrocha et les rumeurs de Murielle avaient eu au moins un avantage, me sortir de mon état de stress. Des tueurs en série qui se regroupent tous à Salazie ? Non mais vraiment, qu’est-ce qu’ils ne vont pas inventer pour faire peur aux naïfs, songeai-je en souriant.

Ma valise, fut vite bouclée, je n’avais pas grand-chose, toutes mes affaires entrèrent dans une seule valise. Le coucher fut agité.

A cinq heures du matin, mon père frappa à la porte.

– Jenny chérie, il faut te réveiller.

– J’arrive, répondis-je d’une voix ensommeillée.

J’aurai juré que je venais tout juste de me coucher.

En traînant des pieds, je me rendis à la salle de bain. Une bonne toilette me ferait du bien.

Cinq heures vingt, dernier petit déjeuner dans la cuisine, en compagnie de mon père et de ma belle-mère.

– Dépêche-toi Jenny, on va finir par rater l’avion, s’impatienta Jens en buvant une gorgée de café.

Une pensée me traversa alors l’esprit, si mon père devait vivre à la caserne, où irait Chelsy ?

– Euh, et toi Chelsy, tu iras où ? repris-je hésitante.

– Ton pèrrre m’a trrrouvé un petit apparrrtement à côté de sa caserrrne, bredouilla-t-elle avec son accent particulier.

– Mais je veux être avec vous ! Pourquoi moi j’irais en pension à Selzie ?

J’étais furieuse à présent.

– C’est Salazie ma puce, repris mon père en mordant dans une tartine de pain à la confiture de fraise et c’est mieux pour toi, tu pourras te faire des amies, vu que tu seras là-bas 24h/24. Mais rassure-toi, certains week-ends tu pourras venir nous voir. De toute façon, cette mission ne devrait pas durer longtemps, tu verras tout se passera bien.

Je soupirai, pas très convaincue.

Cinq heures trente-cinq, départ pour l’aéroport. Ça y était, j’allais quitter Paris, mais avant de partir je m’adonnai à mon rituel d’avant chaque départ ; prendre une photo de chaque pièce, afin d’avoir des souvenirs des endroits où j’ai vécu. À l’étage il y avait ma chambre, une bibliothèque et une salle de bain qui selon moi aurait bien eu besoin d’un coup de peinture. Au rez-de-chaussée, se tenait une pièce avec un lit deux places, des rideaux à fleurs roses et une tapisserie beige ternie, c’était la chambre de mon père. Le salon lui était un peu plus moderne, avec ce long canapé d’angle rouge, et la tapisserie marron clair. La cuisine quant à elle, était assez spacieuse, avec une petite fenêtre donnant sur le jardin.

Le trajet en taxi fut silencieux, on n’entendait que le léger ronronnement du moteur.

Cinq heures cinquante : arrivée à l’aéroport. L’embarquement avait déjà commencé et était sur le point de se terminer. Une hôtesse nous demanda nos billets d’avion et nos pièces d’identité, puis après le contrôle, nous fit signe d’avancer vers les appareils de détection des métaux.

Comble de malchance, l’appareil sonna à mon passage.

Un vigile chargé de la sécurité s’avança vers moi avec un petit appareil, une sorte de scanner, et me le passa devant tout le corps.

– Enlevez votre ceinture s’il vous plaît, me demanda le vigile.

Je m’exécutai, tous les regards braqués sur moi.

– C’était bien la ceinture qui sonnait, c’est bon vous pouvez y aller.

« Je me jurai, de ne plus jamais la mettre. Et nous voilà partis pour les DOM1 ! » songeai-je.

Le voyage me parut interminable. Mon père et Chelsy s’endormirent dans l’avion, mais pour ajouter à ma malchance, un enfant était assis derrière moi et n’arrêtait pas de donner des coups dans mon siège.

– _S’il te plaît, pourrais-tu arrêter de donner des coups de pied dans mon fauteuil ? sifflai-je agacée, en me retournant vers lui.

– Mi fait ce que mi veut, y garde pas ou sa, me répondit le petit garçon.

– Pardon ? fis-je, n’ayant pas compris un seul mot de ce qu’il venait de dire.

La mère de ce jeune garçon, le réprimanda, en disant :

– Ou va rest un pé trankil, ou la pou dérang domoun.

Je me retournai en écarquillant les yeux. Le repas à bord de l’avion était plutôt goûteux et nous avions même eu droit à une petite bouteille de vin par plateau. Au bout de onze heures de vol, on arriva enfin à l’aéroport de Roland-Garros à Saint-Denis de l’île de la Réunion. La température à l’extérieur de l’avion était suffocante, de plus j’étais habillée d’un jean, d’un sous pull et d’un sweater. J’enlevai ce dernier et me l’attachai à la taille. Après avoir récupéré nos bagages, ce qui prit plus d’une demi-heure, on se dirigea vers la sortie.

Un homme d’une quarantaine d’année, chauve, habillé d’une chemise à manches courte bleu clair et d’un jean, s’y tenait avec une pancarte où étaient inscrits mon nom et mon prénom.

– Papa, pourquoi y a-t-il mon nom sur sa pancarte ? questionnai-je surprise.

– J’ai oublié de te signaler, que tu partirais directement pour l’école de Salazie, et c’est lui qui va t’y emmener apparemment, annonça mon père en examinant l’inconnu.

– Apparemment ? Tu ne sais même pas qui c’est ?

– Comment veux-tu que je le sache ? reprit-il, en essuyant d’un revers de main, les quelques gouttes de sueur qui perlaient sur son front.

– Ça c’est la meilleure ! Et toi comment vas-tu à ta caserne ? demandai-je.

– En taxi, lança-t-il tout en se dirigeant vers l’homme à la pancarte.

– Bonjour, je suis Jenny Clins, l’informai-je.

– Très bien, moi c’est monsieur Styvel Justin, je suis un de tes nouveaux professeurs, j’enseigne l’anglais.

J’acquiesçai d’un bref hochement de tête.

– Bonjour, vous devez être monsieur et madame Clins ?

– Monsieur Clins, oui, madame, pas encore, c’est ma compagne, nous ne sommes pas mariés.

– Oh désolé, s’excusa monsieur Styvel.

– Il n’y a aucun souci, donc c’est vous qui allez emmener Jenny à l’école ? demanda mon père.

– En effet, je suis son professeur d’anglais, et nous avons à peu près une bonne demi-heure de route pour arriver jusqu’à notre petite école. On vous demandera juste de bien vouloir remplir ceci.

Il tendit à mon père un document avec un stylo.

– Les informations que vous nous communiquez sur cette feuille nous sont nécessaires en cas d’urgence, reprit-il. Nous avons besoin de votre numéro de téléphone et de quelques renseignements sur Jenny, notamment si elle est malade ou sujette aux allergies.

Après cinq bonnes minutes passées à remplir le questionnaire, mon père le lui rendit.

– Bon, et bien ma puce, on va y aller car je crois que notre taxi est arrivé, on s’appelle. Je t’aime, et il me fit la bise, ainsi que Chelsy.

– D’accord, papa, salut !

– Eh bien, nous aussi, allons prendre la route, s’écria monsieur Styvel.

Tout en allant à sa voiture, il était accroché à son portable.

– Allez-y, entrez, lança-t-il en faisant un signe vers sa voiture, une Toyota rouge.

De la musique classique se répandait dans l’habitacle, pas trop mon style, mais qu’importe ! Le trajet fut long, sans doute à cause de la fatigue du voyage, mais le paysage était vraiment magnifique. Plus on approchait de l’école et plus il faisait froid, je refermai ma vitre avec un frisson. Ce qui n’échappa pas à mon professeur.

– Il est vrai que plus on monte sur les hauteurs de l’île et plus il fait froid, c’est comme le soleil, il se cache souvent de nous, à l’école.

J’acquiesçai, ne sachant pas trop quoi répondre.

On s’engagea dans un petit chemin étroit et rocailleux, et la panique commença à m’envahir. Une école ne pouvait décemment pas se trouver là.

– Nous voilà arrivés dans ta nouvelle école, s’exclama monsieur Styvel avec enthousiasme.

Ma première impression fut « waouh ! » Seuls deux grands bâtiments trônaient dans une forêt luxuriante. La forêt de Bélouve, me précisa monsieur Styvel. Le rêve ! Il n’y avait aucune barrière, aucun grillage, seul un terrain de basket, laissait paraître une école.

– Suivez-moi, mademoiselle Clins, ils vous attendent ! s’écria monsieur Styvel.

Je ne savais pas très bien qui m’attendait, mais bon, je lui emboîtai le pas. J’arrivai au premier grand bâtiment, celui du fond, qui était peint en rouge. Une petite porte défraîchie s’ouvrait sur un couloir désert, et monsieur Styvel me fit signe de le suivre dans la deuxième pièce de droite. La salle était assez grande, un peu surchargée d’affiches, mais bien exposée pour le soleil.

Une quarantaine d’élèves y étaient rassemblés avec six professeurs.

– Asseyez-vous mademoiselle Clins ! m’ordonna une femme mince.

Intimidée par toutes ces personnes, je m’assis dans la plus grande discrétion, le rouge aux joues.

– Les cours sont terminés pour aujourd’hui, mais nous tenions tous à vous accueillir. Comme vous avez pu le constater, nous ne sommes pas très nombreux. Nous demandons donc à tous nos élèves, un grand respect envers leurs camarades, car vous allez être amenés à vous côtoyer tous les jours, voire le week-end pour beaucoup d’entre vous. Vous devrez reprendre les cours que vous n’avez pas eus ou pas suivis à Paris, avec les élèves ici présents.

Voici, monsieur Styvel Justin, votre professeur d’anglais, mais je pense que vous deviez déjà le savoir. Voilà, mademoiselle Rog Sophie, dit-elle en faisant un signe vers une femme assez âgée, aux cheveux d’un blond terne, votre professeur de français, ajouta-t-elle. À côté c’est madame Stone Noémie, votre professeur de biologie.

Cette dernière avait un air assez sévère, les cheveux, longs noirs, avec des lunettes carrées.

– Monsieur Tècher Mickael, reprit-elle en désignant un grand jeune homme musclés, aux cheveux courts et bruns, est votre professeur de sport. Monsieur Rowley Jacques est votre professeur de mathématiques, Lallemand Sylvie est votre professeur d’Histoire. Quant à moi, je suis Mme Robert Priscilla, professeur d’espagnol, mais je crois que vous n’avez pas souscrit à cette matière.

J’approuvai d’un hochement de tête.

– Madame Denta Virginie, votre professeur d’art plastique a dû s’absenter, vous aurez donc l’occasion de la rencontrer en cours. Vous êtes dispersés en petits comités pour vos cours, afin d’obtenir de meilleurs résultats. Voici votre emploi du temps et l’extrait du règlement de cette école. Je vous prierai de bien vouloir le lire et nous le rapporter signé au plus vite.

Elle me tendit les deux documents et je fis un signe de tête, pour lui manifester ma compréhension. Elle me demanda de venir au tableau afin de me présenter à la classe entière.

N’étant pas très à l’aise en expression orale, je bredouillai quelques mots sur moi, tout en tortillant mes doigts pour surmonter mon stress.

– Euh… Je m’appelle Jenny Clins, j’ai dix-sept ans, mon père est militaire, et il a été muté à Saint-Pierre, c’est pourquoi je suis ici… voilà.

– D’accord, mademoiselle, je vois que vous n’êtes pas très loquace ! reprit madame Robert d’une voix légèrement amusée. Quelques élèves s’esclaffèrent.

– Vous allez rejoindre votre dortoir. Marine, vous l’escorterez jusqu’à sa chambre, la numéro sept. Les élèves sortirent rapidement et une jeune fille s’attarda.

– Bonjour Jenny, moi c’est Marine, s’écria la jeune fille.

Son rouge à lèvre était vraiment horrible, une sorte de marron-grenat, qui tranchait étrangement avec son teint pâle et ses cheveux blond platine.

– Enchantée, bredouillai-je timidement.

– Suis-moi, je vais t’accompagner à ta chambre, s’exclama-t-elle.

– Bien, répondis-je gênée.

Elle se dirigea vers le deuxième bâtiment, celui qui se trouvait sur la gauche en entrant.

– Si tu as besoin de quoi que soit, Jenny, n’hésite pas, me proposa Marine devant la porte de ma future chambre.

– Je te remercie, à bientôt.

Et elle repartit en sens inverse. Je frappai, et une fille brune aux cheveux magnifiquement lissés et aux yeux marron clair, m’ouvrit la porte en souriant.

– Bonjour, Jenny, c’est bien ça ? me demanda-t-elle.

J’approuvai d’un hochement de tête en lui rendant son sourire.

– Enchantée, moi c’est Hélèna Bertille, allez viens, je vais te présenter aux autres filles de la chambre, répliqua-t-elle en prenant ma valise des mains.

Je sentis tout de suite une complicité entre elle et moi.

– Voilà Diana Zita, annonça-t-elle en direction d’une jeune fille métissée à la peau cuivrée aux somptueux cheveux bouclés noirs.

– Enchantée, répliquai-je moi c’est Jenny Clins.

– Bienvenue à la Réunion Jenny, me répondit-elle.

– Et là, reprit Hélèna en désignant une fille rousse un peu enrobée, c’est Sarah Blaise.

Cette dernière me gratifia d’un bref hochement de tête et retourna derrière son livre.

– Viens, lança Hélèna toujours d’aussi bonne humeur.

Je la suivis jusqu’au dernier lit, celui près de la fenêtre.

– C’est ton lit, m’indiqua-t-elle en déposant ma valise au pied de celui-ci. On est quatre par chambre, et la fenêtre donne directement sur la forêt, ce qui fait que notre chambre est assez sombre, car le soleil ne pénètre pas vraiment à l’intérieur.

– Ici, reprit-elle en se dirigeant vers une porte qui se trouvait sur la cloison en face de nos lits, c’est notre salle de bain, donc comme tu peux le voir, les WC sont également dans cette pièce.

L’endroit était propre et spacieux, de plus il y avait un grand miroir près du lavabo.

– C’est génial d’avoir notre propre salle de bain, m’étonnai-je.

– Oui, c’est parce qu’on n’est pas très nombreux, répondit-elle.

– On va bientôt aller manger, mais avant je vais te prêter mes cours, pour que tu prennes en note ceux que tu n’as pas ! s’exclama Hélèna.

– Merci, c’est gentil.

– Je t’en prie Jenny. Allez viens avec moi.

Hélèna s’assit sur son lit, fouilla dans son sac et me tendit son classeur de cours.

– Je te laisse le feuilleter, moi je vais prendre une douche, à tout à l’heure.

– Merci, à tout à l’heure Hélèna.

Heureusement pour moi, je n’avais pas vraiment de retard, et affichai même une légère avance sur les cours. Je n’eus à prendre en note que deux chapitres de biologie et un chapitre de français.

À dix-neuf heures quinze, Hélèna, et moi quittions la chambre pour nous rendre à la cafétéria. Au menu il y avait des pâtes et du poisson pané. L’appétit n’était pas vraiment au rendez-vous, sans doute à cause de la fatigue du voyage. Après le repas, Hélèna s’attarda dans la salle commune, tandis que je regagnai le dortoir pour me blottir dans les bras de Morphée. À peine m’étais-je allongée que je m’endormis.


1. Département d’Outre-Mer.

Chapitre II
Première rencontre

L’avantage d’arriver un vendredi, c’est que le lendemain c’est le week-end. Je me réveillai aux aurores, tandis que les filles dormaient encore. Sur la pointe des pieds, je cherchai ma trousse de toilette, qui était dans ma valise et je me rendis à la salle de bain. Après plusieurs minutes passées à démêler mes cheveux, puis à me brosser les dents, je retournai dans ma chambre pour m’habiller.

Un jean slim, un tee-shirt blanc moulant à manches longues, mes tennis blanches et me voilà prête pour la journée. Je me rendis à la cafétéria pour prendre mon petit déjeuner, elle était déserte. Un bol de chocolat, deux tranches de pain à la confiture de fraise, ma préférée et un verre de jus d’orange pour bien démarrer la journée ! Et comme les filles n’étaient toujours pas réveillées, je décidai d’aller me promener dans la magnifique forêt qui entourait l’école. Un petit sentier y était tracé, il était sept heures, et j’entendais les gazouillis des oiseaux. La petite brise dans les arbres me faisait frissonner.

La forêt était magnifique, abritant une végétation dense, faite de plantes épiphytes2, de mousse, et d’immenses arbres de couleur, dont des pieds de tamarins3.Après deux bonnes heures de marche, j’arrivai au bord d’un étang sauvage. La beauté de ce lieu me laissa bouche bée, j’apercevais au loin des montagnes de verdure.

Près de l’étang se trouvait un jeune homme accroupi, le dos face à moi, de magnifiques yeux noirs illuminaient son visage au beau nez droit. Ses lèvres pulpeuses et rosées s’ourlaient dans un sourire divin pour lequel j’avais déjà envie de me damner. Il me jeta un regard furtif, se releva et fila aussitôt à travers la forêt. Époustouflée par sa beauté, je m’assis pendant quelques minutes. Ma respiration s’accéléra, et je scrutais la forêt des yeux espérant vainement qu’il reviendrait. Je n’avais jamais été amoureuse, juste un flirt une fois au lycée de Paris, avec Stand Briard de l’équipe de football du lycée. Mais là, ce garçon c’était différent, et son coté mystérieux me plaisait encore plus.

Soudainement, la pluie se mit à tomber averse et l’orage gronda. Cela me surprit, car quelques minutes auparavant il faisait beau. En courant, je repris le chemin du dortoir. Il était midi quand j’arrivai enfin, après avoir glissé par deux fois. Mon tee-shirt et mon jean étaient maculés de boue, et je m’étais écorché le genou.

Arrivée à l’entrée, Hélèna se précipita vers moi, pour me demander ce qui s’était passé et comment j’avais pu me retrouver dans un tel état. En jetant un coup d’œil par la porte que je venais de franchir, je me rendis compte de quelque chose d’étrange. Ici il ne pleuvait pas et il faisait beau. J’expliquai alors à Hélèna que j’étais partie dans la forêt et que, surprise par une grosse averse, j’avais dû rentrer. Je ne lui avais bien sûr pas spécifié que je m’étais beaucoup enfoncée dans la végétation, et encore moins ma rencontre furtive avec ce bel Apollon.

Elle poussa une exclamation, me tirant de ma rêverie.

– Dans la forêt ? Mais… mais… bredouilla-t-elle, il ne faut pas aller dans la forêt, et encore moins toute seule, tu aurais pu te faire tuer ou te blesser. Il y a des bêtes féroces et on dit même qu’il y a des tueurs en série.

Amusée, je lui précisai, que j’étais déjà au courant de ces folles rumeurs, en repensant à ce que m’avais dit ma meilleure amie, avant de partir et que je n’avais pas besoin de bêtes féroces ni de tueurs en série pour me blesser. D’un signe de la main je lui ai montrai mon jean déchiré et ma blessure au genou.

La voix paniquée et les yeux écarquillés elle me lança :

– Jenny, promets-moi que tu n’y retourneras pas, c’est très grave, des gens ont déjà disparu là-bas.

– Ah bon ? me résignai-je à dire, sans lui promettre quoi que ce soit, car j’étais bien décidée à revoir cet homme.

Sans insister, elle me raccompagna à notre chambre, et me laissa me doucher et me changer. J’enfilai un ensemble jogging gris cette fois-ci, avec un sous pull blanc. Mes baskets étaient trempées, je les nettoyai, et les mis sur le rebord de la fenêtre pour qu’elles sèchent.

Après m’être séché les cheveux, je m’allongeai sur mon lit, et je réfléchis au brutal changement de temps, mais après n’avoir trouvé aucune explication possible à un tel phénomène météorologique, je me mis cette fois à rêvasser à cet homme, à ses traits angéliques, à son regard froid et à sa démarche d’une souplesse presque féline. Qui était-il et que faisait-il là en pleine forêt ? J’étais certaine qu’il n’était pas de l’école, je l’aurais remarqué, même si ce n’était que mon deuxième jour. Et pourquoi était-il parti si brusquement ?

Quelqu’un frappa à la porte interrompant ma rêverie.

– Oui, répondis-je.

C’était Hélèna.

– Tu viens manger ?

– Oui, j’ai une faim de loup ! m’exclamai-je de très bonne humeur.

Avec un sourire, elle m’accompagna à la cafétéria, mais ne prononça pas un mot. Étrange, car Hélèna, n’était pas du genre discrète à ce que j’avais pu voir hier soir.

Au menu il y avait de l’omelette avec de la purée de pomme de terre et des haricots verts filandreux.

Rien de très appétissant pensai-je, je fis la moue, mais cette balade dans la forêt m’avait ouvert l’appétit à tel point que je dévorai le tout en quelques minutes. Hélèna se décida enfin à parler.

– Tout à l’heure, tu ne m’as pas promis que tu n’irais plus dans la forêt.

– Hélèna ne t’en fais pas pour moi, je suis une grande fille, raillai-je exaspérée.

– Écoute Jenny, si je te dis ça, c’est… parce que ma meilleure amie a disparu dans ces bois, et je ne l’ai jamais revue. Tu comprends ? murmura-t-elle, les larmes aux yeux.

Ne sachant pas trop quoi dire et n’ayant jamais été douée pour remonter le moral des gens, je lui tapotai maladroitement l’épaule.

– Alors ? insista-t-elle.

– Et bien je te promets de faire attention, mais je ne peux pas m’engager à ne plus jamais y aller, tout en pensant à cet homme.

Comment pourrais-je promettre une chose pareille ? Dans toute ma vie, rien ne m’avait jamais attirée à ce point.

– Très bien, mais préviens-moi si tu pars, même si je préférerais que tu n’y ailles plus, d’accord ? grommela-t-elle.

– Très bien, clamai-je, plus pour en finir avec cette conversation.

– Au fait Jenny, tu peux m’appeler Nana si tu le souhaites, tout le monde m’appelle comme cela ici.

– Entendue Nana.

Mon téléphone sonna. Je décrochai, ravie de cette diversion.

C’était mon père. Il voulait s’assurer que j’étais bien arrivée à l’école, et que tout se passait bien pour moi.

Le reste de la journée, fut assez agréable, Hélèna et moi étions allées regarder les filles se faire écraser par les garçons, lors d’un match de basket amateur. Nous préférions, ne pas nous montrer trop ridicules, et après la défaite cuisante des filles, nous étions ravies de ne pas y avoir participé.

De retour dans notre chambre, Nana, se mit à lire ses messages sur son ordinateur portable, le dortoir étant équipé de la Wi-Fi. N’ayant pas d’ordinateur, je m’assis sur mon lit en regardant par la fenêtre. Mon esprit vagabondait, je pensais à mon père, à ma nouvelle vie ici et aussi à lui, cet ange inaccessible. Mais une forte brise glaciale, me fit frissonner et Nana me demanda de bien vouloir fermer la fenêtre. Je m’exécutai à contre cœur.

Hélèna ayant terminé de lire ses messages, nous sommes allées dîner. Ce soir c’était un peu plus appétissant : des pâtes à la tomate avec du filet de bœuf. Deux garçons, Ted Smith, grand brun à la carrure d’athlète et aux cheveux longs ainsi que David Moreau, légèrement plus grand que moi, les cheveux roux et la silhouette élancée, nous rejoignirent à table, et nous firent bien rire avec leurs blagues.

A vingt heures nous avions fini de manger, et on regagna le dortoir.

Après une brève toilette, chacun se mit au lit. Ma nuit fut très agitée, je ne cessais de penser à LUI.

Le lendemain, je me réveillai vers neuf heures et regarda par la fenêtre, le temps était gris. C’était dommage car j’avais l’intention de repartir dans la forêt.

Je me dirigeai vers la salle de bain, une fois ma toilette effectué l’image que me renvoyait le miroir me flatta, c’était celle d’une jeune fille longiligne dont les cheveux châtain clair se confondant presque avec le blond descendaient en cascade sur un dos couleur porcelaine. Ma robe resserrée à la taille par une fine ceinture de soie soulignait la finesse de ma taille et le crayon noir sur mes paupières faisait ressortir le bleu de mes yeux. Je m’examinai une dernière fois devant le miroir avant de regagner la cafétéria. David, le garçon que j’avais rencontrée pendant le dîner, me fit signe de le rejoindre et de déjeuner avec lui.

« Après tout pourquoi pas ? » songeai-je.

Je lui adressai un hochement de tête et allai me servir avant de le rejoindre.

Le petit déjeuner fut animé, David était un bavard, il nourrissait l’essentiel de la conversation, ce qui m’arrangeait.

Après le petit déjeuner, je regagnai ma chambre en traînant des pieds à l’idée des cours que je devais réviser. Je m’allongeai sur mon lit et me surpris à savourer mon autonomie plutôt qu’à souffrir d’isolement.

Au bout de trois heures, des chuchotements derrière ma porte, interrompirent mon travail. C’était David et Ted qui se chamaillaient.

– Qu’est-ce qui vous arrive ? demandai-je en ouvrant la porte.

– Oh, rien répondit David embarrassé, on avait juste envie de discuter avec toi. Tu es vraiment sympathique et je t’apprécie beaucoup.

– Merci, répondis-je, le rouge me montant aux joues.

– Et si on allait manger ? m’empressai-je de rajouter avant que leurs sentiments ne reprennent le dessus.

– Avec plaisir, affirma David en me tendant son bras pour m’y accompagner.

Hélèna était déjà installée à table avec Diana et Sarah, mes camarades de chambre.

Au menu il y avait du steak et des pommes de terre. Le repas s’acheva dans le calme, j’écoutais les bavardages sans vraiment y participer, mon esprit était tourné vers une seule personne, l’homme de la forêt. Plus les minutes passaient et plus l’envie de le revoir me submergeait.

Je quittai la cafétéria en courant, sous les regards ébahis de mes condisciples et regagnai ma chambre. Ma décision était prise, j’allais essayer de le retrouver. Un jean et un sweater à capuche blanc et me voilà prête.

En passant par la cafétéria, j’interceptai Hélèna, pour tenir ma promesse, et l’avertir que je partais me promener dans la forêt.

Avec une grimace désapprobatrice, elle accepta.

J’inspectai les alentours afin de m’assurer que la voie était libre et je repris le sentier menant à l’étang. Le trajet me parut beaucoup plus long que la dernière fois. Arrivée à l’étang, je ne vis personne.

Le temps passa, ma tension augmenta, mais il ne vint pas. Découragée, je m’abandonnais à un malaise tenace et guettais nerveusement le moment où il apparaîtrait, en vain.

Une violente bourrasque de vent me fit reprendre la route pour l’école.

Pourquoi le temps avait-il changé encore si brusquement ? Ce n’était guère le moment d’y penser car le vent fouettait mon visage avec tant de violence que c’en était douloureux. A quinze minutes à peine de l’école, le vent s’arrêta net, comme par magie. C’était vraiment étrange.

Paniquée par ces changements brutaux, j’accélérai le pas et me mis à trottiner jusqu’au dortoir.

Bien entendu, Hélèna m’y attendait.

– Alors c’était comment ? s’enquit-elle immédiatement.

– Bien, lui mentis-je.

– La nuit commence à tomber, tu m’as fichu une de ces trouilles. Qu’est-ce que j’aurais dit si tu ne revenais pas ? Ou s’il t’était arrivé quelque chose ? Franchement je pense que tu ne devrais plus y retourner, en plus je ne vois pas ce qu’il peut y avoir d’intéressant, poursuivit-elle.

En hochant la tête je fis mine de compatir, bien qu’au fond de moi, mon cœur palpitait comme jamais. Si seulement elle savait pour cet homme angélique ! Mais après quelques minutes de réflexion, je préférai ne rien lui dire, ni sur cet homme, ni sur les changements brutaux de temps dans la forêt.

Le repas ne fut pas très long, l’incontournable jambon frites, fut englouti en quelques bouchées.

Après une bonne douche tiède, je me mis au lit et en secouant mon oreiller pour dormir, je sentis sous mes doigts, un petit morceau de papier sur lequel étaient inscrits trois mots dans une très belle écriture :

« Ne viens plus »

Qui pouvait bien être l’expéditeur de ce mot ? Et surtout où ne devais-je plus venir ? cogitai-je.

Je repliai soigneusement le morceau de papier, et le glissai dans ma valise.

Mon cerveau fut en ébullition cette nuit-là. Qui pouvait bien être l’auteur de ce mot ? Et surtout pourquoi ? Puis, je repensai aux deux fois où le temps avait changé si brutalement et me dis qu‑’il ne pouvait s’agir d’une coïncidence. A chaque fois, le phénomène, s’était manifesté au même endroit, à savoir au bord de l’étang, pourquoi ? Et surtout pourquoi à quelques minutes de l’école tout s’arrêtait-il ? Sur ces réflexions, qui ne donnèrent d’ailleurs pas grand-chose, je m’endormis.